PRODUCTION MINÉRALE DES ÉTATS-UNIS EN
Minerais et substances non métalliques.
Tonnes métriques .
Charbon bitumineux. . 234.393.529
Anthracite 37.604.343
Briques et poteries. . . »
Pétrole brut 12.174.961
Minerai de fer 35.190.299
Pierre à bâtir (en 1901). »
Gaz naturel »
Ciment de Portland . . 3.000.000
Autres ciments 1,236.110
Sel 3.029.022
Calcaire (fondant) . . . 9.644.931
Phosphates de chaux. . 1.488.103
Ardoises (1901) .... 394.072
Blanc de zinc 46.929
Borax 15.605
Sulfate de cuivre. . . . 22.119
Métaux :
Fer en gueuses 17.890.059
Ferronianganèse . . . . 216.389
CuiTre 277.064
Plomb 254.489
Zinc 143.552
Aluminium 3.322
Or (en kilogrammes). . 120.269
Argent — . . 1.726.229
Millions de dollars.
Valeur par lonnn.
loa doU.)
l'industrie minière 265
production minérale des états-unis en 1902 {suitc.) Produits minéraux et chimiques secondaires.
Tonnes MiUions Valeur
métriques. de dollars. par ioune
(endoll.)
Coke 20.947.421 51.9 2.48
Blanc de plomb .... 104.011 12.0 115.16
Soude 562.000 10.3 1«.31
Sulfate d'ammoniaque . 65.000 4.3 65.61
D'après ces chiffres, les États-Unis sont de beaucoup au premier rang des pays producteurs pour les trois matières les plus essentielles de l'industrie moderne : le charbon, pour lequel ils fournissent exactement un tiers de la production mondiale, le fer, pour lequel leur part est de 40 p. 100, le cuivre où elle dépasse la moitié ; ils occupent encore la première place pour le pétrole, le phosphate de chaux, le plomb, l'argent et l'aluminium S que Ton regarde quelquefois comme le métal de l'avenir et dont la consommation est certainement destinée à se développer beaucoup ; pour l'or, ils sont dépassés seulement, et de bien peu, par l'Australie 2 ; pour le zinc, par l'Allemagne. On voit qu'aucun pays n'est aussi complètement doué par la nature de richesses minérales de toutes sortes : combustibles, métaux précieux, métaux usuels. Si haut qu'on estime les qualités de leur population, il n'est pas injuste de dire que les merveilleuses ressources de leur sous-sol
1. Cependant, c'est en France qu'on extrait le plus de bauxite, principal minerai de Taluminium ; mais on en expédie une partie aux États-Unis pour y être traitée.
2. En 1899, le Transvaal avait dépassé les États-Unis et l'Australie ; il paraît certain qu'aussitôt les effets de la guerre effacés, c'est-à-dire en 1905, sinon en 1904, il se retrouvera de nouveau au premier rang.
206 LES ÊTATS-CxNIS AU XX® SIÈCLE
contribuent^ plus peut-être que toute autre cause, à leur puissance économique.
Il faut, d'autre part, rendre hommage à l'extraordinaire activité avec laquelle ces ressources ont été mises en valeur. Si l'on songe qu'en 1880, les États- Unis ne produisaient encore que 83 millions de tonnes de charbon et 3.800.000 tonnes de fer, moitié moins que l'Angleterre, h peine plus que l'Allemagne, et 27.000 tonnes de cuivre, moins que l'Espagne ou le Chili, on mesurera le chemin parcouru depuis lors et le changement profond apporté par l'avènement de l'Amérique dans la situation industrielle du monde.
Les gisements minéraux américains sont loin d'être également répartis sur toute la surface du pays. Pour ne prendre que les deux catégories les plus importantes : les combustibles minéraux et les métaux, on voit que la plus grande partie des premiers, et notamment la houille, se trouve concentrée le long de la chaîne des Alleghanys et dans les États qui sont situés immédiatement au sud des Grands Lacs, Ohio, Indiana, Illinois. Richement pourvue à ce point de vue, cette région est pauvre en métaux; elle ne contient guère que quelques gîtes de minerais de fer en Pennsylvanie — ceux-ci aux trois quarts épuisés — et dans l'Alabama, où ils sont plus abondants. Les richesses métalliques se trouvent presque uniquement dans rOuest : sur les bords du Lac Supérieur, où l'on exploite d'immenses gisements de minerais de fer et de très belles mines de cuivre, puis surtout dans les Montagnes Rocheuses, où s'accumulent l'or, l'argent, le plomb, la plus grande partie du cuivre; par contre, ces grands territoires métallifères des Rocheuses et du Lac Supérieur possèdent fort peu de charbon ; la découverte, encore récente, des pétroles californiens est
l'industrie minière 267
venue compenser en partie cette pauvreté. Entre les deux régions minières, les États des Prairies, des grandes plaines situées entre le Mississipi et le pied des Rocheuses paraissent contenir peu de minéraux, à l'exception de quelques bassins houillers secondaires, des importants dépôts de zinc du Kansas et du Missouri, et des vastes gisements de pétrole découverts au Texas il y a deux ans à peine, tout près de la côte du golfe du Mexique.
La distribution des produits minéraux fait ressortir la supériorité naturelle de la partie des États-Unis située à l'est du Mississipi sur celle qui est à l'Ouest. La première est infiniment mieux pourvue de combustible, et comme celui-ci, matière encombrante, coûte très cher à transporter relativement à sa valeur intrinsèque, c'est dans les régions où on le trouve abondamment sur place que l'industrie tend à se développer surtout. D'ailleurs, la proximité des côtes, les rivières navigables, les canaux qu'il a été assez facile de construire, et, plus que toute autre chose, les Grands Lacs permettent d'effectuer les transports des matières lourdes beaucoup plus aisément à l'est du Mississipi qu'à l'ouest, où les bonnes voies de communication naturelles font défaut ; la navigation sur les Grands Lacs, notamment, en permettant de transporter pour un prix infime les minerais de fer du Lac Supérieur à proximité des houillères de l'Ohio et de la Pennsylvanie, est en quelque sorte la cheville ouvrière de l'industrie américaine. Il faut observer, toutefois, que l'infériorité industrielle de l'Ouest tend h s'atténuer par suite de deux causes : la découverte de vastes gisements de pétroles en Californie et au Texas, et d'autres, moins importants, en divers États situés au pied des Rocheuses, puis l'utilisation des nombreuses chutes
d'eau qui donneront à l'industrie la force dont elle a besoin; néanmoins^ comme l'Est ne manque pas non plus de forces hydrauliques, il semble que la suprématie devra lui rester.
Les bassins houillers des États-Unis s'étendent sur une surface totale de plus de 700.000 kilomètres carrés : 183.000 kilomètres carrés pour le bassin Appalachien, le plus oriental, qui s'allonge sur les flancs des Alleghanys, depuis la Pennsylvanie jusqu'à l'Alabama, à travers l'Ohio, le Maryland, les deux Virginies, le Kentucky, le Tennessee ; 150.000 kilomètres carrés pour le bassin Intérieur de l'Est dans Tlndiana, l'Illinois et la partie ouest du Kentucky ; 28.000 kilomètres carrés pour le bassin Intérieur du Nord, dans le Michigan ; puis viennent : le bassin Intérieur de l'Ouest et du Sud qui s'étend sur 244.000 kilomètres carrés, de riowa au Texas, par le Nebraska, le Missouri, le Kansas, l'Arkansas, le Territoire Indien; le bassin des Montagnes Rocheuses (113.000 kilomètres carrés), allongé de la frontière canadienne presque jusqu'à la frontière mexicaine ; enfin le petit bassin du Pacifique, qui n'a que 2.500 kilomètres carrés et se compose de plusieurs dépôts dispersés, dont les principaux sont dans le Washington. On n'a pas évalué la contenance totale de ces bassins ; mais les plus riches, de beaucoup, tant par la quantité que par la qualité du charbon qu'ils contiennent, paraissent être l'Intérieur de l'Est et surtout l'Appalachien, où l'on trouve d'excellentes houilles à coke, notamment dans le district de Connelsville, et des charbons à vapeur presque égaux au cardiff. Dans l'ensemble, on estime que 55 p. 100 des surfaces houillères que nous venons de passer en revue sont exploitables. Il faut y joindre le petit, mais extrêmement puissant, bassin d'anthracite qui s'étend
l'industrie minière 269
suri. 280 kilomètres carrés de la Pennsylvanie occidentale, plus près encore de la mer que les houillères du bassin Appalachien, et qui fournit une production annuelle moyenne de plus de 80 millions de tonnes. Enfin, il existe aux États-Unis de vastes dépôts de lignite qui ne sont pas exploités pour le moment, mais constituent une réserve supplémentaire pour Tavenir*.
On a extrait, en 1902, du bassin Appalachien, les deux tiers de la houille proprement dite, ou charbon bitumineux, produite aux États-Unis : plus de 186 millions de tonnes sur 234 millions. Comme le bassin de l'anthracite se trouve contigu audit bassin Appalachien, on voit que cette région a fourni, en tout, près de 194 millions de tonnes de charbon, c'est-à-dire plus de 70 p. 100 de la production américaine. Les parties les plus productrices sont les deux extrémités du bassin, et surtout la portion nord, où la Pennsylvanie extrait 89 millions de tonnes, l'Ohio 21 millions et demi, la Virginie de l'Ouest 24 millions et demi, le Maryland 8 millions ; la production de ces quatre États réunis n'était, en 1880, que de 28 millions et, en 1890, que de 88 millions ; elle est aujourd'hui de 140 millions de tonnes. A l'extrémité sud, l'Alabama en extrait 9 millions et demi; dans la partie centrale, la Virginie, le Kentucky et le Tennessee fournissent respectivement 3, 6 et 4 millions de tonnes. Abondant comme il l'est, le combustible est naturellement bon marché dans tous ces États. Les prix moyens, sur le carreau de la mine, varient (pour 1902)
1. Pour l'étude de l'industrie houillère américaine, nous nous sommes servi, à côté de The Minerai Industry, des intéressantes et substantielles études de M. Ed. Lozé, d'Arras, dont la compétence en tout ce qui touche à la production du charbon est universellement connue , et notamment de ses intéressants articles dans l'Economiste français des 31 mai, 44 et 28 juin 1902.
de 1 doll. Oo la tonne métrique dans le Kentucky à 1.38 dans le Tennessee; en Pennsylvanie et dans TOhio, ils sont de 1.19, soit 6 fr. 20 environ; dans les deux Virginies, de 1 .15 ou 6 francs. Ce sont ces houilles da Pennsylvanie et surtout des Virginies que Ton a commencé d'exporter en Europe ces dernières années, et qui pourront y arriver, dans l'avenir, en quantités <;dusidérables.
Le bassin intérieur de l'Est contribue à la production pour 34 millions et demi de tonnes, dont 27 dans rillinois et le reste dans Tlndiana ; si l'on voulait être tout à fait juste, il faudrait lui attribuer encore la moitié de la production du Kentucky. C'est dans ce bassin que les prix sont les plus bas : 1 doll. 04 à 1 doll. 05, soit 5 fr. 40 environ la tonne œiétrique. Le bassin intérieur du Nord ne possède h son actif que les 800.000 tonnes du Michigan. Du bassin intérieur de l'Ouest, si étendu pourtant, on n'extrait que 19 millions de tonnes environ, répartis entre les divers États qui le composent, à raison de 2 à 5 millions de tonnes pour chacun d'eux ; les prix sont ici plus élevés et varient de 1 doll. 21 dans TArkansas à 1 doll. 76 dans le Territoire Indien, c'est-à-dire de 6 fr. 25 à 9 fr. 10 la tonne. Cette région des prairies, dépourvue de bois, à hivers très froids et très longs dans le Nord, est obligée de faire venir du charbon des régions voisines, plus favorisées. Le bassin des Montagnes Rocheuses comprend un producteur important, le Colorado, avec 6.700.000 tonnes; l'État voisin de Wyoming extrait 4.200.000 tonnes ; l'Utah, le Nouveau-Mexique et, plus au Nord, le Montana, en produisent de 1 million à 1 million et demi chacun, ce qui porte la production totale du bassin à 15 millions; les prix ne sont que de 1 doll. 23 au Colorado et s'élèvent à 1 doll. 55 au Nouveau-Mexique. Enfin, sur la côte du Pacifique, la Californie et TOre-
l'industrie minière 271
fçon, presque entièrement dénués de houille, n'en extraient que 80.000 et 260.000 tonnes respectivement ; le Washington, seul, en produit une quantité importante, près de 2 millions et demi de tonnes, évaluées à 2 doU. 16, c'est-à-dire plus de 11 francs la tonne métrique. Cette cherté du charbon, qui n'est que relative, puisque ce dernier prix est encore un peu inférieur à ceux pratiqués en général dans notre bassin du Nord, a été, jusqu'à présent, nous l'avons dit déjà, une grande cause d'infériorité industrielle pour la région du Pacifique.
On est tenté, au premier abord, d'être surpris par le faible prix des charbons américains dans les États grands producteurs. Les salaires y sont si élevés, qu'il semble presque incompréhensible qu'on puisse produire, avec avantage, de la houille à 5 ou 6 francs la tonne et môme, en certaines années, h 4 francs, voire au-dessous. Mais ici, comme partout en Amérique, l'abaissement du prix de revient, malgré la cherté de la main-d'œuvre, s'explique par l'emploi des machines poussé aussi loin qu'il est possible. Les baveuses mécaniques, encore bien peu usitées en Europe, sont d'un emploi tout à fait courant en Amérique, et les ouvriers, après les avoir vues tout d'abord d'un mauvais œil, les ont assez vite acceptées, car ils se sont rendu compte qu'elles augmentaient non seulement leur sécurité, mais aussi, comme le fait ressortir M. Ed. Lozé, la demande de main d'œuvre, grâce à l'énorme accroissement de la production qui exige l'emploi de plus nombreux ouvriers auxiliaires, chargeurs et autres. C'est certainement l'usage des machines qui a permis h l'extraction des charbons de se développer, aux Etats Unis, avec une si prodigieuse rapidité.
De 1896 à 1902, c'est-à-dire en six ans, cette produc-
tion, SOUS l'impulsion d'un très grand essor industriel, a augmenté de près de 100 millions de tonnes^ passant de 174 h 272 millions de tonnes, houille et anthracite compris ; encore convient-il de remarquer que l'extraction de l'anthracite a été réduite par la grande grève de 1902 très au-dessous de son chiffre normal. Sans cette interruption de travail, elle eût certainement atteint un chiffre voisin de celui de 1901, c'est-à-dire 61 millions de tonnes au lieu de 37 millions et demi, et l'ensemble de la production des États-Unis se serait ainsi élevé à 295 millions de tonnes environ. Celle de la Grande-Bretagne n'a été que de 230 millions, alors qu'en 1898 elle dépassait légèrement les États-Unis; celle de l'Allemagne de 150 millions (dont 43 de lignite). La grande fédération américaine occupe bien décidément et définitivement la première place dans le monde. Sa production se serait même développée plus vite encore si elle n'avait été limitée par une cause tout à fait extrinsèque : l'insuffisance des moyens de transport du combustible. Les Compagnies avaient beau presser autant que possible la construction des wagons, elles étaient toujours, pendant ces années d* exceptionnelle et croissante prospérité que l'Union vient de traverser, en arrière de la demande, à tel point que les mines ont été obligées parfois de ralentir l'extraction, non faute de commandes, mais parce que le charbon à livrer s'accumulait chez elles sans qu'elles pussent l'expédier.
L'activité industrielle paraissant diminuer, il est probable que cet inconvénient ne se produira plus, mais ce sera maintenant la moindre importance des commandes qui pourra ralentir, sinon arrêter, les progrès de la production houillère. Les producteurs seront alors incités à se tourner de plus en plus vers le marché extérieur, qu'ils ont déjà commencé d'exploiter, mais auquel l'in-
l'industrie IUNIÈRB 273
tensité de la consommation indigène les a empêchés, jusqu'à présent, d'attacher une grande importance. Cependant, depuis 1890, les États-Unis ont exporté chaque année plus de charbon qu'ils n'en importaient, et le total de ces exportations a constamment dépassé 1 million de tonnes. A partir de 1898, elles sont devenues réellement importantes. On en jugera par le tableau ci-dessous :
EXPORTATIONS ET IXPORTÀTiONS DE CHARBON AUX ÉTATS-UNIS (en longues TONNES DE 1.016 KILOGRAMMES)
Exportations.
Importation».
Charbon.
Coke.
Charbon.
Coke,
On voit qu'en 1900 les exportations ont dépassé 8 millions et demi de tonnes métriques, en tenant compte de ce qu'il faut environ une tonne et demie de houille pour faire un tonne de coke. Des 7.917.000 tonnes de houille exportées en cette année, où le mouvement atteignit son maximum d'intensité, 5.422.000 se dirigeaient vers le Canada, 223.000 vers l'Amérique centrale et méridionale, 664.000 vers le Japon, 760.000 vers le Mexique et 635.000 seulement vers l'Europe, le reste allant en des pays divers. Les importations venaient pour 1.484.000 tonnes du Canada (Colombie britannique) : si l'est des États-Unis alimente l'est du Canada, la côte Pacifique du Canada fournit, par contre, la côte Pacifique des États-Unis, qui faisait venir, en outre, 232.000 tonnes d'Australie; 119.000 tonnes seulement
venaient d'Europe. En 1902, les exportations vers l'Europe étaient retombées à 187.000 tonnes, et les arrivages d'Europe montaient, au contraire, à 457.000 tonnes ; le mouvement se trouvait renversé.
Il semble assez peu probable que ce renversement dure. La consommation intérieure diminuant, les producteurs américains prendront des mesures pour exporter. Au début de 1902, il en coûtait, d'après M. Lozé, 7 à 8 francs pour transporter les charbons américains de Pennsylvanie ou de Virginie des mines à la côte, et une dizaine de francs pour leur faire traverser l'Atlantique, ce qui les faisait ressortir, en Europe, à 23 ou 24 francs ; mais le premier de ces prix est peut-être susceptible de réduction par une entente entre les mines et les Compagnies de chemins de fer, qui obéissent souvent aux influences des mêmes capitalistes ; le second ne semble guère devoir augmenter et pourrait diminuer aussi, si les Américains donnent suite à leurs projets d'extension et de primes à la marine marchande ou, simplement, si les transports s'organisent mieux, les envois de charbon cessant d'être occasionnels pour devenir réguliers. Enfin, les affaires allant, en général, moins bien à l'intérieur, on doit envisager une baisse des prix à la mine, qui pourrait parfaitement atteindre 1 franc à 1 fr. 50 la tonne sans les ramener au-dessous des cours cotés de 1895 à 1898, alors que les houilles de Pennsylvanie et de Virginie valaient moins de 4 francs.
Il résulte de toutes ces considérations que les ventes des charbons américains dans la Méditerranée aux environs, sinon au-dessous, de 20 francs la tonne ne paraissent rien avoir d'impossible dans un prochain avenir. Elles pourront alors prendre de grandes proportions et, dans le Vieux-Monde, de môme aussi, sans doute, que dans l'Amérique du Sud, la lutte s'établira entre les
L'iNDUSTHIE MINIERE 275
Etats-Unis et l'Angleterre. Gomme les prix des charbons anglais ont une tendance générale h s'élever par siiite de l'approfondissement et de l'épuisement relatif des mines, tandis que l'Amérique du Nord — sauf peutêtre en ce qui concerne l'anthracite — n'a guère fait qu'effleurer ses ressources, on peut prévoir le jour où les États-Unis, en attendant la mise en valeur des houillères de la Chine, seront les grands fournisseurs de charbon du monde entier, l'Europe du Nord et du Nord-Ouest restant seule le domaine des exportations britanniques.
Les États-Unis sont, également, au premier rang de tous les pays du monde pour la production des combustibles minéraux autres que le charbon. Ces combustibles sont de deux sortes : le pétrole et le gaz naturel. Le pétrole est l'une des denrées qui sont le plus utiles à la civilisation moderne, et dont l'emploi se développe le plus rapidement aujourd'hui. Il a trois catégories d'usages : comme éclairant, il constitue, souvent, la moins dispendieuse des sources de lumière artificielle ; comme combustible, il peut, avantageusement, remplacer la houille dans les contrées où elle est chère; comme agent de force motrice, il est de plus en plus employé, grâce aux perfectionnements des moteurs à explosion, si légers et si commodes. L'existence des huiles minérales a été découverte depuis bien des siècles : les anciens Mages connaissaient déjà les sources de napthe des bords de la Caspienne; mais les États- Unis sont le premier pays où le pétrole ait été extrait industriellement : il l'est depuis plus de quarante ans en Pennsylvanie. Longtemps l'Union américaine est restée, de beaucoup, le principal producteur du pétrole : il y a vingt ans, elle fournissait encore les deux tiers de l'extraction du monde entier. Mais, si rapidement
que se soient développés, depuis lors, les champs d*huilc des Alleghanys et de l'Ohio, ils ont été dépassés parles énormes gisements de Bakou : en 1898, la Russie a pris le pas sur les États-Unis et a conservé le premier rang jusqu'en 1902, oîi l'Amérique l'a reconquis, grâce aux nouveaux bassins pétrolifères du Texas. États-Unis et Russie sont restés presque les seuls fournisseurs de pétrole du monde. En 1901 , les premiers en produisaient 8.839.000 tonnes métriques, la seconde 10.880.000; tous les autres pays réunis n'en extrayaient guère plus de 1.500.000 tonnes, dont environ 400.000 pour l'Autriche-Hongrie, 300.000 pour la Roumanie, 400.000 pour Java et Sumatra, 180.000 pour l'Inde, 100.000 pour le Japon, 80.000 pour le Canada, 44.000 pour l'Allemagne, 30.000 pour le Pérou. L'ensemble de la production mondiale approchait ainsi de 21 millions et demi de tonnes, tandis qu'elle n'était que de 17 millions et demi, dont 7.831.000 tonnes pour la Russie et 8.513.000 pour les États-Unis, en 1897. L'accroissement est sensible, mais il a peine à se maintenir au niveau de la consommation. L'année 1902 a vu l'extraction américaine faire un énorme bond en avant qui l'a portée à 12.175.000 tonnes. C'est l'appoint des pétroles du Texas qui a déterminé cette forte augmentation. A l'heure actuelle, il y a quatre principaux bassins pétrolifères aux États-Unis, et un cinquième de moindre importance. Voici leur production pour 1898, 1900 et 1902, en milliers de barils (le baril valant 42 gallons américains ou 159 litres) :
Bassins. 1898. 1900. 1902.
Appalachien 31.625 35.541 30.500
DeLimarOhio 16.578 16.407 16.000
— Indiana. . . . 3.751 4.330 7.535
A reporter 51.954 56.278 54.035
l'industrie minière 277
Bassins. 1898. 1900. 1902.
neport 5 1. 954 56.278 54.035
De Californie 2.249 4.250 12.500
Du Texas 544 800 i 6.833
Des Montagnes Rocheuses :
Colorado et Kansas ... 738 590 822
Wyoming 3 7 10
Autres Etats 10 30 50
Totaux 55.500 62.539 84.251
Le bassin Appalachien est le plus ancien ; on voit que la production ne s'y développe plus, mais tendrait, au contraire, à se réduire, par suite de Tépuisement des nappes exploitées depuis longtemps, et malgré le forage de quelques nouveaux puits dans la Virginie de l'Ouest ; il en est de même de la partie du bassin de Lima située dans l'Etat d'Ohio, à relativement peu de distance de l'Appalachien; dans la portion ouest de ce bassin, dans rindiana, le développement continue encore; mais ce sont surtout les nouveaux champs d'huile de Californie et du Texas qui soutiennent la production américaine. Seulement il convient de remarquer qu'ils en modifient le caractère. Les pétroles du bassin Appalachien étaient éminemment propres à fournir des huiles légères et, notamment, des huiles d'éclairage. Ceux de Californie sont surtout bons h brûler et il y a peu d'avantages à les raffiner pour en tirer des huiles lampantes. Quant h ceux du Texas, dont la découverte est toute récente, puisque le grand champ d'huile de Bcaumont n'a commencé de produire qu'en 1901, ils semblent intermédiaires entre les précédents. Au début on les avait employés presque exclusivement comme combustibles; puis on s'est mis à construire un certain nombre de raf-
fineries, et il semble qu'on pourra tirer de ces pétroles une forte proportion d'huiles d'éclairage. Néanmoins, ils sont inférieurs, à ce point de vue, à ceux du bassin Appalachien.
L'emploi du pétrole comme combustible a rendu de très grands services à toute la région sud-ouest des États-Unis, où la houille est fort chère et où la découverte de l'huile minérale venait ainsi à point nommé; le pétrole se vendit d'abord en Californie à des prix infimes : 35, 20 et môme 10 cents le baril de 159 litres, pris au puits, aux environs de Los Angeles et de la rivière Kern. A San Francisco même, le cours était de 50 à 60 cents le baril, moins de 2 centimes le litre. Mais, alors, on n'avait pas encore aménagé en assez grand nombre les foyers de machine pour brûler de l'huile au lieu de houille, en sorte que la demande de combustible liquide était très inférieure à l'offre. Aujourd'hui, les prix se sont relevés parce que les modifications nécessaires ont été faites : au commencement de 1903, dit The Minerai Industry, il y avait environ 1.000 locomotives qui brûlaient du pétrole de Californie, et l'huile minérale avait à peu près partout supplanté la houille dans cet État. L'usage tend à s'en répandre de plus en plus; les essais faits par la marine américaine ont donné des résultats favorables et plusieurs grands navires ont déjà installé des foyers à pétrole.
Si utiles qu'ils puissent être au développement industriel des États où ils se trouvent, les nouveaux champs d'huile, ne viennent pas, on le voit, combler les vides que fîiit dans la production de l'huile d'éclairage, le ralentissement de l'extraction dans le bassin Appalachien et dans rOhio. Gomme, d'autre part, la consommation intérieure s'accroît, les exportations de pétroles américains n'ont pu se maintenir dans ces dernières années
l'industrib minière 279
qu'en réduisant les stocks au point le plus bas où ils aient été depuis longtemps. Les exportations totales des États-Unis ont été, en 1902, de 1.064.230.000 gallons (1 gallon américain = 3"*, 8) valant 68 millions et demi de dollars, dont 779 millions de gallons d'huile d'éclairage (illuminating oil), 19 millions et demi de gallons de naphte, 82 millions de gallons d'huile lubréfiante, 38 millions de gallons de résidus et 145 millions de gallons de pétrole brut. En 1901, l'exportation avait été de 1.079 millions de gallons, dont 827 millions d'huile d'éclairage et 127 millions de pétrole brut; en 1898, le total était de 998 millions de gallons, dont 765 millions d'huile d'éclairage et 120 millions de pétrole brut.
Ces chiffres sont significatifs. Devant l'accroissement de la consommation, les Etats-Unis peuvent à grand'peine continuer à alimenter les marchés qu'ils fournissaient jusqu'ici de pétrole lampant; cet état de choses s'est encore accentué au moment où nous écrivons, et c'est ce qui provoque la hausse des pétroles russes. Pour amener un mouvement en sens inverse, il faudrait que l'on découvrît de nouvelles sources d'huiles légères en Amérique. On en a bien trouvé quelques-unes en Californie. On a construit, d'autre part, nous l'avons dit, un certain nombre de raffineries au Texas; et le nouveau champ d'huile de Sour Lake, situé à une trentaine de kilomètres au nord de celui de Beaumont — le plus anciennement découvert, presque sur le bord du golfe du Mexique — paraît donner de l'huile de qualité supérieure. Enfin beaucoup de forages se font dans le Wyoming, où l'on peut espérer, sans être encore bien fixé que la production se développera. Somme toute, si les États-Unis ont sensiblement développé leur production de pétrole depuis l'entrée en ligne de la Californie et du Texas, on peut craindre — sauf nouvelles décou-
vertes toujours possibles — qu'il ne leur soit difficile de continuer à vendre au dehors autant d*huiles d'éclwrage qu'ils l'ont fait jusqu'ici.
Voisin du pétrole comme origine et composition chimique est le gaz naturel. Ce produit, qui doit sourdre ailleurs, comme dans l'Amérique du Nord, de certaines couches de sables des régions pétrolifères, n'est guère sérieusement utilisé qu'aux Ëtats-Unis, où il sert à maints usages industriels et domestiques. Des villes entières sont éclairées et chauffées au gaz naturel extrait des profondeurs du sol, soit que sa pression suffise à l'en faire jaillir de lui-même, soit qu'on se trouve obligé de le pomper. De môme que le pétrole, qui est amené par des tuyaux gigantesques des lieux de production à l'Atlantique, des conduites énormes emportent au loin le gaz naturel, parfois à une distance de plus de 300 kilomètres, du fond de la Virginie de l'Ouest à Cleveland et à Toledo sur le Lac Erié. En 1902, il en a été consommé plus que jamais : environ 200 milliards de pieds cubes ou 5 milliards et demi de mètres cubes. On le vend à très bon compte et on le gaspille même beaucoup, on Ta surtout gaspillé dans le passé; mais, calculée d'après les prix du charbon, cette consommation représenterait une valeur de 200 millions de francs; à 20 centimes, prix du gaz de houille à Paris, ce serait plus d'un milliard. Les « champs de gaz » de l'Ohio et de rindiana sont presque épuisés; mais en Pennsylvanie, et surtout en Virginie de l'Ouest, on découvre encore de nouvelles sources, et l'on en a reconnu d'autres auKansas et dans le Territoire Indien. Ce curieux produit du sous-sol paraît devoir contribuer pendant assez longtemps encore à fournir aux Américains de la chaleur et de la lumière à un bon marché exceptionnel.
Nous avons h traiter maintenant de la production des
l'industrie hinièrr 281
métaux aux Etats-Unis. Le premier, tant par la quantité que par la valeur totale, est le fer, dont il a été produit, enl902, à l'état de fonte brute, ou fer en gueuses, 17.890.000 tonnes métriques valant 289 millions de dollars; nous en parlerons longuement en étudiant l'industrie métallurgique; mais nous devons dire ici ce qui concerne l'extraction du minerai de fer lui-même. Les 34.636.000 tonnes qu'en produisent les États-Unis les classent au premier rang, de tous les pays,. bien loin en avant de l'Angleterre (13 millions et demi de tonnes), de l'Allemagne (8 millions et demi), de l'Espagne (8 millions), de la France (4 millions). Bien qu'extrayant ainsi plus de 40 p. 100 de la production du monde, ils ne suffisent pas à leurs besoins et doivent importer 1 .165.000 tonnes, dont près de 300.000 tonnes du Canada et la plus grande partie du reste d'Espagne; quelques minerais leur arrivent aussi de Grèce et d'Algérie.
En 1899, la production des minerais de fer, aux États- Unis, n'était encore que de 25 millions de tonnes ; en 1890, de 16 millions et demi de tonnes; en 1880, de 7 millions. La grande région minière de fer, la seule dont la production augmente, est celle du Lac Supérieur : au sud de ce lac, dans la partie septentrionale des États de Michigan et de Minnesota, se trouvent cinq ranges, ou lignes de collines qui recouvrent d'immenses gisements de minerais : deux d'entre elles, la Vermillon Range et la Marquette Range, ainsi nommée à cause du célèbre jésuite français, premier explorateur de ces contrées, voient leur production rester à peu près stationnaire depuis quatre ans, aux environs de 2 millions de tonnes pour l'une, de 3 millions et deini pour l'autre ; deux autres, la Menominee et la Gogebic, ont passé respectivement de 3.300.000 h 4.600.000 et de 2.800.000 à
3.700.000 tonnes dans Tintervalle 1899-1902 ; la cinquième, la Mesabi Ramge, a vu Textraction s'élever de '6.600.000 à 13.300.000 tonnes. Ensemble, les cinq ranges ont donné 27.571 .000 tonnes de minerai en 1902, contre 18.251.000 tonnes en 1899; les États du Sud (Alabama surtout) en fournissent 4.850.000, tous les autres, la Pennsylvanie et les États voisins en tête, n'en donnent ensemble que 2.215.000, et la production reste à peu près rigoureusement stationnaire. On peut se demander si l'exploitation ultra-intensive, à laquelle ils sont soumis, n'épuisera pas assez vite les magnifiques gisements du Lac Supérieur*, qui doivent tant d'avantages à la situation des mines tout près des bords du lac, où on les embarque directement pour les hauts fourneaux de Pennsylvanie; mais les Américains, confiants dans l'inlassable bienveillance de la nature à leur égard, comptent bien qu'on découvrira de nouvelles ranges productives ou de nouveaux bassins.
Après le fer, le cuivre est le plus important des métaux communs ; c'est celui dont la production s'est le plus rapidement développée, sous l'influence des applications électriques, pour lesquelles sa haute conductibilité le rend presque indispensable ; c'est aussi celui que les États-Unis produisent en plus grande quantité. Depuis vingt ans déjà, ils ont conquis la première place parmi les pays où l'on en extrait; en 1883, sur une production totale de 200.000 tonnes à peine, ils en fournissaient 50.000, l'Espagne 45.000, le Chili 40.000, l'Allemagne 15.000. En 1902 sur 533.000 tonnes, ils
1. Sur les 27 millions de tonnes produites, en 1902, par le bassin du Lac, 16 millions Tétaient dans les mines du trust de l'acier ; d'ailleurs, sur l'ensemble de l'extraction de ce bassin, 35 p. 100 seulement étaient mis en vente, le reste était traité dans les hauts fourneaux appartenant aux exploitants eux-mêmes.
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contribuent pour 277.000, l'Espagne pour 50.000, le Mexique pour 45.000, le Japon pour 30.000, l'Australie pour 29.000, le Chili pour 29.000 aussi, l'Allemagne pour 22.000. Us n'exploitent plus seulement les célèbres gisements du Lac Supérieur, dont la production n'a, du reste, cessé d'augmenter et atteint 77.000 tonnes pour 1902, mais aussi beaucoup d'autres mines dans les Montagnes Rocheuses, surtout dans le Montana au Nord (109.000 tonnes) et dans l'Arizona au Sud, (54.000). L'Utah et la Californie extraient, en outre, 11.000 tonnes chacun; le reste est réparti entre divers États.
La plus grande partie de la production du cuivre a toujours été concentrée en un assez petit nombre de mains : cinq Compagnies minières seulement fournissent environ la moitié de toute l'extraction américaine : la Calumet and Hecla (Lac Supérieur) avec 37.000 tonnes; VAnaconda (Montana) avec 34.000, en 1902, après en avoir extrait jusqu'à 60.000 en 1897; la Boston and Montana (Montana), 34.000 également; la Copper Queen (Arizona), 16.500 tonnes; VAinzona Copper Company, 14.000 tonnes. Ce petit nombre de producteurs a amené tantôt des ententes pour la hausse des prix, tantôt des guerres acharnées entre groupes opposés, et, comme les États-Unis, grâce à leur énorme production, dominent le marché mondial du cuivre, il en est résulté que les cours du métal ont subi d'énormes et violentes fluctuations. En définitive, les tentatives d'accaparement ont pourtant toujours échoué ; la hausse des prix provoquée artificiellement par la clôture ou la réduction de la production de certaines mines n'a fait qu'amener l'ouverture de mines nouvelles, d'où un recul des cours. Cet effet a été particulièrement sensible au Montana, où VAmalgamated Copper Company et le
groupe Heinze se sont livré des batailles homériques. Si puissants que soient les ti^sts et les concentrations de capitaux américains^ ils ne peuvent violenter la nature. 11 y a certainement une cause profonde de fermeté pour les cours du cuivre dans le développement constant et rapide des applications électriques; mais lorsqu'on cherche à les élever trop, on incite à accroître la production des mines indépendantes, dont il reste toujours un certain nombre, ou à en ouvrir de nouvelles; d'autre part, il y a une limite qu'on ne peut dépasser, sans quoi d'autres métaux, notamment l'aluminium, — nous avons eu déjà l'occasion de le dire, — se substitueraient au cuivre.
Il semble que les États-Unis ne soient pas près d'épuiser leurs réserves de métal rouge; si, depuis 1899 et surtout depuis 1900, la production n'a guère augmenté, c'est par suite d'une restriction volontaire. Les mines de cuivre du Lac, qui sont parmi les mines les plus profondes du monde, peuvent bien commencer à s'épuiser ; mais lors même que leurs minerais, remarquablement purs quoique pauvres ^ viendraient à manquer, les Montagnes Rocheuses recèlent certainement de très grands gisements. On en a découvert récemment dans ridaho dont la teneur va jusqu'à 9 p. 100 de cuivre, mais dont le manque de communications a rendu jusqu'ici le développement difficile. La métallurgie du cuivre fait, d'ailleurs, d'incessants progrès qui permettent d'exploiter des minerais moins riches et moins purs qu'autrefois. Parmi ces progrès, il faut noter le développement du procédé d'affinage par élec-
i. D'après les chifTres donnés par la Minerai Industry pour les principales mines du Lac (non compris Calumet and Hecta qui ne communique pas ses renseignements), le rendement par tonne de minerai est en général un peu inférieur à 1 p. iOO.
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trolyse, qui permet de recouvrer Tor et l'argent que contiennent en quantités petites, mais appréciables, presque tous les cuivres bruts. La production du cuivre électrolytique aux Etats-Unis est montée sur le pied de 278.000 tonnes par an S et fournit comme sous-produit, 27 millions d*onces d'argent évaluées à 65 millions de francs et 346.000 onces d'or, valant 35 millions.
En dehors de l'Amérique, on n'affine guère par ce procédé que 50.000 tonnes de cuivre ; mais, aux États- Unis, on tend de plus en plus h n'employer que lui, même pour les cuivres du Lac, dont la pureté le faisait autrefois considérer comme inutile, mais dont on tient, aujourd'hui, à extraire l'argent. On construit des usines d'affinage électrolytique jusque sur la côte du Pacifique ; quoique la main-d'œuvre et la plupart des denrées coûtent 60 p. 100 de plus à Seattle ou à Tacoma que da,ns l'Est, dit The Minerai Industry, on compte avoir tout de môme avantage à affiner là les cuivres produits dans les environs, parce que les nombreuses chutes d'eau mettent la force à un prix beaucoup moindre que dans l'Est, où il faut se la procurer à l'aide de charbon. C'est là un signe des temps, précurseur des déplacements que l'emploi de l'électricité pourra faire subir à l'industrie.
Le cuivre est un des articles d'exportation importants des États-Unis ; on l'exporte surtout affiné ; mais on en importe, d'autre part, soit à l'état d« minerai du Mexique ou du Canada, soit à l'état brut. En 1902, la production a été, y compris le cuivre sous forme de sulfate, de 281 .000 tonnes, l'importation (en minerai ou brut) de
1. Ce chiffre est supérieur à la production totale des mines américaines, mais il faut tenir compte qu'on extrait aux Etats- Unis 38.555 tonnes do cuivre de minerais étrangers importés, et qu'en outre on affine également du cuivre brut importé.
73.000, l'exportation de 168.000, la consommation intérieure de 216.000 tonnes. Les stocks s'étaient réduits de 96.000 tonnes au 1" janvier à 66.000 au 31 décembre. Le chiffre de la consommation est le plus élevé qu'on ait jamais atteint : il s'élève à quelque 40 p. 100 de celle du monde entier.
La prépondérance des États-Unis est moins marquée pour la production du plomb que pour celle du cuivre et elle s'est développée moins rapidement. Le plomb est, en notable partie, un sous-produit de l'extraction de l'argent, et l'on sait que, sous l'influence des bas cours, la production de ce dernier métal reste stationnaire. En 1902, les États-Unis ont extrait 254.500 tonnes de plomb contre 283.944 l'année précédente, 207.000 en 1898 et 147.000 en 1887. L'Espagne, qui vient après eux, en a produit 169.000 tonnes en 1901, l'Allemagne 123.000, le Mexique 94.000, l'Australie 90.000; les autres pays viennent loin en arrière et complètent un total de 893.000 tonnes métriques. Le plomb américain provient pour plus des deux tiers (180.000 tonnes) de minerais de plomb argentifère ; il est donc extrait surtout dans les grands États producteurs d'argent, le Montana et le Colorado, ainsi que dans le district de Gœur-d'Alène, situé dans l'Idaho.
Si grande que soit la production américaine, elle ne suffit pas tout à fait à la consommation. Il a été importé, en 1902, aux États-Unis, 96.000 tonnes de plomb (dont 31.000 sous forme de minerai destiné à être traité dans les fours américains) et il en a été exporté 72.000 tonnes seulement. L'année précédente, l'excédent des importations n'était, il est vrai, que de 11.000 tonnes. Néamoins, sauf dépression industrielle profonde, on peut considérer que les États-Unis ne sont pas un pays exportateur de plomb.
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Avec le zinc, nous arrivons à l'un des rares métaux où TAmérique du Nord ne tienne pas le premier rang des producteurs. Les États-Unis n'en extraient que 143.500 tonnes (1902), tandis que TAllemagne en produit 178.000 (1901); la Belgique en a fourni 127.000, la France et l'Angleterre une quarantaine de mille chacune, provenant pour la majeure partie du traitement de minerais étrangers, espagnols, italiens, algériens ou autres ; mais nulle part l'accroissement de la production n'est aussi rapide qu'aux États-Unis ; en 1897 ils n'extrayaient que 95.000 tonnes contre 150.000 en Allemagne, et il y a vingt ans, en 1882, 30.000 tonnes seulement. Les mines de zinc sont réparties en deux groupes principaux ; celui de Joplin, dans le Missouri et leKansas, qui produit environ 87.000 tonnes et celui de rillinois-Indiana qui en extrait 45.000. Le grand développement de l'extraction du zinc a fait aujourd'hui des États-Unis un pays exportateur.
Ils sont encore au second rang, sinon au premier, des producteurs de mercure. Ils en ont extrait, au cours de 1902, principalement en Californie, 1.195 tonnes, dont 459 ont été exportées. Ils viennent ainsi immédiatement après l'Espagne (1.500 tonnes), avant l'Autriche (500 tonnes) et la Russie (400 tonnes). La production totale du globe atteint à peine 4.000 tonnes; mais la part des États-Unis ne s'accroît guère depuis quelques années.
Enfin l'Union produit 3.300 tonnes d'aluminium contre 2.500 en Suisse, 1.200 en France, 1.100 en Allemagne et 500 en Angleterre, sur un total de 7.600 tonnes; il est vrai qu'elle importe une grande partie de la matière première : 16.000 tonnes de bauxite, principalement de France, et 6.000 tonnes de cryolithe du Groenland, alors qu'ils n'extraient eux-mêmes que 27.000 tonnes de
bauxite. Leurs immenses usines hydro-électriques du Niagara se consacrent, en grande partie, à cette produo tion.
11 nous reste à parler des métaux précieux. Les Etats- Unis sont ici, de nouveau, le plus riche pays du inonde, la valeur de Tor et de l'argent extraits de leurs mines en 1902 n'est pas moindre de 565 millions de francs S tandis que l'Australie, qui vient ensuite, n'arriTe qu'à 453 millions, avec la Nouvelle-Zélande. S'ils jouissent de cette primauté, c'est qu'ils sont le seul pays qui soit à la fois très grand producteur d'or et très grand producteur d'argent. Ce n'est guère que dans la Cordillère américaine, aux Etats-Unis surtout et principalement au Colorado, à un moindre degré au Mexique et au Pérou, que Ton a trouvé jusqu'ici d'importants gisements d'or et d'argent enchevêtrés, pour ainsi dire, les uns dans les autres. A considérer séparément les deux métaux^ les Etats-Unis, avec une production d'or d'un peu plus de 414 millions de francs en 1902, sont dépassés par l'Australie qui en a extrait pour 427 millions de francs^ et ils le seraient aussi de très loin par le Transvaal sans la néfaste guerre sud-africaine, dont les effets se font sentir encore ; on sait que, par suite du trouble persistant jeté par cette guerre, la production aurifère de l'ancienne République Sud-Africaine n'a été que de 180 millions de francs en 1902, et ne s'est encore relevée qu'à 300 millions en 1903. Tous les autres pays sont loin en arrière : l'Empire Russe n'a extrait en 1902 que 125 millions de francs d'or, le Canada 107 millions, le Mexique 58 et l'Inde 50 millions ; le reste compte à peine, en sorte que les Etats-Unis ont produit plus du quart de
1. L'argent est compté, dans ce total, non à sa valeur monétaire, mais à sa valeur commerciale ; la seconde ne représente que 40 p. 100 environ de la première.
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Tor extrait dans le monde en 1902, dont la valeur s'élève à 1.544 millions de francs.
Quant à l'argent, les États-Unis, qui en ont produit 1.726.229 kilogrammes, valaat plus de 150 million^ de francs, en 1902, sont légèrement dépassés par un autre pays, voisin cette fois, le Mexique, qui en a extrait 1.803.438 kilogrammes, dont la valeur commerciale est de 156 millions de francs. Ceci n'empêche pas leur production argentifère de dépasser le tiers de celle du monde entier, qui atteint 5.097.000 kilogrammes valant 443 jpaillions de francs.
On sait que l'or a été découvert pour la première fois en quantité appréciable aux États-Unis en 1848 dans la Californie. Les placers, ou alluvions aurifères de cet Etat, produisirent aussitôt d'immenses richesses. C'est en 1866 que l'extraction de l'or aux États-Unis atteignit son premier maximum, 53 millions et demi de dollars ou 275 millions de francs environ; les gisements s'épuisant, et les découvertes nouvelles se faisant rares, elle fléchit à 33 millions et demi de dollars en 1874 et 1875, remonta un instant à 51 millions en 1878, puis tomba de nouveau à 30 millions en 1883^; jusqu'en 1892, elle oscilla entre 30 et 35 millions de dollars ; pendant toute cette période, la Californie restait toujours le centre principal de l'extraction, les Etats situés plus à l'Est dans les Montagnes Rocheuses proprement dites étant beaucoup plus riches en mines d'argent qu'en mines d'or. Puis, tout à coup, à partir de l'année suivante, la découverte des riches filons du Colorado, qui vint juste à point pour sauver cet Etat des désastres entraînés par
1. C'est précisément à cotte époque, exactement, en 1884, que la production d'or du monde fléchit au point le plus bas où elle soit jamais tombée depuis le milieu du xix" siècle, elle ne fut plus que de 494 millions de francs.
la baisse de l'argent, rcxploitation, en particulier, du merveilleux gisement de Cripple-Creek, perché à 3.000 mètres d'altitude dans les Montagnes Rocheuses, une foule d'autres trouvailles tout le long de cette chaîne firent bondir la production en avant. Dès 1896, elle atteignait 53 millions de dollars, presque lechiflfre de 1866; l'année suivante ce record était battu ; en 1900, Textraetion de l'or montait à 78.159.000 dollars. Elle ne s*est que faiblement accrue depuis, puisque le chiffre de 190Î est de 79.992.000 dollars, maximum que l'on ait jamais atteint. En 1903, des causes accidentelles, et notamment des grèves, ont réduit la production aurifère à 74 millions et demi de dollars environ.
L'extraction de l'argent ne commença de prendre quelque importance aux Etats-Unis qu'en 1868, où l'on en recueillit 48.000 kilogrammes valant un peu plus de 2 millions de dollars. Depuis lors, ses progrès furent presque ininterrompus et vraiment colossaux. En 1870, on tire des mines de l'Union 400.000 kilogrammes d'argent d'une valeur de 16 millions de dollars au pair monétaire américain ; en 1880, 935.000 kilogrammes valant 39 millions de dollars au pair et un peu moins de 35 millions au cours, la baisse de l'argent ayant commencé; en 1890, 1.695.000 kilogrammes valant 70 millions et demi de dollars au pair et 57 millions au cours; en 1892, point culminant, 1.975.000 kilogrammes, dont la valeur est de 82 millions de dollars au pair et de 55 et demi au cours. Mais l'année suivante, 1893, le président Cleveland arrache au Congrès la cessation des achats d'argent, qu'une loi imposait au Trésor
1. Cette chute est due à la grande grève de mineurs de Cripple- Creek, qui a fait baisser de 6 millions et demi de dollars en 1903 par rapport à 1902. Sans elle, la production de 1903 eût légèrement dépassé la précédente.
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depuis j 878 et par lesquels le gouvernement s'épuisait à essayer de soutenir des cours, dont la force des choses, la surproduction amenaient l'effondrement. Abandonné à lui-même, l'argent baisse encore ; nombre de mines se ferment et, en 1894, on n'extrait plus que 1.365.000 kilogrammes de métal blanc. Toutefois, les gisements sont si riches, si abondants, si répandus dans les Montagnes Rocheuses que, de nouvelles trouvailles et des progrès techniques aidant, leur production remonte bien vite et a oscillé depuis 1895 entre 1.680.000 et 1.800.000 kilogrammes ; mais la baisse de l'argent persistant, la valeur commerciale de cette production tombe, en 1902, à 29 millions de dollars.
Il est intéressant de voir quels sont les principaux Etats d'où l'on extrait des métaux précieux.
PRODUCTION DE l'OR ET DE L* ARGENT AUX ÉTATS-UNIS EN 1902
(en dollars).
Or.
Argent, (valeur commerciale *).
Colorado
Californie
Alaska
Dakota du Suii. . . .
Montana
Arizona
Utah
Nevada
Oregon
Idaho
Nouveau-Mexique . .
Washington
hitats du Sud
Autres États
Total
1. La valeur commerciale moyenne de l'argent en 1902 a été do 52 cents 16 Tonce troy, soit 87 francs le kilogramme à peu près exactement.
L'industrie aurifère est très puissamment organisée aux États-Unis. Tant sur les placors ou alluvions aurifères de la Galiformie et de l'Alaska que dans les mines qui exploitent les filons des Montagnes Rocheuses, les derniers perfectionnements mécaniques sont appliqués et, en dépit de Télévation du prix de la main-d'œuvre, plus chère sur les champs d'or que partout ailleurs, le coût de Textraction descend souvent très bas. En Californie, de vastes installations hydrauliques permettent de traiter les alluvions aurifères anciennes qui sont souvent bien au-dessus des lits de rivières actuels ; de grandes dragues extraient jusqu'à 2.000 tonnes par jour d'un gravier qui ne contient parfois que 30 à 40 cents d'or par yard cube, soit 1 fr. 20 à 1 fr. 60 par mètre cube, et que l'on trouve cependant avantage à traiter. Dans l'Alaska, la mine d'Alaska Treadwell, l'une des plus grandes du monde, qui exploite, cette fois, non plus un placer, mais des filons de très faible teneur, a traité, durant son exercice 1901-1902, 682.893 tonnes de minerai qui lui ont donné 1.304.720 dollars d'or soit 1 doll. 91 ou 9 fr. 90 à la tonne ; les frais de toute sorte n'ont été que de 1 dol. 28 soit 6 fr. 80 par tonne. Si l'on songe que les mines les mieux exploitées du Transvaal et de l'Australie n'arrivent guère à dépenser moins de 20 francs par tonne, on se rendra compte que, si favorable que soient les conditions où exploite l'Alaska Treadwell, c'est un véritable tour de force d'avoir réduit les frais à un si faible niveau.
L'abaissement des dépenses d'exploitation est le point
sur lequel se portent particulièrement, à l'heure actuelle, les eiîorts de l'industrie aurifère américaine. En effet, depuis deux ou trois ans, les principaux gisements des États-Unis paraissent donner des signes de fatigue. Dans le fameux district de Cripple-Greek quelques-unea
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des mines les plus riches sont déjà épuisées ; d'autres tendent h Tôtre et il en est de même en diverses régions. Sauf découvertes de champs d'or entièrement nouveaux, ce qui est toujours possible, il semble donc que la production du précieux métal aux États-Unis ait plutôt chance de rester à peu près stationnaire pendant quelques années, ou de n'augmenter que grâce aux progrès techniques permettant l'exploitation de gîtes plus pauvres. Quant à l'extraction de l'argent, ce métal se trouve en telle abondance qu'il y a lieu de penser que, si elle n'augmente pas, elle se soutiendra aisément aux environs du niveau actuel.