‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · QUES · texte numérisé non relu

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‘ Sur la fin de novembre, la maladie commença dans la ville. Elle avait été apportée ici par un sauvage de la frontière. (C'était une espèce de petite-vérole accompagnée de plusieurs accidents fâcheux, et en moins de deux mois, l’on a compté plus de quinze cents malades, et entre trois et quatre cents morts. (1) Les Messieurs du Séminaire furent des premiers atteints; tous leurs jeunes prêtres et ecclésiastiques, avec leurs séminaristes, tombèrent malades. Ils ont perdu trois de leurs jeunes ecclésiastiques et cinq de leurs écoliers. Les Pères Jésuites ont perdu le R. P. Crespieul, qui est mort de fatigue et de compassion de la misère publique, où il ne voyait point de remède, toute la ville n'étant plus qu’un hôpital-général. Les Récollets ont perdu deux pères et un frère; les Mères de l’Hôtel- Dieu, trois religieuses de chœur et une converse; l'Hôpital-Général, deux religieuses de chœur et une donnée.

‘ Nous n'avions rien négligé des moyens divins et humains pour nous préserver de la contagion: aucune religieuse ni pensionnaire n'allait au parloir, excepté les portières, la dépositaire et la Mère Supérieure, et nous fîmes une procession portant l’image de St. Roch, disant tous les jours après matines l’antienne et l’oraison de ce saint. On faisait aussi au dehors des prières publiques, telles que neuvaines de saluts, oraisons de quarante-heures et processions. Dans une de ces processions on porta les Stes. Reliques ; dans une autre, les statues de St. Roch et de St. Sébastien. Les neuvaines de saluts se faisaient alternativement dans les diverses églises de la yille, avec des exhortations à la pénitence pour apaiser la colère de Dieu.

(1). D’après les Historiens, cette épidémie enleva le quart de la population de Québec.

‘ Cependant la contagion continuait toujours ses ravages, et vers la mi-janvier, notre commanauté qui en avait été préservée jusque-là, dut aussi off“ir à Dieu ses victimes. A la suite d’un de cer saluts que le peuple vint chanter dans notre église, une de nos novices converses se trouva priss du mal, ainsi que plusieurs de nos pensionnaires. On les sépara aussitôt des autres, mais quelque précaution que l’on prit, le mal gagna rapicement, et bientôt nous eûmes dix-sept religieuses malades, trente-six pensionnaires, et six domestiques ; un seul de ces dermers restait debout pour soigner les autres. Toutes les pensionnaires malades furent logées dans la bâtisse des externes, (maison de Mme. de la Peltrie), et les religieuses, dans l’infirmerie et le noviciat. L'enseignement fut temporairement suspendu, les religieuses qui restaient sur pied suflisant à peine aux besoins des malades. Ce n’était pas une petite fatigue, étant toutes les nuits obligées de trouver deux ou trois veilleuses, qui étaient presque toujours les mêmes. Le 8 février décéda notre chère Sr. Louise Huart de Ste. Géneviève, converse. On ne sonna point son trépas ni son enterrer ent, de crainte que sa mort ne causât quelqwaccident aux autres malades ; on la leur cacha même, ayant transporté cette chère sœur dans un autre lieu avant son décès ; car dans cette terrible maladie, plusieurs sont morts de peur entendant sonner des glas, ce qui avait obligé de défendre le son des cloches par toute la vil'e.

‘ Kix jours seulement après la mort de notre chère Sr. Ste. Géneviève, nous eûmes à faire un nouveau sacrifice dans la personne d’une jeune religieuse de g.ande espérance, notre chère Sr. Marie Du Puy de l’Enfant- Jésus. Quatre jours plus tard, nous enterrions dans le même silence des cloches et au milieu de la plus pro-

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‘ Dicu se laissa entiu fléchir et, peu à peu, la contagion disparut; mais ce ne fut pas sans avoir gagné les côtes voisines et s'être étendue dans les Pays d'en haut, où elle excerça partout de terribles ravages.”

L'hiver de 1705 et 6 fut une nouvelle époque de misère et l'angoisse. ‘ Des maladies qui ont commencé depuis plusieurs années, et auxquelles les meilieurs médecins ne connaissent presque rien, nous ont encore bien fait souftrir. Ce sont des sueurs prodigieuses, avec des fièvres dont on ne voit presque point la fin. Nous avons eu tout l’hiver l’infirmerie remplie de sept à huit 1its, sans compter celles qui se traînaïient aux observances. Ces maladies nous ont apporté des difficultés de tout genre, vu la fatigue des veilles, qui sont continuelles, et aussi par la dépense occasiounée par la quantité des remèdes, la nourriture, et la consommation du iinge, qu'il fallait changer et blanchir tous les jours, ces sueurs excessives pénétrant jusqu'aux oreillers et matelas.

‘6 On a fait une neuvaine dans le moiïs de mars pour obtenir de Dieu, par l’intercession de St. Joseph, la guérison de nos malades et la cessation du fléau, si c'était son bon plaisir. Trois religieuses ont communié à cette intention chaque jour de la neuvaine. Elle a commencé le jour du martyre du R. P. de Brébœuf, et elle s’est terminée le jour de la fête du grand St. Joseph, notre patron et protecteur spécial.”

Ajoutons maintenant à ces terribles épreuves le désastre des deux incendies du Séminaire, arrivés précisément à cette époque, et nous aurons la mesure des malheurs qui pesèrent sur la population de cette ville.

Les Ursulines étuient alors trop pauvres elles-mêmes pour aider selon leurs désirs à la restauration du Séminaire; m7‘ ‘étaii (1) dans lequel elles entrent au sujet de se malheurs, nous fait voir combien elles

(1) Le 15 novembre de cette année, 1701, Dieu visita les MM. du Séminaire, par un incendie général de tous leurs bâtiments, Le feu commença environ une heure après midi, et dura jusqu’à la nuit, sans qu’on pôt l'arrêter. Les MM. du Séminaire étaient tous à St. Michel avec leurs écoliers. Quelques curés qui étaient à la ville, aidés de quelques frères Jésuites, firent tous les efforts possibles pour sauver les meubles, vaisselle, étoffes, toile, etc., mais une bonne partie fut dérobée. L'Eglise des RR. PP, Jésuites et celle des RR. PP. Récollets, servirent à recevoir ce que l’on put réchapper. Aussitôt que les RR. PP. Jésuites, qui étaient aussi à la promenade, à Sillery, furent de retour, ils s’empressèrent d'aller trouver Mgr. l'Ancien, et les MM. du Séminaire, pour leur offrir leur maison et partager avec eux leurs ressources. Mgr. fut logé dans une de leurs infirmeries, M. Glandelet et M. Petit dans l’autre, M. des Maizerets et M. le Curé dans des chambres. Ils soupèrent tous ce soir là chez eux, et ceux qui y voulurent coucher y restèrent; les autres se retirèrent dans leurs familles. Enfin, après avoir consulté entr’eux, ils résolurent d'occuper les bâtiments de Mgr. de Québec, et firent accommoder à leur usage ces bâtiments qui n'étaient pas encore achevés. Mgr. l'Ancien et plusieurs de ces messieurs ont demeuré chez les RR,. Pères, depuis le 15 novembre jusqu’à la St. François-Xavier, où ils prirent tous congé de leur hôtes, qui auraient bien souhaité les garder au moins jusqu’au printemps. Ne pouvant pas les assister d’argent à cause de notre extrême pauvreté, nous avons au moins montré notre bonne volonté en nous chargeant de Mlle. Glandelet pour le reste de ses jours, et sans pension, ce que nous faisons avec d'autant plus d'affection que nous avons une grande estime de sa vertu.’

‘4 Le ler jour d'octobre 1705, les MM. du Séminaire furent affligés d'un secord incendie, par la faute d’un menuisier qui faisait des planches dans un bout du bâtiment neuf. En pétunant, il laissa tomber dans une chambre pleine de ripes le charbon de son calumet. Le feu s’étant allumé, consuma en moins d’une heure tous les étages d’en haut. Il n’y a que ceux qui sont voûtés qui aient été conservés. Ces Messieurs estiment qu’ils ont plus perdu dans ce second incendie

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