Chroniques des Ursulines, première partie, ch. v
jeunesse, laquelle n’était pas plus intelligente, plus propre, ni plus parfumée en ce temps-là qu’en celui-ci ».
C’est en 1630, au moment où Mme de Rambouillet réunissait autour d’elle la société précieuse, et quand dans le quartier Saint-Honoré, autour du Louvre et au Marais, s’élevaient les riches hôtels de brique rose, que la fondatrice du Grand Couvent s’en fut vers le pays « d’où plus on ne retourne », âgée seulement de soixante-huit ans: le 29 août, tandis que les religieuses au chœur récitaient les prières des agonisants, on crut qu'elle s’endormait. Tout alentour partagea la douleur des Ursulines; et la foule défila dans la chapelle ardente où le corps était veillé par les Jésuites; puis, € les Cordeliers la portèrent et les « prêtres de Saint-Jacques la conduisirent à l’église « des Ursulines qui était pareillement tendue de noir, « mais sans armoiries, parce que M. Molé, procureur « général, neveu de la défunte et exécuteur de son « testament, ne le voulut pas permettre, ni aussi « qu’on lui fît d’autres honneurs funèbres, sachant « ses intentions sur ce sujet. [Il ordonna du luminaire « et des autres choses requises. La haute Messe fut « célébrée par Messire Jacques Charton, chanoine et « grand pénitencier de Notre-Dame de Paris, et « supérieur du couvent; un grand concours de peu- « ple y assistait. Après les encensements ordinaires, « on leva derechef le corps et on alla le présenter à « la porte conventuelle où toutes les religieuses le
« vinrent recevoir ; puis étant précédé d’elles et des LES URSULINES DE PARIS. 4
ecclésiastiques, et suivi des pensionnaires tenant toutes un cierge blanc en main, il fut porté processionnellement dans le chœur des mêmes religieuses et là enterré dans un cercueil de plomb. Il était aisé à juger de leur douleur commune par leur psalmodie lugubre, entrecoupée de soupirs et de sanglots; et à peine pût-on achever le service, les ecclésiastiques et tous les assistants fondant en larmes aussi bien qu’elles.
« La désolation de ces pauvres orphelines fut si grande qu’elles arrêtèrent entre elles que, pour un de leurs derniers devoirs, elles la serviraient à leur réfectoire trente Jours durant, mettant son couvert et ce qu'on lui présentait étant en vie, à sa place ordinaire, pour le donner après aux pauvres... Les mêmes religieuses firent tendre de deuil la chapelle que cette pieuse défunte avait fait ériger dans leur église en l’honneur de sainte Madeleine sa patronne, et mettre autour une ceinture d’armoiries. Ce fut en cette chapelle que l’on dit un annuel pour le repos de son âme »1.
Sur un des murs de l’église on hisait aussi cette
inscription dans du marbre noir : € Au muhieu du
chœur des religieuses repose le corps de très noble et très vertueuse dame Madeleine Lhuilher, fille de M. le président Lhuilhier et de dame Renée Nicolaï, et femme de M. de Sainte-Beuve, conseiller au Parlement : laquelle ayant passé trois ans en mariage, privée de son très cher époux, âgée de