‹ Les Universités de Franche-Comté, Gray, Dôle, Besançon. Documents inédits publiés avec une introduction historiqueChapitre 12 sur 110 · CXXVI · texte numérisé non relu

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d'argent (1), et répondait aux questions des paranymphes. Puis le cortège se dirigeait à l'église Notre-Dame, où le candidat présenté par le recteur fléchissait le genou devant le vicechancelier qui prononçait à son tour une allocution fréquemment interrompue par des vivat. On chantait une grande messe et la journée se terminait par un somptueux repas, aux frais du licencié, qui devait y convier, outre ses condisciples, les membres du collège et les bedeaux.

Ces festins, chers à la jeunesse, étaient aussi anciens que les universités. On les trouve en usage à Bologne dès que les étudiants y furent organisés en corps. La vanité s'en mêla bien vite et Ton s'y livra à de telles prodigalités que Benoit XII, en 1537., et Clément VI. en 1349, interdirent aux chanoines réguliers d'y dépenser plus de deux mille tournois d'argent, ce qui représente à peu près 1,725 fr. de notre monnaie. Afin de prévenir les abus qui atteignaient surtout la classe pauvre, les statuts de Dole laissaient aux licenciés en théologie, droits et médecine le choix de donner un banquet ou de verser à la caisse universitaire une somme de 10 fr., élevée à 18 pour les docteurs (2). Est-il besoin d'ajouter qu'ils profitaient rarement de cette alternative et qu'ils aimaient mieux mettre leurs livres en gage, à l'instar d'un des précepteurs de Pétrarque, le vieux Convennole, qui perdit ainsi le traité de Cicéron sur la Gloire, que de renoncer à ces débauches dont ils sortaient souvent légers d'argent, mais pleins de vin, vacui et gravati, comme l'avouent sans gêne nos statuts? Il vint bientôt un jour où l'université fut obligée de proscrire côt usage non pour la licence — cela parut impossible — mais pour le bacca-

1 l'i Tarn de bono viao belnensi quam spécial ibus varits et optimis largiasime assumpturi... (Statuts, ch. xuv.) A Louvain. le vin de Beau m» partageait la faveur avec le vin du Rhin.

(2) Statuts, ch. lix.

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lauréat en droits, où il s'était glissé, à moins que les nouveaux bacheliers ne trouvassent des compagnons disposés à payer leur écot ; dans ce cas, dit-elle avec naïveté, chacun pourra boire autant qu'il voudra (1).

\jz doctorat enfin qui suivait de près la licence, n'en différait que par le privilège d'enseigner. Autant qu'il est permis d'en juger par les documents échappés à la ruine de l'université, c'était moins un grade scolaire qu'une distinction honorifique, dont le signe visible était le bonnet, birretum. L'aspirant à cette dignité suprême choisissait pour parrain le professeur qui lui avait fait subir ses épreuves de licence ; une chaire était dressée dans l'église, le promoteur y prenait place et le candidat s'asseyait à ses pieds. Là il récitait (2) un texte des Décrétales, du Code, de Galien ou d'Hippocrale, sur lequel les écoliers seuls Targumentaient. Les docteurs présents délibéraient ensuite sur son aptitude et, si elle était reconnue suffisante, il recevait des mains du promoteur, après une double harangue, le livre ouvert, l'anneau, le bonnet et le baiser de paix avec la chausse doctorale. Le feslin n'étaitfpas oublié, comme on pense, et le vin de Bourgogne coulait à flots.

ïl nous faut maintenant jeter un coup d'œil sur chacune des cinq facultés afin de noter la physionomie spéciale de leur enseignement.

Faculté de théologie.

La théologie, cette science longtemps unique, qui absorba les autres pendant une partie du moyen âge, ne fut point tout d'abord enseignée à Dole.

(1) Statut*, ch. xliii.

î) Réduire ne signifie pas ici reproduire littéralement par la mémoire, mai* exposer avec brièveté une proposition.

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Philippe le Bon l'avait solennellement promise : il l'avait même, par une adresse ou une supercherie peu digne d'un grand prince, spécialement désignée dans ses lettres patentes du 22 juin 1423 comme l'une des facultés dont Martin V lui avait accordé l'institution. Néanmoins l'université n'eut à l'origine, comme sa sœur de Louvain érigée par le même pape en 1425, que quatre facultés, les décrets ou droit canon, les lois ou droit civil, la médecine et les arts. C'étaient les seules dont le Souverain Pontife ait fait une expresse mention. Nous avons dit que l'Eglise répugnait à autoriser un enseignement rival de celui de Paris. Elle essayait alors / d'ailleurs, selon Juste-Lipse, de mettre un frein aux controverses théologiques dont l'hérésie de Wiclef, de Jean Huss, de Jérôme de Prague, lui avaient appris les périls (1).

Le duc ne se découragea point. Il renouvela sa demande, il envoya missions sur missions à Rome, il invoqua les vœux presque unanimes de son peuple. Une circonstance fortuite lui assura le succès : le concile de Bâle venait d'entrer en lutte ouverte avec le successeur de Martin V, Eugène IV, qui, personnellement plus favorable aux études dogmatiques (2), appela à son secours les théologiens et leur accorda deux facultés à Louvain et à Dole. La première fut créée le 7 mars 1431 et la seconde, la nôtre, le 30 octobre 1437 (3).

(1) 11 n'y a point d'hérésie, disait avant lui Gautier de Saint-Victor, qui ne soit sortie de la dialectique : lit ergo tolos dies et noctes terunt, ut interrogent, vel r«pondeant.

(2) Nos igitur, dit Kugène IV dans sa bulle do 1437, qui eamdem theolosiam ubique vigere incensis desideriis affectamus.

(3) « ... Statuimus et ordinamus, dit la bulle d'Eugène IV, quod deinceps perpctuis futuris temporibus, facultas theologia? in dicto studio de Dola, cura omnibus junbus, emoluinentis, honoribus.oneribus, libertatibus.privilegiiset immunitatibiu quibus decretorum et legum ac aliœ inibi institutîe l'acultates quomodo libet gaudent et potiuntur, «it et essedebeat, et aliis ibidem facultatibus agprcgetur. » Cette faculté, ajoute-t-elle, est accordée sur la demande des recteur, docteurs, maîtres, licenciés, bacheliers et autres étudiants de l'université de Dole, ainsi que d'un grand nombre de séculiers, seculares quamplurimi rrligiosi diversorum ordinum, etiam de baronum et nobilium génère procreati.

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