PREMIÈRES ÉPREUVES—INCENDIES DU SÉMINAIRE
Ainsi débutait le dix-huitième siècle, par l’établissement des fêtes les plus consolantes et les plus douces au cœur : la Providence semblait répandre d'avance un baume sur les épreuves qu’elle préparait au pays. Jamais en effet on n’a vu une suite plus constante de maladies prestilentielles que dans les treize premières années de ce siècle ; à cinq différentes reprises, on passa les hivers au milieu des morts et des mourants. Ecoutons une voix de l’époque nous rendant compte de quelques unes de ces épreuves.
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‘ Dans l'hiver de 1700, 1701, dit notre annaiiste, il y eut à Québec des maladies populaires qui firent d'’étranges ravages. Le mal s'annonçait par un mauvais rhume, auquel se joignait une fièvre ardente accompagnée de fortes douleurs de côté, et il emportait les personnes en peu de jours. La contagion, qui avait commencé sur la fin de novembre, se répandit bientôt dans toute la ville, et il n’y eut pas de maison qui ne fût changée en hôpital. Toutes les communautés furent attaquées en même temps, et à peine en restaitil quelques uns debout pour soigner et assister les autres. M. de Bernières, (1) doyen des Chanoiïnes de la Cathédrale, décéda le 4 décembre ; le 6 du même mois, M. de Villeray, premier conseiller de cette ville et assistantgénéral des Messieurs de la Compagnie. M. Paquet, prêtre du Séminaire, qui restait seul en santé, avait assez à faire à porter les derniers sacrements aux mourants et à enterrer les morts ; les Pères Jésuites étaient
jour et nuit au chevet des malades pour les aider à bien mourir.
‘ Cependant, la maladie sévissait toujours avec une violence extrême, et il ne se passait point de jour qu'on ne vînt nous annoncer la mort de quelqu'un de nos amis. La désolation était à son comble.
(1) M. l'Abbé de Bernières avait été élevé par son vertueux oncle, M. de Bernières-Louvigny, dont le nom est en vénération parmi nous comme premier bienfaiteur de notre maison. Ne pouvant venir luimême partager les travaux et les souffrances des Missions du Canada, M. de Bernières-Louvigny y avait destiné son neveu, jeune homme dont l’innocence était angélique. M. l'Abbé de Bernières arriva à Québec avec Mgr. de Laval, et pendant quarante ans, il fut par ses vertus sacerdotales, le modèle du clergé, la joie et l’appui du Premier Pasteur, l’honneur de l'Eglise du Canada. Il avait été le premier prêtre ordonné en Canada, et il dit sa première messe dans notre chapelle avec grande solennité, le 19 mars 1660.
‘ Notre communauté eut sa part du fléau. Dès le 28 novembre, deux de nos religieuses étaient tombées grièvement malades, et dès lors jugées en danger. Presque toutes les religeuses furent bientôt si malades qu’on dut cesser de tenir le chœur, chacune disant son office en particulier, à l’heure où elle le pouvait. On dut aussi suspendre le lever de quatre heure. L'infirmerie ne pouvant plus contenir les malades, elles gardèrent leur cellule où il les fallait soigner et veiller. Celles qui n'étaient point alitées paraissaient si mal que quelques unes croyaient qu’elles mourraient debout, ne pouvant pas comprendre qu'ont pût tant souffrir sans mourir.
‘ L'état de la Mère Génv. Bourdon de St. Joseph, maîtresse des novices, devenait de jour en jour plus alarmant. ÆEnfin, le 13 décembre, Dieu nous enleva cette chère sœur, dont les saint désirs dévançaient depuis longtemps la dissolution de son corps.
‘ À peine la Mère St. Joseph eut-elle rendu le dernier soupir, que sa charitable infirmière se vit forcée de prendre le lit. Trois semaines se passèrent cependant sans qu'il se manifestât aucun symptôme alarmant, dans l’état de notre chère sœur Marie Boutet de St. Augustin; nous avions même ferme espérance de la réchapper qnand, le 8 Janvier, elle tourna subitement à la mort, sans que nous eussions la consolation de lui faire administrer les derniers sacrements.”
L'annaliste s'arrête après le détaii de ces pertes si sensibles. Il paraît que vers la fin de Janvier, la contagion diminua d’intensite, tant au Monastère que dans ia ville, et que toute trace en avait disparu au printemps.
Ecoutons maintenant le récit des souffrances de 1702 et 3 ; il a quelque chose de plus poignant encore.
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