LE
‘ qu'aux os (3).” Mais n'est-ce pas une témérité que
d'agir ainsi ? N'est-ce pas sortir des conditions de
(1) In eamdam imaginem transformamur. Cor. 2,
(2) Adimpleo quæ desunt passionum Christi in carne meâ.
(3) La vie de la M. Marie de l'Incarnation, par Charlevoix, page
notre existence, heurter et froisser violemment la vie ? Devons-nous louer et admirer cette impitoyable pénitente ? Ne faut-il pas au contraire la blämer ? Marie de l’Iucarnation ne marchait pas sans guide dans cette voie des austérités ; la voix de Dieu lui disait d’'arance, et l'inspiration divine était si forte, qu'elle ne pouvait s'y opposer, Dans Ja sainte communion elle puissait la force pour ses combats de chaque jour. Mon corps brisé par les pénitences, et épuisé par les “ fatisues que je prenais pour le service du prochain, “ rétablissait ses forces en mangeant ce pain divin: & Quand tout le monde lui dirait le contraire ; elle 6 mourrait pour la confession de cette vérité (1).” Dieu, par une direction toute spéciale appelle certaines âmes à ces combats à outrance ; c’est lenr don et leur vocation. % Dieu le veut. Non, certes, qu'ille veuille “ qu'on aggrave indiscrètement le poids des infirmités humaines, qu’on épuise la vie,.le plus noble des “biens, et qui nous vaut l'éternité, qu'on l'irrite & jusqu'à l'extinction, quand elle doit s’écouler paisi. 6 blement : il ne l’a jamais voulu, même dans les plus austères asiles de la pénitence. Mais ce qu'il veut 6 c'est qu'il y ait des témoignages vivants du grand « sacrifice qui est le premier et le principal fondement & du Christianisme ; des coopérateurs qui s'associent ‘ duns tous les temps à l’immolation sans fin de & l’Agnçeau rédempteur ; des imitateurs de la vie souf- & frante du Christ, qui le réjouissent, sinon par leur
(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.
nt la vie ?
able pénier ? Marie lans cette disait d’aqu'elle ne union elle ique jour.
isé par les prochain, ain divin:
raire ; elle érité (1).” e certaines on et leur ille veuille infirmités noble des on l'irrite uler paisi.
ns les plus qu'il veut?
du grand fondement s'associent 1s fin de
vie soufpn par leur
sang et leurs larmes, du moins par la résignation, la
patience, le dévouement, par l'amour, qui ne se ‘ conçoit pas sans le sacrifice. Ce sont là ses fils bien- ‘aimés, il les a glorifiés et il les glorifiera encore, Le “ monde les croit disgraciés ; il voit leur croix et ne voit pas la main de Dieu qui la soulève, l’onction de ‘ Ja grâce qui la rend douce et légère. 1l passe en ‘“hochant la tête et disant : Si ce sont là les onfants de Dieu, qu'ils descendent de leur croix ! et ‘ il n'entend pas le mot qui compense immensément ‘ ce je ne sais quoi de momentané et de léger qui a ‘ nom tribulation : ”’ Aujourd'huitu seras avec moi ‘en paradis.” (1) Heureuse l'âme qui vit dans une union intime avec l’Agneau de Dieu, immolé pour les péchés du monde ! Plus elle souffre, plus elle est unie à son Dieu ; dès cette vie même, elle goûte une paix d'autant plus sensible qu’elle accepte plus volontairement les peines et les croix. Dieu l’anime d’une patience inaltérable dans les adversités et dans les maladies ; il la remplit de charité pour ses frères, et d'un amour toujours plus grand pour l'Eglise de Jésus- Christ.
Faut-il s'étonner si sa mort est sainte et précieuse devant Dieu (2) ? Non, pour cette humble servante de Jésus-Christ, ce n’est pas une mort, c’est une naissance nouvelle à une vie heureuse, c’est le commencement
d'une vie de gloire et d'immortalité. Depuis longtemps
(2) Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. Ps, 116.
elle se plaignait de la longueur de son exil (1), et désirait être délivrée de la prison de son corps (2); mais lorsque, dans sa dernière maladie, son confesseur lui dit de joindre ses prières à celles de ses sœurs éplorées pour obtenir du Ciel la conservation de ses jours, cette vénérable Mère, toujours soumise à ses supérieurs, adressa à Dieu cette prière : ‘ Mon Seigneur et mon Dieu, si ‘“ vous jugez que je sois encore utile à cettte petite ‘“ communauté, je ne refuse pas la peine, que votre
‘ volonté soit faite.” Dieu se laissa toucher ; elle se rétablit et la joie fut grande dans la communauté et dans tous le pays, mais cette joie fut de courte durée. Sur son lit de douleur, les jeux fixés sur Jésus crucifié, cachée dans les plaies sanglantes de son iramense miséricorde, elle se réjouissait de se voir crucifiée avec lui, et elle répétait sans cesse les paroles de l’apôtre : ‘ Christo confixa sum cruci (5).”
La violence du mal ne put éteindre la charité qui consumait son âme ; son ardeur apostolique sembla se réveiller plus vive que jamais, et dans son zèle pour la conversion des infidèles, elle disait à Dieu : “ Mon ‘ Dieu donnez-moi pour purgatoire d’aller après ma ‘ mort exciter toutes les nations barbares à embrasser
‘ ]a foi, et d’y accompagner les Missionnaires, pour les
‘ engager à n'épargner ni leurs peines ni leur vie pour
‘ faire entrer tous les peuples dans l'Eglise.” Aux religieuses qui l'entourent et qui la supplient de leur
(1) Heu mihi ! quia incolatus meus prolongatus est, Ps, 119,
(2) Quis me hberabit de corpore mortis hujus. Rom. 7.
xil (1), et (2); mais eur lui dit orées pour ette vénés, adressa Dieu, si tte petite que votre r ; elle se unauté et rte durée.
as crucifié, ense misée avec lui,
l’apôtre :
aarité qui sembla se le pour la
: € Mon après ma embrasser , pour les " vie pour
“ AUX t de leur
faire part de ses mérites : “ Tout est pour les Sauvages, ‘ mes sœurs, je n’ai plus rien à moi.”
Après avoir, pendant toute su vie, travaillé à la gloire de Dieu et de son Eglise, gouverné le Monastère pendant dix-huit années, consumé sa vie à la conversion des sauvages et à la sanctification des âmes, adressé à l'époux de son âme les élans de l’amour le plus pur ; après avoir été poursuivie par mille tentations intérieures, accablée par les peines et les croix de toutes sortes, elle bénit ses sœurs prosternées autour de son lit, et passa, nous le croyons tous, de cette vie mortelle à la gloire du paradis, le 80 avril, 1672.
La ville de Québec était plongée dans le deuil, et tout le Canada pleurait la mort de la sainte, tandisque les Anges de Dieu étaient dans la joie, et que le Ciel retentissait de leurs chants d’allégresse, à l'entrée de sa belle âme dans le Royaume de Dieu. Les sauvages inconsolables disaient aux religieuses avec l’accent de la douleur : “ Notre Mère est morte, notre Mère est morte.” Tous réciamaient quelques objets qui auraient été à son usage pour les garder comme reliques. La voix publique l’appelait sainte et la canonnisait.
Dieu n'oublie pas ses saints ; plus ils ont été humbles pendant leur vie, plus il prend soin de les glorifier après leur mort. L’humilité sincère mérite cet honneur et cette gloire ; et exaltavit humiles. Il ne veut pas que leurs noms soient oubliés sur la terre ; leur mémoire sera toujours vivante (1). Comme celui de l’incomparable
(1) In memoria æternâ erit justus. Ps. 111, D3
Judith, le nom de Marie de l’Incarnation sera célèbre, et compté parmi les Saints et les Justes. (1)
C’est ainsi que, depuis sa mort, cette temme extraordinaire, grande par les plus nobles qualités du cœur et de l'esprit, plus grande encore par son humilité et par les lumières surnaturelles que Dieu lui communiquait, a été honorée par les petits et les grands du monde, par les Evêques et par les saints. Quelle idée en conçut le R. P. Jérome Lallemant qui avait presque toujours été, en Canada, le directeur de sa conscience ? “ Sa mémoire sera à jamais en vénération dans ces ‘ contrées, et pour mon particulier, j'ai beaucoup de ‘ confiance en ses prières, et j'espère qu’elle m'ai- ‘ dera mieux à bien mourir que je n’ai fait à son égard.” Le grand Bossuet la compare à Ste. Thérèse, que l'Eglise met presque au rang des docteurs en célébrant la sublimité de sa céleste doctrine (2). Le Supérieur du Séminaire de St. Sulpice à Paris, M. Emery, l’appelle une sainte qu’il vénère bien sincèrement et qu'il met dans son estime à côté de Sainte Thérèse. Et l'historien de sa vie, le KR. P. de Charlevoix nous la représente comme une femme forte et telle que le plus sage des Rois semblait désespérer d’en trouver jamais. Mais le plus grand témoignage rendu à sa sainteté et à sa vie apostolique est celui du premier Evêque de Québec, Monseigneur de Laval, le membre
(1) Et.erit nomen tuum in numero Sanctorum et Justorum. Ju-
dith. 10.
(2) Bossuet, théologie ascétique, Tome 4.
ra célèbre, ] mme extratés du cœur humilité et i communis grands du Quelle idée ait presque onscience ?
n dans ces eaucoup de n’elle m'aison égard.” 1érèse, que n célébrant > Supérieur mery, l’apnt et qu'il hérèse. Et voix nous telle que le en trouver endu à sa lu premier le membre
ustorum. Ju-
le plus illustre du Séminaire des Missions-Etrangères. ‘ Le témoignage que nous pouvons en rendre est, ‘qu'elle était ornée de toutes les vertus dans un degré ‘“ très-éminent, surtout d’un don d’oraison si élevé, et “ d’une union avec Dieu si parfaite, qu’elle conservait ‘ sa présence au milieu de l'embarras des affaires les ‘ plus difficiles et les plus distrayantes, comme parmi ‘“ les autres occupations où sa vocation l’engageait. ‘6 Parfaitement morte à elle-même, Jésus seul vivait et “ agissait en elle, Dieu l’ayant choisie pour l’établissement de l’ordre de Ste. Ursule en Canada, il l’a ‘ douée de la plénitude de l'esprit de ce saint Institut. ‘ C'était une Supérieure parfaite, une excellente mai- ‘ tresse des novices et elle était)très-capable de remplir ‘ tous les emplois d'une communauté religieuse. Son ‘ Zèle pour le salut des âmes et particulièrement pour “ celui des sauvages était si ardent, qu’il semblait “ qu’elle les portât tous dans son cœur. Nous ne doutons ‘ pas que ses prières n’aient obtenu en grande partie ‘ les faveurs dont jouit maintenant l'Eglise naissante ‘ du Canada,”
Teile fut cette femme que tous ont placée au premier rang des plus illustres (1) ; elle fut l'honneur et la gloire du Canada (2), et dota notre pays d'un monastère d'Ursulines où la prière, les méditations prolongées, l'étude de la perfection, le mépris de soi-même, la ré-
(1) Et cratin omnibus famosissima, quoniam timebat Dominum
valde. Judith. 8. 8.
(2) Tu honorificentia populi nostri. Judith, ç. 6.
forme courageuse des penchants de la nature, l'union intime avec Dieu, l'éducation de la jeunesse, remplissent les heures de retraite et de silence. Rendons grâces à la bonté infinie de Notre Seigneur Jésus- Christ, qui a voulu ‘ que la prière existât dans notre ‘ pays, À l’état d'institution, de force permanente, pu- ‘“ blique, universellement reconnue, bénie de Dieu et ‘ des hommes” (1).
Soyez bénie de Dieu, sainte Compagnie d'Ursulines, héritière des vertus de la Vénérable Marie de l’Incarnation. Soyez toujours, comme votre Mère, les imitatrices de Jésus-Christ ; par là vous enrichirez sa couronne de gloire. ‘Que vous demande-t-il ? Si ce n’est que vous craigniez le Seigneur votre Dieu, et ‘“ que vous marchiez dans toutes ses voies (2). ’’ Le Ciel et le Ciel du Ciel, c’est-à-dire le Ciel le plus haut,
où sa gloire se manifeste, ‘ appartient au Seigneur
‘ votre Dieu, avec la terre et tout ce qu’elle contient, ‘ et toutefois le Seigneur s’est attaché à vos pères, il ‘“ les a aimés, il en a choisi la race ”” (8). O vous qui avez le bonheur et la gloire d’être consacrées à Dieu, saintes épouses de Jésus-Christ, priez sans relâche devant le Seigneur, priez à l'exemple de Marie de l’In-
(1) Les Moines d'Occident, Introduction. Ch. IV.
(2) Quid Dominus Deus tuus petit a te, nisi ut timeas Dominum Deum tuum, et ambules in viis ejus. Deut: X. 12.
(3) En Domini Dei tui cœlum est, et cœlum cœli, terra, et omnia que in eâ sunt : et tamen patribus tuis conglutinatus est Dominus, et
amavit eos, elegitque semen eorum. Dent: X. 14. 15.
re, l'union 2sse, rem-
Rendons ur Jésuslans notre nente, pule Dieu et
Ursulines, le l’Incarles imita- CZ SA COU- 11? Si ce re Dieu et (2).”” Le plus haut,
Seigneur
contient, | pères, il
vous qui s à Dieu,
s relâche ie de l’In-
s Dominum
ra, et omnia
Dominus, et
carnation, pour l'Eglise de Jésus-Christ, priez pour votre pays, afin qu’il soit toujours fidèle à Dieu, fidèle à sa mission ; priez afin que tous ses enfants ‘“ mar- ‘“ chent daus les sentiers de leurs pères, marchent dans ‘ ]es anciennes mœurs, comme ils veulent marcher dans ‘ l'ancienne foi ” (1).
Toute votre vie tend au pur et parfait amour de Dieu. Vous marchez sur les vestiges des saintes qui vous ont dévancées, et vous habitez les cellules qu’elles ont sanctifiées par leurs vertus ; que l’amour de Dieu embrase vos âmes, ‘ et que toutes les eaux de l’océan ne puissent jamais éteindre la charité qui les consume ” (2).
Etudiez donc avec plus d'application que jamais
les traits de celle qui vous a donné une si heureuse naissance. Vous êtes filles de Ste. Ursule et de Ste. Angèle, épouses de Jésus-Christ, comme votre vénérable Mère Marie de l'Incarnation ; conservez l'esprit de votre Fondatrice, son esprit d'humilité, d’obéissance, de mépris du monde : comme elle, participez au sacrifice de Jésus. Vous êtes sa famille, sa postérité ; soyez, comme elle, remplies d’un zèle tout apostolique, et formez à la piété, par votre sainteté etles plus beaux exemples de vertu les enfants qui vous sont confiées. C’est par là que vous donnerez une haute et juste idée du mérite, de l'excellence et de la sainteté de votre Mère, la vénérable Marie de l’Incarnation, première Supérieure de ce (2) Unité de l'Eglise, Bossuet.
(3) Aquæ multæ non potuerunt extinguere charitatem. (Cant,. 8,7.
mouastère. Et l’on pourra dire de vous avec justice dans tous les siècles : “ Qu'elle est excellente en
‘ beauté, cette sainte compagnie ! Et qu'elle sera écla- ‘ tante dans le Ciel ”’ (1) !
Ainsi-soit-il.
() O quâm pulcha est casta generatio cum claritate. Sag. 4. 1.
c justice lente en
era écla-