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Mme. Charlotte Denis. La même année, Mile. Marie Anne Buteau de Ste. Agnès, aimable héritière de St. Joachim dont nous connaîtrons plus tard la famille.
En 1716, une seconde Dile, Baudoin, fille du chirurgien de ce nom résidant à Québec. Elle porta en religion le nom de Sr. Thérèse de Jésus. Quelques semaines après la précédente, Mlle. Angélique Geneviève Normandin de St. Stanislas, native aussi de Québec. Elle était fille de M. Pierre Normandin et de Mme. Angélique Cartier.
A la grande fête de Ste. Ursule de la même année 1716, Mlle. Charlotte de Muy, fille de M. Nicolas de Muy, Chevalier de St. Louis, Gouverneur de la Louisiane, et de Mme. Marguerite de Boucherville. Le mérite et la vertu de la Mère de Muy, connue en religion sous le nom de Ste. Hélène, nous seront amplement détaillés vers le temps de la Conquête.
$. 4. St L’ON AIME SES PARENTS AU MONASTÈRE |
Il ne s’agit pas ici d'entrer en discussion sur cet article, aucune de nos lectrices n’ayant besoin, il nous semble, d’être rassurée là-dessus. Le mot s’est présenté tout naturellement à notre esprit, en voyant en quels termes l’annaliste consignait la mort d’une personne chère à plusieurs mémbres de notre Communauté.
Dans notre Canada vivait encore en 1717, un vénérable patriarche qui avait vu le pays à son berceau, et qui avait puissamment contribué à son accroissement : aussi, grande fut la sensation générale quand on apprit à cette époque, la mort de ce digne M. Boucher de Boucherville, un des premiers gouverneurs de Trois- Rivières et un des plus ardents défenseurs de la Colonie.
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‘ Quand cette nouvelle parvint au Monastère, dit le Récit, ce ne fut que larmes et suffrages: quatre de nos sœurs et plusieurs élèves pleurèrent si amèrement ce bon père qu’on eut peine à les consoler. Il était bien juste et bien naturel de pleurer nn tel père, qui léguait à ses enfants des bénédictions non moins précieuses, qu’un noble héritage et l'honneur d’un beau nom. Disons ici un mot de cet homme admirable, si justement regretté.
Né en France en 1622, Pierre Boucher fut amené en ce pays par son père en l’année 1635. A l’âge de 81 ans, il était déjà établi à Trois-Rivières, où la Providence semble l’avoir placé comme à l'avant-garde, pour la sûreté des habitants de Québec. En effet, une troupe de 600 Iroquois s'étant jetés sur le fort de Trois- Rivières en 1653, M. Boucher, à la tête d'environ 40 hommes aussi braves que lui, fit trembler et fuir ces barbares qui jusqu'alors avaient été la terreur de la colonie. Des lettres de noblesse expédiées incessamment de la Cour, furent pour cet homme estimable le témoignage le plus flatteu: de l'approbation royale.
M. de Lauson, Gouverneur de la colonie, le combla aussi d’honneurs, et le nomma pour quatre ans Gouverneur de Trois-Rivières. Ce fut encore M. Pierre Boucher, que le Baron d’Avaugour, Gouverneur-Général en 1661, chargea de porter en France les dépèches du Gouverneur. Reçu avec distinction à la Cour, M. Boucher eut plusieurs audiences avec Louis XIV, comme on le voit par les lettres de notre Vén. Mère de l’Incarnation.
En 1664, il publia à Paris un ouvrage sur l’état et les ressources de son pays adoptif. Ce petit volume inti-
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tulé “ ITistoire véritable et naturelle des mœurs et pro ductions de la Nouvelle-France,” fut lu avec intérêt dans la mère-patrie et reçut du R. P. de Charlevoix un témoignage honorable. Ce livre à servi à guider notre Ornithologiste Canadien, dans son ouvrage si plein de descriptions saisissantes de vérité et de coloris, publié à Québec en 1861: ‘ Les oiseaux du Canada.”
M. Pierre Boucher, seigneur de Boucherville, décéda sur ses terres, le 19 avril, 1717, à l’âge de 95 ans et en odeur de sainteté.
Quant aux quatre Ursulines qui le pleurèrent, la première était sa propre fille, la Mère Geneviève Boucher de St. Pierre, qui comptait vingt années de profession religieuse à la mort de son bien-aimé père. Les trois autres étaient petites-filles de M. Boucher : la Mère Marguerite de Varennes de la Présentation, l’aînée des nièces de la Mère St. Pierre, et qui était entrée au noviciat cinq ans seulement après sa tante ; Mille. Anne-Marie de Boucherville, fille de Pierre de Boucherville, écr., fils, et enfin Mlle. Charlotte de Muy, fille du Gouverneur de la Louisiane. Ces deux dernières, connues en religion sous le nom de Srs. St. Ignace et Ste. Hélène, n'étaient pas encore professes quand elles perdirent leur vénérable aïeul.
Mais nous ne donnerions pas une juste idée de la légitimité des regrets qu'éveilla la perte de cet homme, encore plus remarquable par sa religion et sa probité, que par ses talents et les services qu'il a rendus au pays, si nous ne citions deux documents qui nous semblent parfaits en leur genre. Ces documents nous sont parvenus, il y aune vingtaine d'années, par l’obligeance de feu M. Jacques Viger de Montréal, Commandeur
gnaïent la lettre qui suit, à l'adresse du vénéré M. Maguire alors chapelain de cette communauté.
Montréal, 22 janvier, 1841
Mon cher Monsieur,
“ Votre estimable Maire de Québec part demain pour la capitale, si quelque incident imprévu n’y met obstacle. Il me l’annonce vers 9 heures du soir, et je songe à vous faire, par une aussi bonne occasion, un petit envoi pour le Musée des excellentes Mères Uusulines de Québec, envers lesquelles Mme. Viger ne pourra jamais s'acquitter, (aussi y a-t-elle renoncé), pour les charmantes petites contributions dont elles ont orné son Album. Voici au moins un à-compte qui sera peut-être du goût de nos bonnes Dames.
‘ J'ai donc remis à M. Caron, qui promet d’en prendre le soin requis, une Xelique d’une des anciennes filles de Ste. Ursule de Québec, de la Mère St. Pierre qui, née le 5 décembre 1670, est décédée religieuse de votre Monastère le 30 mai 1766, si ma chronique de famille est exacte ; à l’âge avancé de 95 ans, 5 moiset 25 jours. J'ignore son nombre d'années de religion, bien que je sache qu’elle était du Couvent en 1695 ; il est au reste de tradition qu’à l'instar de son vénérable père, sa vie a été aussi exemplaire et vertueuse que sa mort a été sainte. Vous pourrez m'en dire quelque chose, s'il est quelque chose de record dans vos archives à ce sujet.
“ Cette Relique est une lettre autographe de quatre pages, petit in-12°, adressée à son père, qui ne peut qu'édifier sans doute par ses sentiments de respect et d'affection envers l’auteur de ses jours. Cette lettre, qui était un peu gâtée et vermoulue, a été collée sur du papier transparent. Par ce moyen, on peut avec un peu d'art la lire dans son entier, et elle est un peu plus à l’abri des injures de ce vieillard à la faulx qui se plaît tant à tout détruire. Vous trouverez en outre, pour en faciliter la lecture, une copie de cette lettre faite par moi. Quand vous en aurez le loisir, je vous prierai de m'en adresser vous-même une copie : Mine. Viger aime à placer l'original chez vous.
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‘ Vous savez que la Mère St. Pierre était le 11e enfant (de 15 qu'il a laissés) de M. Pierre Boucher, mort anobli au pays (sous le nom de De Boucherville), pour ses services signalés en Canada.
“ Mme. Viger descend par les femmes de cette vénérable souche de la famille de Boucherville. Sa mère, sœur de feu l'Hon. de Boucherville, que vous avez pu connaître, Conseiller-Lévislatif et Grand-Vover de Montréal, &e., était l'arrière petite-fille de M. Pierre Boucher. J'ai trouvé la lettre que je vous envoie, de la Mère St. Pierre, au nombre des papiers de famille en la possession de ma belle-mère : voilà comme elle m'est parvenue.
‘ Mais revenons à la Mère St. Pierre. M. Boucher lui adresse un paragraphe touchant, dans un écrit affectueux, (sans date), qu’il intitule “ Mes dernières volontés,” et dont la famille conserve plusieurs copies avec vénération sous le titre ‘“ d’Adieux du Grand Père Boucher.” I] fut un temps, (et non pas éloigné encore, M. le Colouel Vassal pourrait peut-être vous le dire,) que cet écrit était lu en entier, annuellement, en famille et à genoux,”
Nous allons de suite mettre sous les yeux de nos lectrices de longs extraits de ce ‘ Testament,” où ce bon père s’est dépeint au naturel, en épanchant son cœur s. ses nombreux enfants. La diction en est simple et pleine de dignité ; on respire en le parcourant la vertu des patriarches.
“Les adieux du Grand-Pere Boucher.
‘ Je donne mon âme à Dieu et mon corps à la terre. Je veux mourir dans la foi catholique, apostolique et romaine. Je laisse le peu de bien que j'ai à mes pauvres enfants, auxquels je recommande :—premièrement ; de prier Dieu pour le repos de mon âme :—2me. d’avoir soin de payer ce qui se trouvera être dû lorsque je mourrai :—3me. d'aimer et d’honorer leur bonne mère, (Mme. Jeanne Crevier sa seconde femme), de ne la chagriner en rien, de la supporter et de la défendre contre tous ceux qui voudraient lui faire de la peine.
‘“ Je vous recommande la paix, l'union et la concorde entre vous, et que l'intérêt ne soit jamais capable de mettre la moindre division entre vous. Ne vous amusez pas à écouter les rapports qui vous seront faits de vos frères et sœurs. Aimezvous les uns les autres en vue de Dieu, vous souvenant qu'il vous faudra tous faire un jour ce que je fais, c.a.d., mourir et paraître devant Dieu, pour lui rendre compte de vos actions ; ne faites donc rien dont vous ayez plus tard sujet de vous repentir. Je ne vous laisse pas grand bien, mais le peu que je laisse est très-bien acquis. J'ai fait ce que j'ai pu pour vous en laisser davantage : je n’ai rien négligé pour cela n'ayant fait aucune folle dépense comme vous le savez tous; mais Dieu, qui est le maître, n’a pas voulu m'en donner davantage.
“ Je vous laisse pour amis, beaucoup de personnes de rang et d'honnêtes gens ; je ne vous laisse aucun ennemi de ma part que je sache, J'ai fait ce que j'ai pu pour vivre sans reproche, tâchez de faire de même. Obligez tant que vous pourrez tout le monde, et ne désobligez personne pourvu que Dieu n’y soit pas offensé. Ayez toujours, mes chers enfants, la crainte du Seigneur devant les yeux, et aimez-le de tout votre cœur.
“ C’est à vous, fAa chère fentme, que je parle à présent.
‘ Continuez à aimer vos enfants, mais aimez-les également, comme je l'ai fait, pour entretenir la paix et la concorde entre eux. Ce n’est pas que ceux qui nous témoignent le plus d'amour, et qui ont pour nous plus de respect, ne méritent que nous les aimions davantage, mais il ne faut pas que cela paraisse aux yeux des autres, parce que ceux qui font le moins bien leur devoir envers nous sont aussi les moins vertueux, et par conséquent les plus capables de troubler la paix. Demandez en particulier à Dieu qu'il récompense ceux qui vous portent le plus de respect, et faites en secret le plus que vous pourrez pour le reconnaître.
“ Priez, et faites prier pour ma pauvre âme. Vous savez combien je vous ai aimée, et comme j'ai aussi aimé tous vos parents pour l'amour de vous. En écrivant ceci, je m’examine sur le temps que nous avons vécu ensemble, et ma conscience ne me reproche rien, si ce n’est de vous avoir trop aimée; mais en cela je ne vois pas de mal, grâce au Seigneur.
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A fonsieur de up. Je vous prie, Monsieur, comme un hommme d'esprit, de vouloir bien contribuer à maintenir la famille en bonne intelligence. Vous savez, Monsieur, que vous m'avez souvent dit que vous vouliez vivre et mourir mon ami, et que vous m'en donneriez des preuves danstoutes les rencontres. En voici une occasion, Je sais qu'il n'appartient qu'à une âme aussi généreuse que la vôtre de servir un ami après la mort; c'est quelque chose de grand puisque c’est le servir sans intérêt.”
A Tous en général. Je vous parle à tous, mes chers enfants ; voulez-vous que Dieu vous bénisse? Vivez en paix les uns avec les autres, et que l'intérêt ne soit pas capable de vous désunir, ce qui pourrait arriver dans le partage du peu de bien que je vous laisse. C’est si peu de chose que cela n’en vaut pas la peine...
Adieu donc mes enfants, pour un peu de temps, parce que j'espère que nous nous reverrons dans le paradis, pour louer Dieu pendant toute l'éternité! C’est là, où nous nous entretiendrons cœur à cœur, sans jamais plus être séparés !.........,...,...,,,,,,,,,,,,,.. Je comence par vous, fa ebére femmnie, je vous dis Adieu. Souvenez-vous combien je vous ai aimée, priez Dieu pour moi, et songez à vous préparer à la mort.
“ Et vous non Fils de Boucherbille, je vous dis Adieu. Ne vous afligez pas de notre séparation. Je fais aussi mes adieux à votre femme et à vos enfants. Priez tous le Seigneur pour moi, je le ferai pour vous. Je vous recommande trois choses. Premièrement ; de vivre dans la crainte de Dieu; 2° de continuer à y élever vos enfants : 3° de vivre en homme d'honneur.
“ Vous êtes l’aîné, agissez en père de famille, et que l'intérêt ne vous fasse jamais rompre avec vos frères et sœurs. Souvenezvous que Dieu a soin de ses serviteurs surtout des pacifiques et des miséricordieux. Je vous donne ma bénédiction ainsi qu’à tous vos enfants que j'aime tendrement, comme aussi votre femme pour qui j'ai bien de la considération et que je n'oublierai pas devant Dieu.
“ Dites à botte soeur de Varennes que je lui dis Adieu, ainsi qu'à ses enfants que j'aime et que j'ai toujours aimés.