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flet au magistrat. Celui-ci, pour gagner du temps ou pour vider la question de compétence, répond, par l’organe du conseiller de ville Clerc, qu’il ne se dessaisira qu’après avoir reçu l’avis du parlement. Le 9 octobre, au vu de la copie des privilèges universitaires, dit le registre municipal, les inculpés sont remis entre les mains du chef de l’université, qui commence à son tour une information criminelle contre eux, avec le concours du bailli de Dole. Mais sa vigilance est si grande que Simon Duchamp, appelé par le recteur luimême indolis deploratœ juvenis, parvient à prendre la fuite, et l’instruction si soigneusement faite qu’elle aboutit, huit jours après, à l’absolution de Weingardt, dont la culpabilité était évidente. Le meurtrier est mis en liberté le 17, cum litteris absolutoriis, qu’il a l’audace de présenter au procureur général pour qu’elles soient enregistrées, et qui l’eussent été d’un saut, si l’on n’y avait par mégarde omis le nom du recteur. Il en fut quitte pour les faire rectifier (1).

En 1605, l’écolier Jean Boiviu insulte dans la rue, pendant la nuit, les enfants de Billy. Sous prétexte que la querelle a eu lieu « d’habitant à habitant, » la chambre de ville le fait mettre en prison. Aussitôt les étudiants fondent sur le sergent qui l’avait arrêté, et l’incarcèrent à son tour dans l’auditoire; le mayeur ordonne de sonner le tocsin, les citoyens descendent en armes dans la rue, et l’on allait se Lattre lorsque le parlement enjoint aux échevins de délivrer l’écolier (2). Ceux-ci étaient évidemment dans leur tort puisqu’ils empiétaient sciemment sur la juridiction du recteur; mais ce dernier n’y fut-il pas davantage, lorsqu’il renvoya Boivin sans punition ?

On pourrait multiplier ces exemples; mais à quoi bon?

(1) Registres municip. de Dole; Annales univenitalis de 1557 A 1602.

(2) Idem, du 26 mars 1605. Arch. de Dole, cote 1559.

chacun sait que les anciennes universités, même les plus florissantes, préféraient l’indépendance à la discipline. Les règlements étaient sévères, mais les mœurs étaient violentes et les chefs, par leur origine élective, presque forcément indulgents (1). Un âpre langage, une main rude ne messiéent point à la liberté. Les exercices du corps, très-goùtés de la jeunesse, la disposaient d’ailleurs aux luttes physiques. L’usage et même les statuts imposaient aux écoliers le devoir de s’y livrer à certaines époques de l’année. A la rentrée de la Saint-Georges, après l’élection du recteur, il y avait à Dole des courses, des sauts « à l’allemande et à la françoise, » des joùtes d’armes, dont les vainqueurs étaient couronnés par le nouvel élu et se montraient aussi glorieux que les lauréats de l’ancienne palestre.

Et pourtant l’université franc-comtoise fut rarement très-peuplée. Si elle eut ses jours de splendeur, où la grand’sallc était trop étroite pour contenir la foule avide des écoliers, si elle put, surtout au xvte siècle, nommer avec orgueil les fils de ducs et de princes, les nobles seigneurs et les puissants barons qui venaient d'Allemagne, des Pays- Bas, de Savoie, d’Italie même et d’Espagne s’abreuver dans ses murs à la source des connaissances humaines, si elle compta parmi ses élèves des Vergy, des Ray, des Gorrenod, des Grammont, des Cusance, des Vautravers, des La Tour, des rejetons de Wurtemberg, de Bavière et de Bade (2), elle

(1) Les écoliers étaient du rente peu disposés à se laisser maltraiter par leurs maîtres. En 1620, ils présentèrent au parlement une requête pour se plaindre «l'un professeur qui avait traité l’un d’eux « d 'oyson, d'enfant, de sot, d'impudent » et lui avait donné un soufflet. Ce fut toute une affaire. Le professeur résista et menaça les requérants de les faire mettre en prison. De son côté, un conseiller de la cour, nommé do Fay, ayant dit qu'il •« fallait donner les manottes aux écoliers « qui avaient signé la requête, une autre plainte en forme fut dirigée contre lui. « La cour y pourvoira. •• Tel fut le laconique arrêt du parlement. {Afrrhiues munie, de Dole, cote 1562.)

(2) Il est curieux de parcourir, rapidement' d’ailleurs, les registres d’inscriptions qui subsistent encore. Labbey de Billv, qui voyait surtout dans son ouvrage.

eut bien aussi ses années de solitude et d’abandon, où ses amphithéâtres restaient déserts, où les chaires elles-mêmes étaient muettes. Le pillage et l’incendie de la ville, en 1479, commencent par ruiner l’école qui y perd non-seulement son auditoire, mais jusqu’à ses statuts et ses titres de fondation. Louis XI, qui n’aimait pas les Dolois, l’achève en la transférant à Besançon, puis à Poligny (1). Lorsqu’elle renaît enfin de ses cendres, grâce à la bienveillance de Charles VIII, grâce surtout aux efforts de la cité doloise et de quelques généreux citoyens, lorsqu’elle est parvenue, vers 1490, à restaurer sa charte constitutionnelle et ses réglements (2), lorsque des collèges ecclésiastiques se fondent à ses portes, les étudiants reprennent le chemin du comté, mais en assez petit nombre pour motiver, en 1503, malgré la bruyante visite de l’archiduc Philippe le Beau, les doléances du conseil de ville, qui confesse au président du parlement que les leçons sont • mal exercées » et que les auditeurs sont rares. Plus brutal ou plus sincère, l’archiduc disait lui-même dans ses lettres de l'année précédente, comme Charles-Quint le répétera en 1531, que l’académie était * en ruine et voie de destruction. » Il ne faut rien moins que des professeurs extraordinaires, comme Pierre Fabri, JeanVignod, Corneille

dirons le mot, une spéculation généalogique, n’a eu garde d’omettre les noms iihutres. 11 n’a point cependant tout dit à cet égard ni même tout connu. En 1537, sous le "'rectorat de Laurent Chifflet, nous rencontrons parmi les étudiants Jacob Bouvalot, de Dole, Marc Clerc, de Vesoul, Christophe et Frédéric deFrayberc. En 1H24, François de Witte, d’Anvers, subit sa licence, et Hubert Bonvalot, «on doctorat. En 1632, apparaissent Antoine Béhagel, nobilis et eruditus, Philippus Rubens, d’Anvers, licenciés in utrogue jure (c’était le neveu du peintre), Léonard Van der Noot, de Bruxelles, d’une famille fort liée avec celle de Kubens, Louis Roglia, conseiller du duc de Savoie, Ch. Estignard, de Wuillafans, reçu docteur l’année suivante, Jean Van der Thomrnen, de Louvain, Charles de Douay, Guy- François Chifllet , Gudlaumc Lancelot, d’Anvers, Anatole Froissart, Louis Werbier d’Arras, etc.

(1) V. Pièces justificatives , p. 28 et 31.

(2) In fideliitimahujus AcculemitB, dit le recteur de cette année, statutorum res tauratione maxime laborandum cettsui,... vestigiis aliarum universitatum regni Francia inhterere cupientcs...

Agrippa, Mercurin d’Arbois, pour ramener la foule des élèves et la « pristine faîne » de l’université. Eclat fugitif, renommée passagère ! Mercurin et Agrippa sont à peine hors de Dole, que les cours sont délaissés de nouveau.

Le 22 février 1517, les échevins tiennent conseil pour délibérer sur les causes de cette prompte décadence, que l’archiduchesse Marguerite se charge l’année suivante, dans un langage assez vif, de leur expliquer (1). MM. les docteurs et régents, absorbés par le soin de leur patrimoine et la plaidoirie, négligent leurs lectures ou les font inexactement. Ils ne montent en chaire qu’un quart d’heure après le son de la cloche ; ils abusent des vacances, ils abusent surtout des suppléants. Les examens ne sont plus sérieux : d’un écolier ignare on fait de plein saut un docteur. La main vigoureuse de Charles-Quint et la vigilance de Granvelle rétablissent l’ordre au milieu du siècle ; Belloni, Stratius, Dumoulin, Olziniani, les Chifllet, Jean de Saint-Mauris attirent un concours inusité d’étudiants épris de la science nouvelle du droit ou plutôt de la forme originale sous laquelle ces maîtres l’enseignent. L’université doloise atteint alors l’apogée de sa gloire, elle jette tous ses feux pour s’obscurcir lentement et s’éteindre au siècle qui suit.

Ce n’est pas à dire pourtant qu’elle ait jamais pu sc poser en rivale de certaines écoles comme celles de Toulouse ou de Louvain. Même au temps de ses plus célèbres professeurs, et elle en posséda d’excellents, ses élèves immatriculés ne dépassèrent guère, ce semble, 500 environ. Nous ne connaissons pas malheureusement le nombre des auditeurs de Dumoulin, mais nous savons qu’en 1563, elle ne comptait plus

(l) Extrait des registres de la ville de Dole, rns. des Archives de la Côte-d’Or, n° 131. — Lettres de l’archiduchesse Marguerite, de février 1519, aux Pièces jus tificatives, p. 38.

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