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Ce fat le 18 septembre, (1) que les portes de la capitale s'ouvrirent à l’armée victorieuse. La garnison de Québec dut bientôt s'embarquer pour la France ; les Anglais, de leur côté, s'étaient obligés à sauvegarder les priviléges du penple, ses biens et sa religion.
Mais nos lectrices se demandent ce que sont devenues nos pauvres Mères; et leur pensée se reporte vers la charitable habitation de Notre-Dame des Anges, où nous avons laissé les trois communautés réunies, au mémorable lendemain de la défaite. Le premier désordre occasionné par le changement de garnison étant passé, les Ursulines se disposèreut à regagner au plus vite leur monastère.
qui, au point de vue militaire, peut être considérée comme précipitée, Mais il faut se rappeler que, dans le conseil de guerre tenu au Château St. Louis, le 15 septembre 1759, pour décider du sort de Québec, une seule voix s’éleva contre cette mesure. Voici l’état des voix: M. de F'iedmont, seul contre la cepitulation. Pour: MM. Dailleboust Cerry, de Pellegrin, de Lusignan (fils), de Marcel, de Parfourn, de St. Vincent, Daubrepy, de l’Estang de Celles, le chevalier Doms, de Bernetz, de Joannés, de Raimesay, président, Ce document a été trouvé aux archives du Bureau de la Marine, à Paris, en 1852, par notre estimable concitoyen, M. G. B. Faribault, et publié sous la direction de ja Société Littéraire et Historique de Québec.
(1) Nous avons daté la domination des Anglais en Canada de leur victoire à la première bataille des Plaines, et de fait, la lutte décisive était terminée. ‘L'Europe entière, dit un écrivain français, crut que la prise de Québec finissait la grande querelle de l'Amérique Septentrionale. Personne n’imagina qu'une poignée de Français, qui manquaient de tout, et à qui la fortune même semblait interdire jusqu’à l'espérance, osassent songer à retarder une destinée inévitable.’ Il fallait en effet le courage indomptable de nos intrépides combattants, pour que ces 7 à 8,000 hommes, échelonnés de Montréal à l'entrée des grands lacs, eussent la pensée de faire face à une armée, non-seulement incomparablement supérieure pour le nombre, mais qui pouvait recevoir à tout moment de nouveaux secours des
colonies voisines,
‘ Cette séparation ne se fit pas sans verser bien des larmes, dit la Relation de l'ITôpital-Général. L'estime, la tendresse, l'union que cela avait renouvelé, par le long séjour qu'elles avaient fait avec nous, rendit cette séparation des plus sensibles. La Rév. Mère de Ste. Hélène, Supérieure de l'IHôtel-Dieu, touchée de nous voir accablées sous le faix du travail qui augmentait tous les jours, nous laissa douze de ses chères filles, qui restèrent jusqu'à l'automne, et qui nous furent d'un grand secours.
‘“ La Rév. Mère de la Nativité, Supérieure des Ursulines, nous offrit de nous en laisser plusienrs des siennes, ce que nous aurions accepté avec reconnaissance, si les ouvrages dont nous les avions surchargées, nous avaient permis sans indiscrétion de les garder. Les soins et les fatigues qu’elles avaient voulu partager avec nous auprès des malades, leur avaient donné, sous un habit d’Ursuline, un cœur d'Hospitalière. Elles eurent à leur départ la douleur de laisser deux de leurs chères sœurs de chœur, qui terminèrent leurs jours dans nos dortoirs, n'étant plus en pouvoir de les mettre mieux. Nous fûmes dans l'obligation de leur donner pour sépulture.un petit jardin enfermé dans notre cloître, étant impossible d'ouvrir notre chœur. Les incommodités et les maladies qu’elles ont souffertes leur auront mérité, je l'espère, une éternelle récompense.”
Les Ursulines, de leur côté, se répandaient en bénédictions et en actions de grâces envers les généreuses Hospitalières qui, malgré leur état de gêne et
de souffrance, avaient trouvé moyen de les abriter avec tant de charité.
Ce fut le 21 septembre qu’elles rentrèrent dans leur
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Un coup d'œil autour d'elles suffisait pour découvrir À nos Mères de tristes réalités. ‘ La maison de nos externes abîmée, la sacristie, notre chapelle des Saints, partie de notre chœur et de notre église, toutes trouées et bouleversées, plusieurs cellules de notre dortoir complètement défuites, les toits percés à jour, deux cheminées abattues, la lingerie toute brisée par une bombe qui avait traversé la salle de communauté : ” telle était leur habitation à la veille de l'hiver. ‘“ Le dégat cependant eût été bien autre, ajoutent-elles dans ce sentiment de gratitude toujours prêt à déborder de leurs cœurs, sans les huit courageuses gardiennes qui, avec mille fatigues et au risque de leur vie, réussirent en dépit des boulets, à enlever les chassis, les tabernucles, dorures, statues, et une foule d’autres objets, qui nous eussent longtemps manqué, par l'impuissance où nous nous trouvons maintenant.”
C'était surtout en considérant les malheurs du pays, que les Ursulines devaient lever les yeux au ciel avec actio. degrâces de se voirencure une fois dans leurchère solitude. Quels désastres, après ces soixante jours de siége où les bombes et les boulets (1) n'avaient cessé de
(1) Le détail suivant nous donnera une idée de la portée de ces meurtriers projectiles. M. Récher, curé de Québec, s'était d’abord
pleuvoir sur Québec, et où le fer et le feu avaient étendu si loin leurs ravages! Une seule maison (1) restait debout à la Basse-Ville. La Haute-Ville était également en ruines; et le séminaire n'avait plus d’habitable que la cuisine. Ajoutons à cela le spectacle
établi au séminaire pendant le siége. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, cinq bombes étant tombées sur le séminaire, il dut se retirer dans la maison d’un nommé Flamand, hors les murailles, au faubourg St. Jean. Cinq jours plus tard, les bombes et les boulets l'obligeaient à déloger, et il venait se réfugier dans la maison d’un tanncour du nom de Primaut, assez près de l'Hôpital-Général. N'ayant qu’une chambre en tout, il n’y garda pas le S. Sacrement. Enfin, ‘ le 12 août, dimanche, une heure après minuit, écrit-il dans son journal, il vint cinq à six bombes et un pot-à-feu aux environs des tentes de MM. de Villars, de Vienne, Desgranges, placées au bas du côteau, derrière la maison de Primaut et même plus loin, et au-delà de Manseau au haut du côteau ; ce qr. nous a fort surpris, et nous a fait lever pour aller passer le reste de la nuit à l’Hôpital-Général.”? Dans la nuit du 22 au 23 juillet, la cathédrale et le presbytère brûlèrent. Ce fut le lendemain que l’ennemi détruisit les paroisses de l’Ange Gardien et du Château Richer. Histoire manuscrite du Séininaire de Québec par M. le grand vicaire E. A. Taschereau.
(1) Probablement celle qui a été remplacée en 1854 par le magasin de MM. C. et L. Têtu, et dans le grenier Je laquelle on a trouvé des paniers remplis de lettres du trop célèbre Estèbe.
Dès le 9 août, 150 maisons de la Basse-Ville avaient été incendiées. La Basse-Ville ainsi que le faubourg avaient été évacués le 6 juillet; les gens s'étaient en partie refugiés dans la Haute-Ville.
Une multitude de croquis furent faits à cette époque, paraîtil, par les officiers et soldats de l’armée anglaise. Sur un deces croquis que nous avons vu, notre monastère figure à titre d’hospice d’orphelins. Son occupation temporaire comme hôpital avait sans doute contribué à cette erreur. Nous y avons reconnu aussi avec plaisir ce petit moulin si peu actif, sur le cap, dont il était question, vers 1718, entre M. le chevalier des Meloises et notre communauté. Notre intelligent photographe M. Livernois, qui vient de mourir, avait reproduit la plupart de ces croquis, que la maison Livernois offre encore en vente.
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qu'offraïient les campagnes qui avoisinent la ville et celles qui bordent les deux rives du St. Laurent. Dans un rayon de dix à douze lieues, tout était pillé, dévasté, incendié ; les vergers mêmes avaient été détruits, et depuis le mois de juillet, les habitants s'étaient réfugiés dans les bois et sur les montagnes.
Mais ne passons pas outre sans aller, avec nos Mères, visiter l'endroit de notre chapelle devenu deux fois sacré, par le précieux dépôt que l’on venait de confier à la terre. Là aussi était une grande ruine, ruine d’une existence chère au pays et à la religion. Arrêtonsnous un instant auprès de la tombe glorieuse dn dernier général député vers nous par la France, pour recueillir nos souvenirs sur le héros dont tant de fois nous avons enrégistré les triomphes.
$2.—LA TOMBE DU HÉROS ;ÿ——LES DEUX TABLEAUX HISTORIQUES.
Blessé à mort en opérant la retraite de sa petite armée, le marquis de Montcalm avait été transporté au château St. Louis et entouré des soins les plus touchants, tant de la part du clergé et de ses officiers inconsolables, que de celle des médecins et chirurgiens. Mgr. de Pontbriand surtout ne négligea rien de ce qui pouvait adoucir les angoisses du héros mourant, nourrissant sans cesse son cœur de ces sentiments chrétiens, qui élèvent l’âme si fort au-dessus des disgrâces et des infortunes de ce monde. Le général que nous avons vu souvent rendre gloire à Dieu sur le champ de bataille, ne fut pas moins digne d’admiration à l’heure suprême, Pendant c'te dernière nuit, on l’entendait prier à haute voix, remerciant Dieu de lui ménager, dans sa défaite, les ineffables consolations de la foi. Si d'abord, en guerrier dont l’âme ne faillit pas, il Li]
discuta avec ses officiers la ligne de conduite à tenir dans l'intérêt de l’armée. bientôt toutes ces pensées de la terre s’effucèrent de son esprit; il ne voulut plus s'occuper que de Celui qui alluit être son juge.
Le marquis de Montcalm avait fait sa confession avec une piété admirable, et reçu dans les mêmes dispositions, des mains de Monseigneur, le consolant Viatique et les Onctions saintes, quand il rendit avec
calme son âme à son Créateur, le 14 au matin, vers les cinq heures.
Telle était la confusion qui régnait alors dans Québec, qu'il fut impossible de trouver un ouvrier pour faire la bière de l’illustre général. Voyant cet embarras, notre contre-maître, vieux français du Dauphiné connu dans nos traditions sous le nom de ‘Bonhomme Michel,” ramassa à la hâte quelques planches, et parvint à confectionner, “en versant larmes abondantes,” une boîte informe, peu en rapport avec la précieuse dépouille qu’elle devait renfermer.
Quant au lieu de sépulture, notre église, ont le toit et le plancher avaient été en plusieurs endroits traversés par des boulets, se trouvait cependant la
seule en état d’abriter un peu convenablement les restes du héros.
Un des projectiles ayant fait une large ouverture dans le plancher de bas, assez près de la grande grille, on en profita pour creuser la fosse du général ; de là sans doute l'opinion si généralement reçue que ‘6 M. de Montcalm fut enterré dans un trou de bombe,” tradition conservée dans l'inscription composée en 1763, par l’Académie française. Cette fosse se trouvait à la place la plus honorable hors le sanctuaire, à l'endroit &
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où l’on voit aujourd’hui le monument érigé en 1859, (1) portant l'inscription mentionnée ci-dessus.
Ce fut le soir même du 14, vers les 9 heures, ‘à la lueur des flambeaux,” que se fit la cérémonie funèbre ; les ténèbres et le silence planaient tristement sur les ruines de la cité, pendant que défilait du château St. Louis aux Ursulines le lugubre cortége, composé du clergé, des officiers civils et militaires, auxquels se joiguirent, chemin faisant, les hommes, les femmes et les enfants (2) qui erraient çà et là au milieu des
(1) Le généreux patriotisme de M. G. B. Faribault lui fit entreprendre avec ardeur les frais de la célébration du 100e anniversaire de la mort glorieuse de Montcalm, et il contribua pour plus d’un cinquième à la souscription. Cette cérémonie imposante est encore toute récente dans les mémoires. Monseigneur C. F. Baillargeon, administrateur de l’archidiocèse, lut les prières de l’absoute; la partie musicale fut guidée par notre jeune artiste canadien, M. E. Gagnon, maintenant organiste de la Cathédrale; ce fut le R. P. F. Martin, S. J. qui prononça l’oraison funèbre.
Le crâne du Général était exposé sur le catafalque. On sait que cette précieuse relique historique fut retirée de terre en mai 1833: c'était tout ce qui restait de celui qui fut Montcalm.
Les armes de Montcalm peintes pour la circonstance, nous furent présentées plus tard par G. B. Faribault Ecr., en souvenir de cette fête.
Le petit monument dans le bas de la nef de notre église, à droite, y fut placé on 1831, par le gouverneur lord Aylmer, comme une marque de son respect pour la mémoire du général français. Il porte : Honneur à Montcalm. Le destin en lui dérobant la victoire, l’a récompensé par une mort glorieuse..Johnstone dit que Montcalm mourut chez le Dr. Arnoux, rue St. Louis.
(2) Parmi ces derniers se trouvait notre ancienne mêre M. Amable Dubé de St. Ignace, alors âgée de 9 ans. S'étant rencontrée sur le passage du convoi, elle le suivit jusque dans l’église, ainsi qu’une autre pêtite compagne de son âge. Que de fois ne nous at-elle pas donné les détails de cette scène attendrissante, encore aussi présente à sa mémoire, après 72 ans, qu’à l’époque où elle eut lieu.
décombres. Les cloches restèrent muettes, le canon
ne résonna point, et les clairons furent sans adieu pour le plus vaillant des soldats.
Mais quelle scène à l’intérieur de la petite chapelle! Les sanglots comprimés jusque-là éclatèrent ; il semblait qu'avec la dépouille du g'néral allait s'ensevelir la dernière espérance de la colonie. Aux chants de l'Eglise se mêlait aussi l'ardente prière de nos huit religieuses présentes à cette cérémonie, offrant au défenseur de la patrie, au nom de la communauté, le tribut de leur reconnaissance, et tenant à grand
honneur d’être établies gardiennes de si précieuses dépouilles. (1)
Ne nous éloïignons pas de cette tombe, sans retracer brièvement la carrière de celui qui, depuis plus d’un siècle, dort en paix au milieu de nous.
Né en 1712, au château de Candiac, près de Nîmes, le marquis de Montcalm avait embrassé de bonne heure la carrière des armes et obtenu le grade de colonel. Ce fut dès ses premières campagnes en Italie, en Allemagne et en Bohême, qu’il établit sa