‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 83 sur 103 · PROPORTION POUR · texte numérisé non relu

PROPORTION POUR

Les exportations d'articles agricoles constituent, naturellement, rélément le plus irrégulier du commerce américain. Suivant que la récolte de blé, de maïs ou de coton est bonne ou mauvaise aux États-Unis et dans l'ensemble du monde, la quantité de ces articles susceptible d'être exportée varie énormément et le prix varie aussi. C'est pourquoi l'on n'observe pas, dans les chiffres absolus des exportations agricoles, la progression à peu près ininterrompue que présentent ceux relatifs aux autres catégories de marchandises. Cependant, en dépit des fluctuations annuelles, on voit très nettement deux choses. En premier lieu, la valeur des produits agricoles américains exportés a très sensiblement augmenté depuis vingt ans ; cela est d'autant plus remarquable que 1880 fut une très brillante année agricole; la moyenne des exportations agricoles pendant les cinq années 4879-1883 s'élève h 630 millions de dollars seulement ; celle des cinq années 1899-1903 à 860 millions ; le progrès est donc de 35 p. 100. D'autre part, il est non moins manifeste que ces exportations agricoles ont,

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cependant, moins augmenté que les autres, et, particulièrement, que les exportations d'articles manufacturés. Ceux-ci ont plus que triplé depuis vingt ans et s'élèvent, maintenant, à 30 p. 100 des exportations totales au lieu de 15 p. 100 ^

Si Ton veut formuler des conclusions exactes pour le présent et le passé, et des prévisions sérieuses pour l'avenir, il importe de regarder les choses d'un peu plus près, de voir de quoi se composent ces deux énormes masses de plus de 4 milliards de francs de produits agricoles et de plus de 2 milliards d'articles manufacturés, qu'exportent les États-Unis.

Les principales denrées d'origine agricole exportées sont les suivantes, pour lesquelles nous donnons les chiffrés obtenus en 1903 : d'abord les céréales et farines (221 millions de dollars), parmi lesquelles le froment (41 millions d'hectolitres valant 88 millions de dollars), la farine (20 millions de barils valant 74 millions de dollars), le maïs (27 millions d'hectolitres valant 40 millions et demi de dollars), plus un peu d'avoine, de seigle, d'orge et de produits préparés divers ; puis les « provisions et produits de laiterie » (180 millions de dollars, dont un peu moins de 5 millions pour le beurre, le fromage, le lait condensé, et le reste pour les viandes ; nous en avons donné la répartition détaillée dans l'article que nous avons consacré aux industries alimentaires); le coton (6.938.000 balles valant 312 millions de dollars) ; les animaux vivants (35 millions de dollars, dont 400.000 bœufs représentant 30 millionsde dollars) ; le tabac non manufacturé (165 millions de kilogrammes valant 35 millions de dollars). Voici, pour.

4. Les exportations d'objets manufacturés avaient été particulièrement faibles en 1880 ; pour la période 1879-4883. elles attei^ gncnt une moyenne annuelle de 120 millions de dollars.

qu'on puisse juger de la marche générale de ces exportations, la valeur moyenne, par période quinquennale, depuis un quart de siècle, des trois principales catégories, en millions de dollars :

Céréales. ... 226

Coton 200

Viandes et lai-

tage 130

Il est à remarquer que ces trois classes de produits formaient, il y a vingt-cinq ans, à peu près les trois quarts de toutes les exportations américaines (556 millions de dollars sur 778 en 1878-82); aujourd'hui, ils en forment à peine un peu plus de la moitié (711 surl.34§ en 1898-1902 et 713 sur 1.392 en 1903). Gela montre, d'une façon saisissante, le changement qui s'est produit depuis un quart de siècle et qui a amené les États- Unis à vendre, au dehors, des articles de plus en plu8 variés et une proportion de plus en plus forte d'objets manufacturés.

Revenant à ces trois grandes catégories d'articles agricoles, le quinquennïum 1898-1902 présentait une avance considérable, en valeurs, sur le quinquennium 1878-1882, après une stagnation relative et même, pour les céréales et les provisions, une chute durant la période intermédiaire. En 1903, par contre, le coton seul a continué de progresser, tandis qu'un fléchissement s'observait pour les deux autres classes, et surtout pour les céréales. Faut-il en conclure qu'après s'être élevées très haut durant les cinq dernières années, en partie à cause de récoltes exceptionnelles, les exportations de céréales ont atteint leur limite et vont décidément fléchir? Il serait hasardé de le dire : la compa-

raison des années voisines de 1880, avec celles qui ont survi, aux environs de 1885 et de 1890, aurait pu entraîner au même raisonnement, qui se serait trouvé radicalement faux.La chute de l'exportation des céréales, tombée en 1903 à 221 millions au lieu de 334 millions, point maximum en 1898, s'explique en notable partie par une baisse sensible (22 p. 100 à New- York) dans les prix du blé entre ces deux années et par la détestable récolte de mars de 1901, qui a encore influé sur les premiers mois de Texercice 1903, et même sur l'exercice entier S par la nécessité de reconstituer les stocks. Si l'on considère non plus les valeurs mais les quantités, on voit que la moyenne des exportations de froment (en réduisant les quantités de farine en quantités de froment équivalentes) atteint 71 millions d'hectolitres en 1898-1902 contre 82 millions en 1878-1882 ; elle est de 73 millions en 1903 ; elle avait atteint, il est vrai, 84 millions en 1898. Quant au maïs, la moyenne des exportations était de 60 millions d'hectolitres en 1898-1902 contre 30 millions en 1878-1882 ; en 1903, on retombe h 27 millions d'hectolitres; en 1898 et en 1900, on était monté à 73; en 1902, on était tombé au-dessous de 10; c'est l'influence perturbatrice de la détestable récolte de 1901 qui a déterminé cette chute énorme. Il n'est guère douteux qu'elle soit suivie prochainement d'un relèvement sensible.

Pour conclure, il semble qu'en faisant abstraction des fluctuations annuelles, dues aux plus ou moins bonnes

4. Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'exercice 4903 s'enlcnd de Tannée fiscale qui a commencé le l»»" juillet 1902 pour finir le 30 juin 1903, et ainsi des autres exercices. C'est ce qui cxplicjue qu'une récolte faite à l'automne de 4901 puisse encore exercer son influence sur la première partie de cet exercice 1903, c'est-à-dire sur les six derniers mois de 1902.

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récoltes^ les Etats-Unis doivent maintenir, pendant d'assez longues années, au niveau actuel, leurs expéditions de blé; il nous paraîtrait plus hasardé dédire qu'ils puissent encore les développer beaucoup, en présence de l'accroissement de leur population. En ce qui concerne les viandes, l'exportation est très prospère; le léger fléchissement de 1903 est dû aussi à la mauvaise récolte, en 1901, du maïs, principale nourriture des animaux, et il y a lieu de penser que cette exportation pourra se maintenir et même augmenter.

Quant au coton, l'accroissement des exportations est constant et considérable, aussi bien en ce qui concerne les quantités que les valeurs. De 1878 à 1882, on a exporté, en moyenne, 1.800 millions de livres-poids (de 453 grammes) annuellement; de 1898 à 1902, la moyenne des envois au dehors atteint 3 milliards 500 millions de livres; c'est presque le double. Pour l'exercice 1903 on compte 3 milliards 522 millions de livres. C'est la hausse des prix qui a amené l'augmentation de la valeur exportée en cette dernière année. La proportion des exportations à la récolte a peu varié durant un quart de siècle : elle a été, au maximum, de 71,2 en 1878 et 1894, au minimum, de 62,9 en 1901 ; pour 1878-1882, la moyenne est de 68 p. 100; pour 1898-1902, de 63 p. 100. On voit que la tendance h la baisse est très légère. Néanmoins, la consommation universelle du coton augmente si vite qu'on se demande, un peu de tous côtés, non peut-être sans raison, si les Etats-Unis pourront suffire à approvisionner encore longtemps le monde presque entier. Quoi qu'il en soit, cet accroissement même de la consommation générale fait que l'Amérique ne paraît rien avoir h craindre de la concurrence des nouvelles plantations qui pourront s'établir dans la zone tropicale; si grande que soit sa production^ elle trouvera toujours

aisément un débouché, et il est incontestable qu'elle peut l'augmenter encore dans une assez large mesure. Cette branche de l'exportation des États-Unis promet donc de rester florissante.

Parmi les autres exportations agricoles, celle des animaux vivants s'est fort développée, puisqu'elle s'élevait à peine à 16 millions de dollars en 1880 et à 15 millions en 1885, et qu'on la voit atteindre près de 34 millions en 1890, de 36 millions en 1895, 43 millions et demi en 1900, 52 millions en 1901, pour retomber, il est vrai, à 45 millions en 1902 et 35 millions en 1903; la principale cause de cette chute paraît être encore la mauvaise récolte de maïs de 1901. Il semble qu'on doive s'attendre à un relèvement prochain. Quant à une très grande expansion ultérieure, il est difficile de se prononcer. Le troupeau des États-Unis ne paraît pas se développer beaucoup; en outre le perfectionnement des procédés de conservation par le froid et autres devrait plutôt nuire à l'exportation du bétail sur pied, toujours assez aléatoire, en raison des fatigues de la traversée et du déchet qui en peut résulter si cette traversée est trop mauvaise.

L'exportation du tabac en feuilles a eu, depuis vingtcinq ans, une expansion relativement médiocre : de

25 millions de dollars en 1875, elle était tombée exceptionnellement à 16 millions en 1880, pour se relever à 22 millions en 1885, à 21 millions et demi en 1890, à

26 millions en 1895; elle atteignit 29 millions et demi de dollars en 1900, fléchit un peu à 27 millions les deux années suivantes et s'est relevée brusquement à 35 millions en 1903. Le sol d'une grande partie des États-Unis se prête très bien à cette culture et il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'exportation s'accrût.

Pour résumer ce que nous venons de dire des exportations américaines de produits agricoles, tout donne

lieu de penser que — réserve faite des fluctuations dues aux récoltes (qui ont été, en moyenne, remarquablement bonnes depuis six ans) — Taccroissement observé chez elles depuis un quart de siècle continuera dans une certaine mesure, mais, en se ralentissant plutôt, surtout en ce qui concerne les céréales. Il faut prévoir aussi que, tout en formant, assez longtemps encore, la majeure partie de l'ensemble des exportations, elles y tiendront une place de moins en moins prépondérante, tandis que s'accroîtra, au contraire, la proportion des objets manufacturés.

On a vu combien avait été rapide, depuis une dizaine d'années surtout, le développement de cette dernière catégorie d'exportations. Elle n'avait jamais dépassé 450 millions de dollars jusqu'en 1890, année où elle atteignit 151 millions. Depuis, elle n'est jamais retombée au-dessous. Elle s'éleva à 169 millions de dollars en 1891, fléchit légèrement les deux années suivantes; mais la crise qui éclata en 1893 lui donna un nouvel essor en diminuant l'activité de la consommation intérieure et obligeant les industriels à chercher des débouchés au loin. Les premières ventes à l'extérieur furent faites presque à tout prix et eurent surtout pour but d'empêcher les stocks de s'accumuler et de maintenir les usines en marche; mais beaucoup d'articles américains furent vite appréciés sur les marchés du dehors, -et ce qui n'avait d'abord été conçu que comme un expédient passager devint vite une branche régulière du commerce. Les hauts prix qui régnèrent en Europe de 1897 à 1900, tandis qu'ils étaient au contraire bas en Amérique, favorisèrent le mouvement et, de 183 millions de dollars en 1894 et 1895, les exportations d'objets manufacturés s'élevèrent, à pas de géant, à 434 millions de dollars en 1900.

A ce moment la situation se modifia; la prospérité revenue fît hausser les prix et les salaires et augmenta beaucoup la consommation en Amérique, tandis qu'une crise éclatait dans le Vieux-Monde, et y déprimait les cours des principales marchandises, réduisant même les salaires en maints endroits; c'était au tour des industriels d'Europe et surtout d'Allemagne de chercher des débouchés h l'extérieur, et presque à tout prix. Consommant beaucoup plus eux-mêmes, se trouvant en face d'étrangers gênés qui consommaient moins et dont certains ne pouvaient même absorber leur propre production, les Américains cessèrent de développer leurs ventes au dehors, bien que leur production, à eux, se fût aussi fort accrue. C'est ainsi que leurs exportations d'objets manufacturés tombèrent de 434 millions de dollars en 1900 à 412 en 1901, pour rester à peu près stationnaires à 404 en 1902 et h 408 en 1903. La réduction est, en somme, bien faible, étant donné le changement des circonstances, qui, éminemment favorables à l'exportation américaine jusqu'en 1900, le sont devenues beaucoup moins depuis. Aussi peut-on prévoir que, lorsqu'elles se modifieront de nouveau, il s'ensuivra une nouvelle et très grande expansion des exportations des États-Unis. Ce sera peut-être alors la véritable invasion américaine du Vieux-Monde, dont nous n'avons eu que la répétition générale en 1899 et 1900.

Il ne convient jamais, toutefois, de s'alarmer outre mesure, ni trop tôt, et il est utile de distinguer entre les divers articles que les Américains exportent et qu'ils qualifient dans leurs statistiques de « manufacturés ». A vrai dire, il en est, parmi eux, qui ne semblent guère dignes de ce nom et auxquels l'on devrait, tout au plus, appliquer l'expression de semi-manufactures. Il en est ainsi, notamment, de l'un des articles les plus impor-

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innls, le cuivre : Texportatioa des cuivres et articles en cuivre a passé de 800.000 dollars en 1880 à 58 millions de dollars en 1900, pour revenir à 43 millions en 1901, 41 millions en 190^ et 39.667.000 dollars en 1903; la cause de ce récent recul réside, d'ailleurs, presque uniquement dans la baisse des prix. Ces 39.667.000 dollars exportés durant le dernier exercice comprennent 2.313.000 dollars d'objets fabriqués en cuivre, qui sont bien réellement des articles manufacturés, et 37.354.000 dollars de cuivre en lingots, barres et plaques, que les statistiques des États européens qui le reçoivent classent parmi les matières premières; et il est incontestable, en effet, que ce n'est pas là, à proprement parler, un article manufacturé. U y aurait, de môme, certaines déductions à effectuer sur les 30 millions de dollars de cuirs et articles en cuir. Quant aux bulles minérales raffinées, dont l'exportation a passé de 30 millions de dollars en 1880 à 68 millions en 1900 et a été de 60 millions en 1903, il est peut-être excessif aussi do les qualifier d'articles manufacturés; la transformation qui leur a été apportée par l'industrie est, après tout, assez légère, et peut-être seraient -elles mieux placées avec les pétroles bruts (6 millions de dollars en 1900), dans la classe des produits des mines, où devraient également, semble-t-il, figurer les métaux non ouvrés, entre autres le cuivre.

Déduisant ainsi les cuivres et les pétroles raffinés, dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils devraient être classés h part, on obtient, pour les articles manufacturés proprement dits exportés en 1903, un total de 309 millions de dollars, contre 307 millions en 1900; c'est-à-dire que le chiffre de 1903 devient le plus élevé qui ait jamais été obtenu; en 1890, les exportations correspondantes n'avaient été que de 104 millions et, en 1880,

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de 68 millions seulement. Si la valeur absolue se trouve ainsi réduite, les progrès accomplis s'affirment encore comme plus considérables qu'ils ne paraissaient lorsqu'on englobait le cuivre et le pétrole. Voici, maintenant, quels sont les principaux de ces objets fabriqués exportés, avec les chiffres de leur exportation à diverses périodes depuis 1880 :

PRINCIPALES EXPORTATIONS d'ODJETS FABRIQUjfS DE 1880 A 190

(Millions do dollars.)

Articles deferet d'acier. 15 26 32 122 117 98 9G

Machines agricoles . .

Articles en bois. . . .

Produits chimiques. .

Cuirs et articles en cuir.

Tissus et files de colon.

Paraffine et cire . . .

Papier et articles en

papier

Ces huit classes forment environ les trois quarts des produits manufacturés exportés. Les plus intéressantes pour l'Europe sont les articles de fer et d'acier. C'est sur eux que l'on observe le mieux l'énorme expansion des exportations de 1893 à 1900 et le recul, assez sensible sur certains points, qui s'est produit de 1900 à 1903. On se rendra compte de la profonde modification qui s'est accomplie dans le commerce mondial du fer et de l'acier, du fait des progrès de l'Amérique, si l'on observe que, malgré ce recul, les exportations des États-Unis en fers et en aciers sont très supérieures à leurs importations : celles-ci n'étaient que de 27 millions de dollars en 1902 et avaient oscillé, depuis 1894, entre 42 et 27 millions de dollars. Avant 1894, au contraire.

les importations avaient toujours, et largement, dépassé les exportations; jusqu'en 1889, les premières avaient même sans cesse été au moins doubles des secondes, qui n'avaient jamais excédé 30 millions de dollars. Il ne faut donc pas que le léger fléchissement observé depuis trois ans fasse illusion. Les États-Unis sont devenus un grand pays exportateur de fer et d'acier ; ils le restent et il est probable qu'ils le deviendront encore plus à l'avenir. Sans doute l'Allemagne produit aujourd'hui les articles de fer et d'acier meilleur marché que les Etats-Unis ; mais il faut tenir compte que, les salaires mettant toujours une certaine lenteur à suivre les mouvements des prix, les salaires allemands sont encore en grande partie des salaires de crise, tandis que les salaires américains se trouvent à peu près au plus haut. Vienne une dépression un peu sérieuse en Amérique, ils fléchiront forcément dans une certaine mesure et c'est à ce moment que, la consommation intérieure diminuant, la concurrence américaine se fera sentir au dehors de la façon la plus dangereuse.

De même, les Etats-Unis commencent à exporter des cotonnades en grande quantité et il faut s'attendre à une concurrence des plus vives de leur part pour cet article, non pas tant en Europe que dans les pays neufs et, surtout, en Extrême-Orient, où les filés et tissus bon marché des usines du Sud se frayent un débouché de plus en plus large. Il faut noter que si, dans le commerce des États-Unis avec le monde entier, la part des objets manufacturés n'est que de 30 p. 100, elle est de 60 p. 100 dans leur commerce avec l'Asie, qui se développe très rapidement. Cest ce qui explique, du reste, avec quel intérêt la grande République américaine suit toutes les phases de la question d'Extrême-Orient. L'Amérique du Sud, et surtout sa côte ouest, fort

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négligée jusqu'ici, deviendra aussi, après le percement de risthme de Panama, un excellent débouché pour l'industrie des États-Unis, qui s'y trouvera dans de meilleures conditions que l'industrie européenne. Aussi bien sur son propre territoire que sur les marchés neutres, cette dernière doit donc s'attendre à soutenir, dans les prochaines années, une lutte des plus redoutables.

Le commerce extérieur des États-Unis se fait presque entièrement par mer : 6 p. 100 seulement des importations, 9 p. 100 des exportations arrivent aux États-Unis ou en partent par voie de terre. Cela n'a rien de surprenant si Ton songe que leurs deux seuls voisins, le Canada et le Mexique, ont encore une puissance de production et de consommation relativement faible : aussi les relations avec eux ne jouent- elles qu'un rôle tout à fait secondaire dans les échanges extérieurs de l'Union. C'est donc une valeur de plus de dix milliards de francs de marchandises qu'il a fallu transporter durant chacune de ces dernières années, entre les États-Unis et le reste du monde ^. En outre, il débarque, bon an mal an, dans les ports des États-Unis plus de 500.000 passagers, immigrants ou autres, et il en repart quelque 300. 000^

1. Pour rexercice 1902 (1" juillet 1901-30 juin 1902), il a été importé aux États-Unis 847 millions de dollars de marchandises par mer et 56 millions de dollars par terre ; il a été exporté 1.258 millions de dollars par mer et 124 millions par terre. Même avec le Mexique et le Canada, avec le premier surtout, une grande partie du commerce se fait par eau; d'autre part, quelques marchandises expédiées vers Tétian^er ou en provenant peuvent passer par des ports canadiens.

2. Durant rexercice 1902, il est arrivé aux États-Unis 820.893 passagers, dont 648.743 immigrants, 30.092 autres étrangers et 142.058 citoyens américains rentrant chez eux; il est

De ces transports d'hommes et de choses résulte un mouvement de navigation des plus considérables, qui ne le cède en importance qu'à celui des lies Britanniques : en 1902, le tonnage des navires arrivés des pays étrangers dans les ports américains a été de 24.361 .000 tonnes ; celui des navires sortis de ces ports pour se diriger vers l'étranger s'est élevé à 24.202.000 tonnes. L'ensemble des entrées et des sorties est ainsi de 48 millions et demi de tonnes ; en Grande-Bretagne, le total correspondant atteignait en 1900 tout près de 100 millions de tonnes; en 1898, dernière année normale avant la guerre Sud- Africaine, il avait été de 90 millions ; en France, il est d'environ 18 millions de tonnes.

Encore n'est-ce là qu'une partie du mouvement maritime des ports américains. Le cabotage est extrêmement actif sur la côte atlantique des États-Unis, à proximité de laquelle sont produites et consommées beaucoup de marchandises lourdes : c'est lui qui transporte en Nouvelle- Angleterre les charbons de Virginie et de Pennsylvanie, dont cette région a besoin, soit pour son industrie, si développée, soit pour les usages domestiques ; c'est lui aussi qui amène à New-York et dans les autres grandes villes, les bois du Sud ou du Nord- Est; d'importants envois de coton se font également par eau, des lieux de production du Sud vers les usines du Massachusetts, du Rhode-Island et du Gonnecticut ; enfin des bateaux admirablement aménagés transportent même, en été, de New-York à Newport, le Trouville ou le Dinard américain, de nombreux passagers qui pré-

parU 326.760 personnes, dont 158.112 passagers de cabine et 168.648 autres, ceux-ci représentant principalement dos immigrants temporaires, qui s'en revenaient dans leur pays aprùs avoir travaillé quelques mois aux Etats-Unis. Pour l'exercice 190i. les chiffres correspondants sont plus élevés encore.

ferent passer toute la nuit dans un bon lit^ sur les eaux calmes du détroit qui sépare Long-Island de la côte, plutôt que d'être secoués pendant cinq heures en chemin de fer.

Les statistiques manquent un peu sur tout ce cabotage; les Monthly Summaries of Commerce and Finance of the United States, que publie à Washington le département du Trésor, nous apprennent cependant que^ durant les six premiers mois de 1903, il est entré dans le port de Boston 4.498 caboteurs jaugeant 3!901.000 tonnes contre 792 long -courriers jaugeant 1.805.000 tonnes; pour les autres ports, on ne nous donne que le nombre des navires, non leur tonnage : ainsi à New-York 3.779 caboteurs, contre 2.145 longcourriers, à Philadelphie, 1.793 caboteurs contre 637 long-courriers durant la même période ; pour les cinq premiers mois de 1903 il a été expédié de New-York, Philadelphie, Baltimore et Newport-News, 12 millions de tonnes de charbon à destination d'autres points de la côte, principalement de la Nouvelle-Angleterre; dans la même période, New- York a reçu par cabotage 200 millions de pieds de bois du Sud. Si fragmentaires qu'elles soient, ces données suffisent pour se faire une idée de l'importance du cabotage sur la côte de l'Atlantique; il est moins actif sur celle du golfe du Mexique, encore que d'assez nombreux transports de cotons et de pétroles s'effectuent par cette voie ; il l'est beaucoup moins encore sur le Pacifique; mais dans l'ensemble il se chiffre certainement par plusieurs dizaines de millions de tonnes. Rappelons qu'en France il ne dépasse pas 8 millions de tonnes, et que dans les Iles Britanniques il atteint 60 millions, entrées et sorties réunies.

Quand on a joint au long cours le cabotage maritime, on n'a pas tout dit sur la navigation aux États-Unis.

Un mouvement plus actif encore a lieu sur cette sorte de Méditerranée que forment les Grands Lacs, qui joue un si grand rôle dans la vie économique américaine et contribue tant à la puissance industrielle des Etats- Unis, en permettant de transporter, h des tarifs extraordinairement bas, le charbon et les minerais, sans parler des grains et des marchandises diverses. Durant les neuf premiers mois de 1903, il est entré, dans les divers ports des Grands Lacs, 60.000 navires jaugeant plus de 56 millions de tonnes nettes et il en est sorti autant. Le canal du Sault-Sainte-Marie qui fait communiquer le Lac Supérieur avec le Lac Huron et que ne traverse pas, tant s'en faut, tout le commerce des Grands Lacs, mais qui sert, cependant, d*exutoire à la branche la plus importante de leur trafic, le transport des minerais de fer a vu passer, en 1902, un tonnage de 31.955.000 tonnes ; dans le seul port de Chicago sont entrées, en chacune des dernières années, plus de 8 millions de tonnes.

Par la nature de la navigation sur d'immenses nappes d'eaù de plusieurs centaines de mètres de profondeur, souvent fort agitées, par les distances franchies, par les types et les dimensions des navires employés, le mouvement des transports sur les Grands Lacs se rapproche tout à fait du cabotage maritime, du grand cabotage môme ; c'est pourquoi on ne saurait le passer sous silence lorsqu'on étudie la navigation aux États-Unis. Il a, d'ailleurs, été plusieurs fois, et il est encore question d'améliorer les communications entre ces lacs et le bas Saint-Laurent, de façon à en permettre l'accès aux navires de haute mer, qui s'arrêtent aujourd'hui h Montréal, et qui pourraient alors venir charger et décharger directement à Duluth, à Chicago, àCleveland, h toutes les grandes villes assises sur le bord des lacs.

Il s'ensuivrait de sérieux avantages pour l'exportation des grains, de maints articles métallurgiques mêmes, et il ne semble rien y avoir d'improbable, il n'y a rien d'impossible, en tout cas, à ce que ces projets se réalisent un jour^

La navigation intérieure sur les rivières et les canaux, très active particulièrement sur TOhio, la Monongabela et les canaux des États de New-York et de Pennsylvanie, a un autre caractère que la navigation sur les lacs et se rapproche de la navigation intérieure telle qu'on la connaît en Europe. Cependant, la largeur et [la profondeur du Mississipi et du cours inférieur de quelques-uns de ses affluents, permettent l'emploi de vastes bateaux à vapeur, d'un tirant d'eau plus considérable et d'un tonnage plus important encore que ceux qui parcourent les plus grands fleuves européens, le Danube ou le Volga ; mais le rôle que jouent ces bateaux h vapeur du Mississipi dans les transports n'est plus comparable, aujourd'hui, à ce qu'il fut de 1830 h 18S0 ou mf^me 1860, avant le grand dévelop-

1. Les obstacles au passage des navires hauturiers du bas Saint-Laurent dans les Lacs sont, d'abord, on le sait, les rapides qui occupent le cours du fleuva entre le Lac Ontario et Montréal, puis les chules du Kiagara. Le canal Welland permet d'éviter celles-ci, et de passer du Lac Ontario au Lac Erié; mais il n'est accessible qu'à d'assez petits navires et la grande navigation des lacs ne s'étend guère au Lac Ontario. On pourrait réaliser la communication entre les lacs et la mer en creusant un canal latéral aux rapides du Saint-Laurent, et en approfondissant et remaniant entièrement le canal Welland : mais on arriverait, plus directement, au Lac Supérieur et au Lac Michigan, qu'il serait surtout intéressant d'atteindre, en gagnant, par la rivière Ottawa, qui se jette dans le Saint-Laurent près de Montréal, et un assez court canal, le Lac Nipissing, puis, de là, par la rivière Française, la Bain Géorgienne, polfc du Lac Iluron. On a, récemment, mis en aviint ce dernier projet, dont la réalisation serait facilitée par la pi ûscncc de nombreux et profonds élargissements lacustres ([ue prés.'nte le lit de l'Ottawa.

pement des chemins de fer. Ils permirent alors de commencer la mise en valeur de l'Ouest ; ils sont re'duits, maintenant, à un rôle accessoire, et la plus grande rëgularité, la plus grande sécurité des transports par chemins de fer ne laissent qu'un trafic assez médiocre à la voie du Mississipi, dont la navigation n*est pas toujours exempte de dangers et de difficultés.

Nous avons exposé ce qu'est l'ensemble de la navigation américaine ; revenons maintenant à la partie la plus intéressante pour nous : le mouvement maritime entre les États-Unis et les pays du dehors.

Voici d'abord quelle a été son importance h diverses époques :

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