CAPTIVITÉ DE MGR. DE ST. VALLIER.—ÉTAT DE LA COLONIE
Jetons maintenant un regard au dehors, voyons des événements qui se passent au loin, mais dont le retentissement douloureux pénètre jusqu’au plus intime du cloître.
Depuis deux ans, on était en proie à la plus vive inquiétude au sujet de Mgr. de St. Vallier. Cette anxiété était d'autant plus fondée, que l’on n’ignorait pas le sort des vaisseaux qui tombaient à la merci des Anglais.
Nos lectrices se rappellent que la paix entre les deux grandes puissances n'avait pas été de longue durée : la succession d’Espagne, et l’hospitalité donnée par la France à l’infortuné Jacques II, avaient renouvelé les hostilités, et comme l’Angleterre était alors maîtresse des mers, elle interceptait la plupart des renforts en route pour l'Amérique. Louis XIV connaissant le
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(1) Le l’année 1 1664, où servie pa étaient a du Sémir en Canad Supérieut
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juste È danger qu'allait courir Mgr. de St. Vallier, s'opposa aison É longtemps à son départ; mais le digne prélat, qui trop 4 préférait toutes les misères à une absence aussi protte à longée de son diocèse, fit tant d’instances qu’il obtint rie et | de s’'embarquer, (1704), sur un vaisseau de la marine k royale, qui devait protéger plusieurs autres navires re 1 chargés de richesses pour la colonie.
Ron É Trois semaines 8e passèrent sans accident, et les heuaug f reux passagers cinglaient pleins d'espoir vers l'Amél’âge 4 rique quand, soudain, ils se virent investis et serrés de igion ) près par une flotte anglaise. Les vaisseaux marchands 0 où À parvinrent à se retirer du danger, mais celui du Roi, Aie + k trop chargé pour se défendre avec avantage, resta A1 AN à pouvoir de l'ennemi. Qu'on se figure la constérnation oh des passagers quand ils se virent constitués prisonniers à de guerre ! qu’on s’imagine leur douleur, quand il leur
| fallut rebrousser chemin et prendre la route de l’An-
— (à gleterre, où les attendait la Tour de Londres ! outre ps Mgr. l’Evêque de Québec, on comptait parmi les captifs
s des : plusieurs prêtres et religieux qu’il amenait en ce pays, reten- : (1) et grand nombre d'officiers, de femmes et d'enfants. ne du 4 Ces personnes furent honorablement traitées par la reine Anne, et avant la fin de l’année, tous avaient été
ve in- È libérés, à l'exception du digne évêque, pour la rançon anxiété À duquel on exigeait la liberté d’un prisonnier de disas le L. tinction retenu en France. Mgr. de St. Vallier dut glais. : donc languir pendant longtemps à la Tour de Londres ; Gex É (1) Le Séminaire avait pourvu aux cures du Canada jusque vers MERE Ê l’année 1700 ; l’évêque se chargea alors de ce soin. A partir de ar la : 1664, où fut érigée la paroisse de Québec, jusqu’à 1768, elle fut desé les É servie par MM. les Directeurs du Séminaire. Les chanoines, qui resse Ë étaient au nombre de dix à douze, étaient pour la plupart membres
s en du Séminaire. M. de Bernières, qui fut le premier prétre ordonné Nt- 18 en Canada, fut aussi le premier curé fixe de Québec et le premier
Supérieur du Séminaire.
quand on connaît son caractère et le zèle dont il était animé pour son diocèse, on comprend tout ce qu’il dut souffrir pendant cette captivité.
Il faut cependant ajouter à la gloire de la reine Anne, que Mgr. de St. Vallier fut traité avec beaucoup d'égards et de considération, ayant pleine liverté d'agir en évêque catholique. 1] recevait la visite des prêtres et des religieux, dont il y avait encore bon nombre en Angleterre ; il administrait les sacrements et exhortait les Catholiques, sans qu’on osât jamais lui faire la moindre insulte. La Reine elle-même l’honorait en toute occasion, et ne se lassait pas d'exprimer l’estime qu’elle faisait de son mérite personnel. Mais rien ne pouvait consoler le pasteur de l'éloignement de son troupeau, surtout en un temps de crise et de danger, qui pouvait à tout moment tourner au malheur de la colonie.
Cependant les braves Canadiens faisaient payer chèrement à l'Angleterre ses triomphes sur mer.
Nos lectrices se rappellent que la guerre de seize ans venait de se teminer par le traité de 1700, entre les Cantons Iroquois et les colonies françaises. C'était un pas de fait, maïs cela ne suflisait pas à la prévoyance du Chevalier de Callières : aussi grand homme d'état qu'habile guerrier, il voulait quelque chose de plus durable, en forçant les [roquoiïs à signer la paix avec toutes les tribus sauvages établies sur les bords des grands lacs, et en rendant la France, en quelque sorte, la gardienne des traités. Le fameux chef huron Kondiaronk (le Rat) seconda cette entreprise avec l’habileté que chacun connaît : les vues du Gouverneur furent réalisées et cette paix merveilleuse fut conclue en 1701, malgré les oppositions et les intrigues du gouverneur des colonies anglaises.
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