‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 99 · LE COIN DU FEU DU MONASTÈRE · texte numérisé non relu

LE COIN DU FEU DU MONASTÈRE

La Mère du Breuil de St, Joseph, dernière professe de la maison de Bourges.—La Mère Marie Le Maire des Anges, dernière professe du Grand Couvent de Paris.—La Mère Godefroy du St. Sacrement recueille d’heureux fruits du grand mystère qu'elle honore.— Petite postulante qui vit de longues années.—Une Elégante prise d'assaut par la grâce.—ft Elle a fourni une longue carrière en peu de jours !”’ — Zèle infatigable et saints désirs d’une petite-fille du Grand-Père Boucher.—Le ‘‘ petit oiseau de Gentilly, "” qui s’est dilaté les aîles aux leçons de la Vén. Mère.—Une haute naissance qui engage à une plus profonde humilité.—Fruit durable d'une Retraite. Le Ciel s'ouvre pour quatre nouvelles vierges.—Les deux lampes de N. D. de Grand-Pouvoir, ou ‘ La petite servante de Marie. ?’— Lu seconde Mère de l’Incarnation achève au ciel la fête cente naire.—Pas de joie parfaite en ce monde, ou Mort de la Mère d'Ailleboust de la Croÿx.

u est celle de nos lectrices dont plie cœur ne vibre pas à ce mot = de ‘“ Coin du feu,” qui ren- | WS ferme tout un monde de sen- |timents et de souvenirs ? Ce mot P parle plus au cœur qu’à l'esprit, voilà pourquoi il se sent mieux qu’il ne s'explique. Intimité de famille, tra- \ ditions du passé, instincts du présent,

| À GJ projets de l’avenir, tout cela se rates FAR VZ tache À ces heures si douces où, grou- ES N pée autour d’un aïeul vénéré, la jeune

génération écoute avec avidité, les dé- EE licieuses histoires de temps qui ne sont

plus.

Dirons-nous maintenant que le Monastère aussi a

son ‘ Coin du feu, ” avec ses mille nuances de conso-

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lation et de bonheur, pour l'âme qui resucille ces pieux souvenirs du passé ? Oui, sans doute ; et que de charmes dans ces récits, surtout dans une ancienne communauté où plusieurs membres comptent cinquante ans et plus de science monastique ! Ce ‘ Coin du feu” du Monastère est d'autant plus cher, que les traditions qu'il conserve sont plus pures et plus saintes ; c'est un parfum dont on s’embaume et se pénètre d'autant mieux qu'il se répand moins au dehors, et se conserve plus frais et plus suave.

Mais si toutes nous sentons, chères lectrices, le charme attaché à ce ‘ Coin du feu, ”’ à ce sanctuaire des traditions domestiques, avons-nous jamais réfléchi à son influence sur la société ? Oh ! le ‘ Coin du feu, ”’ il date d'aussi loin que la première famille humaine ! C'était là que se conservait le souvenir du paradis terrestre, avec les connaissances que le premier homme y avait reçues de Dieu ; c'était Ià que l’homme déchu trouvait sa consolation, en transmettant, à sesenfantsles promesses qui concernaie. , l’avenir. Mais ‘ arrivons au déluge,” mentionnons simplement que ce n’est qu'après ces récits du ‘ Coin du feu,” que s’est écrite toute histoire. Le ‘ Coïn du feu ” est donc cette loi non écrite, eette tradition qui, dans les affaires de ce monde, complète (1)

(1) Nous trouvons sur la force de la tradition, (religieuse, il est vrai), des pensées d’une grande profondeur, dans un ouvrage du Rév. John Milner. Nous les citerons simplement, n'ayant pas la prétention de traiter ici le sujet.

‘€ AI] written laws necessarily suppose the existence of unwritten laws, and indeed depend upon them for their force and authority. Not to run into depths of ethics and metaphysics on this subject, we have common or unwritten law, and statute or written law, both of them binding ; but the former necessarily precedes the latter. The legislature, for example, makes a written statute ; but we must learn, beforehand, from the common law, what constitutes the islature,

la loi écrite et préside à toutes les transactions de la vie, Un peuple sans traditions, s'il en existe, est un peuple sur le penchant de sa ruine, un peuple sans vigueur ni énergie, qui succombe sous le poids de son apathie.

Notre Canada, chères lectrices, que ne doit-il pas à son ‘ Coin du feu ” ? Il n'y a encore que quelques années, le Canada n'avait pas d'Ilistoire écrite : comment se trouve-t-il aujourd'hui en possession des mœurs et des instincts de ses pères ? Même ardeur belliqueuse dès qu’une circonstance la réveille ; même goût pour les courses et les aventures si l’occasion s’en présente. Voyez aujourd'hui l'enthousiasme de nos jeunes miliciens ; ils rêvent déjà la gloire d’un nouveau Carillon ! Voyez nos aventuriers, ces ‘ coureurs ”’ de nos jours, à la Californie et À l'Australie ! Où ont-ils appris à copier si fidèlement leurs ancêtres ? C’est au ‘“ Coin du feu, ” dans ces entretiens intimes où un père, un aïeul, racontait les prouesses de sa jeunesse, ou la témérité de ses courses aventureuses ; ces histoires recueillies par les enfants, sont transmises à la génération suivante ; elles se gravent dans les cœurs, y germent ; reste aux circonstauces à les développer et à en faire goûter les fruits.

Nous aussi, chéres lectrices, nous enfants, non-seulement du Canada, nous aussi du Vieux Monastère, empressons-nous de recueillir les traditions de notre ‘ Coin du feu ”’; plus elles seront nombreuses, plus elles seront consolantes, car un auteur très-estimé, le and we must also have learnt from the natural and the devine laws, that the legislature is to be obeyed in allthings which these do not render unlawful. ‘The municipal law of England, ” says judge Blackstone, ‘ may be devided into Lex Non Scripta, the unwritten or common law, and the Lex Scripta, or statute law. ”’ He afterwards calls the common law, ‘{ the first ground and chief corner-stone of the laws of England. ?”?

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R.P. Faber, a dit avec une vérité qui nous frappe, qu'il n'y a pas de Communauté fervente qui n'ait de nombreuses traditions. Et quand sont-elles plus aimables et plus profitables ces traditions, que lorsqu'elles font revivre à nos yeux les vertus de nos dévancières ! Continuons donc de retremper notre âme à cette source si pure.

Nous avons eu sous les yeux les noms des membres dont se composait la Communauté, à la grande fête du centième Anniversaire ; les Notices Biographiques qui ont précédé, nous ont fait connaître celles qui déjà étaient entrées en possession du ciel. En interrogeant notre ‘ Coin du feu ‘”’ de 1713 à 1739, nous allons entrer dans l'intimité de celles qui moururent à cette époque, heureuses de se joindre à la brillante compagnie d’'Ureule et de célébrer la fête centenaire au sein de l'Eglise triomphante.

La fière vu Breuil de St, Joseph, dernière protesse De la niaison de Bourges.

Le Monastère de l'antique cité de Bourges ne s'était pas contenté d'aider par ses aumônes, au temporel de notre Communauté, il avait aussi voulu contribuer à ‘“ l'édifice spirituel,” qu’il voyait si solidement fondé par les vertus et les travaux de la Vén. Mère de l'Incarnation. En 1671, nous arrivaient deux de leurs jeunes religieuses, qui travaillèrent près d’un demi-siècle en Canada, et qui toutes deux furent appelées à gouverner la maison. La Mère du Breuil de St. Joseph et la Mère Drouet de Jésus se succédèrent dans la charge de Supérieure, de 1679 à 1694, la première ayant été douze ans dans cette charge.

La Mère du Breuil ne paraît pas avoir été prise au hasard pour cette mission lointaine et difficile; l’auteur de sa notice après avoir exprimé en termes touchants les regrets de la Communauté à sa mort, ajoute : ‘ J'aime mieux ne pas essayer de faire ’éloge des rares qualités de cette chère et vénérable Mère, de B2

crainte de ternir l'éclat d’une si belle vertu; les expressions ne pourraient jamais rendre l’idée que nous en avons conçue.”

“ Sur la fin de sa vie, la Mère du Breuil de St. Joseph était devenue aveugle, et extrêmement pesante, ne pouvant presque plus agir sans un secours étranger. ŒElle continua cependant de se traîner à nos saintes observances, surtout à la sainte messe, jusqu’à la fête de la Ste. Famille, au printemps de 1715. Elle succomba peu après à un accablement de divers maux, auxquels se joignit une fièvre ardente qui acheva de consumer cette nature défuillante, laissant son âme libre de s'envoler enfin dans le sein du Dieu qui couronne la vertu.”

Elle était âgée de 68 ans, et en comptait 48 de profession religieuse,

La fière Marie Le Maire des Anges dernière professe du Grand Œoubent de Paris.

Nous avons été témoins de la ferveur avec laquelle la Mère Marie Le Maire des Anges débuta en 1671, dans sa carrière de missionnaire. Professe du Grand Couvent de Paris, elle en apporta ici le bon esprit et la piété, et contribua grandement à la régularité, tant dans notre maison que dans celle de Trois-Rivières, ayant été onze ans supérieure dans la première communauté, et six ans dans le seconde. En 1712, elle fit commencer les constructions au Monastère de Québec, et dans les années suivantes, elle les fit poursuivre avec un zèle admirable, ‘ sa confiance ct son abandon en la Providence lui rendant possibles les choses les plus difficiles, quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du bon ordre de la Communauté, et sans doute, ajoute le Récit, le Seigneur aurait donné sa bénédiction à ses travaux si elle eut vécu. Sa bonne volonté aura été récompensée de Celui qui connaît et sonde les cœurs, ??

Sur la fin de la seconde année de son quatrième triennat dans notre maison, au mois de novembre 1717, la pieuse Supérieure voulut faire sa retraite annuelle ; mais une fièvre violente et un point de côté dont elle fut saisie, l’obligèrent bientôt à suspendre ces saints exercices. Le médecin désespéra tout d'abord de son état, et l’on se ferait difficilement une idée du triste retentissement de cette nouvelle dans la Communauté. Mgr. de St. Vallier ne

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fut pas plustôt informé de son état qu'il vint lui faire visite, et il permit aussi aux principaux ecclésiastiques de la ville de venir la voir, tant pour témoigner de sa considératien pour la mourante, que pour consoler la Communauté qu’elle allait laisser orpheline. C'était la plus triste circonstance où l’on se fût trouvé au Monastère depuis la mort des Fondatrices.

Les élèves pensionnaires, qui avaient toujours été les objets privilégiés de ses soins, étaient également inconsolables. Un attrait tout particulier avait toujours attaché aux classes cette vraie Ursuline; elle aimait l’enseignement, surtout celui de la Doctrine Chrétienne, ou instruction en forme de catéchisme, et pendant les longues années qu’elle fut Supérieure, Assistante ou Zélatrice, on la voyait accourir aux classes comme une jeune religieuse, dès qu'il y avait une maîtresse à remplacer. Les élèves, de leur côté, se montrèrent toujours avides de ses instructions, ‘ sa piété aussi tendre qu'éclairée, lui rendant très-facile l’art de parler des choses de Dieu. Ce qui paraissait encore, dans les discours qu'elle adressait à la Communauté réunie, la veille des grandes fêtes. ”?

Dès sa plus tendre enfance, la Mère des Anges avait choisi la Ste. Vierge pour sa mère et sa patronne. Cet acte n'avait pas été pour Mlle. Le Maire l'effet d'un sentiment passager, relégué dans la suite au fond de son âme: la dévotion à l’immaculée Mère de Dieu anima toute sa vie et perga dans toute sa comduite, comme le témoignent les Régistres des Ursulines de Paris.

‘ En jetant les yeux sur l’image de Marie, disait-elle aux élèves, reconnaissons notre indignité et disons-lui avec l'Eglise: Dignare me laudare te, virgo sacrata ; Permettez que je vous loue, 6 Vierge sainte ! De ce grand respect qu’elle avait pour la Mère de Dieu, provenait un désir ardent d’imiter ses vertus:—Marie, disait-elle, conservait dans son cœur toutes les paroles de Jésus ; faisons de même, mes enfants, allons souvent nous prosterner à ses pieds et la conjurer de nous apprendre cet aimable secret. C'était là en effet l'occupation principale de la pieuse Mère, surtout aux jours plus spécialement destinés à la prière; il ne fallait pas alors la chercher ailleurs qu’à la Chapelle des Saints, au pied de l’image de la Reine du Ciel.

La plus douce récréation de la Mère des Anges était d'utiliser tous ses moments au profit des saints autels ; le temps semble avoir respecté la plupart des beaux ornements qu’elle à faits pour notre sacristie, ct les Annales disent ‘ qu’il n’y a guère d'église dans la Nouvelle-France qui n'ait de ses ouvrages en ce genre. ”

Cette vraie Mère était d’une charité admirable ; voyait-elle quelqu’une dans la peine, il n’y avait plus pour elle de repos qu’elle ne lui eût procuré du soulagement ou de la consolation. Tant de rares et de belles qualités la firent grandement regretter de tous ceux qui l'avaient connue, soit à Québec, soit à Trois-Rivières, où elle a beaucoup travaillé pour l'avancement de la Religion et la gloire de Dieu. Douée d’un fond remarquable de sagesse et de prudence, elle eut un grand succès dans la conduite des affaires temporelles de notre Monastère, où elle aurait voulu voir, comme elle le dit si naïvement dans ses lettres ‘ moins de domestiques et par conséquent moins de dépense.” Après beaucoup d’autres détails, notre Récit termine ainsi son éloge : “ Il n’y a que Dieu qui puisse nous consoler en de semblables pertes.”

La Mère Marie Le Maire des Anges mourut le 13 décembre 1717 ; elle était âgée de 77 ans, et comptait 58 années de profession religieuse, dont elle avait passé 47 en Canada. Elle était la dernière survivante des religieuses professes venues de France.

La reconnaissance que nous devons à sa mémoire doit aussi s'étendre à sa famille, dont tous les membres se sont associés à cette généreuse missionnaire pour le bien de nos pauvres et lointaines missions. Ce fut surtout après le second incendie que notre Monastère se ressentit de leur libéralité : aussi, nos traditions nous ont-elles fidèlement transmis leurs noms vénérés. (Comme nous l'avons déjà dit, les portraits à l'huile de notre Vén. Mère de l’Incarnation et de M. de la Peltrie, perdus à tout jamais sans eux, sufiraient seuls pour perpétuer parmi nous leurs bienfaits et notre gratitude.

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François-Xavier, native de Trois-Rivières ; (1), disons maintenant quelques mots de sa cousine, la Mère Charlotte Godefroy du K. Sacrement, fille de ‘ noble homme” M. Jean Paul Godefroy et de Mme. Madeleine Le Gardeur de Repentigny. Elle fit profession en 1669, entre les mains de la Mère Marie de l’Incarnation supérieure. ”?

Toutes ces premières Ursulines Canadiennes semblent avoir fait convention d’être aimables, laboricuses, intérieures, pleines de zèle pour le bien commun, donnant souvent plus d’un demi-siècle de dévouement au service du bon Maître. La jeune génération qui écrit leurs notices ne le fait qu'avec attendrissement, et avec une affection toute filiale ; elles ont peine à consentir au départ de ces Mères bien-aimées, dont elles craignent de ne pas recueillir assez dignement les admirables exemples. La Mère Godefroy du S. Sacrement est du nombre de ces ‘* chères et regrettées défuntes dont on ne peut dire assez de bien.” Pour ne mentionner qu'un trait de sa belle et longue vie, il faut parler de sa dévotion au sublime mystère dont elle portait le nom ; elle n’en pouvait jamais assez faire pour l'autel du Dieu qui y disparaît par amour pour sa créature, et nous lui sommes redevables en grande partie des ornements qui embelliront notre église quand elle sera achevée. ”

‘ Cette chère Mère dont la vie était si pure et si édifiante avait cependant une frayeur extrême des jugements de Dieu. Quand elle était en pleine santé, elle nous disait souvent qu'elle ne savait ce qu’elle ferait, à l'annonce d’une mort prochaine. Chose admirable! la paix la plus complète se répandit dans son âme tout entière, dès les premièrees atteintes de sa maladie, et elle se trouva dans un abandon parfait à la volonté de Dieu, soit pour la vie, soit pour la mort, On ne pouvait lui parler assez des choses du ciel; tous ses moments étaient précieux, disait-el’», il ne fallait

(1) Cette ville de Trois-Rivières, fondée en 1634 sous les auspices de Champlain par l'intermédiaire du sieur de la Violette, ‘* renferma après quelques années d'existence une aristocratie complète : les Hertel, les Le Neuf, les Boucher, les Godefroy, les Poulin de Courval, occupaient un rang distingué dans le pays, et s’allièrent avec les

principales familles. ” Note de M, l'Abbé Ferland,

songer qu’à disposer son âme à la rencontre de l’Epoux divin ! Il s’est

enfin fait lui-même son rassasiement et sa récompense, et nous ne

doutons pas que les admirables sentiments de notre aimable défunte

à cette heure suprême, ne soient un fruit de son ardeur à honorer,

dans le sacrement d'amour, le Dieu qui allait se manifester à elle.

Sa mort nous a paru prompte, mais non imprévue; nous remar- ‘4 quions ces années dernières que loin de ralentir le pas, elle redou-

blait de ferveur, courant à nos saintes observances à 70 ans comme

une jeune novice. Cette chère Mère, qui avait célébré le cinquan-

tième anniversaire de sa profession religieuse, sentait sans doute

qu’elle se rapprochait sensiblement de l’aimant divin des âmes

pures et fidèles.”

Da ere Marie Pinguet de l'Assomption ou Petite Postulante | qui bit de longues années,

Voici encore une de ces dévancières vénérées qui eurent le " bonheur de faire leur profession ‘ entre les mains de notre feue ; Mère Marie de l’Incarnation. ” k

Heureuse d’avoir été l’élève de nos bien-aimées Fondatrices, plus heureuse encore d’avoir si fidèlement marché sur leurs traces, la Mère Marie Pinguet de l’Assomption est un des plus beaux Ë modèles que le vieux Récit propose à notre imitation. Quelle charmante simplicité dans les détails suivants !

‘ Le 1 octobre 1721, il a plu au Seigneur de faire passer de cette vallée de larmes au séjour des bienheureux, l’âme de notre chère sœur Marie M. Pinguet de l’Assomption, âgée de 68 ans, C'était une des premières professes canadiennes de notre Monastère et un excellent modèle de toutes les vertus religieuses. Elle avait eu dès sa plus tendre jeunesse un zèle peu commun pour l’état d’'Ursuline, et ce beau feu avait trop d'activité pour rester long- k temps cavhé : elle fit donc part de son générenx dessein à notre F Vén. Mère Marie de l’Incarnation. Maïs comme la Communauté, 5 alors naissante, était pour ainsi dire destituée de toutes les douceurs de la vie, dans un rude climat et entourée de peuples barbares, on- : Jui donna à entendre qu’elle était trop petite et délicate pour notre maison. Loin de se décourager à cette réponse, la jeune Marie

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Madeleine redoubla de fervenr en recommandant sa cause À Dieu. Pour vaincre l’indécision des religieuses à son égard, elle eut recours à un petit stratagème qui effectivement, la faisait paraître plus grande qu'à l'ordinaire. Elle fit hausser ses talons, déjà passablement hauus, et parut partout au-dessus de sa taille naturelle.

‘ La Mère de l'Incarnation, touchée de son innocence et vaincue d’ailleurs par sa ferveur, l'admit au novociat au commencement de sa quinzième année. Ses premières ardeurs pour Dieu n’ont jamais souffert de détriment. Toujours assidue à l’oraison mentale, elle y consacrait tous ses loisirs, surtout les dimanches et les fêtes où elle ne sortait presque pas de l'Eglise, même dans les plus grands froids de l’hiver. De cette intime union avec Dieu procédait un zèle infatigable pour rendre service au prochain ; jamais elle ne se plaignait des fatigues qu’elle y pouvait expérimenter, su:‘cut dans les classes externes et parmi nos chères petites filles sauvages. Elle leur a fait l'instruction environ vingt ans, et elle la faisait en qualité de maîtresse-générale, lorsqu'elle fut atteinte de sa dernière maladie, qui se déclara par une fluxion de poitrine üont elle subit les suites pendant près de deux ans. Munie de tous les secours de notre sainte Religion, elle termina son utile et belle carrière en s’abandonnant comme un enfant entre les bras de la Providence, dans un intime conviction des bontés maternelles de la très-sainte Vierge à son égard. Cette douce et sainte mort nous laissa toutes dans un grand désir de faire ce redoutable passage dans les mêmes dispositions, et de nous y disposer dès maintenant par une plus parfaite pratique des vertus qui ont brillé dans cette chère Mère. ”

dne Blégante prise d'assaut par la grate;—Da Pere A, ad, des fMeloises De St, PF. de Borgia,

Nos lectrices se souviennent qu’à l’occasion de la prise d’habit de Mlle, de Ramesay, nous leur avons annoncé la conversion d’une jeune mondaine présente à la cérémonie. Cette amie intime de la nouvelle novice était Mile. Marie-Madeleine des Meloises, dont le front alors poudré et parfumé n’annonçait guère l’auréole de piété dont il devait s’entourer dans la suite.

Ancienne élève de notre pensionnat, Mlle, des Meloises en était

sortie bien déterminée à ne plus jamais se captiver entre les murs d’un cloître. De bonne heure elle avait perdu ses parents, et peu après eux, Mme. du Pont sa respectable aïeule. Elle se trouvait ainsi sous la tutelle de M. de Chamballon, dont la picté faisait l'édification de toute la ville de Québec, mais qui, à peu près comme toutes les personnes avancées en âge, avait trop d’indulgence pour la jeune demoiselle confiée à ses soins.

Charmée du tableau riant que lui offrait l’averir, la jeune Marie-Madeleine ne se vit pas plus tôt lancée dans le monde et maîtresse de sa liberté, qu'elle voulut faire expérience des plaisirs qu'il offre, et elle livra sou cœur à toutes les jouissances que la Religion ne lui défendait pas absolument. Accueillie dès son début comme une élégante et belle personne, objet des hommages les plus flatteurs, entourée de mille distractions et bercée des illusions les plus vaines, Mlle. des Meloises, qui ne se défait aucunement d'elle-même, succomba au prestige ; quelque bonne volonté qu’elle eût, la vanité se rendit bientôt complètement maîtresse de son cœur. Tous ses désirs se concentraient à plaire et à jouir ; aussi passait-elle d'ordinaire la première moitié du jour au lit ou à la toilette, et le reste aux promenades publiques et aux parties de plaisir, où les gilets bleus aux épaulettes d’or, où les flottants panaches des officiers français, jouaient alors le rôle éclatant réservé aujourd’hui aux gilets rouge-feu des officiers britanniques. Toujours la bienvenue au Château St. Louis, il ne fallait pas la chercher ailleurs lorsqu'il y avait bal ou soirée. “ Sa conscience n’était pas tranquille à la vérité, les instructions qu’elle avait reçues à nos classes lui revenant à l'esprit, elle réfléchissait ” sérieusement à la brièveté de la vie et prenait la résolution de se faire religieuse ; mais hélas ! ces sentiments duraient peu !”

Notre Récit, que nous ne faisons qu’abréger, dit qu'elle s'était attachée au monde par un lien si fort que Dieu seul pouvait le rompre. Ce fut Dieu en effet qui, dans sa miséricorde, vint délier cette infortunée captive du monde. Ce lien si fort était un ‘ sien cousin ” enrôlé au service du Roi et qui combattait vaillamment sur les champs du Piémont. Dans le temps même où la jeune

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fiancée attendait son retour, il avait été blessé à mort et expirait dans un hôpital militaire ; le prêtre qui l'avait assisté à ses derniers moments transmettait ces détails à la famille, Cette nouvelle imprévue fut apportée à la jeune demoiselle au milieu d’une fête... Quelle douleur pour elle ! que de larmes amères ne versatelle pas !..... Mais Dieu dont la bonté est infinie eut pitié de cette enfant prodigue, de cette autre Madeleine ; il va révéler à son cœur trop sensible un sujet infiniment plus digne de ses pleurs et de ses regrets : ses propres péchés, ses vanités, son amour inconcevable de la toilette, et tant de jours perdus pour le ciel !

Elle assistait donc au milieu d'une réunion d'élite à la vêture de sa compagne de classe. C'était là que Dieu l’attendait, que la grâce allait parler énergiquement à son cœur par la voix d’un des plus saints missionnaires du temps, qui fit un tableau saisissant de vérité du faux brillant des plaisirs du monde, et du solide bonheur de la vie religieuse. L’assaut de la grâce fut si subit et si violent, que la jeune Dlle. eut bien de la peine à contenir son émotion jusqu’à là fin du discours; incapable de se maîtriser davantage, elle se glisse hors de la chapelle et se dirige en toute hâte vers sa demeure, pendant que l’on chantait eucore au sanctuaire le sort mille fois heureux de la nouvelle fiancée du Scigneur, Chemin faisant, ses larmes coulaient en abondance et la suffoquaient presque. La crainte d’être aperçue par quelqu’une de ses amies la porte à entrer dans l’église des Jésuites, qui se trouvait sur son passage. ‘“ Là, prosternée seule devant Dieu et cédant à la grâce, elle commence à détester ses vanités passées, elle demande pardon de ses coupables résistances, elle conjure le Seigneur de lui donner la force et le courage de rompre tout ce qui l’attachait aux créatures, lui avouant avec douleur qu'elle ne le pourrait jamais faire, sans un secours très-efficace ; elle appelle à son aide l'intercession de la Ste. Vierge et des saints, s'adressant en particulier à St. François de Borgia auquel elle avait une dévotion toute spéciale.

‘ Cette prière terminée, Mlle des Meloises essuie ses larmes et se relève, se sentant pleinement fortifiée et résolue de se donner entièrement à Dieu. Jamais plus on ne la vit dans les réunions du

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