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CHAPITRE V Le coton

Le coton est, après les céréales, les fourrages et l'élève du bétail, la principale ressource de Tagriculture américaine. En 1899, année qui a précédé le Census de 1900 et h laquelle s'appliquent les statistiques agricoles de ce Census, il couvrait 9.710.000 hectares, soit 8,4 p. 100 des terres portant des récoltes, et un peu moins de

6 p. 100 de l'ensemble des terres améliorées, improved land. Mais la valeur des produits qu'il fournissait, plus de 370 millions de dollars, 1.920 millions de francs, n'atteignait pas moins de 12 p. 100 de la valeur totale des récoltes américaines. Pour aucun autre article, agricole, industriel ou minier, la suprématie des États- Unis sur tous les autres pays du globe n'est aussi bien établie : s'ils ont plus de bétail, s'ils produisent plus de blé, d'avoine, de pétrole, de houille, de fer, de plomb qu'aucune autre nation, s'ils fournissent plus de la moitié du maïs comme aussi du cuivre obtenus dans le monde, ils récoltent plus des trois quarts du coton. C'est sur leur agriculture qu'a reposé à peu près entièrement pendant tout le xix® siècle, et que repose encore à l'heure actuelle, l'immense industrie cotonnière du monde. Aussi, le coton tient-il le premier rang parmi toutes les exportations américaines : 1.500 millions de francs sur

7 milliards en 1902, et la culture de ce textile moderne

par excellence a-t-elle aux États-Unis une importance capitale.

Le coton, cultivé de temps immémorial aux Indes, et dès avant l'ère chrétienne en Chine et en Egypte, était connu des anciens Mexicains et Péruviens, bien avant la conquête espagnole, et fut aussi trouvé par Colomb aux Antilles; mais il ne semble être indigène sur aucun point du territoire actuel des États-Unis. Il y fut introduit en 1721 et, à partir de ce moment, on commença de le cultiver en Virginie et aux Garolines, mais on l'employait presque exclusivement dans le voisinage des lieux où on le récoltait. En 1784, on exporta pour la première fois de Virginie huit sacs de coton pesant en tout 1.200 livres. Les perfectionnements apportés aux métiers à filer et à tisser h la fin du xviii® siècle par Hargreaves, Cartwright et Crompton, l'invention par Whitney, vers la même époque, de la machine à égrener le coton permirent de développer énormément les emplois industriels de ce textile^ et les États-Unis, dont les exportations ne fournissaient encore, en 1790, que la six centième partie de la consommatioa britannique, se mirent bientôt à le produire en quantités colossales.

Le tableau suivant, que nous empruntons au Census de 1900, permettra de juger des progrès de cette production au cours du xix® siècle. Nous donnons, suivant l'usage américain l'évaluation de la récolte sous deux formes : en balles, la balle étant l'unité des transactions commerciales, dont le poids a d'ailleurs varié et n'a cessé d'augmenter avec les perfectionnements des presses, et en livres anglaises (la valeur de la livre anglaise étant de 453 grammes) :

DÊ\ ELOPPEMENT DE LA PRODUCTION COTONNIÈRE AUX ÉTATS-UÎîW

Poids moyea

Millions

Dates Milliers

des balles

de

des recolles. de balles.

en livres anglaises.

livres anglaises.

1 fl

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• fl

1 Ai ii r*/\nf 1 n i

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.^r A^ AQ^Q

1869, décade pendant laquelle a eu lieu la guerre de Séces^on (1861-1865), dont les effroyables ravages avaient un moment presque anéanti la culture du coton. C'est précisément durant les dix années qui ont précédé ce désastre que le développement des cultures, correspondant h un très grand essor industriel en Europe, avait été le plus rapide, et Ton sait quelle crise intense amena l'arrêt presque complet des exportations américaines. Aujourd'hui la production cotonnière des États- Unis est à peu près double de ce qu'elle était à la veille de la guerre. La récolte de 1899, il convient de le remarquer, sans être très mauvaise, n'a guère été que passable, sinon même médiocre, et s'est trouvée très sensiblement inférieure aux deux précédentes : en 1898, année qui marque le record obtenu jusqu'ici on avait recueilli 11.200.000 balles de coton pesant plus de 5 millions et demi de livres.

Pour avoir pris une pareille importance, il faut évi-

demment que la culture cotonnière ait rencontré aux États-Unis des conditions très favorables. La totalité du pays est cependant loin de s'y prôter, et l'on sait qu'elle est strictement cantonnée dans le Sud. Presque nulle part elle ne dépasse le *^T degré de latitude, qui passe par l'entrée de la baie Ghesapeake sur l'Atlantique et par le confluent de l'Ohio et du Mississipi; la grande culture se tient môme, en général, au-dessous du 36* degré; d'autre part, elle reste en deçà du 100° degré de longitude ouest de Greenwich. C'est seulement au début du XIX® siècle, avant les chemins de fer, puis aussitôt après la guerre de Sécession, alors que les plantations du Sud étaient dévastées et le coton excessivement cher, qu'on l'a cultivé un peu en dehors de ses limites actuelles, au nord de la rivière d'Ohio, dans la partie méridionale de l'Illinois et de l'Indiana, de même qu'à l'Extrôme-Ouest dans la Californie, l'Utah et le Nevada. Mais les cultures de ces régions ne furent jamais que bien restreintes et n'ont pas duré : la production du coton y est précaire et ne saurait, en temps normal, y être profitable.

C'est le climat qui maintient la culture cotonnière dans les limites que nous venons d'indiquer : en dehors d'elles l'hiver est trop long, l'été trop sec ou trop frais. Anciennement cultivé comme plante vivace, le coton l'est, aujourd'hui, aux État-Unis, — et dans la plupart des autres pays aussi, — comme plante annuelle. On n'a donc pas à s'inquiéter pour lui de la rigueur des froids de l'hiver; il faut seulement que la mauvaise saison ne soit ni trop précoce ni trop prolongée, afin de laisser à la plante assez de temps pour se développer et pour mûrir tous ses fruits. Il faut aussi que les chaleurs de l'été soient intenses, durables et accompagnées de pluies, non pas continues, mais fréquentes à partir

de la fin du deuxième mois qui suit les semailles. Toutes ces conditions se trouvent réunies dans le sud des États- Unis. En certains points de la région, dans une partie du Tennessee, de TArkansas, du Territoire Indien, la température moyenne de janvier est inférieure à celle du même mois à Paris; presque tout le Sud (sauf les bords môme du golfe du Mexique) est, d'ailleurs, exposé à subir des « vagues froides », qui y font descendre, pendant quelques jours, le mercure à 10 ou 15 degrés au-dessous de zéro, et des blizzards qui couvrent le sol de deux ou trois pieds déneige; mais ceci importe peu. L'essentiel est que l'hiver se trouve assez vite terminé pour que les labours puissent être faits du IS février au l®"" avril, par un temps plutôt sec; les semailles ont alors lieu en avril. Quelque humidité, sans excès, n'est pas nuisible à ce moment; mais, pourtant, pendant les six ou huit premières semaines, la plante ne demande pas de pluie : « Un mois de mai sec, dit-on dans le Sud, promet une bonne récolte. » Une températïire très élevée, jointe à des pluies assez abondantes, devient ensuite nécessaire ^ Dans toute la région cotonnière des États-Unis, la moyenne des mois de juillet et d'août dépasse 25 degrés, alors qu'elle n'atteint pas 19 degrés à Paris. Les gousses contenant la fibre de coton ne mûrissent pas toutes ensemble : on commence de récolter les premières dès le mois d'août ; la plus grande partie est recueillie avant la fin d'octobre; mais sur les sols compacts et argileux, la récolte peut se prolonger jusqu'au début de décembre. Aussi, pour permettre à toutes les gousses de mûrir, est-il désirable que la température se maintienne élevée le plus longtemps possible.

1. On peut suppléer aux pluies par l'irrigation, lorsqu'on dispose de grandes quantités d'eau : c'est ce qu'on fait, notamment, en Egypte et au Turkestan.

Tout en restant à l'intérieur des limites que la nature lai impose^ la culture du coton s'est cependant beaucoup étendue, on "peut môme dire déplacée aux États- Unis. Quinze Etats ou Territoires sont compris, en tout ou en partie, dans les limites du 37® degré de latitude et du 100® degré de longitude. Tous cultivent plus ou moins le coton, mais trois d'entre eux, la Virginie, le Kentucky et le Missouri, n'ont qu'une faible portion de leur surface au-dessous du 37® degré et ne possèdent que des cultures très restreintes. En Virginie, elles sont même en diminution; elles décroissent aussi dans le Tennessee; et dans la Caroline du Nord elles n'ont jamais recouvré toute l'importance qu'elles possédaient avant la guerre. Le progrès croissant des moyens de transport fait que la culture du coton, comme tous les genres de productions, tend à se concentrer dans les endroits qui y sont le mieux appropriés et à céder ailleurs la place h d'autres. Mais si elle a ainsi, depuis vingt ans, un peu reculé vers le Sud, elle s'est surtout avancée vers l'Ouest : en 1850, 12 p. 100 seulement de la récolte étaient produits h. l'ouest du Mississipi où, seul, l'État de Louisiane avait des cultures étendues; en 1860, la mise en valeur de l'Arkansas et du Texas commençait, et la part des États situés au delà du Mississipi dans la production cotonnière atteignait près de 30 p. 100; en 1880, cette proportion était un peu dépassée ; en 1890, elle s'élevait à 37 p. 100; en 1900, à 44 p. 100. Voici du reste, d'après le Census de l&OO, un tableau qui permettra de juger de l'extension prise parles cultures, dans les divers États, depuis vingt ans. Nous le complétons, en y joignant, pour la présente année 1903, l'évaluation des surfaces ensemencées, faite par le Financial and Commercial Chronicle de New-York, dont le3 statistiques font autorité :

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