CHAPITRE VU L'industrie du fer et de l'acier
JJe toutes les branches de l'industrie américaine, Tindustrie du fer et de l'acier est celle qui attire le plus l'attention du monde par l'extrême rapidité de ses progrès, par la concurrence dont elle menace les métallurgistes européens, par la constitution du gigantesque trust de l'acier, qui en réunit la plus grande partie sous une même direction et dont le capital colossal, de plus de 5 milliards de francs, frappe les imaginations. C'est bien, d'ailleurs, par tout l'ensemble de son organisation, le type par excellence de l'industrie d'Outre- Atlantique, et l'on y trouve réunis tous les éléments qui ont contribué aux succès industriels des Américains : vastes richesses naturelles, extrême concentration, machinisme très avancé et sans cesse perfectionné, habileté de la main-d'œuvre comme de la direction.
Nous ne saurions mieux donner une idée de l'évolution de l'industrie métallurgique américaine, qui l'a portée au premier rang du monde entier, qu'en reproduisant le bref tableau dans lequel le rapport sur le Census de 1900 résume les principales données y relatives lors de chacun des recensements qui se sont succédé depuis 1870 :
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SITUATION DE l'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE EN 1870, 1880
Nombre des établissements . 808 792 719 6C9
Capital (mUlions de doU.) . . 121,8 209,9 414,0 590,5
Employés payés à l'année. . ? ? 4.325 9.217
Traitements (millions de dol.). î ? 6,5 11,7
Ouvriers 77.755 140.798 171.181 222.607
Salaires (millions de doll.). . 40,5 55,5 89,3 120,8 Dépenses diverses (millions
de dollars) ? î 18,2 32,3
Valeur des matériaux employés (milUons do dol.). . 135,5 191,3 327,3 522,4 Valeur des produits (millions de dollars) 207,2 296,5 478,7 804,0
Il convient de remarquer que les valeurs constatées parle Census de 1870 sont en dollars-papier; or, les États-Unis étaient alors au cours forcé, à la suite des énormes émissions de billets de la guerre civile, et la prime de l'or fut, en moyenne, de 25 p. 100 pendant Tannée qui précéda le Census de 1870 ; autrement dit : 5 dollars-papier valaient 4 dollars-or; il faut donc diminuer d'un cinquième toutes les valeurs indiquées dans la première colonne du tableau ci-dessus pour les rendre comparables aux suivantes.
Ce qui se dégage tout d'abord, et de la manière la plus frappante, de ce tableau, c'est la concentration de l'industrie : le nombre des établissements n'a cessé de diminuer^ tandis que tous les autres éléments, capital, ouvriers, salaires, valeur des matières premières et
1. En réalité, cette diminution ne paraît s'être produite qu'à partir de 1880; le nombre d'établissements porté en 1870 comprend ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ; pour 1880, 1890 et 1900, on n'a porté, au contraire, que les établissements travaillant.
valeur des produits, augmentaient avec une extrême rapidité. Chaque établissement est donc bien plu§ considérable en 1900 qu'en 1870, 1880 ou 1890. Ceci n'est pas TefTet des t7^usts, car, si Ton veut se reporter à la définition du terme « établissement » que nous avons donnée, d'après le rapport sur le Census, dans notre premier chapitre sur l'industrie américaine, on verra que la constitution d'un trust, opération surtout financière et commerciale, laisse presque toujours leur individualité industrielle aux établissements qui le composent. C'est l'effet de la disparition d'un certain nombre de petites usines peu appropriées aux conditions modernes de la production, tandis que les grandes se sont encore énormément accrues et ont fort augmenté la puissance de leur matériel.
Ce qui a progressé le plus vite, c'est le chifl're des produits, si l'on considère non pas leur valeur, mais leur tonnage : 3.263.000 tonnes en 1870; 6.487.000 en 1880 ; 16.264.000 en 1890 ; 29.508.000 en 1900. Ils ont presque décuplé en trente ans, tandis que le nombre des ouvriers n'a pas triplé : un ouvrier est donc susceptible de manufacturer aujourd'hui trois fois plus de produits qu'il y a trente ans. Comme la force musculaire de l'homme ne s'est pas accrue sensiblement, comme le nombre de ses heures de travail, loin d'augmenter, s'est réduit, cela donne une idée de l'extension de l'emploi des machines et de l'accroissement de leur puissance.
Le capital, lui, a presque sextuplé depuis 1870, tenant compte, ainsi qu'il convient d(3 faire, de la dépréciation de la monnaie il y a trente ans; do 1870 à iS90, il avait augmenté plus vite que la valeur des produits : de 1890 h, 1900, c'est cette dernière qui a progressé plus rapidement. Los capitaux nouveaux engagés dans l'in-
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dustrie métallurgique ont donc été plus productifs durant la dernière décade que durant les précédentes, ce qui doit correspondre à de plus grands progrès techniques.
La somme totale des salaires a augmenté plus vite que le nombre des ouvriers de 1880 à 1890 et de 1890 à 1900, ce qui indique un accroissement du salaire moyen : cet accroissement a même été plus sensible qu'il ne ressort du simple rapprochement de chiffres, parce qu'en 1880 et même encore partiellement en 1890, on a compté comme ouvriers un certain nombre de personnes qui étaient en réalité des employés et dont les traitements venaient gonfler abusivement la somme des salaires; le Census de 1900 a remis les choses dans l'ordre. De 1870 à 1880, on remarque que la somme des salaires a augmenté de 72 p. 100, si on les réduit, pour 1870, à leur valeur en or; ils n'ont, au contraire, augmenté que de 37 p. 100, si l'on prend, pour ladite année, leur valeur en papier. Le premier rapport, 72 p. 100, correspond, à peu de chose près, au taux d'accroissement du nombre des ouvriers (81 p. 100) de 1870 à 1880; le second rapport, 37 p. 100, est très inférieur à ce taux et indiquerait une très forte réduction du salaire individuel moyen entre 1870 et 1880. Or aucune raison intrinsèque ne vient motiver pareille réduction de salaire. Cette observation confirme donc, chose intéressante à remarquer en passant, que les salaires comme, du reste, tous les prix tendent à se régler non sur la valeur nominale d'une monnaie, mais sur sa valeur véritable, exprimée en or, quoi qu'en pensent les inflationistes de tout acabit. Enfin, remarque banale si l'on veut, mais toujours utile à faire pour répondre aux détracteurs de la société moderne, la hausse des salaires rapprochée de la baisse de la valeur moyenne des produits — qui est un phénomène général
' — montre combien l'aisance de l'ouvrier s'accroît sous le régime de la grande industrie.
L'industrie du fer et de l'acier comprend deux grandes divisions : la production de la fonte brute, qui se fait aujourd'hui dans les hauts fourneaux en mettant le minerai de fer en présence du charbon et d'un « fondant » à très haute température ; puis la transformation de cette fonte brute en acier, en fer ou en fonte de moulage, et la fabrication à l'aide du métal ainsi obtenu des articles finis de tout genre. C'est h la production de la fonte dite brute que se mesure l'importance de l'industrie métallurgique d'un pays; d'ailleurs, dans les contrées où cette industrie a atteint le plus haut degré de perfection, la plus grande partie de la fonte est transformée en acier, qui est un métal supérieur au fer et l'a remplacé pour la plupart de ses usages, notamment pour les rails, la construction, les navires, comme le fer lui-même a jadis remplacé le bois.
Les États-Unis sont, depuis une douzaine d'années, le pays du monde qui produit la plus grande quantité de fonte de fer. En 1870, leur production n'était encore que de 1.833.000 tonnes ; en 1880, de 3.376.000 tonnes; en 1890, elle atteignait 8.845.000 tonnes et les États-Unis enlevaient le premier rang à l'Angleterre; en 1900, elle s'élevait à 14.452.000 tonnes. Ces chiffres sont ceux qu'on a relevé lors des Census successifs; d'après les renseignements donnés par les journaux spéciaux américains, la production de 1902 n'a pas été moindre de 17.890.000 tonnes, soit plus de 40 p. 100 de la production du globe qui s'élève à 43 millions de tonnes environ. On sait que la France ne produit que 2 millions et demi de tonnes de fonte et la Belgique 1 million à peine. L'Allemagne et la Grande-Bretagne qui sont les deux grands producteurs européens, n'atteignent pas.
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à elles deux, aux chiffres des États-Unis : en 1902, la première a donné 8.400.000 tonnes, ce qui est le chiffre le plus élevé qu'elle ait jamais atteint; la seconde 8 millions de tonnes, contre un maximum de 9 millions et demi en 1899.
C'est dans cette fabrication de la fonte brute que l'on observe, mieux peut-être que partout ailleurs, l'extrême concentration de l'industrie américaine, le développement de la production en grand, dans des appareils toujours plus perfectionnés, et la baisse des prix qui en a été la conséquence. A l'énorme augmentation de la fonte produite qui s'est manifestée depuis trente ans, a correspondu une diminution du nombre des hauts fourneaux qui était de 681 en 1880, de 559 en 1890, de 399 en 1900, tout compris, fourneaux à feu et fourneaux ne travaillant pas ; le nombre des ouvriers était passé de 41.695 en 1880 à 33.415 en 1870 et à 39.358 en 1900. En comparant ce dernier chiffre avec celui que nous avons donné plus haut pour l'ensemble de l'industrie du fer et de l'acier, on se rend compte des effets du machinisme : pour la branche particulière et primordiale qu'est la production de la fonte, le perfectionnement des appareils et le progrès scientifique ont amené, en vingt ans, une légère diminution du nombre des ouvriers ; mais, si Ton considère l'industrie métallurgique tout entière, ce nombre s'est accru de 60 p. 100. C'est que toute invention fait naître certaines branches d'industrie nouvelles et que les ouvriers retrouvent ainsi, d'un côté, le travail qu'ils perdent de l'autre, si même ils ne le voient pas augmenter. Le résultat final de tous ces perfectionnements est la baisse des prix, dont la moyenne, par tonne de fonte brute, était de 26 dol. 13 cents en 1880, de 16 dol. 46 cents en 1890, de 14 dol. 29 cents ou 74 fr. 20 en 1900 ; encore se trouvait-on pour
cette dernière aniK^e en pleine période, un peu exceptionnelle, de hausse de prix, et, si Ton prenait la moyenne des années immédiatement précédentes on trouverait un chiffre sensiblement plus bas. La tendance générale à la baisse, malgré quelques oscillations momentanées s'affirme de la façon la plus nette.
Le changement le plus saillant qui se soit produit dans la fabrication de la fonte de fer au cours du dernier quart de siècle, c'est l'augmentation continue des dimensions des hauts fourneaux : chacun des 399 hauts fourneaux existants aux États-Unis en 1900 était susceptible de produire 148 tonnes de fonte par jour, alors qu'en 1898 la capacité moyenne de production journalière n'était que de 68 tonnes et en 1880 de 25 tonnes. Dans les principaux États producteurs, la Pennsylvanie, l'Ohio, et surtout l'IUinois, où le développement de l'industrie métallurgique est le plus récent et où, par suite, se trouvent en moindre nombre les anciennes installations de petites dimensions, on arrive à des capacités productives de 244, 220 et 259 tonnes en moyenne. Les immenses hauts fourneaux de 30 h 35 mètres de hauteur que l'on construit aujourd'hui atteignent des productions bien plus fortes encore : 630 tonnes par jour pendant tout le mois de décembre 1901 pour un haut fourneau de la Compagnie Carnegie, 636 tonnes pendant le mois de mars 1902 pour un haut fourneau de la National Steel Company dans l'Ohio ; enfin, le maximum de la production journalière est, à notre connaissance, de 901 tonnes pour l'un des hauts fourneaux de la Compagnie Carnegie. Ce « record », établi en juin 1902, a, sans nul doute, été battu depuis. De pareilles production s, ducs, non seulement à l'accroissenient des dimensions mais à la perfection des appareils d'insufflation de l'air, sont absolument iaconnues en Europe. iVux États-Unis,
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les vieux hauts fourneaux à petite capacité ne sont plus mis à feu que dans les périodes d'exceptionnelle activité et de très hauts prix, en 1902 et au début de 1903, par exemple ; mais, pour peu que la demande fléchisse et les cours avec elle, on les éteint, parce qu'ils ne peuvent produire assez économiquement pour lutter contre les appareils les plus modernes. C'est ce qui se produit en ce moment même. De la sorte, ce sont toujours les installations les plus anciennes qui sont arrêtées et même bientôt démolies, durant les périodes de dépression industrielles qui se succèdent h intervalles presque réguliers aux États-Unis.
En môme temps qu'elle modifiait ses hauts fourneaux, l'industrie américaine changeait aussi les combustibles dont elle se servait : en 1880, sur un total de 3.376.000 tonnes, 1.355.000 seulement provenaient de hauts fourneaux où Ton employait comme combustible, un mélange de coke et de charbon bitumineux, ou houille ordinaire, 638.000 étaient produites à l'aide du coke et de l'anthracite mélangés, 994.000 à l'aide de l'anthracite seul, et 389.000 h l'aide du charbon de bois. Aujourd'hui, le mélange de coke et de charbon bitumineux est le combustible tout à fait prédominant; 12.254.000 tonnes ont été fabriquées par ce procédé en 1900, contre 1 .796.000 par le coke et l'anthracite mélangés, 46.000 par l'anthracite seul, 303.000 par le charbon de bois et 53.000 par le coke et le charbon do bois mélangés; ces derniers procédés ne servent, aujourd'hui, qu'à l'obtention de fontes spéciales. Quant à l'anthracite, il est de plus en plus laissé par l'industrie aux usages domestiques, auxquels il convient merveilleusement par son absence de fumée.
Il existe, aux Etats-Unis, trois grands centres de production de la fonte. La Pennsylvanie et l'Ohio ne
forment qu'un môme bassin, où la houille est très abondante et dont Tapprovisionnement de minerai de fer arrive à très bon marché, par les Grands Lacs, des mines du Lac Supérieur. En 1900, le premier de ces États a produit 6.778.000 tonnes de fonte, le second 2.560.000. Vient ensuite rillinois, avec 1.469.000 tonnes, qui forme un bassin distinct, et reçoit également par la voie d'eau les minerais du Lac Supérieur; puisl'Alabama (1.203.000 t.) auquel il faut joindre le Tennessee (374.000 t.) ; ce bassin du Sud trouve, sur place et à proximité immédiate des houillères, le minerai dont il a besoin. D'autres centres de production secondaire se trouvent en Virginie (428.000 t.), dans le New-York (334.000 t.), le Maryland (241.000 t.), le Wisconsin (217.000 t.), la Virginie de l'Ouest (188.000 t.), le New- Jersey, leMichigan (141.000 t.). Sauf l'Illinois, le Michigan et le Wisconsin, tous les États susnommés sont traversés par les Alleghanys ; dans les vallées orientales, et surtout occidentales de ces montagnes, s'échelonnent les hauts fourneaux. Au delà du Mississipi, aucun État ne produit de fonte en quantité importante.
Les prix varient beaucoup suivant les régions. Ils sont plus faibles dans le bassin de l'Ouest (10 dol. 23 cents la tonne dans l'Illinois) et dans celui du Sud (11 dol. 21 dans l'Alabama) que dans le grand bassin de l'Est (14 dol. 98 en Pennsylvanie et lo dol. 75 dans l'Ohio). Les bas prix moyens de l'Illinois sont dus à ce que cel État produit moins de fontes fines ou de qualités spéciales que ceux de l'Est. Dans le Sud, les bas salaires permettent de fabriquer à bon marché, bien que les hauts fourneaux soient souvent moins perfectionnés que dans le Nord. C'est surtout le Sud qui exporte de la fonte brute à l'étranger, puisque, sur 166.000 tonnes exportées en 1900, il en venait 113.000 de l'Alabama,
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la valeur moyenne qui leur est assignée ne dépassant pas 9 dol. 64 cents, soit 80 francs par tonne. On sait que, depuis 4901, le courant commercial s'est renversé et qu'en 1902 les États-Unis se sont mis à importer toutes sortes de fer au lieu d'en exporter. La hausse des prix sur leur marché intérieur, provoquée par une énorme consommation, a causé ce revirement. Un autre, en sens inverse, commence à se manifester depuis la fin de 1903.
Les États-Unis ne sont pas seulement aujourd'hui le pays qui produit le plus de fonte de fer ; ils sont aussi le pays qui transforme en acier la plus forte proportion de cette fonte, ce qui est une preuve de la perfection qu'a acquise, dans l'Amérique du Nord, l'industrie métallurgique. On s'y sert beaucoup plus largement que dans la généralité des pays d'Europe d'articles en métal et, pour la fabrication de la presque totalité d'entre eux, l'acier est bien supérieur au fer. Il y a une vingtaine d'années, la production de l'acier, aux États-Unis, n'était que de 1.027.000 tonnes, soit 30 p. 100 environ de celle de la fonte brute, laquelle était, pour la plus grande partie, transformée en fer et, pour une autre portion importante, en fonte de moulage; dès 1890, le poids de l'acier produit atteignait 4.175.000 tonnes, 47 p. 100 de celui de la fonte brute; en 1900, il s'élevait à 10.685.000, et, en 1902, à 15.186.000 tonnes, ou, respectivement, 74 et 85 p. 100 du poids de la fonte brute en chacune de ces deux années. A l'exception de l'Allemagne qui, en 1901, a obtenu 6.394.000 tonnes d'acier, soit 82 p. 100 de sa production de fonte, les autres contrées européennes sont fort en retard sur les États-Unis; dans cette même année 1901, la Grande-Bretagne a produit 5.080.000 tonnes d'acier (65p. 100 de sa production de fonte) et la France 1 .465.000
tonnes ou 61 p. 100 seulement. En ces deux derniers pays on se sert encore de fer pour certains usages où racierTa complètement remplacé en Allemagne et aux États-Unis; en 1900, ceux-ci transformaient en fonte de moulage 3 millions et demi de tonnes de fonte brute ; ils en employaient 250.000 h la fabrication de certains alliages spéciaux dont les usages vont croissant : ferro-silicium, ferro-manganèse, etc. ; la production du fer se trouvait réduite h moins d'un million de tonnes ^
Nous sortirions du cadre d'une étude telle que celleci et nous serions obligé d'entrer en des détails trop techniques, si nous voulions exposer tous les progrès qui ont été faits en ces derniers temps aux États-Unis dans l'art de fabriquer l'acier. On sait que deux procédés principaux servent aiyourd'hui à la production de ce métal : l'un est celui de Bessemer, l'autre celui do four à foyer ouvert. Dans le premier, la fonte est envoyée dans un vaste récipient, dit convertisseur, où l'on insuffle de l'air h haute pression, qui oxyde une partie du carbone qu'elle contient en excès; ce procédé n'est employé que pour les fontes où la proportion de phosphore n'excède pas un millième. Dans le second procédé la fonte brute est mêlée dans des fours recouverts en briques à des aciers ou fers de ramasse, et Ton ajoute encore à la masse en fusion, portée h une très haute température, un peu de ferro-manganèse, de manière que, connaissant la teneur en carbone de toutes les parties de ce mélange, on peut aisément, en en faisant
1. Le total de ces chiffres dépasse celui do la production de fonte brute en cette même année 1900 ; mais il ne faut pas oublier qu'une importante quantité de vieux fors sont refondus chaque année ; cette (juantité est même plus importante aux tiitats-Unis qu'ailleurs, parce (ju'on y renouvelle plus fréquemment Toutiilage de toutes les industries.
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varier la proportion, régler exactement la teneur en carbone de racierquienresulte.il existe deux variétés de ce procédé, dites procédé acide et procédé basique ; le premier ne s'applique qu'aux fontes ne contenant que des quantités insignifiantes de phosphore ; le second, qui est beaucoup plus récent et n'est en usage aux Etats- Unis que depuis 1884, permet au contraire de transformer en acier les fontes ayant jusqu'à 10 p. 100 de phosphore. Il constitue un grand progrès car, auparavant, la présence du phosphore en quantité notable dans un minerai de fer l'empêchait d'être utilisé à toute autre fabrication qu'à celles de certaines fontes de moulage et en diminuait fort la valeur. En 1880, avant la mise en usage du procédé basique, plus des cinq sixièmes de l'acier produit aux États-Unis (880.000 tonnes) était de l'acier Bessemer ; en 1890, il en était encore de même avec 3.617.000 tonnes d'acier Bessemer ; en 1900, la production se répartissait ainsi : acier Bessemer, 7.832.000 tonnes ; acier au four acide, 890.000 tonnes ; acier au four basique, 2.154.000 tonnes ; acier au creuset 104.000 tonnes. Le nouveau procédé basique avait donc largement contribué à l'essor de la production de l'acier aux États-Unis.
L'un des traits les plus caractéristiques de cette industrie, de même que de celle de la fonte, c'est la perfection de l'outillage et la grande capacité des appareils, qui permettent une production plus rapide et plus intense aux États-Unis qu'en aucun autre pays, et qui se sont beaucoup développés, depuis vingt ans. En 1880, la capacité habituelle des convertisseurs Bessemer était de 5 tonnes; en 4890, elle atteignait 10 à 12 tonnes; depuis, beaucoup ont été portés à 18 tonnes, et un établissement emploie même des convertisseurs de 20 tonnes. Les
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fours ont, de môme, vu leur capacité passer de 7 k 10 tonnes en 1880, à 20 et 30 tonnes en 1890 et à 50 tonnes en 1900; on signale même un four de 75 tonnes. Le nombre total de ces appareils est, en conséquence, petit : 91 convertisseurs Bessemer dont 70 en activité, 152 fours acides dont 139 en activité et 179 fours basiques dont 168 en activité. Aussi, l'industrie de l'acier est-elle très concentrée géographiquement. Sur 10.685.000 tonnes produites en 1900 aux États- Unis, 6.431.000 venaient de Pennsylvanie, 1.813.000 de rOhio, 1.461.000 de TïHinois, soit plus des neuf dixièmes pour ces trois États. L'Alabama envoie ses fontes brutes dans le Nord, les exporte ou en fait des fontes de moulage, mais ne produit presque pas d'acier. Sur 890.000 tonnes d'acier produites au four acide, 691.000 l'étaient de Pennsylvanie ; sur les 2.154.000 tonnes produites au four basique, ce môme État figurait pour 1.746.000 et l'Illinois pour 236.000. Partout ailleurs le convertisseur Bessemer conserve une absolue suprématie.
Il est impossible d'entrer dans des statistiques de détail des industries fabriquant les fers et aciers ouvrés: rails, barres, pièces de construction, fils de fer et d'acier, tôles, feuilles, cercles, etc. La presque totalité de l'immense masse d'acier produite aux États-Unis ayant toujours été consommée dans le pays, c'est dire que toutes les principales industries qui transforment ce métal y ont atteint un développement plus considérable que nulle part. Une branche était restée exceptionnellement en retard jusqu'à ces dernières années, c'est celle du fer-blanc et du fer galvanisé : en 1891, il ne s'en produisait encore qu'un millier de tonnes dans l'ensemble des États-Unis; en 1900, il s'en fabriquait 400.000 tonnes. Aujourd'hui, la production américaine
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atteint, si elle no la dépasse pas, la production britannique.
Dans toutes les branches de l'industrie métallurgique, on constate que raccroissement do la production en grand a été accompagné d'une baisse des prix, quoique les salaires aient haussé. Ainsi, en 1880, les rails d'acier valaient 56 doU. 54 cents la tonne et les rails de fer, qui étaient encore presque aussi usités, 50 doll. 32 cents la tonne ; en 1890, les rails de fer étaient déjà presque complètement abandonnés, les rails d'acier valaient 32 doll. ol cents ; en 1900, leur prix était tombé à 20 doll. 66 cents ; de môme l'acier en barre avait baissé de 64 doll. 86 cents en 1880 h 43 doll. 61 cents en 1890 et h 40 doll. 35 cents en 1900 ; le prix de tous les autres articles était à l'avenant. Bien entendu, cette baisse ne s'observe que si l'on considère des périodes suffisamment prolongées, et à peu près comparables. Dans toutes les industries il existe des phases de dépression et d'activité qui se succèdent plus ou moins périodiquement. Lors des premières les prix baissent, lors des secondes ils se relèvent. Si, au cours d'une phase d'activité, on compare les prix en vigueur à ceux de la phase de dépression qui l'a précédée immédiatement, on remarque naturellement une hausse ; mais, si l'on remonte au delà, à la phase d'activité antérieure, on voit, en général, que les prix maxima atteints alors, étaient supérieurs encore à ceux de la phase actuelle. La baisse est surtout très nette si l'on considère, non les moments de crise ou d'emballement extrême, mais les temps d'activité moyenne. Si l'on observe, pour la plupart des articles, une moindre chute des prix durant la période 1890-1900 que durant la période 1880- 1890, c'est qu'en l'année 1900 le boom, phase d'extraordinaire activité industrielle et commerciale que
vient de traverser rAmérique du Nord, était déjà commencé. Sur beaucoup d'articles la hausse a continué jusqu'en 1902; mais depuis le milieu de 1903, une baisse très marquée s'est produite, notamment dans l'industrie métallurgique, et le phénomène de la tendance à la réduction des prix sous l'influence des perfectionnements mécaniques apparaît clairement, aujourd'hui que l'inflation exceptionnelle est passée.