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PARIS ET BOLOGNE AUX PREMIERS TEMPS DE LEUR EXISTENCE

Messieurs,

Bonne-Espérance a tant d'attaches avec le monde universitaire, qu'ayant accepté le périlleux honneur de prendre la parole à cette réunion de famille sur un sujet historique, il m'a paru qu'il serait sinon agréable, du moins instructif de nous entretenir des Univei'sités d'autrefois.

Il y a quelque vingt ans, l'histoire scientifique des anciennes universités était encore enveloppée de profondes ténèbres. Le mérite d'avoir dissipé les ombres revient à un illustre savant de l'Ordre de saint Dominique, au R. P. Henri Denifle, sous-archiviste du Vatican. Le premier volume, le seul paru jusqu'ici de son vaste ouvrage, publié à Berlin en 1885, sur les universités du moyen âge jusqu'en 1400, a jeté une intense lumière et provoqué partout d'innombrables recherches sur cet aspect si original de la civilisation médiévale. A Dieu ne plaise que je vous impose l'ennui d'une longue et fastidieuse énumération ! Il me suffira de signaler deux importantes publications. Et tout d'abord, sous les auspices et aux frais de la République française, le R. P. Denifle lui-même, en coUa- JDoration avec M. Emile Châtelain, conservateur-adjoint de la Bibliothèque de la Sorbonne, a édité depuis 1889 jusqu'aujourd'hui quatre majestueux in-quarto d'anciens documents relatifs à l'université de Paris, sous le titre modeste : Chartularium iiniversitatis Parisiensis. D'autre part, un travail de synthèse, consacré à \Histoire des universités de f Europe au moyen âge et dû à la plume de M. Hastings Rashdall, professeur

à l'université d'Oxford, a paru en 1895 : il est venu corroborer ou compléter les idées du savant sous-archiviste de la Papauté. Je vous fais grâce du reste de la bibliographie (1) dans l'espoir qu'en retour vous me pardonnerez l'austérité des renseignements que je viens de vous fournir et surtout de ceux que je me

(1) Il ne sera sans doute pas inutile de donner sur ces deux universités quelques indications bibliographiques plus étendues à l'intention des lecteurs qui s'intéressent à l'histoire de l'enseignement supérieur. OUVRAGES D'ENSEMBLE : H. Denifle, Lie Vniversitaten des Mittelalters his l 'lOO, t. I ; Die Entsiehung der Universitàten des Mittelalters bis 1400. Berlin 1885; Hast. Rashdall, The universités of Europe in the Middle Ages, 2 volumes en 3 tomes. Oxford 1895. Ces deux travaux ont servi de base à diverses études de M. Ch. V. Langlois dont nous avons tii^é grand profit : Ch. V. Langlois, La Civilisation occidentale au Xllf' et au XIII''- siècle, dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale du /ye siècle à nos jours, t. IL chap. X, pp. 538-595. Paris 1893 ; Le même, Les universités du moyen âge dans la Revue de Paris, t. 111 (1896), ])p. 788-820. - OUVRAGES PARTICULIERS : 1° sur l'université de Paris: M. Denifle, Chariularium univers i (atis Parisiensis sub auspiciis consilii universitatis Parisiensis ex diversis bibliothecis tabulariisque collegit, cum authenticis chartis contulit notisque illustravit auxiliante E. Châtelain, 4 volumes. Paris 1889-1897. Les publications de Denifle et Châtelain ont donné lieu à divers travaux de généralisation parmi lesquels nous citerons surtout ceux qui nous ont le plus servi : A. Luchaire, Le Cartulaire de l'université de Paris dans la Revue internationale de V Enseignement, t. X (1890), pp. 578-590; Le même, Le Cartulaire deVuniversité de Paris dans la Revue internationale de l'Enseignement, t. XV (1895), pp. 1-18 ; Le MÊME, Manuel des institutions françaises, période des capétiens directs, p. 126 et suiv. Paris 1892 ; Le même, L'université de Paris sous Philippe-Auguste. Paris 1899 ; Le même, L'école de PariSy professeurs et étudiants. — La papauté et le mouvemetit universitaire. Les débuts de l'université de Paris, dans E. Lavisse, Histoire de la France depuis les origines jusqu'à la Révolution, t. 111, l""» partie, pp, 332-3-45. Paris 1901 : R. Délègue, L'université de Paris 1224-1244, dans la Bibliothèque iriternationale de l'enseignement supérieur, publiée sous la (iirection de M. F. Picavet. Paris 1902. — 2° Sur l'université de Bologne .- Sarli Mauri et Fattorini Mauri De Claris archigymnasii Bononiensis professàribus a sœculo XI usque ad sœc. XIV, fd. C. A. Forloviensis et C. Malagola, 2 vol. Bologne 1888-1896; voir la littérature dans F. Schupfer, Manuale di storia del diritio italiano, p. 487 : Origine dello studio di Bologna.Kome 1895 ;Cfr. A. Rivier, L'université de Bologne et la première renaissance de la science juridique dans la ISouvelle Revue histo-* rique de droit français et étranger, t. XII (1888), pp. 289-302 ; Fr. Cavazza, Le scuole deW aniico studio Bolognese. Milan lir96 ; A. Solmi, Il rinascimento délia scienza giuridica e l'origine délie université nel medio evo. Milan 1900.

Pour compléter la littérature fournie par ces auteurs sur l'ensemble des universités, on peut consulter, depuis 1900, la Revue d'histoire ecclésiastique.

propose de vous donner, sans y mettre plus d'apprêt littéraire que si j'avais ici mon aimable et sérieux auditoire de la Faculté de théologie à Louvain.

Ce que je viens de dire prouve assez que ce serait folie de songer, dans une conférence, à épuiser la vaste matière que j'ai étourdiment entrepris de triturer en votre présence. N'attendez pas une histoire ni des doctrines, ni de la pédagogie, ni des mœurs, ni des luttes et encore moins une histoire des illustrations scientifiques des universités médiévales. Je m'attacherai uniquement à vous exposer les origines et l'organisation première de ces grandes corporations intellectuelles, et même, pour éviter à cette séance les longueurs d'une obstruction irlandaise au Parlement anglais, force me sera de me borner aux indications les plus essentielles sur les deux universités à qui leur date de naissance a assuré un droit d'aînesse et valu l'honneur de servir de modèles à toutes les autres universités du moyen âge : j'ai parlé des universités de Paris et de Bologne. Conformément au principe scolastique, j'insisterai sur la première qui nous donnera une idée du genre, et je marquerai simplement les ca?^actères différentiels de la seconde, ce qui nous permettra de nous faire 'une idée des espèces. Et tout d'abord

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