LES PORTES DU NOVICIAT OUVERTES
En reportant notre pensée vers ces années de guerre, si fécondes en mécomptes de toute espèce, nous trouvons qu’au Monastère aussi il y avait Souffrance, gêne et disette ; disette, hélas ! non seulement des premières nécessités de la vie, mais encore de cet élément indispensable à l'existence des cloîtres, disette de sujets pour soutenir l’œuvre dans l’avenir. Ce n’est pas que la vocation religieuse, ce feu sacré, si l’on peut
s'exprimer ainsi, eût disparu de notre‘heureux pays ; nou, jamais encore il ne s'est éteint sur ce sol vierge des impiétés révolutionnaires ; mais il était caché sous le boisseau, en attendant le jour du Seigneur.
Pendant neuf années entières, les portes de notre noviciat ne s'étaient donc ouvertes pour aucune jeune fille, soit de Québec, soit des campagnes environnantes ; redoutant les éventualités de la guerre, les parents comme les religieuses leur en refusaient également l'entrée. Enfin, les plus mauvais jours passés et la paix fuite, les Ursulines songèrent à recruter leur famille claustrale. Ce n’était pas sans besoin, car leur nombre était extraordinairement réduit. ‘Nous ne sommes de Communauté que dix-huit, et huit converses, écrivait en 1770, la Mère St. Louis de Gonzague. Cela vient de ce que nous avons été deux ans (1) le Noviciat fermé, ne voulant pas recevoir de sujets afin de n'être pas trop surchargées, dans la crainte où nous étions d'abandonner la partie. Notre noviciat se compose actuellement de deux professes et trois novices de chœur, deux professes et une novice converses. Je ne compte point trois professes qui doivent entrer dans ce mois et en l’autre à la Communauté, et se trouver tout de suite membres du chapitre, ayant perdu depuis le siége grand nombre de religieuses. Aujourd'hui, il se présente plusieurs sujets, mais il faudrait tout leur donner, c'est ce que nous ne sommes pas en état de faire, ayant avantagé le plus grand nombre de celles que nous avons présentement. Ce sont, du reste, des sujets qui nous feront plaisir, tant pour le caractère que pour la vertu, qu’elles paraissent prendre à cœur, et leur capa-
(1) Les dernières novices admises avaient fait profession en 1758, et elles terminèrent leur noviciat en 1762.
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cité pour toutes choses. Il vaut mieux être moins ct que les personnes soient capables.”
Hâtons-nous de nommer ces aimables novices dont on dittant de bien, et qui inaugurèrent si dignement la nouvelle ère de la Domination anglaise.
Ces trois professes à la veille d'entrer à la Communauté pour être aussitôt du chapitre, étaient : .
Mile. Cath. Françoise Besançon, fille de M. G. J. Besançon, marchand de Québec, et de Mme, C. F, du Bled. St. Joseph lui ouvrait les. portes du Noviciat pour la grande solennité du 19 mars, 1764, comme pour assurer à nos Mères qu'il serait toujours le protecteur de cette maison qu'il avait fondée: aussi, la première novice sous la Domination anglaise fut-elle heureuse de porter en religion le nom béni du glorieux Patriarche.
Au mois de mai de la même année (1764), Mile. M. À. Louise Taschereau, fille de M. Thomas Taschereau, conseiller au Conseil Supérieur et Trésorier de la Marine en ce pays, et de Mme. M. Claire Fleury de la Gorgendière. Sous le nom de St. Francois-Xavier, cette vénérable Mère a perpétué jusqu’à nos jours des traditions précieuses ; nous en parlerons plus tard.
Le 18 août suivart, Mile. Marie Joseph Blais, fille du capitaine Michel Blais, de St. Pierre, et de Mme. Marie-Françoise Lisotte. Elle prit l'habit et fit profession sous le nom de St. Michel.
Les deux professes qui se trouvaient encore à goûter les douceurs du berceau de lù Religion étaient: la première, Mile. M. Geneviève Cureux de St. Germain, en religion de Ste. Pélagie; elle était fille de M. Ls. Cureux de St. Germain, bourgeois dé Québec, et de Mme, Anne La Roche, et était entrée en 1765.
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La seconde était Mlle. Marguerite Blais, sœur de la précédente du nom. Elle entra au printemps de 1768, et porta le nom du patron de sa paroisse natale, St. Pierre.
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Nommons maintenant trois autres novices vour qui le ciel réservait en temps et lieu le précieux voile noir.
Be 15 janvier 1769, Mlle, M, Jeanne Papin, fille de M. O. Papin-Baronct, négociant de Québec, et de Mme, Cath. Guichard. Elle prit le nom de St. Olivier à sa vêture.
Le 2 août suivant, Mile. M. Lse. Ignace des Roches, fille de M. Etienne des Roches, marchand de Québec, et de Mme. M. Gabrielle Aubain-de-l'Isle. Elle eut le
bouheur de porter la première le nom de notre Bien- k hs qu heureuse Mère Angèle, dont on venait de solenniser È Elle por la fête, l Au n Le 10 juillet 1770, Mile. M. Marguerite Marchand, H dans Li fille de M. Louis Marchand, négociant de Verchères, | Apollin et de Mme, Murguerite Boucher de Niverville. C'est à Elle pri cette Mère Ste, Ursule dont nous avons nous-même i A l'é tant entendu parler, et qui se présentera plus tard sous À St. Lou des circonstances bien touchantes. À durs Ces trois aimables novices étaient dans toute la fraî- : ere cheur de la jeunesse, la première n'ayant que dix-huit È px à d ans, la seconde, seize, et la troisième, quinze. Il nous État là reste encore trois entrées à consigner. ss les rece Le 12 septembre 1773, Mlle. Marie Amable Dubé, ? la comi eu religion, de St. Ignace, fille de M. J. B. Dubé, \ aminer
bourgeois de Québec, et de Mme. M. Anne Rassette. été rui
Cette vénérable mère, avec laquelle nous avons si d (1) Dè
souvent conversé, était née en 1751. Elle prolongea Æ couveute
"4 + , € , = LE sa carrière jusqn'en 1859, ayant passé plus de 65 ans à adorer le au service de Dieu. Selon le terme ordinaire, elle eût F à son &
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dû prononcer ses vœnx le 14 décembre 1775 ; mais les
circonstances de la guerre firent remettre à l'été suivant la cérémonie de sa profession. Elle échappa comme par miracle, à l’époque du siége, En effet, elle se trouvait À entrer dans lu salle du noviciatau moment où le premier boulet atteignait cette partie du Monustère, Par une Providence particulière, le projectile s'abattit à ses pieds sans lui faire le moindre mal, Dieu lu destinait À transmettre à notre énération les traditions du passé.
Le 19 mars 1774, Mlle. Marie Joseph Lafontaine, fille de M. Pierre André Lafontaine, bourgeois de Québec, et de Mme. M Thérèse Chevalier. Le Régistre remarque que ce fut M. Roy, son beau-père, qui paya sa dot. Elle porta le nom de Thérèse de Jésus.
Au milieu des rumeurs de la guerre américaine, dans l'été de 1775, arrivait au Monastère Mile. M. Apolline Marchand, sœur de la précédente du nom. Elle prit à sa vêture le nom de $t. Louis.
A l'époque où entrait cette deruière novice, la Mere St. Louis de Gonzague écrivait en France: ‘“ Nous sommes vingt du chapitre. Il y a au noviciat deux professes, deux voiles blancs et une postulante, le tout de chœur. Nous les admettons encore au conclave au sortir du noviciat. Ilse trouverait des vocations, (1) mais les talents ne sont pas assez remarquables pour les recevoir sans quelles apportent de quoi soutenir la communauté. Aujourd'hui, il faut beaucoup examiner, et tolérer sur le temporel, les familles ayant été ruinées et les santés étant très-faibles.”
(1) Dès 1768, on écrivait de Paris: Les sujets par tous les couvents sont de plus en plus rares, les santés très-délicates. Il fant adorer les desseins du grand Maître et le bénir de nous avoir appelées à son service.’
$ 17.—LE SECRET DE SUBSISTER DANS LA DISETTE ;—CORRESPONDANCE DE 1764 À 1774.
Notre correspondance donne, sur l’époque si peu connue que nous traversons, des détails qui pourront intéresser nos lectrices comme ils nous ont intéressée nous-même. Nous ne ferons guère que leur mettre sous Îles Fge texte original. On aime à entendre ces voix d'ou qui ue sont plus ; d'ailleurs, c’est souvent dans l'intimité d'une correspondance, que se trouve le tableau le plus naïf des sentiments et des impressions du moment.
D'abord par rapport à la gêne pécuniaire occasionnée ici par le
re-tombe, nous ramenant à des temps
changement de gouvernement, et par la banqueroute presque générale en France: “Que faire avec un papier qui n’a plus de cours ? écrivait-on. Tristes circonstances où nous réduisent les suites de la guerre ! Les particuliers en sont là aussi bien que