VEN. MÈRE M. DE LINCARNATION
Audi, filia, et vide, et inclina aurem tuam, et obliviscere populum tuum, et domum patris tu. Et concupiscet Rex decorem tuum.
Ecoutez, ma fille, ouvrez vos yeux et ayez l'oreille attentive à ma parole ; oubliez votre parenté et Ja maison de votre père. Le roi du
ciel sera épris de votre beauté.
Psaume 44, V. 12, 13.
Lorsque Dieu veut fonder un peuple destiné à quelque chose de grand et de glorieux, il emploie pour accomplir ses desseins des matériaux choisis, des pierres d'élite travaillées avec soin ; il se choisit des âmes fortes, saintes, polies’ par la tribulation, qui sont autant de colonnes sur lesquelles doit reposer l'édifice.
Pendant que les Missionnaires du Canada, ces intrépides soldats de Jésus-Christ, évangélisaient les nations sauvages au milieu des privations, des dangers et des difficultés de toute nature, pour les seconder dans leurs conquêtes religieuses et pacifiques, et pour la sanctification du peuple canadien, Dieu, dont la miséricorde est infinie, envoyait une Femme, d’une vie si sainte et si apostolique, que toute la Nouvelle-France en a été embaumée.
Ai-je besoin, dans le lieu où je parle, de nommer cette femme vraiment illustre, grande dans toute sa vie, revêtue de force et de beauté (1), qui a mis la main à de grandes entreprises (2), et dont le portrait semble
(1) Fortitudo et decor indumentum ejus. Prov. 31, 25. (2) Manum suam misit ad fortia, Prov. 31,19.
tracé par nos livres saints ? En sa personne se résume une des plus glorieuses pages de notre patrie. Qu'’elle est agréaule à Dieu dans sa génération ! Que de clartés naissent dans la production de ses enfants ! Sa mémoire est immortelle : elie est en honneur devant Dieu et devant les hommes (1)
Je ne puis faire un plus juste éloge de la Vénérable Mère Marie Guyart de l’'Incarnation, fondatrice et première supérieure de votre monastère, qu'en vous la représentant comme cette femme forte dont parle Salomon, plus rare et plus précieuse que les perles qu’on apporte des extrémités du monde (2), qui a ouvert sa main à l’indigent, qui a étendu ses bras vers le pauvre (3), du nombre de celles qui ont compris qu’il n’y a point d'autre règle de prudence que de mettre en pratique les préceptes et les conseils de l'Evangile (4); puis comme appelée de Dieu à une espèce d’apostolat,
prêchant Dieu dans son monastère des Ursulines de Québec, le faisant connaître aux Sauvages du Canada,
devenant ainsi la coopératrice du zèle et des travaux
(1) O quam pulchra est casta generatio cum claritate ! Immorialis est memoria illius, quoniam et apud Deum nota est, et apud homines.
Sagesse. 4, 1.
(2) Mulierem fortem quis inveniet ? Procul, et de ultimis finibus
pretium ejus. Sag. 31, 10.
(3) Manum suam aperuit inopi, et palmas suas extendit ad pau-
perem. Sag. 31, 20.
(4) Hæc est virgo sapièns et una de numero prudentum, Office des
vierges.
résume Qu'elle de clartés mémoire Dieu et
"énérable ce et pre- vous la nt parle es perles | a ouvert s vers le pris qu'il mettre en ngile (4); postolat, lines de Canada, s travaux
Immortalis
d homines.
imis finibus dit ad pau-
, Office des
des Missionnaires, et partageant avec eux cette gloire d'appeler les hommes à la perfection de l'Evangile.
En deux mots, sa vie a été toute sainte et toute apostolique. Aïnsi je vous ferai voir Marie de l'Incarnation dans le monde et dans sa cellule, étudiant Jésus, comblée de ses grâces, douée de la science des saints, toujours disposée, par amour pour Dieu, à être victime, et remplie d’un zèle apostolique pour la sanctification des âmes et la conversion des infidèles.
Dans la vieille cité de Tours, sous un des plus beaux ciels de la France, naïssait à la fin du seizième siècle, une enfant qui fut appelée Marie à son baptême, et qui, dans le cours d’une vie humble et cachée aux regards des hommes, a acquis une gloire immortelle. (1) Dès son enfance, elle fut comblée des bénédictions de Dieu (2).
Dieu veut-il élever, dès ce monde, une personne à un éminent dégré de perfection, il lui fait sensiblement connaître son grand dessein, par les grâces dont il l’enrichit, par les faveurs qu’il lui prodigue. ‘ Je n'étais âgée que de sept ans, lorsqu'une nuit, en ‘ mon sommeil, ayant levé les yeux vers le ciel, je le ‘ vis ouvert, et Jésus-Christ qui venait à moi, Alors “ Je plus beau des enfants des hommes, avec un visage 6 plein de douceur, m’embrassant amoureusement me dit: voulez-vous être à moi? Oui, lui dis-je, je le
(1) Marie Guyart naquit à Tours, le 18 oct : 1599. (2) Prævenisti eum in benedictionibus dulcedinis, Ps. 10,
‘ veux (1). De ce moment décisif pour Marie, son âme s'attache inviolablement à son Jésus; elle n'aime, elle ne recherche que lui, et Jésus, par une espèce de retour est tout à elle, par les communications les plus intimes dont il ait jamais gratifié les âmes les plus saintes. Elle peut dire avec l'épouse des cantiques : mon bien-aimé est tout à moi, et je suis toute à lui (2) ; je suis à mon bien aimé, et la pente de son cœur est
, tournée vers moi (8); il m'a ornée et enrichie de ses dons comme son épouse (4).
Dès son enfance, elle montra ce qu’elle serait dans la suite. Comme Ste. Thérése, elle aimait à se cacher dans les lieux les plus retirés, à prier dans les églises les moins fréquentées pour entrer en communication
plus intime avec le Dieu de son âme. Elle conçut dès
lors un extrême amour pour la pureté ; tout son désir était de se consacrer à Dieu: elle communiqua son dessein à sa mère; mais pour obéir à ses parents, elle crut devoir, malgré son extrême répugnance, s'engager dans le monde. ‘ Elle déclara que si Dieu lui donnait “ un Fils, elle le consacrerait à son service ; et qu’elle- “ même, si dans la suite elle recouvrait la liberté “ qu’elle allait perdre, elle n’aurait plus d’autre époux 6 que le Seigneur (5). Avec quelle fidélité elle rem-
(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.
(2) Dilectus meus mihi, et egoilli. Cant.I
(3) Ego dilecto meo, et ad me conversio ejus. Cant. VIT. 10
(4) Cireumdedit me quasi sponsam ornatam monilibus suis. Isaï, 6. (6) Lettre de Marie de l’Incarnation.
rie, son n'aime, spèce de les plus
les plus ntiques :
à lui (2); cœur est > ses dons
rait dans se cacher es églises unication onçut dès son désir hiqua son ents, elle s'engager hi donnait t qu’ellela liberté tre époux elle rem-
IT. 10 suis. Isaï. 6.
plissait les devoirs de son état? Qui pourrait dire son héroïque patience, son humilité, son assiduité à la prière, à entendre la parole de Dieu, la force qu’elle puisait dans la sainte communion pour supporter ses épreuves ?
A l’âge de dix-nenf ans, libre et dégagée de ses liens, quoique la mort de son mari lui eut été fort sensible et que ses peines fussent excessives, Dieu la revêtit d’une force et d’un courage qui la rendit supérieure à tout. Elle commença à ne vivre que de Jésus crucifié. La méditation des souffrances de son Jésus, la vue de son crucifix, lui inspiraient un si grand amour des souffrances, un courage si extraordinaire, et une si exacte fidélité à correspondre aux grâces du ciel, que son esprit, comme elle le disait elle-même, était emporté en lui, et que son cœur ne pouvait plus souffrir que des impressions de cet amour. Elle pouvait dire avec l’apôtre St Paul : ‘“ Le monde m'est crucifié, et je suis crucifiée au monde (2).’”’ La veille de l’Incarnation, dans une extase, elle se vit comme toute plongée dans du sang, et son esprit eut une conviction que ce sang était celui du Fils de Dieu, répandu pour son salut. Son âme recevait sans cesse de nouvelles lumières: ‘ Dieu lui & fit connaître un jour la pureté qu’il faut avoir pour s'unir vraiment à lui, et l'Esprit de grâce qui 1a con- « duisait, lui faisait cacher tous ses talents, afin qu’elle ‘ demeurât obscure, comme une pauvre créature qui ne savait rien, et n’était capable de rien que d’être la
(1) Mihi mundus crucifixus est, o ego mundo.
‘“ servante des serviteurs (1). Avec quelle charité, +. ; pour soulager sa sœur engagée Cans un grand commerce,
| elle sacrifie son repos, se soumet en silence aux duretés
non seulement des maîtres, mais des serviteurs mêmes
qui la traitent avec une extrême hauteur ! Dans les
fonctions les plus humiliantes, dans les services les plus bas qu’elle rendait aux domestiques dans leurs mala-
dies, elle goûtait une joie si grande, elle aimait tant cette abjection que toute sa crainte était que Dieu ne la tirât de cet abaïssement. Cependant Dieu ne voulut pas la laisser plus longtemps dans cet état d’humiliation; son père etsa sœur reconnurent leurs torts à
l'égard d’une personne qui les touchait de si près ; 1ls lui donnèrent la direction de toutes leurs affaires. ‘ Tout “ cela, dit-elle, ne me détournait pas de Dieu, mais ‘é plutôt je m'y sentais fortifiée; parceque tout cela ‘ était pour la charité, et non pour mon profit parti- “ culier. Quand j'étais surchargée d’affaires, je m’a-
‘“ dressais à Jésus, mon refuge ordinaire, et ma con- ‘* fiance en lui me rendait tout facile (2). Comme la femme forte, dont parle Salomon, elle a ceint ses reins de force, et elle a affermi son bras (3). Oh! qu'il est beau de la contempler au milien de cette multitude d'ouvriers et de domestiques, les conduisant tous avec
humilité, douceur et charité. La sagesse et la bonté
(1) Lettre de Marie de l’incarnation.
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
(3) Accinxit fortitudine lumbos ejus, et roboravit brachium suum. Prov. 31. 17.
charité, mmerce, duretés s mêmes Dans les s 1cs lus ars malanait tant Dieu ne 1e voulut ‘humilia- 8 torts à ès ; ils lui ‘Tout jeu, Mais tout cela ofit partis, je m’ama conomme la ses reins qu’il est ultitude ous avec la bonté
Aium suum.
éclatent dans toutes ses œuvres ; aussi tous la bénissent, parceque la crainte de Dieu est dans son cœur, et la clémence sur ses lèvres (1).
Une humilité solide, une pureté de cœur incroyable, et la plus parfaite abnégatiou : tels furent les fonde ments de l'édifice de la perfection qu’elle devait élever si haut. C’est alors que Dieu, toujours admirable dans ses saints, opéra en elle ce miracle de son immense libéralité : la divinisa en quelque sorte par le don d’oraiscn, la transforma en lui par la grâce de sa divine présence, et pur l’affluence des dons célestes. Qui croirait, si l’on n’en avait déjà des exemples dans une Ste. Catherine, Vierge et martyre, dans une Ste. Cathe rine de Sienne, et dans une sainte Thérèse, qui croirait que le Fils de Dieu, la splendeur du Père, la sainteté infinie, lui promit, comme preuve sensible de son affection, de la prendre pour son épouse ? ‘ Un jour qu’elle ‘ s'entretenait familièrement avec Notre Seigneur, et ‘ que son cœur était dans un mouvement de tendance ‘ à ce bonheur, qu’elle ne pouvait comprendre, J, C. 6 lui dit distinctement ces paroles : je te rendrai mon ‘ épouse par une foi inviolable, je te rendrai mon “ épouse pour toujours ” (2). Dans ces admirables communications, dans cette union si intime, Jésus lui faisait connaître les grands et infinis trésors que
(1) Os suum aperuit sapientiæ, et lex clementiæ in linguâ ejus... mulier timene Dominum, ipsa laudabitur. Prov. 31. 26. 30.
(2) Sponsabo te mihi in fide ; sponsabo te mihi in perpetuum. Osée. 2. 9.
renferment la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. Elle en était si ravie et si charmée qu'elle s’écriait :
‘ Ah : mon Dieu, il faut que toute parole, et toute
‘“ conception cesse, car il n’est point de langue qui
‘ puisse dire, ni d'esprit q: ’ puisse penser ce qui était
‘communiqué à mon âme de cette glorieuse et magni-
“ fique pauvreté d'esprit, ei des deux autres vertus
“ qui en sont inséparables (1). ”
Dieu est toujours avec ses saints, et sa providence les suit dans toutes leurs voies. S'il permet qu'ils soient assaillis et battus des plus violents orages, exposés aux plus terribles tentations, affligés et comme accablés des misères de cette vie, il ne les onblie pas dans leurs tribulations ; il les soutient et les éclaire. S'il permet au démon de troubler la paix de l’âme de la Vénérable Marie de l’Incarnation, de l’attaquer de tous côtés, c'est pour éprouver son amour, et lui fournir l’occasion de lui marquer sa constance. Ces combats font son mérite ; du haut du Ciel, Dieu les contemple avec joie ; il est avec elle dans la tribulation, et à ces épreuves si pénibles il fera succéder des faveurs encore plus extraordinaires.
Dans la vingt-septième année de son âge, elle reçut ane des plus sublimes faveurs que puisse recevoir sur la terre une âme qui aime son Uieu. Un jour que son esprit était absorbé en Dieu, par un attrait extraordinairement puissant, ‘ Jésus s’empara de son âme, l’embrassa avec un amour inexplicable, l’unit à lui, et
(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.
issance.
écriait :
et toute gue qui jui était t magnigs vertus
ovidence ils soient exposés e accablés dans leurs il permet Vénérable ous côtés, l'occasion font son avec joie ; preuves si 8 extraor-
elle reçut evoir sur r que son extraordison âme, it à lui, et
la prit pour son épouse ” (1). Ah! qui peut compendre ce mystère de l’amour d’un Dieu pour sa créature ? Quelles flammes célestes consument le cœur uni au cœur divin de Jésns! heureuse l’âme qui demeure en Jésus, qui possède Jésus, qui ne vit que pour Jésus! heureuse mille fois celle à qui il fut donné de vivre habituellement avec ce maître divin! Quels ravissements ! Qu ':ls sont divins les embrassements de Dieu ! Quel feu inconnu embrase son cœur ! Le feu de l'amour dévore sa vie. O divin Epoux! tempérez vos ardeurs, éteignez ces flammes ! “ O mon Amour! je n’en puis plus: on laissez-moi un peu respirer, ou Ôtez-moi la ‘ vie, car vos amours me font souffrir ce qu’une âme ‘ enfermée dans la prison de son corps ne peut suppor- ‘ ter” (2).
La conversation des saints est dans le Ciel, et de trois manières, dit St. Thomas: par contemplation, par affection, et par opération. Ils conversent dans le ciel par contemplation, parceque détournant leurs regards des choses visibles et terrestres, ils ne contemplent que les biens invisibles et éternels. Ils conversent dans le ciel par affection ; parceque leur cœur ne désire que les biens surnaturels. Ils conversent dans le ciel par opération ; toute leur vie est une expression de Jésus-Christ, et i:s peuvent dire avec St. Paul : Comme
(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
nous avons porté l’image de l'homme terrestre, nous
porterons aussi l'image de l'homme céleste (1). Ainsi conve ans le Ciel la Vénérable Marie de
l'Incarnation ; intimement unie à son Dieu, elle ne se contentait pas d'observer ses préceptes, elle suivait ses conseils, elle ne recherchait dans ses sentiments et dans
toutes ses actions que le plaisir de sa souveraine bonté. Cependant Dieu lui avait inspiré un état plus parfait. (2). Pour obéir à cette voix intérieure qu’elle suivait en toutes choses, elle résolut de quitter le monde et d'entrer aux Ursulines. De quel œil le monde regardat-il sa résolution de suivre l'inspiration du St. Esprit, de vivre sur la terre, et dans un corps de chair, comme les Anges vivent dans le Ciel ? La sagesse humaine ne comprend pas le joie d’une âme qui quitte tout pour plaire au Seigneur qui écoute la voix de Dieu, qui se dépouille de tout pour contracter, l'alliance la plus étroite et la plus délicieuse avec l’Epoux céleste.
Le monde toujours malin et dur murmura contre sa
résolution : tous ses parents et tous ses amis em-
ployèrent pour la retenir dans le siècle, les sollicitations
les plus pressantes, les reproches les plus sensibles: Vous êtes une femme imprudente, une mère dénaturée; quoi! vous oubliez ainsi votre enfant! Vous abandonnez cet orphelin à l’âge où il a le plus besoin de votre vigilance ! Vous êtes-vous mise en peine de
(1) Sicut portavimus imaginem terreni, portemus et imaginem
ceiestis. I. Cor. 15. 49, (2) Adhuc excellentiorem vitam vobis demonstro. I. Cor. 12,
e, nous
[arie de le ne se vait ses 4 et dans e bonté.
parfait.
» suivait nonde et regardat. Esprit, r, comme maine ne out pour u, qui 8e b la plus ste.
contre 84 amis emicitations sensibles :
ire dénat! Vous us besoin peine de
t imaginem
Dr. 12,
lui procurer de quoi vivre honorablement et de le faire instruire? Ah! que son cœur bon et sensible était déchiré par les cris et les lamentations que son enfant faisait entendre à travers la grille du Monastère de Tours: ‘“ rendez-moi ma mère, rendez-moi ma mère ! ” Et son vieux père inconsolable, lui disait dans sa douleur: ‘ Je mourrai si vous persistez à entrer au Monastère des Ursulines.”
A ce langage du monde, Dieu répondait par ces paroles : ‘ Qui aime son pére et sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi (1) Ecoutez, ma fille, voyez et prêtez l'oreille ; oubliez votre peuple et la maison de votre père. Le Roi sera épris de votre beauté, car il est le Seigneur votre Dieu (2). Rien ne put ébranler cette âme forte et généreuse. ‘“ Mon ‘ enfant, ditla mère à son fils, je : ous laisse entre les ‘ mains de Dieu; mais celui que j'ai choisi pour mon 6 héritage sera aussi le vôtre. Vous n’avez plus de “ mère ici-bas, mais dans le ciel, vous en avez une ‘“ qui vous dédommagera bien de la perte que vous 6 allez faire (3). Est-ce assez d'épreuves? Non, mes
(1) Qui amat patrem ‘int matrem plus quam me, non est me dignus ; et qui amat filium aut filiam plus quam me non est me dignus. J. Math. X. 37.
(2) Audi, fiha, et vide, et inclina aurem tuam, et obliviscere populum tuum et domum patris tui. Et concupiscet Rex decorem tuum, quoniam ipse est Dominus Deus tuus. Ps. 44,
(3) Lettre de Marie de l’Incarnation.
Sœurs, toutes les puisances de l'enfer semblent conjurées contre elle. Au noviciat, elle est attaquée par les plus violentes tentations de blasphôme, d'impureté, d'orgueil, d'infidélité, de désespoir. Ah! qui peut dire ce qui se passait dans son cœur tout embrasé d'amour pour son Dieu? L'épreuve, c’est la voix que Dieu choisit pour la conduire à la plus haute sainteté ; il lui donne de grands combats À soutenir pour lui faire remporter de grandes victoires (1). Mais s’il plait à Dieu de la plonger dans un abîme d’afflictions et d'amertumes, il la plongéa, pour ainsi dire, dans un Océan de consolations et de délices ; et elle put dire avec le St. Roi David: ‘ vous m'avez consolée autant ‘“ que vous m'avez afligée, et les joies que vous avez ‘ sépandues dans mon âme, ont été dans la même
‘ mesure que les peines et les tribulations dont vous
‘ m'avez éprouvée (2).”
La fervente novice, par amour pour N. $S.J. C., avait méprisé les séduisants attraits du monde, (3) elle reçut en échange les richesses immenses de la grâce du Sau-
veur. La Trés-Sainte Trinité s’emparait de son âme, comme d’une chose qui lui était propre ; elle reçut dans un dégré fort éminent l'intelligence de la ste. Ecriture ;
‘ et toutes les puissances de son âme étaient tellement
(1 Certamen forte dedit illi ut vinceret, Sap. 10
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
{3) Regnum mundi, et omnem ornatum sæculi contempsi, propter
amorem Domini mei Jesu Christi, quem vidi, quem amavi. Office de
Ste, Agnès.
ent con- ‘“ plongées dans un Océan d'amour, qu'elle n'en sortait se par les ‘“ point ; non plus qu'une personne qui serait abîmée mpureté, ‘ dans le fond de la mer.” (1) Sa profession fut pour qui peut elle comme un second baptême ; elle prit le nom de embrasé Marie de l’Incarnation, elle eut l'honneur d'être du voix que nombre des vierges consacrées à Dieu que St. Cyprien
sainteté ; appelle la plus belle et la plus pure fleur de l'Eglise.
pour lui La sagesse infinie, qui se plait à confondre la fausse s’il plait sagesse du siècle, voulant se servir de la Vénérable ictions et Marie de l'Incarnation, comme d'un instrument de dans un miséricorde en faveur du Canada, lui fit bientôt cono put dire naître qu'il l’appelait ‘ à ce grand et vaste pays, plein lée autant ‘ de montagnes, et de vallées, et tout convert de brouilvous Avez ‘“ lards épais, excepté une petite maison qui servait la même “ d'Eglise dans tout le pays ”” (2). Les Relations des dont vous Apôtres du pays des Hurons, celles du P. Le Jeune, Supérieur de la Résidence de Québec, se répandaient
. C.,avait en France, et enflammaient d’ardeur un grand nombre elle reçut d'âmes qui voulaient travailler à la conversion des pauce du Sau- vres sauvages. ‘ Hélas ! mon Dieu ! si les excès et son âme, “ les superfluités de quelques Dames de France s'emreçut dans ‘ ployaient à cet œuvre si saint, quelle grande béné-
. Ecriture ; ‘ diction feraient-elles fondre sur leurs familles ! Se
tellement “ peut-il faire que les biens de la terre nous touchent “ de plus près que la propre vie ?....…. Ne se trouve-t-il
“ point quelque âme sainte, qui veuille recueillir le
mpsi, propter
(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.
vi. Office de
(2) Léttge de Marie de l’Incarnation.
“ gang du Fils de Dieu, pour le salut des pauvres Sau- ‘6 vages ? (1) ” À Alencon, une jeune femme de condition, douée des dons de la fortune, et plus encore des inclinations les plus nobles et les plus heureuses, comprit, dès l’âge le plus tendre, que Dieu voulait seul posséder son cœur. Libre de se donner à Dieu, par la mort de son époux et de son enfant, d’une extrême tendresse pour les malheureux, Mme de la Peltrie se sentait emportée en esprit dans les pays les plus lointains pour y contribuer au salut des âmes. Les paroles du P. Le Jeune firent sur elle une si forte impression, qu’elle résolut de donner tous ses biens pour le salut éternel des filles sauvages. Le jour de la Visitation, N. $.J. C. lui fit connaître son dessein sur elle : ‘ Je veux me servir de vous en ce ‘ pays là ; et malgré les obstacles qui s’opposeront à ‘6 l'exécution de mes ordres ; vous irez en Canada, et ‘ vous y mourrez ”” (2). En vain le démon met-il tout en œuvre pour empêcher la Mère de l'Incarnation et Mme. de la Peltrie de bâtir en Canada une maison où Dieu fut glorifié avec Jésus et Marie. Dieu se rit des obstacles ; le démon est vaincu : les desseins de Dieu sur le (anada vont s’accomplir. Quelles actions de grâces ne vous devons-nous pas, o divine Providence ! o bonté infinie ! qui avez inspiré à Marie de l’Incarnation et à Mme de la Peltrie la charité qui bannit la crainte et qui opère des miracles ; qui avez rempli du
(1) Relation de 1635.
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
res Sau-
n, douée clinations , dès l’âge son cœur.
on époux ur les malportée en contribuer une firent de donner | sauvages.
nnaître son ous en ce pposeront à Canada, et met-il tout arnation et maison où se rit des us de Dieu actions de Providence !
de l’Incari bannit la
rempli du
zèle du salut des âmes ces nobles et saintes femmes qui, pour la gloire de votre Eglise, sacrifient leurs intérêts, leurs personnes, leurs vies !
Allez donc, saintes âmes ; partez, Anges de Dieu ; quittez cette France que vous aimez ; oubliez votre peuple : voici un pays barbare, plongé dans les ténèbres de l’infidélité ; il vous appelle, il vous tend les bras ; Dieu le donne à votre charité. ‘Soyez les ‘“ pierres fondamentales de l'édifice que vous voulez “ élever dans le Nouveau Monde, en l'honneur de Jésus “ et de Marie. Soyez-y comme des pierres précieuses, “ semblables à celles des fondements de la Jérusalem ‘ céleste. Que ce temple soit à jamais un lieu de paix, “ de bénédictions et de grâces, plus fécond que ne le ‘ fut celui de Salomon. Que les portes de l'enfer ne ‘6 prévalent point contre lui, et ne lui puisse jamais ‘ nuire, non plus qu’à celui de Pierre. Que Dieu y ‘ habite comme père et comme époux, jusqu’à la con- “ sommation des siècles ” (1).
Grandes paroles, pleines d’un sens admirable et prophétique ! Elles recevront, par la grâce de Dieu, leur entier accomplissement. Le regard du saint Archevêque de Tours, en se plongeant dans l'avenir, voyait déjà, par les prières et les expiations de ces âmes saintes, les bénédictions de Dieu se répandre avec abondance sur le peuple du Canada. Ah! ne perdons jamais le souvenir des miséricordes du Seigneur sur
(1) Paroles de Mgr. Deschau, Archevêque de Tours, à la Vén. M. Marie de l’Incarnation.
notre patrie ! Il a aimé nos pères d’un amour de prédi-
lection ; il leur a donné, dans la personne des Vierges consacrées à son service, des protecteurs puissants. ‘* Il ‘ a placés des sentinelles sur les murs de nos villes ; “ elles ne se tairont jamais ni le jour ni la nuit ” (1). Sans cesse elles élèveront leurs mains suppliantes vers le ciel pour le fléchir et détonrner ses fléaux ; elles conjureront J. ©. de protéger son peuple, et par leur vie toute de sacrifices, elles attireront sur lui les bénédictions célestes.
Pour vous, mes Sœurs, ne vous contenutez pas d’admirer, dans votre Mère, Fondatrice et première Supéricure de votre monastère, la conduite impénétrable des jugements de Dieu dans l’opération de sa grâce ; profitez de l’exemple des vertus qu’elle vous donne. Que la vie humble et sainte de votre mère allume dans vos âmes un feu qui les rende plus pures et plus agréables à Dieu ; que l'esprit de sainteté qui l’adirigée dans toutes ses actions, repose sur vous, vous anime et vous dirige dans toutes vos voies; que votre demeure soit le Ciel, et votre société, la société des Anges.
Ne refusons pas à la Vénérable Marie de l’Incarnation la gloire de l’apostolat. Le grand intérêt qu’elle a pris à la prédication de l'Evangile par les premiers Apôtres de notre patrie, la part qu’elle a eue dans l’éta-
(1) Super muros tuos Jerusalem constitui custodes, totâ die et totâ
nocte in perpetuum non tacebunc. Isaïe 42. 6.
de prédi- Vierges nts. “Il y villes ; uit ”” (1).
tes vers x ; elles par leur es béné-
as d’adre Supéénétrable a gràce ; 8 donne.
me dans et plus ’adirigée anime et demeure ces,
l’'Incarêt qu’elle premiers
ans l’éta-
À die et tot
blissement de cette Eglise naissante et dans les triomphes de la foi, nous permettent d'appeler sa vie apostolique. La prière et l’expiation volontaire sont des moyens des plus puissants que Dieu nous ait donnés pour répandre partout la bonne odeur de l'Evanzile. ‘ Des intelligences aveuglées par la vaine sagesse du “ siècle ne comprennent guère comment des hommes ‘ faibles, ou de timides femmes, pleurant et priant au ‘fond d’un cloître, peuvent ainsi contribuer à l'ex- ‘tension de l'Evangile. Maïs ceux qui savent tout ce ‘ que pèse dans la balance divine l’ardente aspiration ‘ d’un cœur pur, ne s’étonneront pas sans doute. S'il ‘ faut chercher pour trouver, il faut aussi demander ‘ pour obtenir, et le Ciel veut que les supplications des ‘“ âmes justes lui fassent, suivant l'expression de Ter- ‘ tullien, une sainte violence. Lorsque Aaron, À la ‘tête des guerriers d'Israël, combattait dans la plaine “ avec la hache et l'épée les enfans d'Amalec, Moïse, ‘ debout sur la montagne, tenait ses bras levés vers le « Ciel et obtenait ainsi la victoire du Dieu des armées. ‘ La prière et l’action marchent toujours ensemble ‘ dans l’œuvre du catholicisme, et pour ne citer qu’un ‘ exemple, le Seigneur a révélé à un de ses serviteurs “que les larmes et les prières de Térèse de Jésus ‘avaient converti autant d'idolâtres que l’héroïqu.» ‘ apostolat du Grand François-Xavier. ”” (1). Tout ce qui s2 fait de bien dans l'Eglise et même par les pas-
teurs, se fuit, dit St. Augustin, par les secrets gémisse
(1) L’Abbé J, A, de Grenade—Saint Bernard.
ments de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre (1). St. Antoine, rencontrant dans le désert le jeune Hilarion, le salua en lui disant : ‘ Sois le bienvenu, toi qui brilles comme l'étoile du ‘ matin.” Le disciple répondit au patriarche : ‘ La ‘ paix soit avec vous, qui soutenez l'univers comme ‘ une colonne.” Oui, c’est le propre de Dieu de se servir des instruments les plus faibles pour éclairer les peuples et les soutenir par la prière, et c’est le mystère que St. Paul a voulu nous faire connaître, lorsqu'il a dit : Dieu a choisi ce qu'il y avait de plus faible dans le monde pour confondre les forts (2). La prière du juste est plus forte que les complots les plus puissants et les plus pervers ; elle est le meilleur et le plus solide rempart des peuples. C’est dans les monastères, où la prière et la pénitence ne s’éteignent jamais, que l'Eglise trouve, comme dans des citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, une milice toujours exercée.
Dans les desseins de l’adorable Providence, tout chrétien est appelé à accomplir une sorte d’apostolat. Aussi le St. Esprit nous dit-il que Dieu a confié à chacun le soin de son prochain (3). Maïs comment celui qui n’est pas chargé de la prédication de l'Evangile, de l'administration des sacrements, peut-il concourir au salut de ses frères ? Par une vie sainte, par la prière, par les expiations volontaires, par la fermeté de la foi.
(1) De Bapt. Liv. IIT.
(2) Infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia I. cor. I.
(3) Unicuique mandavit Deus de proximo suo. Eccli. 17. 11.
répandues raut dans ai disant :
l'étoile du che : ‘ La rs comme Dieu de se éclairer les le mystère lorsqu'il à faible dans a prière du 18 puissants plus solide stères, où la que l'Eglise es, ses plus ercée.
lence, tout d’apostolat.
a confié à ament celui > l'Evangile, il concourir bar la prière, té de la foi.
cor. I.
li. 17.11.
Quel n’était pas le zèle ardent de Marie de l’Incarnation pour tout ce qui concernait la gloire de Dieu et son culte, pour la réformation et la pureté des mœurs et surtout pour le salut des idôlatres ? Comme David, ‘ le zèle de la maison de Dieu la dévorait, et lui faisait ‘ regarder toutes les injures faites à Dieu, comme des ou- ‘ trages faits à elle-même (1). Il y avait longtemps que son esprit tout apostolique se promenait dans les vastes forêts du Canada, où des âmes raisonnables, rachetées du sang de J. Christ, gémissaient dans la dure et honteuse servitude du démon. ‘ Dès mon enfance, il ‘ semble que Dieu me disposait à la grâce que je pos- ‘ sède; car j'avais plus l'esprit dans les pays éloignés, ‘ pour y considérer les généreuses actions de ceur qui ‘ y travaillaient, et enduraient pour Jésus-Christ, que ‘ dans le lieu où j'habitais. Mon cœur se sentait uni ‘ aux âmes Apostoliques d’une manière toute extra- ‘ ordinaire (2). Aussi qui pourrait dire la joie de son cœur d'Apôtre, à la vue de la terre du Canada, l’urique objet de ses vœux ? Elle l’embrasse avec amour, elle rend grâces à Dieu, elle lui promet de consommer sa vie à son service et au salut des pauvres sauvages.
Que va faire notre sainte sur le nouveau théâtre de son zèle ? Crucifiée avec son Jésus, elle s’abandonne à lui sans réserve pour tout souffrir. L'’apôtre St. Paul disait autrefois aux infidèles qu'il avait enfantés
(1) Zelus domus tuæ comedit me, et opprobria exprobrantium tibi ceciderunt super me. Ps. 68.
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
à Jésus-Christ, par la prédication de l'Evangile : “ A ‘ Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose, ‘“ qu'en la croix de Notre-Seigneur Jesus-Christ (1). ” La première Supérieure des Ursulines de Québec pourait tenir le même langage que l’apôtre, elle dont le cœur était pénétré de Jésus, uni à son Sauveur par une méditation journalière de ses souffrances. C’est ertte union à Jésus crucifié qui la remplissait de zèle pour le salut des âmes. A l’exemple de l’Apôtre, ‘elle ‘ endure tout pour l’amour des élus, afin qu'ils acquiè- “rent aussi le salut qui est en Jésus-Christ, avec la & œloire du Ciel” (2, Si l'esprit de Ste. &cholastique est un esprit de retraite ; si celui de Ste. Thérèse est un esprit d’oraison et d'union continuelle avec Dieu ; si celui de Ste. Angèle de Mérici, est un esprit de charité pour le prochain ; celui de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation n'est-il pas un esprit de zèle pour le salut des âmes, un esprit tout apostolique ? Voyez-la, au milieu d’une grande troupe de femmes et de filles sauvages, leur annonçant du matin au soir, le Royaume de son céleste époux ! De vaillants capitaines se jettent À ses genoux, et la prient de leur apprendre à prier Dieu ; de jeunes filles sauvages se mettent sous sa direction, et elles sont si dociles, si ferventes, après leur baptême, elles conservent une si
(1) Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu- Christi.
(2) Ideo omnia sustineo propter electos, ut et ipsi salutem conse-
quantur, quæ est in Christo Jesu, cum glorià cœlesti. Tim. Il. 10.
ile : À re chose, arist (1). ” ébec poule dont le 1r par une D'est cotte zèle pour tre, “elle ils acquièst, avec la , cholas- > Ste. Théauelle avec un esprit Vénérable à esprit de bostolique ?
femmes et \ au soir, le ants capint de leur
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nostri Jesu-
alutem conse-
Tir. IL, 10.
graude pureté d’âme, qu’on ne dirait pas qu’elles sont
nées dans la barbarie. Ah ! que son cœur tressaille
de joie d'entendre les sauvages mêmes prêcher la loi
de Jésus-Christ ! Qu'elle remercie son Dieu de l’avoir
envoyée dans un pays barbare pour apprendre aux jeunes filles le chemin du Ciel ! Qu'elle est heureuse d'être associée aux ouvriers de l'Evangile, et de tra-
vailler avec eux à étendre le royaume de Jésus-Christ ! Ah ! qu’elles sont grandes à son égard les miséricordes de son aimable Epoux ! ‘ Nous nous voyons ici dans ‘ une espèce de nécessité de devenir saintes. Les sau-
‘ vages sédentaires ont toute la ferveur des premiers ‘“ chrétiens de l'Eglise. Il ne se peut voir des âmes ‘ plus pures ni plus zélées pour observer la loi de ‘ Dieu. Je les adinire, quand je les vois soumis comme
‘ des enfants à ceux qui les instruisent.
Nous habi-
“ tons un quartier où les Montagnais, les Alsgonauins , gonq
“et ceux du Saguenay vont s'arrêter, parceque tous ‘“ veulent croire et obéir à Dieu : n’est-ce pas là mourir ‘“ de joie ” (1) ? Et pour travailler plus efficacement à
leur salut, quels travaux n'a-t-elle pas entrepris pour apprendre leur langue ? Quels obstacles ne dut-elle pas surmonter pour fonder ce Monastère qui l’a rendue, par la sainteté de sa vie, et par la pratique des vertus les plus héroïques, Mère d’une grande postérité de saintes Religieuses, vouées, comme elle, au service du céleste époux ? Elle n’épargnait ni peines, ni travaux, elle prodiguait sa santé pour faire connaître son aima-
(1) Lettres 16e et 17e de la Vén. Marie de l’Incarnation.
ble Jésus aux filles faançaises et à ces pauvres sauvages du Canada ; son âme était dominée par cet amour de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
Voulez-vous connaître comment elle prêche l'amour de Jésus uans son Monastère de Québec ? Elle était toute céleste la ferveur des religieuses qui l'habitaient. Sous la conduite de leur première Supérieure, ayant pour conducteurs spirituels ‘ des saints qui retraçaient sur ‘ la terre la vie des Apôtres,” ces saintes filles rappe- Jaient aux premiers habitants du pays les vertus des solitaires de la Thébaïde. Ah ! je puis bien dire de Marie de l’Incarnation ceque le grand Bossuet dit de St. Bernard : elle avait avec elle vingt-deux anges, femmes célestes, qui servaient Dieu avec elle à Québec, si recueillies, si mortifiées, que lorsqu'on entrait dans ce rionastère, voyant cet ordre, ce silence, cette retenue, on n’était pas moins saisi de respect que si on eut approché de nos redoutables autels. (1)
Le Canada offrait alors un spectacle digne de Dieu, des anges et des hommes ; c'était par excellence l’époque des saints et des martyrs. Les missionnaires donnent leur vie pour la confession du nom de Jésus- Christ ; la terre du Canada est rougie et fécondée du sang des Brébœuf, des Lallemant, des Garnier, des Daniel : saints martyrs qui, comme de riches anneaux unissent la patrie du Ciel à la patrie de la terre. Quelle reconnaissance ne devons-nous pas aux Fondateurs de
(1) Bossuet, Panégyrique de St. Bernard.
Avres saue par cet nes.
e l'amour Elle était habitaient.
ayant pour çaient sur les rappevertus des en dire de et dit de St.
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cette Eglise du Canada, aux Apôtres et aux Martyrs du pays des Hurons, au premier Pasteur de notre pays, le saint évêque De Laval, aux saintes communautés des Ursulines et de l'Hôtel-Dieu, à tant de saints prêtres, et à tant de laïcs embrasés d'amour et de zèle pour la gloire de Dieu ! Ils ont sanctifié notre pays par leurs travaux et par leurs vertus ; et maintenant dans le Ciel, ils sont nos puissants intercesseurs.
Ne vous semble-t-il pas, mes Sœurs, qu'il ne restait plus rien à désirer à la Vénérable Mère Marie de l’Incaruation, et que ses jours devaient couler dans la joie et dans la possession du bonheur ? Les desseins de Dieu sur une âme sont bien dtfférents de ceux du monde. Dieu éprouve ceux qu’il aime ; aussi les croix, les humiliations, les mépris ne manquèrent pas à la première Supérieure des Ursulines. Elle est Apôtre, il faut qu’elle soit persécutée comme les Apôtres de J. Christ, et qu’à l'exemple de St. Paul elle puisse s’estimer heureuse d’endurer tout pour les élus (1) ; à l'exemple du Sauveur elle s’est faite victime pour le salut des âmes et la gloire de l'Eglise, il faut que son sacrifice ne soit jamais interrompu, qu’il dure autant que sa vie, et que chaque jour il soit uni au sacrifice de son Sauveur. Tout semblait conspirer contre Marie de l’Icarnation : elle devint suspecte à la communauté de Tours, au sujet de :a réunion des deux Congrégations de son ordre ; Mme. de la Peltrie quitta le monastère des Ursulines pour se fixer à Montréal; la conduite toute mondaine
(1) Omnia sustineo propter electos. IT. Tim. 2.
de son fils accablait son âme de douleur ; le feu réduisit en cendres son monastère (1); elle fut témoin de la ruine de l'Eglise des Hurons ; elle vit la dispersion
de ce peuple infortuné et la dévastation de leur pays; elle perdit la paix de son âme, et parfois elle tombait
dans des tentations de désespoir qui lui causaient les peines les plus amères ; ‘‘ elle passait d’un abîme de lu- “ mière et d'amour, dans un abîme de ténèbres dou- ‘ loureuses ; du séjour de la gloire, elle se sentait pré- ‘“ cipitée et plongée dans un enfer, où régnaient des ‘ tristesses mortelles (2). Maïs si les tentations furent terribles, sa fidélité fut toujours admirable et constante. Toujours soumise à la volonté de Dieu, résignée sous le fardeau de sa croix, comme Job, ‘* elle ne déplut pas
‘ à Dieu dans les accablements de son âme (3). Confiante en Dieu seul, elle rélève les ruines de son Monastère, et si promptement, malgré la modicité des ressources, que tout le pays était dans la joie et l’ad-
miration, et disait que Dieu y travaillait lui-même. Quand Dieu voit une âme si humiliée en sa présence, il se laisse toucher de compassion, il lui rend le calme, il la délivre de ses agonies mortelles: cette âme ne semble plus vivre que de la vie divine. C’est de cette manière que St. Paul nous assure que ‘ les bienheu- ‘“ reux dans le ciel, sont transformés en Dieu, par la
(1) Premier incendie du Monastère, le 30 Dec. 1650. (2) Lettre de Marie de l’Incarnation.
(3) Et in his omnibus non peccavit Job labiis suis. Job 2.
le feu réfut témoin dispersion leur pays; le tombait usaient les ime de luèbres dousentait prémnaient des ions furent constante.
signée sous déplut pas (3).” Conle son Moodicité des pie et l’adméine.
à présence, 1 le calme, te âme ne st de cette bienheueu, par la
bb 2.
‘ violence de l’amour divin dont ils sont embrasés (1),” Mais pourqnoi Dieu permet-il qu'elle soit comme accablée par toutes ses croix qui viennent du dedans et du dehors ? Elle le dit elle-même dans ses lettres: ‘afin “ que ce que dit St. Paul soit entièrement accompli: il “les a rendus conformes à l’image de son Fils.” Ainsi par la ferveur de sa pénitence, par ses mortifications, par l’immolation d'elle-même qu'elle offrait chaque jour à Jésus crucifié, pour le salut des sauvages, elle s’efforçait d'accomplir à l'exemple de St. Paul, dans sa chair ce qui manquait aux souffrances de Jésus-Christ (2).
Exercée dès son enfance aux austérités excessives, aux jeûnes prolongés, elle se déchirait impitoyablement par des disciplines armées de pointes. ŒElle portait un cilice qu’elle n’ôtait pas même pour se reposer, et longtemps, dans ses repas, elle mélait de l'absynthe dans tout ce qu’elle mangeait. Elle se dévoua à la justice divine pour obtenir la parfaite conversion de son fils, et nouvelle Monique, elle fit un accord avec Dieu pour porter la peine due à ses péchés. ‘ Et celles qui l’ensevelirent fut étrangement surprises de lui trouver tout le corps ulcéré et écorché jus-