DE
(En dollars.) Moyenne gén('>ralc. Hommes. Femmes. Enfants.
Nouvelle-Angleterre. 443,74 507,12 307,34 187,15
Centre- Atlantique . . 461,52 528,71 280,75 159,52
Sud 300,81 334,96 183,91 107,20
CenU-e 446,51 488,51 239,86 162,03
Ouest 543,98 577,09 273,48 175,07
Pacifique 526,90 577,11 278,09 181,62
Ces résultats sont assez conformes à ce qu'on pouvait attendre. Dans le Sud, les salaires sont au plus bas pour deux raisons : la grande industrie n'a commencé que récemment de s'y implanter au milieu d'une population jusque-là purement agricole et passablement arriérée ; puis, les noirs, hier encore esclaves, et très primitifs, y sont en grand nombre. Dans l'Ouest, les salaires sont, au contraire, au plus haut ; ici aussi l'industrie est fort récente, comme la colonisation elle-même, mais la population est très clairsemée ; loin d'être arriérée, elle se compose des gens les plus énergiques et les plus entreprenants venus des Etats du Centre et de l'Est ; enfin, la demande de bras dépasse largement l'offre. Dans les trois principales régions industrielles, la Nouvelle-Angleterre, le Centre-Atlantique et le Centre, les salaires sont plus voisins de la moyenne générale : de ces trois régions, c'est celle du Centre-Atlantique qui a les salaires d'hommes les plus élevés; la présence de très grandes villes, New-York et Philadelphie, et l'existence d'un assez grand nombre d'industries fines ou de luxe l'expliquent : au contraire, les salaires des femmes sont plus hauts en Nouvelle- Angleterre, où l'industrie textile leur fournit un travail rémunérateur.
Il est à remarquer que, dans ces trois régions industrielles par excellence, les salaires moyens se trouvent déprimés en une certaine mesure par l'afflux d'immigrants étrangers pauvres, dont certains, en quelques grandes villes, particulièrement les Russes à New-York sont soumis aux abus du sweating System, Les ouvriers américains de naissance ont, presque toujours, des gains très sensiblement supérieurs à ceux des étrangers et, par Buite, un peu plus élevés que les moyennes que nous venons d'indiquer.
Il n'est pas inutile, en présence de l'incertitude officiellement avouée, qui règne autour des statistiques de salaires du Census, d'indiquer quelques renseignements puisés à d'autres sources et qui confirment, somme toute, les déductions générales que nous avons tirées de ces chiffres, dont l'exactitude est quelque peu sujette à caution. La principale source à laquelle on puisse avoir recours est le magistral ouvrage de M. E. Levasseur, L'Ouvrier américain, qui date de quelques années déjà, mais qui fait encore, et justement, autorité. D'après les rapports du Commissaire fédéral du travail, M. Levasseur estime comme suit le revenu annuel moyen d'une famille ouvrière, formé du salaire du père, de celui de la mère et des enfants quand il en existe, ainsi que des gains accessoires, dans diverses industries : pour les mines de houille, 2.751 francs aux États-Unis, contre2.476 en Grande-Bretagne, et 1 .957 en Allemagne; pour la fabrication de l'acier, 3.317 francs aux États- Unis, contre 2.945 en Angleterre; pour l'industrie delà laine, 3.315 francs aux États-Unis, contre 2.575 en Angleterre et 2,120 en France. A New-York, les maçons étaient payés, dit M. Levasseur, un peu plus de 2 francs l'heure, pour un travail de huit heures généralement; hors de New-York, ils se faisaient environ 15 francs par
TRAVAIL BT SALAIRES DANS L'iNDUSTRÏE AMÉRICAINE 387
jour. Les salaires nominaux dépassent donc largement les mêmes salaires en Europe, et la conclusion de M. Levasseur est qu'il en est de môme des salaires réels.
D'intéressants documents, s'étendantjusqu'auxannées les plus récentes, se trouvent, d'autre part, dans les statistiques de V Interstate Commerce Commission relatives aux chemins de fer. De nombreux tableaux donnent la rétribution moyenne journalière de toutes les principales catégories entre lesquelles se répartissent les quelque 1.200.000 employés des chemins de fer, tant pour l'ensemble du réseau que pour les dix régions en lesquelles la Commission divise les États-Unis. Voici, en dollars, ces moyennes journalières pour les catégories les plus nombreuses d'employés et pour l'ensemble du réseau :
Salaires.
Catégories d'employés en 18{i2.
Employés aux écritures (clerks). 2.23
Chefs de station 1.82
Autres agents des stations. . . 1.68
Mécaniciens 3.68
ChauCfeurs 2.08
Conducteurs de trains 3.08
Autres employés des trains. . . 1.90
Ouvriers mécaniciens S.29
Charpentiers 2.08
Autres ouvriers des ateliers . . 1.72
Chefs de section de la voie. . . 4.76
Autres ouvriers de la voie ... 1.22
Sur ces douze catégories d'employés, sept ont un salaire pins élevé en 1902 qu'en 1892^ et ce sont les plus nombreuses. On remarque aussi une hausse sur toute la ligne, sauf pour les employés aux écritures, entre 1900 et 1902. Voici, d'ailleurs^ le nombre des employés
Minimum
entre 1892
et 1900.
en 1900.
en 1902.
de chacune de ces classes : 37.570 employés aux écritures; 33.478 chefs de station; 10S.433 autres agents des stations ; 48.318 mécaniciens; S0.651 chauffeurs; 35.070 conducteurs de train; 91.383 autres employés des trains; 39.145 ouvriers mécaniciens; 51.698 charpentiers ; 136.579 autres ouvriers d'atelier ; 35.700 chefs de section de la voie ; 281.075 autres ouvriers de la voie. Ces derniers sont, de beaucoup, les moins payés des employés de chemins de fer : c'est que leur travail nécessite le moins d'aptitudes spéciales; ils gagnent cependant encore 6 fr. 50 par jour. Les agents des stations, qui correspondent à nos hommes d'équipe, gagnent plus de 8 francs ; les autres davantage encore et lesmécaniciens 20 francs. Ce sont là, certainement, des salaires très élevés.
Pour les chemins de fer comme pour les autres industries, les salaires sont le moins hauts dans le Sud et le plus élevés dans l'Ouest. La différence est le plus sensible pour le travail non qualifié. Ainsi, les agents de la voie ne gagnent dans la région du Sud-Est (IV® région) que 93 cents, soit 4 fr. 80 en 1902 ; dans la région du Pacifique (X® région), ils arrivent à 1 doll.-41 cents, soit 7 fr. 30 ; de même les hommes d'équipe n'ont que
1 doll.-14 cents, soit 5 fr. 80, dans le Sud-Est, contre
2 doll.-18, soit H fr. 35, dans la région du Pacifique. Pour les mécaniciens, les variations sont beaucoup moindres : elles ne vont que de 3 doll.-50 (18 fr. 10) à 4 doll.-58 (23 fr. 70), et, chose curieuse, ce n'est pas dans le Sud, mais dans la Nouvelle-Angleterre qu'est le minimum : c'est que dans cette région très industrielle on trouve plus facilement de bons mécaniciens et que l'abondance de l'offre du travail diminue un peu la rémunération.
A quelque source que l'on puise, on arrive donc h