MORT DU MARQUIS DE VAUDREUIL
s’il est douloureux d’avoir à enrégistrer la mort de nos bienfaiteurs et de nos amie, il est aussi très-consolant de n’avoir alors qu à louer leurs belles qualités, À raconter leurs bonnes œuvres et à faire l'éloge de lenrs vertus. Tels sont les devoirs que nous avons à rendre au premier Marquis de Vaudreuil (1) qui fut Gouverneur
(1) Philippe de Rigaud de Vaudreuil appartenait à une famille
Général du Canada pendant vingt-deux ans. C’est avec raison qu’on l’a surnommé ‘le Bien-Aïmé du peuple, ” car dès l’année 1690, époque de son mariage avec Mille Louise Elizabeth de Joybert-Marson, (2) on voyait déjà en lui le futurgouverneur. Aussi à la mort si regrettée du Chevalier de Callières (3) en 1703, le peuple demanda avec instance au Roi le Marquis de Vaudreuil, et si la cour de Versailles affecta de n'avoir pas pour agréable cette nomination, ce n’était qu’à raison de l'alliance du Marquis avec une Canadienne. Le gouvernement français craignait les alliances de ses premiers fonctionnaires avec les familles des colonies où il les envoyait commander, et ce principe est encore celui du bureau des affaires étrangères de Downing Street.
Après s'être un peu laissée prier, la cour de Ver-
originaire du Languedoc, Seigneur de Vaudreuil, la Bécède et Ariac (Dép. de l'Hude.) Leur noblesse datait de loin ; au-delà de 1249. Le frère de Philippe de Rigaud fut Jean Louis de Rigaud, Chevalier, Sei- «gneur et Baron de Vaudreuil et du Faget. Il épousa en 1629 Marie de Chateau-Verdun; et comme elle était héritière de sa famille, la seigneurie d’Auriac fut alors partagée entre les Rigaud et les Montesquiou. De leur douze enfants, nous n’en nommerons que trois . Philippe, depuis Gonverneur du Canada ; Marie Georgette, qui se fit religieuse Clariste au Couvent des Ormeaux à Castres ; et Anne de Rigaud de Vaudreuil, (aïeuile de nos sœurs de Lantagnac), qui épousa, le 13 oct. 1647, noble homme Pierre d'Adhémar de Lantagnac, Seigneur d'Escaves.
(2) Pierre Jacques de Joybert, Seigneur de Soulanges Marson, des cendait, selon M. l'Abbé Ferland, d’un échanson de Charles VII, roi de France.
(3) ‘M. de Callières, dit le Récit, Gouverneur-Général pour Sa Majesté en ce pays, est décédé le neuvième jour de sa maladie, muni de tous les sacrements. Il a été regretté de tout le monde. Le pays a fait une grande perte, car c'était un homme d’un bon gouvernement. On lui a fait des obsèques magnifiques, et nous avons chanté pour lui un service solennel, en reconnaissance du bien qu’il nous a fait. ”
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sailles céda aux vœux des Canadiens. Le Marquis de Vaudreuil avait une longue expérience des affaires du pays, ce qui lui en facilita beaucoup l'administration ; sa sagesse lui aplanissait mille difficultés qui eussent fait perdre la tête à un homme moins habile ; d’un autre côté, sa vaillance personnelle le faisait également respecter des Français et des Sauvages. Il était entré de bonne heure au service ; après s'être distingué au siége de Valenciennes, il fut promu au grade de commandant et envoyé au Canada à la tête de huit cents hommes. C'était avec trois cents de ces derniers qu'il avait volé au secours des Français de l'Ile de Montréal, lors du massacre de La Chine. Il était accouru avec le même empressement à la défense de Québec, assiégé par l’Amiral Phipps. En récompense des services qu'il avait rendus au pays dans l'expédition du comte de Frontenac, contre les Iroquois, aussi bien que dans d’autres, par terre et par mer, Philippe de Vaudreuil avait recu, en 1702, la seigneurie qui porte son nom, dans le district actuel de Montréal. Il était depuis quatre ans gouverneur de cette dernière ville (1) quand il fut appelé au commandement général dans la colonie.
La Marquise sa femme ayant été nommée en 1709, sous-gouvernante des enfants de France, il consentit à cette séparation, prévoyant peu que les honneurs qui seraient par là assurés à ses enfants, deviendraient pour eux dans la suite la source des plus amèrs chagrins.
En 1714, le Marquis de Vaudreuil fit un voyage de deux ans en France. De retour à Québec, il s’appliqua plus sérieusement que jamais à procurer le bien public, et le peuple reconnaissant ne cessait de bénir le ciel du chef accompli qu'il lui avait donné. Mais comme
() Le Marquis Vaudreuil fut remplacé à Montréal par M. de Ramesay, qui occupa ce poste pendant 22 ans.
tous les beaux jours de cette vie, les vingt-deux années de son gouvernement passèrent beaucoup trop vite au gré de tous, et déjà était venu le triste moment où le gouverneur bien-aimé devait, lui aussi, payer son tribut à la nature. ‘ Cette année, dit le Récit du Monastère, tout le pays fut plongé dans le deuil par la mort de notre excellent gouverneur, le Marquis de Vaudreuil, décédé au château Ft, Louis ce 10 octobre 1725, à l’âge de 84 ans. C'est avec justice que nous l'avons pleuré, car sous sa vigilante administration, le Canada a joui d’une prospérité jusqu'alors inconnue. Pendant vingt-deux ans, le cultivateur, le commerçant et le militaire n’ont eu également qu’à bénir son nom.”
Le premier Baron de Longueil fut chargé de l’administration, en attendant la nomination d’un nouvean gouverneur. L'année suivante arriva en cette qualité le Marquis de Beauharnais, qui fut reçu à Québec avec de grandes démonstrations de joie. Sa haute réputation militaire l’avait précédé en ce pays, et ce prestige, joint à ses talents politiques et à l’urbanité de ses manières, lui acquit bientôt la confiance et l'affection de tous. Notre Récit dit que M. de Beauharnais était le plus courtois des hommes. Il a beaucoup fait pour l'avancement de la colonie, soutenant pendant vingt ans ses intérêts avec honneur et courage.