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LES FORCES MOTRICES DANS L'INDUSTRIE

leur production économique de force, la facilité de leui entretien, leur adaptabilité à nombre d'usages variés. Bien qu'on en construise aujourd'hui de très puissants, il semble que le petit atelier, sinon l'atelier familial, doive rester leur champ principal ; leur force moyenne n'est du reste que de 9 chevaux.

La vieille énergie hydraulique qui était, jusqu'au milieu du XIX® siècle, la plus employée de toutes les forces naturelles avait semblé un moment devoir être reléguée, elle aussi, dans la petite ou du moins la moyenne industrie; les grandes usines l'abandonnaient de plus en plus pour la vapeur, plus maniable et plus régulière : de 1870 à 1890, l'augmentation de la puissance hydraulique employée par l'industrie américaine avait été presque insignifiante. De 1890 à 1900, elle a été bien plus considérable, atteignant près de 40 p. 100. C'est que les appareils propres à utiliser la force des chutes d'eau se sont beaucoup perfectionnés dans ces derniers temps, que la colonisation s'est développée dans la région des Montagnes Rocheuses, où ces chutes abondent, et aussi qu'une industrie particulière, pour laquelle la force hydraulique est particulièrement employée parce qu'elle abonde à proximité des lieux où cette industrie s'exerce, a pris une très grande extension. Nous voulons parler de l'industrie du papier et de la pulpe de bois qui envahit, et n'est pas sans exploiter d'une manière peut-être trop hâtive, les forêts du New- York, de la Nouvelle-Angleterre, du Wisconsin et du Minnesota. De 65.000 chevaux hydrauliques qu'elle employait dans l'État de New-York en 1890, elle est passée à 191 .000 en 1900; dans le New-Hampshire, le Maine, le Wisconsin les progrès sont à l'avenant. Enfin, le nombre de chevaux fournis par les moteurs hydrauliques ne rend plus aujourd'hui un compte exact de la

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puissance des chutes d^eau captées. Il y faut joindre une très grande partie de la force des moteurs électriques dont un grand nombre transforment en électricité Ténergie hydraulique. Or, pour les seules applications industrielles, la puissance électrique utilisée s'élève à près de 500.000 chevaux dont 311.000 employés par les propriétaires et 184.000 loués à des stations centrales. Il faudrait multiplier plusieurs fois ce chiffre pour avoir la force électrique employée aux transports, à l'éclairage et à une foule d'applications diverses. Aussi l'énergie hydraulique joue-t-elle un rôle beaucoup plus vaste qu'il n'apparaît à première vue et toute une nouvelle série d'emplois s'ouvre devant elle. Eclipsée un moment par la vapeur, c'est en elle qu'aujourd'hui on salue, de toutes parts, la reine de l'avenir.

L'utilisation croissante de l'électricité, qui a opéré ce changement, est le trait le plus caractéristique de la' période qui sépare les deux derniers Censws américains. Elle n'était que tout à fait à ses débuts en 1890 ; elle règne déjà en maîtresse dans l'éclairage et les transports urbains en 1900; et elle commence aussi d'avoir un assez grand nombre d'applications dans l'industrie proprement dite. Le transport de la force par l'électricité, découvert à la fin du xix® siècle, ne peut se comparer comme importance qu'à l'application de la vapeur à la production de la force, rendue pratique pour la première fois à la fin du xviii® siècle. Grâce à lui des énergies immenses, impossibles à utiliser sur place, peuvent être captées dans les montagnes les plus reculées et transmises à des centaines de kilomètres aux points où elles trouveront le mieux leur emploi ; des villes peuvent être éclairées, leurs habitants transportés grâce h ces forces éloignées. A côté des dynamos d'une puissance énorme qui permettent de réaliser ces grands

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travaux, de petits moteurs de quelques chevaux, de fractions de cheval môme peuvent être branchés sur les circuits électriques des villes, faciliter le travail de l'artisan dans sa- famille, produire peut-être une résurrection partielle de certaines petites industries.

Toutes ces applications électriques variées, sont flo-» Tissantes aux États-Unis. Dans la ville de New-York un très grand nombre de moteurs, dont la puissance totale estde 50:000 chevaux tirent leur force du courant distribué par la New-York Edison Company. Aux chutes du Niagara se trouvent deux grandes entreprises, qui ont licence d'utiliser 200,000 chevaux prélevés sur cette immense force hydraulique, qui l'emporte à elle seule sur l'ensemble de toutes les forces motrices utilisées en France avec ses 6 à 7 millions de chevaux. Transmis à Buffalo à 40 kilomètres de là, le courant électrique éclaire la ville, meut ses tramways et distribue la force à un grand nombre d'industries du voisinage. Sur la côte du Pacifique, la force hydraulique de la rivière Yuba est transportée de la Sierra Nevada à San-Francisco par deux lignes de conducteurs, l'une en cuivre, l'autre en aluminium, dont la plus longue n'a pas moins de 350 kilomètres et qui sont parcourues par un courant triphasé à la tension énorme de 60.000 volts; la force transmise s'élève à 16.000 chevaux.

Plus au Nord, 8.000 chevaux sont pris aux chutes de la Snoqualmie et transportés, à travers les monts dos Cascades, jusqu'aux jeunes villes de Tacoma et de Seattle, soit à une distance de 72 et 48 kilomètres : la transmission se fait à la tension de 25.000 volts, également sur des fils d'aluminium.

Les chutes ainsi captées sur les montagnes voisines du Pacifique compensent un faible volume par une très grande hauteur ; les Américains n'ont pas été moins

habiles à utiliser la faible dénivellation du Sault-Sainte- Marie, entre les lacs Supérieurs et Huron, qui n'ont que 6 mètres de différence de niveau. Malgré l'activité de la navigation sur le canal qui contourne les rapides et où passe un tonnage très supérieur à celui du canal de Suez, ils ont pu, en prenant des mesures pour réduire, grâce à des vannes compensatrices, la quantité d'eau qui sort du Lac Supérieur par son déversoir naturel, tirer de là une force de 20.000 chevaux, que l'on propose d'augmenter encore.

Dans les applications de l'électricité, les États-Unis ne se sont ainsi laissé devancer par aucune autre nation. Les immenses forces hydrauliques qu'ils possèdent leur garantissent du reste un aussi brillant avenir avec la nouvelle force motrice qu'avec la vapeur et, si l'utilisation de la houille blanche produit au cours de ce siècle une révolution industrielle, l'Union américaine est assurée de n'en pas souffrir.

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