LES UREULINES DE QUÉBEC
# Vous direz à botre frère de Grandpré, Major à Trois- Rivières, que je lui dis adieu ainsi qu'à sa femme ct à ses enfants.
‘ Adieu, mon fils de Grosbois. Vous savez combien je vous ai aimé ; n’en soyez pas ingrat, muis priez Dieu pour moi en reconnaissance,
“ Je dis adieu à ma fille le Gardeur, son mari et tous ses enfants, auxquels je donne ma bénédiction. Vous ne devez pas douter, ma chère fille, que je n’aie bien de l'amitié pour vous. En reconnaissance, priez Dieu pour ma pauvre âme et engagez M. Le Gardeur de ma part \ conserver la paix et l'union dans la fuuille,. Qu'il se souvienne que “ Bienheureux sont les pacifiques.” La vie est courte ct l'éternité bien longue. Servez bien Dieu en remplissant fidèlement tous les devoirs de votre état.
« Avieu, ma fille de MAuy ; adieu À tous vos enfants, à qui je donne ma bérédition. Priez Dieu pour moi qui vous aime tendrement.
Mandez à votre frère, curé de St. Joseph, que je lui dis adieu. Qu'il se souvienne de moi à l’autel.
« vieu, cher Fils de fMontbrun, adieu à votre femme et à vos enfants. Je vous donne ma bénédiction. Priez Dieu pour moi. Je vous serai plus utile auprès de Dieu s’il me fait miséricorde, comme je l'espère de sa bonté.
«Adieu, mon cher fils de Hapérière Je sais combien vous m'aimez et que notre séparation vous sera bien sensible ; mais consolez-vous et dites souvent : Dieu l’a voulu, que son saint nom soit béni |
« @üieu, ma fille de Sabrebois, dites à M. de Sabrevois que je lui dis aussi adieu et à votre fille. Je vous donne ma bénédiction. Vivez toujours dans la crainte de Dieu et l'horreur du péché.
« Avieu nu fille Boucher, Je suis fâché de vous laisser sans que vous s0yz pourvue. Vous savez que ce n’est pas ma faute et qu'il n’a dépendu que de vous. Dieu aura soin de vous et vous servira de Père. Vous avez votre mère qui vous aime beaucoup. Priez Dieu pour moi.
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“ Mandez à botre frère Boucher, Dretre Du Séminaire de Québec, que je lui dis «dieu, que je lui donne ma bénédiction. Qu'il prie Dieu pour ma pauvre âme.
“ Aüieu, non fils ve Niverbille. Je vous donne ma bénédiction. Ayez bien soin de votre chère mère.
“6 Qoicu, ma chère fille de Si, Pierre, Adieu, ma chere e rant. Je vous donne ma bénédiction. Priez Dieu pour moi, je vous
en conjure, et ne vous afiligez pas lorsqu'on vous portera la nouvelle de ma mort. Au contraire réjouissez-vous alors de co que Dieu, en me reppelant à Lui, m'a délivré des misères de la vie. Si vous m'avez aimé plus que vos frères et sœurs, j'ai aussi eu bien de la tendresse pour vous, et j'en aurai toute l'éternité.
“ En cas qne je meure subitement ou sans pouvoir parler, je donne à ma fille de St, Pierre mon reliquaire d'argent que je porte sur moi. Il y a bien des indulgences appliquées dessus, mais elles ne peuvent plus lui servir ; elle en pourra faire mettre d’autres. Comme c’est tout ce qui me reste à donner, il est bien juste que je le donne à celle qui m’a tant témoigné d’affection.”
On voit par ce dernier article combien cette filie était chère au cœur de son père. Mais s’il y avait entr’eux tant de sympathie naturelle, il faut dire qu'ils se ressemblaient aussi beaucoup par les qualités de l'esprit et la trempe du caractère. Les traditions de la famille Boucher et celles des Ursulines s'accordent sur ce point d’une manière admirable. Chérie et appréciée au dedans du cloître comme l'avait été dans le monde son vénérable père, la Mère St. Pierre semble avoir pri, à tâche de se faire l'écho de ses vertus ; si d’une part, on révère profondément le Grand-Père Boucher, on honore bien cordialement de l’autre la Grand’ Mère St. Pierre, titre vénérable qu’assignent à cette dernière les traditions du Monastère, et que nous avons nousmême bien des fois entendu répéter aux Révérendes Mères Dubé de Ste. Ignace, Panet de St. Jacques, Berthelot de St. Joseph et McLaugbhlin de St. Henri.
Voici maintenant la lettre dont parle M. le Commaudeur Jacques Viger. Elle est antérieure de date à l'époque où nous sommes, puisqu'elle fut écrite peu après la profession de la Mère St. Pierre ; mais ce ne sera qu'une preuve de plus des beaux sentiments qui ont toujours animé la digne fille d’un si vertueux père.
‘{ DU MONASTÈRE DE STE, URSULE DE QUÉBEC, Le 18 guix 1699.
‘ Monsieur et très-honoré Père,
“ Je commence cette lettre par vous demander très-hamblement pardon de la peine que je vous ai donnée ainsi qu’à ma très-chère mère, sans en avoir eu la volonté, puisque la moindre des vôtres m'est incomparablement plus sensible que mes plus grandes. Ce que je vous ai dit n’est qu'une pensée que j'ai produite indiscrètement; ne croyant pas qu’elle pût vous donner aucun sujet de plainte, vu qu’elle n’a aucun fondement, n'étant pas possible de croire que Dieu voulût donner de telles révélations à une aussi misérable pécheresse. Ainsi, mon très-cher père, n'ayez, je vous supplie, plus d'inquiétude à ce sujet ; elle ne provenait que du désir que j'ai de vous voir vivre ainsi que ma très-chère mère, et de mon immortification qui me fait désirer, en mourant la première, d'éviter la plus sensible et la plus pesante de toutes les croix. Mais, mon trèscher Père, puisque cela vous peine, je ne demande plus rien à Dieu sur ce point non plus que sur les autres, que l’accomplissement de ses saintes et adorables volontés.
“ Je ne demande plus à Dieu q’il prolonge la vie de mes proches, mais qu'il les prenne dans le temps qu’il les trouvera le mieux disposés, et qu'il nous mette tous dans l’état dans lequel nous le pourrons mieux servir, et faire plus assurément notre salut.
“Voilà, mon cher Père, ma prière la plus ordinaire, Je ne souhaite plus rien sur la terre que de nous voir travailler, chacun de notre côté, à cette unique affaire nécessaire ; ce qui fait que je ressens une joie et une consolation qu’il n’est pas possible d'exprimer, des bons sentiments que notre bon Dieu a donnés à M, de Muy. Cela
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prouve qu'il songe à son salut; je vous assure qu'il y a longtemps que je souhaitais cela: non seulement je le demandais à Dieu continuellement dans mes prières, mais j'ai souvent employé auprès de son infinie Majesté, le crédit de mes amis: qu'il en soit donc béni!...Je viens de recevoir une de vos chères lettres du 28 mai ; je vous en remercie de tout mon cœur. J'ai grande compassion de ma chère Sœur de Grandpré, mais je ne la puis blûmer, connaissant par expérience qu'il est bien difficile de se consoler et d'oublier des personnes si chères. Il n’y a que la seule soumission que nous devons avoir aux ordres de Dieu, qui puisse faire porter des croix si pesantes; mais enfin la foi doit nous soutenir dans ces sortes d'accidents, sachant bien que ce n'est pas ici notre fin, mais que nous en avons une bien plus noble, cù chacun de nous doit tendre, afin de nous y voir tous réunis pour n'être plus jamais séparés. Ah! quelle consolation, mon très-cher Père ! cette espérance est capable de faire surmonter les plus grandes difficultés qui se peuvent rencontrer dans le chemin de la perfection.
‘Je vous assure qu’elle m'a été une puissante consolation dans toutes les afllictions que Dieu nous a envoyées, et qui m'ont, je vous assure, bien détachée de la terre. Oui, je vous le dis avec sincérité, que depuis la mort de ma Sœur de Muy, de ma Grand'mère et de mon frère de Grandpré, je suis insensible et je n’ai plus d'attache aux choses de ce monde.
«€ J'écrirai à ma chère Sœur de Grandpré si vous jugez que cela lui puisse donner quelque consolation. Je continuerai de le faire aussi souvent que vous le jugerez à propos. Faites-moi le plaisir, mon très-cher père, et donnez-moi la consolation de m'écrire vos sentiments pour Dieu et les avis que vous jugerez m'être nécessaires. Vous savez bien, mon très-cher père, que ce qui vient d’une personne qu’on aime touche beaucoup et fait de grandes impressions sur l'esprit... Vous ne sauriez vroire combien les entretiens que j'ai eu l'honneur d’avoir avec vous m'ont servi. Je vrus assure qu'ils ont beaucoup contribué à me faire embrasser l’état où je suis, ou pour mieux dire, qu’ils l'ont fait entièrement. Ne refusez donc pas de m'en donner encore par écrit. C’est la grâce que je vous demande très-instamment, avec celle de me croire aussi bien que
ma très-chère mère, d'un cœur rempli de reconnaissance, de tendresse et de respect, Monsieur et très-cher Père, Votre très-humble et trèsobéissante fille et servante, 4 Sr, G, de St. Pierre R. Urs. I.”
Nous lisions dernièrement dans un auteur contemporain et de mérite, que les Ames qui trouvent en elles assez de générosité pour faire le sacrifice d’une famille chère, ne sont certainement pas les moins expansives ni les moins dévouées. Comment en effet une personne qui, par sa vocation, doit se retremper incessamment au foyer de la charité divine, pourrait-elle voir se dessécher en son cœur les sentiments que Dieu lui-même y a mis : la piété filiale et fraternelle ? Nous comprenons qu’une existence qui se crée une nouvelle famille, et qui, par là même, se crée des intérêts nouveaux, puisse voir s’affaiblir des sentiments qu'elle est en quelque sorte forcée de partager. Mais il n’est rien de cela pour la religieuse ; ses nouveaux liens sont formés par la grâce; et la Religion, en épurant ses affections légitimes, les consacre véritablement ; elle leur donne une portée qui laisse bien loin en arrière, ce froid égoïsme que l’on ne rencontre que trop souvent dans le siècle.
Disons plus ; que de fois même la pensée d'attirer sur une famille chérie des bénédictions pour l'éternité, n’a-t-elle pas déterminé un généreux sacrifice de la part d’un de ses membres ? L'illustre Mme. Lonise, cette héroïque fille d’un roi si déplorablement faible, se répétait en réfléchissant à la vie du Carmel dont elle se préparait à prendre le chemin : “ Moi religieuse et mon père tout à Dieu, quel bonheur ! .….. Assurer le salut de mon âme et voir toute ma famille dans le chemin du ciel, que me restera-t-il à désirer après
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cette grâce ? .…."" Nous connaissons deux prêtres Canadiens qui sont allés missionnaires à neuf cents lieues dans les bois de la Rivière-Rouge ; l’un, pour obtenir la conversion de son père au Catholicisme, et l'autre, en accomplissement d'un vœu qu'il avait fait pour la conservation de sa mère.
Oh ! oui, que toute famille qui a au service du Seigneur une personne chère, en bénisse Lieu ; que ces bons et tendres parents soient sûrs qu'ils en recevront infiniment plus d'assistance, que si ce fils ou cette fille, ce frère ou cette sœur, fût resté sous le toit paternel. Dieu ne se laisse jamais vaincre en générosité : les faveurs seront d'autant plus abondantes qu’on aura
mis plus de promptitude et de générosité dans le sacrifice.