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en vantant la douceur de leur climat et la fécondité de leur sol, s'étaient vraisemblablement bien gardés de lui apprendre la faible distance qui séparait leur cité de Dole. Il est impossible de douter que cet octroi n'ait élé le prix de la soumission avec laquelle les Bisontins acceptaient le jugement pontifical, car la bulle y fait une allusion très-transparente. Le pape concédait d'ailleurs à leur école tous les privilèges des grandes universités; il lui attribuait le droit de conférer tous les grades, ou plutôt de présenter à l'archevêque de Besançon des candidats pour chaque degré, y compris celui de docteur; il en confiait la garde et la surveillance à trois conservateurs , l'abbé de Saint-Paul , le grand chantre de la Cathédrale et le doyen de la Madeleine, qui devaient réprimer, à l'aide des pénalités ecclésiastiques ou même du bras séculier, toutes les offenses faites aux membres de la faculté, et les investissait, à cet égard, d'une juridiction absolue, sans tenir compte des réserves faites sur ce point par les constitutions de Boniface VIII.
Cette bulle excita parmi les citoyens de Besançon un enthousiasme extraordinaire. On la lut devant le peuple assemblé au son des cloches dans l'église Saint-Jean, comme on avait lu quelques jours auparavant le traité conclu entre tes mandataires de la ville et les délégués de l'archevêque. Le premivY jeudi de juillet 1450, les gouverneurs se réunirent à l'hôtel consistorial et décidèrent que l'un d'eux, Léonard Despotots (1), se rendrait près du duc, en Flandre, pour solliciter soit les lettres patentes nécessaires à rétablissement de l'école, soit une recommandation dans ce but
(l) Léonu. 1 Despotots, Beigneur de Fours et d'Ouhans, exerça d'abord la charge de juge de régalie à Besançon, de maître des requêtes de l'hôtel du duc Philippe et fut pourvu de celle de premier président du parlement après la mort de Jean Jacquelin, le 23 décembre 1481. Il passa presque toute l'année 1451 à Dole, avec ses collègues Jean de Voillans. Jacques Mouchet. Pierre Despotots, Viard d'Achey, etc.
près de l'empereur. Le trésorier de la ville, Pierre Bonvalot, fut chargé de lui remettre 20 florins d'or pour les frais de son voyage (1). Mais la violente sédition qui éclata bientôt dans le peuple bisontin, soulevé par un batteur d'or, Jean Boisot, l'expulsion des gouverneurs qui furent contraints de se réfugier à Dole, les sanglantes représailles exercées par le maréchal Thiébaut de Neufcbâtel, enfin la « grande mortalité et pestilence » qui ravagea la cité pendant l'année suivante, suspendirent les démarches municipales jusqu'à ce que le calme fût rentré dans les esprits et la paix dans les rues.
L'émeute et la peste laissèrent tant de plaies à panser après le retour de l'autorité régulière, que l'on ne put s'occuper de l'université avant deux ans. Alors recommencèrent les ambassades et les riches présents, car les ducats et les florins étaient les meilleurs titres à la faveur ducale. Le 1er octobre 1452, Léonard Despotots et Henry Grenier, restaurés dans leurs charges de gouverneurs, quittent Besançon pour se rendre à Pontailler, où ils devaient rencontrer Monseigneur le Cardinal, qui marchait à petites journées sur Rome (2). Après force génuflexions et révérences, ils implorent au nom de la ville son appui et une lettre de recommandation près de son père, le chancelier de Bourgogne, qui, en matière administrative, est le vrai souverain des Etats de Philippe le Bon. Le cardinal leur fit sans doute bon visage et ne les renvoya point sans espérance, car, quelques jours plus tard, le conseil s'assemblait de nouveau et ne parlait de rien moins que d'enlever l'université aux gens de Dole. Une grande réunion des gouverneurs et des citoyens les plus notables se
(1) Journal de l'Hôtel de ville, fol. 196.
(2) Jean Rolin, évêque d'Autun, chanoine de Besançon, crée* en 1449 cardinal •oui le titre de Saint -Etienne au Mont Cœlius.
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tenait en effet le 50 décembre à l'hôtel cousis tonal , et Ton y votait d'acclamation l'envoi d'un député « des plus qualifiés » au Duc et à Thiébaut de Neufchâtel « qui a grand crédit, » afin de poursuivre le fait de l'université. Messieurs du chapitre étaient en outre invités à se joindre à la ville dans ce but et à appuyer sa demande en envoyant à la cour un messager spécial porteur de lettres de créance. Le trésor municipal se chargeait de tous les frais.
Le délégué du sénat s'appelait messire Jean Jouard, seigneur d'Eschevanne. On ne pouvait choisir un personnage plus haut placé dans 1 estime et la confiance du prince, puisqu'il était maître des requêtes de son hôtel et qu'il venait de signer avec le maréchal de Neufchâtel le fatal traité par lequel les habitants de la cité impériale cédaient au bon Duc et à ses successeurs, en échange de ses services pour le rétablissement de l'ordre, la moitié des gabelles et des amendes perçues sur leur territoire, avec le droit d'entretenir parmi eux un juge, qui était le seigneur d'Eschevanne lui-même, et un capitaine commis au fait des fortifications et de la guerre.
Jean Jouard partit pour la Flandre où Philippe le Bon guerroyait alors avec la fine fleur de la noblesse franc-comtoise contre les Gantois révoltés, et il emporta comme viatique cent écus «l'or que le conseil de ville lui avait fait remettre par l'apothicaire Jean d'Arbois, son trésorier (1). Mais ce n'était pas assez d'un ambassadeur : on lui adjoignit Léonard Despotots qui avait déjà commencé les négociations et que Ion regardait avec raison comme l'une des meilleures têtes du sénat. Despotots était à proprement parler le représentant de la cité, qui lui alloua soixante florins d'or pour les frais de son voyage, dont la durée était évaluée à un mois,
(1) Délibération du 23 janvier 1452/3.
outre deux florins par chaque jour supplémentaire. Il devait guider Jean Jouard dans ses démarches, le surveiller peutêtre à son insu, et informer les commissaires demeurés à Besançon, maîtres Petremand, Chosal, Lambert et Montrivel, de tous les incidents de la mission (1). Cela ne parut pas même suffisant : une autre délibération du conseil auquel s'étaient joints les notables Henry Grenier, Jean du Change, Gay et ChalToy, chargea Jacques Mouchet et Pierre Nalot (2) de suivre Despotots au camp du duc avec des lettres de sûreté et de crédit, et une gratification de 10 florins fut volée pour celui des députés qui porterait la parole devant les conseillers de Monseigneur (3).
Besançon n'avait, comme on le voit, rien négligé. Elle avait vidé ses coffres, déjà fort appauvris par l'impôt levé pour indemniser l'archevêque de la perte du château de Brégille et par la rançon de ses principaux citoyens; elle avait préparé ses plus somptueux présents et ses plus doctes harangues. Son vicomte, le prince d'Orange, l'appuyait secrètement, mais énergiquement, non pas près de son beau cousin le duc, dont l'air hautain le mettait mal à l'aise, mais près de ses familiers et des courtisans qui avaient voix au conseil. Quentin Ménard enfin ne pouvait lui faire ombrage, car il était plus intéressé que personne, malgré sa rancune contre des ouailles rebelles, à servir leur projet d'établir une école qui promettait à son clergé de nouvelles sources d'enseignement et dont le pape l'avait du reste constitué le protecteur. Malheureusement le souvenir de Boisot était trop récent pour que Philippe se souciât d'attirer dans une ville à peine pacifiée par ses armes une jeunesse turbulente
(1) Délibération du 1" février 1452/3.
(2) Pierre Nalot, clerc, licencié es-lois, maître des requêtes de l'hôtel de Philippe le Bon en 1460.
3) Délibération du 6 février 1452/3.
qui y apporterait le germe de nouveaux désordres : il répon dit que l'université doloise suffisait amplement à ses Etats, et que s'il répugnait aux Bisontins d'y envoyer leurs fils, ils se pouvaient contenter des écoles de grammaire qui existaient à Salins (V, chez les Augustins de Saint-Amour, à Poligny, et près de l'église Saint-Désiré, à Lons-le-Saunier. C'est du moins la réponse que lui attribue l'auteur de notes anonymes qui n'a pas eu la prudence d'appuyer ses assertions sur des documents authentiques. Quoi qu'il en soit, il est certain que la demande fut repoussée par le duc et que l'empereur dont l'agrément était en définitive le seul indispensable, puisqu'il avait la suzeraineté nominale de la ville, n'y fit pas un meilleur accueil, sans doute par égard pour son ami et puissant voisin.
La chute de Charles le Téméraire et de la maison de Bourgogne, qui fut peut-être, avant la révolution française, le plus grave événement de notre histoire depuis quatre siècles, car elle marque la transition de l'ère féodale à l'ère monarchique et donna naissance à ce long antagonisme de la France et de l'Autriche qui ensanglanta l'Europe du champ de bataille de Fornoue jusqu'à celui de Fontenoy, la chute du dernier grand-duc d'Occident, disons-nous, fit aussi renaître les espérances des Bisontins. Charles mort sous les murs de Nancy, ses états se disloquèrent, ce vaste empire auquel il ne manquait qu'une couronne royale pour égaler les plus nobles royaumes, s'écroula de toutes parts. Ici les grands seigneurs redressent leur téte longtemps courbée et conspirent pour se vendre au plus offrant; là, le peuple s'agite et les fiers bourgeois des Flandres jurent de se passer de maîtres. La
|1| D y avait originairement deux écoles à Salins pour lea deux bourgs. L'une *i elles avait été fondée au xi* siècle par Hugues I", archeréque de Besançon. En 1455, ces deux écoles furent réunie» en une seule placée entre les bourgi dont lea murailles furent abattues deux années après.
trahison et la félonie aux pieds du trône ; un sceptre vacillant entre les mains d'une jeune fille ; l'unique héritière de sept duchés et de quinze comtés disputée entre un dauphin et un archiduc; Louis XI en face de l'Empereur! Jamais les deux Bourgognes ne s'étaient vues en tel « désarroy; » jamais occasion plus favorable ne s'était eucore offerte à la ville libre pour conquérir cette université qui lui échappait chaque fois qu'elle croyait s'en saisir. Elle prête d'abord sod artillerie à Dole assiégée par les troupes de Craon, parce qu'elle espère que, les Français chassés du Comté, Marie de Bourgogne sera pour elle plus clémente que son aïeul ; mais lorsque, malgré le courage de ses écoliers, qui périssent presque tous dans une embuscade, la cité universitaire succombe à la seconde attaque d'Àmboise, lorsque le vainqueur promène le fer et la torche à travers la province, Besançon s'humilie devant lui, et s'empresse de lui ouvrir ses portes.
A peine est-elle envahie qu'elle députe solennellement ses notables à Louis XI pour lui offrir le gardiennat de la cité et pour solliciter en échange, non plus une simple faculté des arts, une école de grammaire et de philosophie, mais les cinq facultés que possédait sa rivale, en un mot l'université que le bon duc avait à tout jamais fixée à Dole, et dont une ville assez ingrate pour refuser de se vendre à l'étranger s'est rendue désormais indigne. Le roi était alors, dit-on, à Montreuil, ou plutôt à Montils-les-Tours ; il accabla les députés de caresses, confirma les privilèges de leur république, leur fil remise des cinq cents francs qui étaient le prix du gardiennat et, par des lettres datées de son château du Plessis au mois de mars 1480/1, transféra l'université de Dole à Besançon avec tous ses droits, prérogatives et franchises (1). Dans
11) V. Piicet justifie., p. 28. Des lettres patentes données à Nemours le 8 juillet 1479 avaient déjà assuré Besançon de la bienveillance royale.
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l'expansion de la joie que lui inspirait la démarche de ces nouveaux alliés qui venaient se mettre en son •» espéoiale garde et protection, » il dépassa leurs propres désirs. Nonseulement il maintint l'école en possession des rentes et des revenus qui lui avaient été attribués à l'origine, avec les arrérages dus par ses débiteurs, « à quelque somme qu'ils puissent monter. » mais il en confla la répartition au sénat municipal ou à ses commis, sans se réserver, comme Philippe le Bon, le choix des distributeurs. Presque en même temps, pour achever la ruine de la cité qui avait osé lui résister, il transportait à Salins le parlement de Dole et y rendait, de sa personne, plusieurs ordonnances.
On ne pouvait plus clairement prononcer l'arrêt de mort de t'ancienne capitale du Comté. Ses malheureux habitants, décimés par un double siège, réduits à camper sur les cendres de leurs édifices publics et de leurs demeures privées qui avaient toutes péri dans l'incendie, à l'exception du couvent des Cordeliers, implorèrent en vain la miséricorde royale. Le 10 avril 1482, Hugues Avène, avocat fiscal du bailliage, et Claude Boudier, conseiller de ville, coururent se jeter aux genoux de Louis XI qui faisait un pèlerinage à Saint-Claude, et le conjurèrent de leur rendre le parlement et l'université, en accordant une exemption temporaire d'impôts à tous les étrangers qui viendraient repeupler Dole. Rien ne put fléchir le roi qui avait juré de venger l'échec de son lieutenant Craon et ne parlait tout d'abord que de raser les derniers débris de la ville (1). Vœvictis!
Pendant que leurs voisins étaient en deuil, les Bisontins oubliaient l'étranger pour se mettre en liesse. Leur triomphe fut de courte durée. Ils avaient bien, il est vrai, de belles lettres patentes, mais ils n'avaient pas encore l'univer-
'.1) Archives municipale» <le Dule.