‹ Les Universités de Franche-Comté, Gray, Dôle, Besançon. Documents inédits publiés avec une introduction historiqueChapitre 20 sur 110 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

sité. Le monarque peu scrupuleux dont ils avaient mis à profit la rancune, n'avait point fait difficulté de leur promettre tout ce qu'ils avaient voulu, mais en se réservant de ne pas tenir, s'il en était besoin, tout ce qu'il avait promis. Un bon serment sur la croix de Saint-Lo eût mieux valu à cet égard que tous les sceaux et tous les parchemins du monde. Pour réunir les professeurs et les élèves dispersés par la guerre, pour remplir un trésor à sec, pour élever les auditoires indispensables, pour apprendre à la jeunesse étrangère le chemin de la nouvelle école, il fallait non pas seulement le seing du prince, mais les efforts personnels des citoyens; il fallait non pas seulement des mois, mais des années. Louis XI ne leur en laissa pas le temps. Il prit bientôt fantaisie à son médecin Coictier, originaire de Poligny, qui de simple physicien s'était élevé à la première présidence de la chambre des comptes de Paris, de devenir le seigneur de sa ville natale, et, en homme habile, il profita de la maladie de son maître pour obtenir le don du château de Poligny, avec ses appartenances et la « clergie » du bailliage d'Aval (1). Ce fut sans doute pour augmenter la valeur de ce riche présent qu'un mois avant de rendre Pâme, le roi, qui croyait tromper la mort en corrompant son médecin, transféra dans la seigneurie de son redouté compère l'université de Dole, qui ne pouvait plus, dit-il, subsister dans cette ville, o voue sa ruyne. » (2) Besançon était soumise ; une solide garnison française la tenait en respect : à quoi bon remplir envers ses habitants une promesse dont le but était désormais atteint? On ne daigna pas même y faire une allusion dans les lettres de juillet 1483, qui livraient aux mains de l'avide Coictier le précieux dépôt des hautes études franc-comtoises.

[1) Il rendit hommage pour ce fief au roi le 20 février 1482/3.

(2) V. Pitres jutU/ie., p. 31.

Le sénat bisontin se sentait si bien joué qu'il n'osa pas même exprimer une plainte, lorsque l'année suivante Charles V1IÏ, révoquant la libéralité suprême de son père, s'empressa de restituer l'université aux Dolois. Il attendit une occasion plus favorable et se contenta de développer ses écoles municipales, qu'il parvint à unir, le 15 mai 1511, à celle de la Madeleine, dont les chanoines lui vendirent, moyennant 240 livres este venantes, le privilège d'enseignement qui leur avait été accordé au xiie siècle par le pape Nicolas IV. Cette dernière institution s'était elle-même déjà fusionnée en septembre 1465 avec les classes de Saint-Etienne et de Saint-Jean, qui passèrent ensemble, après la cession du chapitre, de la rue de l'Ecole au nord de Chamars, « où estoient anciennement les écoles municipales entretenues des deniers publics du tems des Romains. » (1) On y enseignait seulement la grammaire, la rhétorique, la philosophie et quelques faibles éléments des arts libéraux. Mais l'instabilité des maîtres qui venaient souvent du dehors, l'indiscipline des écoliers, l'absence d'harmonie et de liaison dans les cours, peut-être aussi le défaut de surveillance, réduisirent bientôt le collège au discrédit le plus complet. « Mesme, disent les gouverneurs, à rayson des grandz désordres lesquelz journellement arrivoyent au collège de la dite cité, qui estoit lors de nostre charge, par les changemens des recteurs et régenz, et le danger que nous y pouvoit arriver par la réception de personnes estrangeres et passagères. » La fondation du collège de Granvelle, créé en l'honneur de Saint-Maurice, ne put réveiller l'enseignement public. Dù à la générosité d'Antoine Perrenot et de Nicole Bonvalot, sa

(1) Rapport au parlement. — Droz, Recherches historiques sur la ville de Besançon , colU'ge, première partie, p. 18.

U y avait en outre une école, dite de Sainte-Brigitte, qui eut citée in actif Capituli, du 7 octobre 150O.

femme, qui par leur codicille du 5 janvier 1549 laissèrent une somme destinée à l'entretien d'un professeur en théologie, de deux régents d'humanités et de huit boursiers, ce collège n'eut qu'une existence éphémère au xvr siècle. Il attira d'abord quelques hommes de mérite, comme Jean d'Orival, docteur en droits, qui vint de Normandie professer les belles-lettres à Besançon. Mais les rentes constituées par les testateurs devinrent bientôt insuffisantes, et le collège, fermé peu après son ouverture, ne se rouvrit qu'un siècle plus tard, le 1 8 octobre 1646, grâceau comte de Cantecroix, héritier des Perrenot, qui le plaça sous la discipline de l'Oratoire (1). Ce qui manquait aux écoles municipales, ce n etaicnWpas les élèves, mais les maîtres. Comme à Salins, où les études étaient aussi en décadence (2), il n'y avait à Besançon qu'un cri pour accuser l'incapacité des ignares pédagogues à qui la ville était contrainte d'abandonner sa jeunesse. Chez ces vulgaires et cupides entrepreneurs de classes, venus on ne sait d'où, nulle vue d'ensemble, nul programme, pas même l'instinct de la routine, qui est quelquefois le respect de la tradition. Tout ce qui avait un peu d'ardeur, d'ambition et d'intelligence courait à Dole qui, derrière son université pourvue d'excellents professeurs et de quelques grasses prébendes, possédait un bon collège de grammaire, dont les chaires étaient si disputées en 1566 que le conseil de ville, eml>arrassé de faire un choix entre six candidats d'un mérite égal, procédait à l'élection par la voie du sort, ou, pour emprunter son propre langage, par ballottes déposées dans un chapeau (3). Aussi les gouverneurs

(1) Dunod, Hùtoire de l'église de Besançon, t. I, p. 321. M. Droz nous apprend que ce collège était situé dans la Grande-Rue, au n* 119.

(2) Le conseil de ville de Salins mande devant lui en 1560 le recteur des écoles et « lui faict remontrance qu'il avoit promis estre pourveu de régens et subalternes idoyne» et suffisant, ce qu'il n'a voit faict. • (Droz, loc. cit.)

(3) Registres du conseil de ville.

répondirent au vœu général lorsqu'à la mort de Charles- Quint, qui amena la séparation définitive de l'Espagne et de l'Empire, ils résolurent de reprendre leurs anciens desseins, et d'obtenir à tout prix du Pape et du nouvel Empereur une

université.

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