CHAPITRE VI
« Les Ursulines de Caen ayant donné lhabit religieux à Me Jourdanie de Saint-Michel, unique et fort riche nièce de la fondatrice et Supérieure de leur couvent où elle était en pension depuis quelque temps, le Roi à qui elle était demandée en mariage, comme prince très pieux, ne voulut pas qu’on lui ôtàt le voile, mais commanda qu’elle sortît de Caen et qu'on la lui amenât à Saint-Germain-en-Laye, ce qui fut fait étant accompagnée de deux religieuses professes du même lieu; et sur la résolution qu’elle témoigna d’être religieuse, Sa Majesté ordonna qu’on la conduisit au Grand Couvent des Ursulines de Paris pour y éprouver sa vocation et y faire son noviciat, signifiant par ce sujet sa volonté là-dessus par une lettre de cachet adressée à la Supérieure afin qu’elle en prît soin.
« Monseigneur l'archevêque étant venu lPinter-
1. Annales des Ursulines du premier monastère de la Congrégation
de Paris.
Constitutions des religieuses de Sainte-Ursule de la Congrégation de
Paris.
Règlements des religieuses Ursulines de la Congrégation de Paris,
livre I : de ce qui concerne l'instruction des petites filles. Première d 1} partie : des pensionnaires.
«roger dans la clôture, trouva sa vocation assez « chancelante. elle l’avoua et Monseigneur la fit « sortir et la mit entre les mains de quelques dames « qu’il avait amenées, lesquelles lui ôtèrent le voile «et la revêtirent de l’habit séculier. Quinze jours « après, elle épousa un gentilhomme nommé M. du « Mont qui était le parti que le Roi avait toujours « prétendu lui donner » !,
Ce joli roman, très bref et très heureux, nous fait songer à une lointaine aïeule de Primerose, et nous oserons poursuivre le conte : tandis que la neige tombe lentement sur la rivière de Seine, 1l fait bon, dans le grand hôtel paisible de l’île Saint-Louis, rappeler, au coin du feu, les scrupules et les inquiétudes d’autrefois. Et nous écouterons Mile de Saint- Michel dire à M. du Mont tout le trouble qu’elle ressentit en pénétrant dans le Grand Couvent.
— Vous saurez d’abord, dit-elle, que l’on prend lPhabit après trois mois de probation et un examen de vocation (cf. page 84), et que le noviciat dure deux ans : la première année est consacrée à tous les «exercices de la religion », tandis que laccomplissement du quatrième vœu est l’emploi de la seconde, avant que l’on fasse profession?.
Le costume est sans affectation : en 1617, on avait renoncé à certains « attifets » qui encombraient la