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ment Sauget. A peine eut-il ouvert la bouche que presque toutes les portes se fermèrent devant lui. Le cardinal d'Augsbourg refusa d'abord de le recevoir et ne se décida à le présenter au Souverain Pontife qu'après un mois d'hésitations, dont l'ambassadeur impérial et l'archevêque de Besançon eurent peine à triompher. Mais il n'accorda son patronage qu'en se réservant de transporter la défense de la cité sur un autre terrain. « Envoyez-moi, écrivit-il au sénat, une liste détaillée de vos professeurs, avec l'indication de leur origine et de leurs travaux, afin que je puisse démontrer qu'ils ne sont ni hérétiques ni suspects d'hérésie (i). «La présence de Théodore de Bèze et de Farel qui s'étaient fait un parti à Besançon et excitaient sourdement les citoyens contre leur archevêque, n'était pas en effet de nature à rassurer les congrégations romaines sur l'orthodoxie de la nouvelle école. Claude de la Baume lui-même, tout dévoué qu'il fût aux intérêts de la cité, n'osa pas insister sur les étranges arguments dont elle le constituait l'interprète officiel. Il eut la pudeur de ne pas y faire la moindre allusion dans sa correspondance avec les gouverneurs, afin de leur faire comprendre qu'ils s'étaient fourvoyés. « On a faict en cest endroit, leur dit-il, beaucoup de mauvais offices, » ou en d'autres termes, vous avez été mal conseillés. Pie V fit meilleur visage à Sauget, mais lorsque les protecteurs de la ville impériale le prièrent de rapporter son bref, il répondit par un refus, tout en leur promettant avec bonté de lire leurs mémoires et de s'éclairer encore.
Quand Sauget, un peu honteux de son échec, reparut à Besançon, les mains vides, ce fut une colère universelle. On ne parlait rien moins, même dans le grave consistoire, que de se passer du pape et de braver ses foudres. Cette idée
fA) Lettre do 3 novembre 1569.
avait déjà germé dans les têtes les plus chaudes, surtout depuis la fameuse consultation de l'avocat anonyme (1). Elle ne déplut point aux gouverneurs qui, négligeant Rome, se tournèrent brusquement du côté de l'Empire. C'était la première fois peut-être qu'une cité fortement et sincèrement religieuse, qui se glorifiait à bon droit de sa vieille fidélité à l'Eglise, rompait avec ses traditions d'obéissance pour se jeter dans les bras du pouvoir laïque. Le vent de la réforme n'avait-il pas soufflé jusque-là? Toutefois, par un reste de déférence, en négociant à Vienne, en mettant en mouvement tous ses alliés (2), en appelant à son secours les villes impériales au nom de leurs intérêts communs (3), en saisissant de sa plainte la diète de Spire, elle ferma ses cours jusqu'à ce que l'empereur se fût prononcé (4).
Vains efforts, prudence inutile! Ce changement de front
il ) « Si l'on pou voit obtenir confirma» ion du privilège impérial selon sa forme et teneur, l'on passera oultre. « (Délibération du 10 septembre 1569.)
(2) » 11 nous a souvenir, écrit-elle au sr Herlaudt, dont noua avons déjà parlé, de la bonne affection que de vostre grâce nous avez ouffert en temps, qu'estiez résidant deçà, que nous pourroit beaucoup ayder, que mesme que selon que l'on nous adverty, vous avez Mgr le chancelier de Bohème vostre uncle suyvanl la court de Sa Majesté Impériale, par le moyen duquel noz affaires pourroient c*tre acheminées et en recommandation devers S. M. » Elle s'adressa également, maiscoirime à un simple intermédiaire, au d' Martin Reychard, avocat impérial à Spire, qui transmettait se* dépêches n la Cour. Ici nous rencontrons un détail a*sez curieux qu'on nous pardonnera de reproduire. Le 16 novembre, ce Reychard lui écrivait qu'il n'oubliera pas de mettre ses lettres à la poste. posUe fideliter tradere, et lui demandait le remboursement de l'affranchissement, une couronne ou un tbaler et demi par lettre.
(3) « Dujeudy 11 mai 1570. — On donne des instructions sommaires à noble homme et sage Messire Simon d'Anvers, doctour en droits, co-gouverneur de la cité, pour se présenter & lu diette de Spire. - Entr'autres instructions il est dit : € Sera advisé se en cas il est nécessaire s'ayder de l'assistance des citez impériales, escrire conjointement a icelles de par Messieurs, en substance, que comme les membres s'aydent l'ung à l'aultre, pour cette considération ladicte cité requiert les députez desdictes citez impériales, requérir sa juste pétition luy estre concédée par Sa Majesté, mesme pour le regard de l'université en toutes facultez, laquelle est singulièrement proffitable à la nation d'Allemagne pour les raisons contenuef en la requeste, lesquelles ledict député fera entendre particulièrement, s'il cognoit estre utile aladicte cité, et non aultrement. « {Registres de Besançon.)
(4) c L'on attendra réponse du cousté de l'Empereur avant que de passer à aultre chose concernant l'université. * (Délibération du 10 décembre 1569 )
ne rappela point l'ingrate fortune et ne rendit pas à la cité ce qu'elle avait perdu. A Spire comme à Rome, elle se retrouva en présence de l'Espagne, ou plutôt de Dole, son éternelle ennemie. Simon d'Anvers, qu'elle y avait envoyé, ne fut pas plus heureux que l'écuyer Sauget. Si les Etats lui accordèrent tout d'abord une apostille favorable, voire même un vote qui invitait l'empereur à laisser la république jouir en paix de son université et à solliciter du pape la révocation de son bref, « sans qu'il se meslât désormais de choses qui ne le regardoient pas, » les représentants de Philippe II accoururent à la, rescousse et accusèrent le pauvre député d'avoir surpris < à faulx narré » la religion de l'auguste assemblée. Ils le mirent au défi de montrer les lettres patentes de confirmation que ses concitoyens prétendaieut avoir obtenues du successeur de Ferdinand Ier. Ils soutinrent même que celui -ci avait, sur la demande de leur maître, suspendu l'effet de sa concession primitive. Ils protestèrent avec une^ telle énergie et une telle violence qu'étourdi par leurs clameurs (la question des limites avait été habilement mêlée à celle de l'université), le faible Maxi milien, si jaloux qu'il fût de la suprématie impériale, fit comme les Bisontins ; il n'osa passer outre et répondit qu'il < n'estoit d'intention d'en ordonner ultérieurement aulcune chose, » mais que, s'il venait un jour à changer d'avis, il ne déciderait rien sans consulter l'ambassadeur du roi catholique (1). Vienne devenait la vassale de Madrid, l'héritier des Césars ployait le genou devant Philippe II.
(1) V. aux Pièces justifie., p. 107. — Il faut ajouter ici qu'une autre question beaucoup plu» grave s'agitait alors entre l'empereur d'un coté, le Souverain Pontife et le roi d'Espagne de l'autre, et qu'elle influa peut-être sur le sort de l'unirenité. Cétait la question du célibat ecclésiastique. Maximilien II demandait au pape d'autoriser le mariage des prêtres, et Philippe II soutenait très-vivement la résistance pontificale. D est probable que le premier céda sur le chapitre de l'éeole, dans l'espoir que son beau-frère céderait à son tour sur le chapitre de l'Eelise.
Cette réponse parvint aux gouverneurs à la fin d'avril 1570. L'orgueil et la confiance des premiers jours avaient depuis plusieurs mois fait place dans leur âme à un profond découragement. Ils se voyaient abandonnés, accablés de toutes parts. Ceux-là même qui leur avaient prodigué le plus de promesses, les trahissaient impudemment à la dernière heure, comme Baudouin. Leurs plus chères, leurs plus solides espérances s'enfuyaient une à une, à tire d'aile. Ils étaient devenus la risée de leurs adversaires qui leur inspiraient naguère tant de dédain. Comment sortir de la lice sans trop de désavantage, comment surtout dissimuler cette humiliation suprême qui avait eu de si nombreux témoins et dont la cour de l'empereur était presque tout entière la confidente? On le tenta néanmoins. Deux conseillers du parlement de Dole, MM. de Champvans et de Leucourt, munis de lettres de créance de leur compagnie, s'étant présentés le 29 octobre devant les membres du sénat réunis aux Vingt-Huit et aux notables, pour les sommer au nom du duc d'Albe de « se déporter entièrement des sollicitations, poursuytes et érection de l'université, » en les invitant de donner « par escript » leur réponse, afin de la transmettre à Son Excellence, on feignit de ne pas connaître encore la volonté impériale et d'attendre par le retour de Simon d'Anvers une décision favorable. Mais combien le ton a baissé et comme, en attendant, on se fait doux et modeste vis-à-vis ces importuns visiteurs ! « Assurez les vôtres, répètent d'une bouche onctueuse les gouverneurs Lambert et Maréchal, assurez-les bien que la ville ne fera jamais rien au préjudice du comté, et qu'elle s'efforcera de maintenir la bonne intelligence des deux peuples (i). » Oui sans doute, la paix se maintiendra, mais à la condition que
Ci; Registres de la ville de Besançon.