‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 42 sur 103 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

I#a mise en valeur agricole de rOuest

et rirHgatioii.

Un des problèmes les plus importants qu'aient à résoudre les peuples occidentaux lorsqu'ils sortent de leurs pays humides, à pluies abondantes et surtout fréquentes, pour coloniser des terres nouvelles, c'est la mise en valeur des contrées où la précipitation atmosphérique, insuffisante ou répartie seulement sur une portion restreinte de Tannée, ne permet pas aux plantes cultivées de se développer normalement. Ces contrées couvrent d'immenses étendues : dans 1 Ancien- Monde, c'est à peu près tout le nord et une grande partie du sud de l'Afrique, l'Asie antérieure, TAsie centrale, une portion môme de l'Inde; dans le Nouveau, c'est l'Ouest des États-Unis, du 100® degré de longitude Ouest de Greenwich jusqu'aux Monts des Cascades et à la Sierra Nevada, c'est la moitié nord du Mexique, ce sont les hauts plateaux Andins et une portion même de la Côte Pacifique au Pérou et au Chili, c'est une très grande partie de l'Argentine ; en Océanie, enfin, c'est presque toute l'Australie. On voit combien le problème est important; mais les peuples, qui se trouvent aujour* d'hui à la tête de la civilisation, sont mal préparés à la résoudre.

Les Anciens l'étaient mieux : vivant eux-mêmes

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en des pays soumis à de longues sécheresses d*été, comme la Grèce et lltalie, où beaacoap de cultares n'étaient possibles qu'à Taide d'irrigations, ils avaient appris chez eux l'art d'aménager les eaux, et ils l'appliquaient tout naturellement dans les autres régions méditerranéennes où les portait leur activité. Aujourd'hui, les principales nations colonisatrices occupent le nord-ouest et le centre de l'Europe, pays particulièrement favorisés, où il pleut, non pas toujours beaucoup, mais en tonte saison, où les nuages qui couvrent souvent le ciel préviennent une évaporation trop active; la France même n'a que sept ou huit départements appartenant à la zone méditerranéenne, et encore à la portion de cette zone où le climat est le moins sec. 11 résulte de là que l'art de suppléer par l'irrigation à l'insuffisance des pluies s'est trouvé inutile à ces nations et qu'elles y sont fort inférieures aux peuples de l'antiquité. Il faut bien pourtant qu'elles l'apprennent maintenant, sous peine de laisser inculte une grande partie de leur domaine colonial. Il faut, en particulier, que nous l'apprenions, nous autres Français et, à ce titre, il est intéressant, pour nous, de voir ce que les Américains ont fait dans ces vastes territoires de rOuest qu'ils appellent eux-mêmes « arides o ou « semiarides ».

11 convient d'observer, d'abord, que plusieurs cas se présentent quand il s*agit de remédier, par l'emploi des eaux superficielles ou souterraines, à la mauvaise répartition des pluies. En premier lieu, il peut arriver que la nature amène, en quelque sorte, dans un pays aride les pluies qui tombent dans une contrée à précipitations abondantes, sous la forme d'un grand fleuve, dont le bassin supérieur se trouve dans cette dernière contrée : c'est le cas du Nil, qui amène, en Egypte, l'eau des

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pluies du Soudan oriental ; c'est aussi le cas du Niger, qui figure sur de vieilles cartes sous le nom significatif de « Nil des Noirs », et dont le cours supérieur et les hauts af&uents reçoivent des pluies abondantes, tandis que le cours moyen, de Djenné à Say, traverse l'extrémité sud-ouest du Sahara, en fertilisant une vallée qui devrait, un jour, ne le céder en rien à l'Egypte. Venant de pays à pluies régulières, les fleuves de ce genre débordent annuellement et rendent facile la tâche de l'homme, qui n'a plus qu'à régulariser leurs bienfaisantes inondations.

D'autres fois, le pays qu'il faut mettre en valeur, sans être traversé par des fleuves puissants venant de contrées pluvieuses éloignées, l'est par des cours d'eau descendant de régions montagneuses dont l'altitude arrête les vents pluvieux et qui emmagasinent l'humidité sous forme de glaciers ou tout au moins de neiges abondantes ; tel est le cas du Turkestan russe. Lorsque vient le printemps, c'est-à-dire précisément lorsque la sécheresse commence, ces neiges fondent et les rivières grossissent ; si les montagnes sont assez hautes pour porter des neiges perpétuelles, les rivières continuent à couler abondamment et à permettre des irrigations tout l'été ; si elles sont moins élevées, l'afQux du printemps tarit vite, et les cours d'eau baissent de nouveau ; le grand point est alors que la période de crue dure assez longtemps pour que les irrigations étendues qu'elle peut alimenter permettent de mener les récoltes à maturité.

Quand il n'en est pas ainsi, quand les cours d'eau qui traversent un pays sujet à sécheresses descendent de montagnes médiocres, d'où la neige disparaît dès la fin de l'hiver ou séjourne même à peine, les irrigations ne peuvent plus être qu'assez restreintes parce que les

rivières baissent beaucoup plus, tarissent presque quelquefois, au moment môme où Ton en aurait besoin. On ne peut suppléer, et encore bien imparfaitement, à leur décroissance que par la construction d'énormes réservoirs, dont les frais de premier établissement rendent coûteux l'emploi de l'irrigation et qui ne sont pas sans présenter des dangers. Nos colonies du nord de l'Afrique se trouvent malheureusement un peu dans ce cas et leur situation est aggravée par le déboisement d'une grande partie de leurs montagnes, qui sont ainsi moins propres à retenir les eaux de pluie ou de fonte des neiges.

Ënûn, l'eau susceptible de fertiliser un pays peut ne pas se trouvera la surface, mais dans le sous-sol, où elle s'est infiltrée et où elle forme parfois de vastes systèmes de rivières souterraines, drainant d'énormes étendues et atteignant ainsi un volume considérable, malgré la maigreur des pluies que reçoit la surface. Des puits, ordinaires ou artésiens, permettent alors de la recueillir. On sait les services que rendent ces eaux souterraines dans le Sahara algérien.

L'ouest des États-Unis rentre dans la seconde des classes de pays secs que nous venons de distinguer. 11 est traversé par des rivières venant non pas de pays à grandes pluies, mais de hautes montagnes qui, grâce à leur altitude, reçoivent un peu plus de précipitations atmosphériques que les plaines et les plateaux environnants. Ces montagnes, les Montagnes Rocheuses — ont une altitude qui n'est guère inférieure à celle des Alpes, avec plusieurs sommets de plus de 4.000 mètres; mais, comme la plus grande partie du territoire américain est située à une latitude plus méridionale que celle des Alpes, ce n'est qu'à l'extrémité nord, dans le voisinage de la frontière canadienne,, qu'on y trouve des glaciers

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et des neiges perpétuelles; encore celles-ci ne couvrentelles pas une grande étendue. Aussi la crue des rivières qui descendent de ces montagnes ne se maintient-elle pas, en général, durant tout Tété ; elle faiblit même assez vite dans la partie méridionale, dans l'Arizona, dans le Nouveau-Mexique, jusque dans le Colorado, et en quelques années, particulièrement peu favorisées, certains canaux d'irrigation doivent rester à

Nous avons eu déjà l'occasion de définir ce qu'on appelle la <c zone aride » aux États-Unis : c'est toute la partie du pays où il tombe moins de 500 millimètres d'eau de pluie par an. Notons qu'à Paris il en tombe à peine davantage, et qu'une portion de la Champagne n'en reçoit même pas autant ; mais la précipitation y est plus régulièrement répartie au cours de l'année que dans l'Ouest- Américain. Depuis le 100* degré ouest de Greenwich jusqu'aux Monts des Cascades et à la Sierra Nevada, qui en marquent à peu près exactement les limites, cette zone couvre près de 3 millions de kilomètres carrés, soit assez sensiblement plus du tiers, presque 40 p. 100 des États-Unis (non compris l'Alaska et les annexions qui ont suivi la guerre hispano-américaine). Huit États : le Montana, l'Idaho, le Wyoming, le Colorado, TUtah, le Nevada, l'Arizona, et le Nouveau- Mexique s'y trouvent entièrement contenus. Les trois États riverains du Pacifique, Washington, Oregon et Californie, ont dans cette zone au moins la moitié de leur surface, dont le reste est, au contraire, bien arrosé ; on les comprend avec les huit précédents sous la dénomination d'États arides. En outre, sur sa limite est, la zone aride englobe près de la moitié des deux Dakotas et du Nebraska, une importante partie du Kansas, de TOklahoma et du Texas. Ces six États sont dési-

nS LES ÉTATS-UNIS AU XX* SIÈCLE

gnés, par les auteurs américains, sous le nom d'États « semi-arides » ou « sous-arides ».

La colonisation n'a guère abordé le pays aride qu'après 1870. A cette époque, il ne se trouvait, sur les 3 millions de kilomètres carrés des onze États arides, que 990.000 habitants, dont 560.000 en Californie, où les mines d'or avaient attiré dès le milieu du siècle une importante immigration et 430.000 seulement dans les autres États; en 1880, la population de la même région n'atteignait encore que 1.767.000 âmes, dont 903.000 hors de Californie; en 1890, elle passait à 3.102.000, dont 1.894.000 hors dudit État; en 1900 enfin à 4.091.000 dont 2.606.000 dans les dix États ou Territoires autres que la Californie. C'était encore bien peu, par rapport à la surface, d'autant que la population habitant en dehors des villes ne comprenait que 2.430.000 âmes, dans l'ensemble, et seulement 1.723.000, si l'on ne compte pas la Californie. Et il convient de remarquer que cette population n'habitant pas les villes est loin d'être tout entière une population rurale, car elle vit en partie dans les petits camps miniers, dispersés un peu partout sur les plateaux des Rocheuses.

Cet effectif humain si faible a obtenu déjà des résultats étonnants. Non contents de faire vivre, sur leurs maigres pâturages, 8 millions et demi de hôtes à cornes et 33 millions de moutons, animaux peu exigeants, les colons des États arides ont déjà soumis à l'irrigation i:J.900.000 hectares de terres, soit une surface égale à colle de cinq départements français ; et les récoltes produites par ces terres en 1899 ont atteint une valeur de 437 millions de francs.

C'est cette étendue des irrigations qui est peut-être le fait le plus remarquable du développement de l'Ouest. C'est un de ceux, en tout cas, auxquels les Américains

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