‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 99 · CESSE · texte numérisé non relu

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aucun effet. L'on aurait pu, à la vérité, vous enlever d'autorité, et on l'aurait fait sans doute, si l'ont n'eut craint d'aliéner de nous par cette violence, une nation que l’on ménageait et que l’on voulait conserver dans nos intérûts, vu les conjonctures de gucrre où l’on se trouvait, Nos vues superficielles ne pénétrèrent pas plus avant; elles ne devinaient pas la main invisible qui vous retenait dans ces villages ! Cinq ans s'écoulèrent dans votre captivité, Il n’en fallait pas moins pour vous fortifier dans l'amour de notre sainte Religion.

‘ Ces cinq années écoulées, on fait une nouvelle tentative pour vous retirer d'avec les sauvages ; on y réussit, leurs esprits devenus plus dociles se laissent enfin gagner, Au sortir de votre captivité, vous trouvez un asile dans la maison même d'un Gouverneur obligeant qui veut bien vous servir de père, et dont vous méritâtes bientôt l'estime et la tendresse. Il ne tarda guère à seconder vos bonnes intentions, en vous mettant dans cette sainte maison que vous choisissez aujourd’hui pour votre éternelle demeure ; il vous y mit pour y être instruite avec les jeunes filles que l’on y forme à la vertu: amitiés auxquelles, à la vérité, vous étiez sensible, mais qui ne vous ôtaient pas la crainte d’être renvoyée dans votre pays et de perdre par à la sainte Religion que vous aviez embrassée. De là ces continuelles alternatives de chagrins et de joies. Vous vous flattiez par fois que rien ne serait capable de vous enlever, malgré vous, d’un pays dont vous aviez embrassé la Foi, et où l’on ne pouvait vous refuser un asile; mais bientôt, réfléchissant sur votre faiblesse et l’inutilité de vos résistances si l'on voulait absolument vous renvoyer, vous retombiez dans la dernière désolation.

‘ Combien de fois la regrettâtes-vous, ma chère Sœur, cette aimable captivité qui mettait votre salut en assurance ? Que de désirs empressés d’y retourner ! que d’amers désaveux des amitiés qu’on avait prétendu vous faire en vous délivrant ! Je suis même témoin, Seigneur, avec quelles instances, avec quelles tendres expressions elle vous conjura cent fois, toute baignée de larmes, de vouloir bien mettre fin à ses craintes par la mort, qui seule paraissait pouvoir l'en affranolin.. ses

“ Enfin le jour de votre entrée au noviciat était fixé, jour d’heureux pésage pour vous, ma chère Sœur, puisqu'il était consacré à la mémoire de l'illustre Ursule, patronne du St. Ordre où vous alliez entrer, et que par là nous voulions engager à honorer de sa protection sa petite compatriote. Vous étiez au comble de vos joies et à la veille, ce semble, de voir vos désirs accomplis. Mais tout-à-coup la scène change ; vos joies se convertissent en pleurs ; vos espérances renversées vous affligent d'autant plus qu’elles vous semblaient plus assurées. L'on renouvelle vos anciennes plaies, on prend des mesures pour vous renvoyer en votre pays. L'orage est près de fondre sur vous ; vous en prévoyez les suites et vous pleurez amèrement. On est sensiblement touché de votre douleur, mais on ne croit pas devoir vous exaucer, Il faut sortir de cette sainte maison où tous les sentiments de votre cœur semblent vous attacher, et c’est pour vous rapprocher de votre pays, afin de ménager plus facilement les moyens de vous y fuire conduire,

‘ Providence de mon Dieu, à qui rien n'échappe de tout ce qui se passe dans ce vaste univers, ne paraîtrez-vous insensible qu'aux tristes aventures d’une jeune étrangère, si digne de vos soins, et que vous semblez destiner à de si grandes choses ? Ne l’avez vous done été chercher jusqu'au centre de l’hérésie, n’aurez-vous excité tant de mouvement pour l'enlever de sa patrie, que pour vous la voir enlever à vous-même ? Ne l’avez-vous conduite en ce pays, que pour lui donner la connaissance et le goût d’un bonheur qu’elle ne doit jamais posséder ? Ne lui en aurez-vous fait connaître le prix inestimable, que pour lui en faire regretter plus amèrement la perte ?

“ Non, non, ma chère Sœur, vous n'échapperez pas à la main de votre Dicu ; si la Providence paraît vous oublier, ce n’est que pour donner pus d'éclat et plus de relief à sa protection toute-

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Vous voilà, ma chère Sœur, à l’heureux terme ; tous les obstacles sont levés ; rien ne s'oppose plus à votre bonheur. T'ant que vous n’étiez pas en âge de disposer de vous-même, la Providence a suspendu la tendresse naturelle d’un père et d’une mère, et a ra-

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” lenti la vivacité des premières poursuites ; maintenent que la loi e vous rend parfaitement maîtresse de votre liberté, ils ne peuvent fe plus s'opposer au choix que vous faites, d’une sainte Religion et de d’un état de vie qu'ils ne désapprouvent que parce qu'ils n'en conte naissent ni l'excellence ni la sainteté, ke ‘“ Ah! ma chère Sœur, quel fond de reconnaissance pour un ui cœur généreux, pour un cœur bien placé |... in- ‘ Qui, il me faut le redire, quel enchaînement de bienfaits dans tre la manière dont Dieu vous a conduite jusqu’à cet heureux jour, les jour de joie et de triomphe, jour trop aimable où l'Epoux des de vierges, en vous revêtant de ses saintes livrées, vous honore en aut même temps de nom de Sr. de l'Enfant Jésus. Cette sainte eur maison, témoin fidèle de vos premières ardeurs pour la vie relitre gieuse, toutes ces ferventes vierges, vos chères mères et sœurs qui, re en vous recevant parmi elles, vous donnent tant de marques de leur estime : tous ces immenses bienfaits de notre Dieu dont vous qui vous voyez aujourd'hui environnée, doivent donner une nouvelle ee vivacité à votre reconnaissance en cette auguste solennité, et vous , et faire écrier dans un saint transport avec le Roi-Prophète : Le ous Dieu qui a opéré ces merveilles en ma faveur est le Dieu de tous ité les siècles ! Il sera toujours le mien ; c’est sous ses aimables lois le que je vivrai toujours ! Quoniam hic est Deus noster in eternum ys, et in seculum seculi ipse reget nos in secula.” eur La conclusion de ce discours était évidemment à on- l'adresse du public ; mais les deux derniéres feuilles lus du cahier sont tellement usées et vermoulues qu’elles sont à peu près illisibles.

ain C’est avec une religieuse vénération que nous avons ai transcrit ces pages, écrites par le prédicateur lui-même sa ily a cent cinquante ans. Que de fois elles ont été De feuilletées par nos dévancières, surtout par celle qui y les retrouvait un tableau si vivant des faveurs de son Dieu, us et qui vit revenir soixante-six fois, l’heureux anivera

saire de sa consécration à Dieu dans cette maison de Ste. Ursule !

Immédiatement après la profession de Mile. Wheelwright, on en donna avis à sa famille qui, loin de s’offenser de cette démarche de la jeune demoiselle, lui envoya un courrier de Boston, chargé de lettres et de présents; on lui fit parvenir entr'autres un beau portrait de sa mère, que les religieuses ont, depuis la mort de la Mère de l'Enfant Jésus, transformé en ‘“ Madone” ; (1) un couvert et un gobelet d'argent avec les armoiries de la famille, de la toile fine ete. Mme. Wheelwright ne put jamais faire elle-même le voyage de Québec, mais elle paraissait toute consolée de l’éloignement de sa fille, par les amples témoignages qu'elle recevait du bonheur dont elle jouissait au Monastère. Une des petites nièces de la Mère de l'Enfant Jésus vivait encore, il y a quelques années, dans les environs de Boston, à ce que nous a appris ces années dernières une dame Américaine. Au reste, ce n’est pas la dernière fois que nous aurons à parler de la Mère Wheelwright et de sa famille.

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