‹ Les Universités de Franche-Comté, Gray, Dôle, Besançon. Documents inédits publiés avec une introduction historiqueChapitre 16 sur 110 · CX L VII · texte numérisé non relu

CX L VII

d'occasion. Mais la ville y gagna peu, car trois années après, grâce à de chaudes amitiés, il était appelé au conseil de Brabant (1). Des ennemis n'auraient pu lui rendre un plus mauvais service. Dévoué au prince d'Orange, aux comtes d'Egmont et de Horn, il devint presque aussitôt suspect au ministère et jugea prudent de revenir à Dole, où on lui offrait un engagement de dix années, et où, malgré son inimitié flagrante, le cardinal de Granvelle eut la générosité de le défendre sans relâche (2).

C'est au moment où Stratius plaidait avec la ville que Dumoulin apparut à l'université, mais avec un tel éclat et dans des circonstances si étranges qu'il convient de s'y arrêter un instant.

Il venait de professer à Strasbourg et à Tubingue, lorsque le mariage de Georges, comte de Montbéliard, avec la fille du landgrave de Hesse, qu'il avait défendu devant la chambre impériale de Spire, l'amena dans l'hiver de 1554 à 1555 à Montbéliard, sur les frontières de la Franche-Comté. Invité un jour par le comte à le suivre à Dole, où l'appelaient ses affaires, il y fut accueilli avec l'enthousiasme que sa parole avait naguère excité en Allemagne. Le parlement, l'université, les corps municipaux, prévenus de son arrivée, le reçurent à la porte de son logis, comme une tête couronnée. Ils le supplièrent d'honorer la cité de la même faveur qu'il avait

(1) Il tarda quelque peu de s'y rendre, car nommé en 1558 il ne quitta Dole que le 26 juin 1559. On lit sur le registre des recteur* soum cette date : Hic abitum excellent issi mi viri domini Stephani Stratii, jurii civilis in hac aima universitate professons celeherrimi, adscribere libuit, qui hinc abiit die xxvi julii cura prius venerando collegio tot»que fere universitatis honestissime valedixisset.

(2) V. Pitres justif., p. 61. — Le 26 juin 1564, le cardinal écrivait encore au conseil de ville, au sujet de Stratius qui se plaignait d'une retenue d'appointements pour quelques légères absences : « Je vous le recommande pour l'affection que je luy ay toujours portée comme à personnaige de si bon scavoir..., « et il ajoute qu'avec de semblables hommes il faut éviter toute « fascherie, » sans quoi les écoliers et surtout les Allemands abandonneraient la ville. On remarquera que Granvelle tenait ce langage précisément au moment où les protecteurs et les amis de Stratius obtenaient la disgrâce du puissant ministre.

accordée à Strasbourg, et de faire un cours extraordinaire à la faculté de droit. Le conseil de ville lui offrit 25 écus pour son entretien pendant trois mois (1). Dumoulin accepta, et revint au mois de novembre à Dole, où il fit trois leçons solennelles, en présence du recteur, des membres du parlement, des professeurs et des écoliers de l'université, des corps constitués et d'un grand nombre d'habitants (2).

Dans la première, il expliqua la loi Modeslinus ff. de solutio. et la loi 1 de cantrar, judic. tut. Elle commençait par les compliments obliges au xvie siècle : « Vix dicere queam quantum vester honos, vestra in me magnifica gratitudo, quibus me pravenistis, animum meum politici ordinis et bonorum studiorum amantissimum in vestri amorem et studium bene de vobis merendi ascenderit. » Puis venait l'éloge des Bourguignons, aussi supérieurs aux Francs et aux Germains que la foi chrétienne Test au culte des faux dieux, des Bourguignons qui ont donné la reine Clotilde à la France, et qui par elle ont répandu les eaux lustrales du baptême sur la tête des conquérants de la Gaule.

Le professeur divise ensuite son sujet, expose la doctrine accréditée jusqu'à lui, la réfute en détail et s'efforce ensuite d'établir que le débiteur qui a payé son créancier, sans se réserver la cession d'actions contre les autres obligés, doit être présumé n'y avoir point renoncé. C'est la subrogation de plein droit, que les jurisconsultes romains avaient toujours repoussée, que les parlements et Polluer ont combattue, et qui, néanmoins, a pénétré dans notre Code civil, dont

(1) Registres du conseil de ville. Délibération du 17 juillet 1555

(2) Prima tertio dnluna. dit en 1658 l'éditeur de ses œuvres. Du Me*nil, habita in nmplitKimo magnifiri rect ris, suiirem p ruritP >rnatorum, totiusque ArajJemiit et urbi '•; onlinum c<plu. Nnn-.-eulement Dumoulin fit des leçons publiques A Dole, mais il y donna des consultations. La cinquante-neuvième de ses œuvre* est datée «le cette ville le 18 novembre 1555.

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