TROP HEUREUSE DE MOURIR AVANT LA PERTE DU PAYS
C'était le 30 avril d’une année d'angoisse et de larmes ; les Ursulines cependant avaient des actions de grâces à rendre au ciel ; le Te Deum qui commémorait, depuis quatre-vingt-huit ans, le jour où leur sainte Fondatrice avait cueilli la couronne immortelle, va retentir au Monastère. Comme on devait élever avec consolation sa pensée vers les mères et les sœurs déjà rendues dans la patrie; elles aussi avaient eu des jours orageux et difficiles à traverser, mais Dieu lui-même, selon le sublime langage de l’Ecriture, ‘essuyait maintenant leurs larmes !”?
On enviait le sort de celles qui avaient vécu ; on enviait le sort de celle qui allait cesser de vivre...
En effet, la charitable infirmière dont le cœur avait tant de fois saigné, en présentant à ses pauvres malades, “ un pain aussi noir que nos robes,” était à son tour aux soins affectueux de ses sœurs, et après cinq jours seulement de maladie, elle allait jouir de la patrie éternelle, au jour même où notre Vén. Mère Marie de l’1ncarnation avait vu la fin de ses immenses travaux. Cette pieuse et bonne infirmière était la Mére Marie Agathe Le Clere, de Ste. Marguerite, native de la paroisse de St. Pierre, Ile d'Orléans, fille de M. Jean Charles Le Clerc et de Mme. Marguerite Morancy.
‘ Malgré ses infirmités, dit le Récit, elle a rendu de grands services à notre Communauté, étant silencieuse, régulière et amie du travail. L’extrême désir qu’elle avait d’obliger tout le monde, lui faisait trouver du temps pour n’éconduire personne. Dans cette année où tout nous manquait, la famine et la guerre nous ayant réduites à l’extrémité, son industrie nous était d'ur grand secours pour vivre. Cette chère Mère avait 61 ans d’âge et 40 de profession religieuse. Elle est