‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 74 sur 103 · TRAVAIL ET SALAIRES DANS L^INDUSTRIE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

TRAVAIL ET SALAIRES DANS L^INDUSTRIE AMÉRICAINE

Quant à l'influence des machines, qui permettent de se passer d'ouvriers particulièrement habiles, de remplacer le travail qualifié, skilled, par le travail mécanique, sous la direction d'un ouvrier ordinaire, elle se fait sentir très nettement dans certaines industries. Ainsi, entre 1890 et 1900, dans l'industrie de la soie, le nombre des ouvriers passe de 49.000 à 65.000, augmentant de 32,5 p. 100 ; les salaires, de 17.760.000 à 20.980.000 dollars, augmentant de 18 p. 100 seulement; c'est que, dans le même laps dé temps, la valeur de l'outillage s'est élevée de 14.180.000 à 20.750.000 dollars, soit de 46,3 p. 100. De même, dans l'industrie du cuir tanné et corroyé, le nombre des ouvriers passe de 42.000 à 52.000, en progrès de 23 p. 100; les salaires, de 21.250.000 dollars à 22.590.000, en progrès de 6 p. 100 seulement ; mais la valeur de l'outillage s'élève de 8 à 15 millions de dollars, accroissement de 86 p. 100. On trouve des résultats du même genre dans la manufacture des chaussures à la machine, dans celle des voitures, un peu aussi dans celle du papier et de la pulpe de bois, et celle des articles en caoutchouc.

Il importe cependant d'observer que la fabrication de ces nombreuses et coûteuses machines, qui viennent réduire la part de la main-d'œuvre dans certaines industries, crée elle-même une demande de main-d'œuvre considérable dans les industries se rattachant au travail des métayx et, par contre-coup, dans les mines. Le machinisme, comme la lance d'Achille, guérit les blessures qu'il fait et, en définitive, par l'impulsion qu'il donne à la production, augmente la demande de travail; mais il semble bien qu'il tende plutôt à niveler les salaires, en relevant les plus bas, en abaissant peutêtre les plus hauts, — en dehors d'une élite assez res-

treinte de mécaniciens et d'ajusteurs très chèrement payés.

Nous ne chercherons pas à entrer dans le détail des salaires moyens des diverses industries. Le rapport sur le Census insiste sur le fait que les chiffres sont trop incertains pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion. D'ailleurs, dans chaque branche industrielle, les salaires des ouvriers de tout ordre, depuis les manoeuvres jusqu'aux ouvriers les plus qualifiés, se trouvent nécessairement confondus, en sorte que ces moyennes, lors même qu'on pourrait les établir d'une façon exacte, ne sauraient guère conduire à aucune conclusion utile.

Il est plus intéressant de comparer les salaires à un moment donné dans les diverses régions des États-Unis. Les mêmes méthodes de calcul de moyennes ayant été appliquées et les mêmes questions posées partout, les résultats sont, cette fois, beaucoup plus comparables que lorsqu'on envisage les chiffres de deux Census différents. Cet examen révèle des différences énormes au sein même de l'Union. Les salaires sont au plus bas dans le Sud, au plus haut dans l'Ouest, et varient, comme moyenne générale annuelle, de 196 dollars, soit 1:000 francs, dans les deux Garolines, à 788 dollars ou 4.000 francs dans le Montana, État minier des Montagnes Rocheuses. Les variations sont surtout très fortes pour les hommes : 232 dollars dans la Caroline du Sud, 806 dans le Montana ; pour les femmes, ils varient de lo3 dans la Caroline du Nord à 366 dans l'Arizona ; pour les enfants, de 96 dans la Caroline du Sud à 291 dans le Montana. Voici, du reste, ces moyennes par région :

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SALAIRES MOYENS ANNUELS AUX ÉTATS-UNIS, d' APRÈS LE GENSUS

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