NOUS
Pour surcroit d’embarras, le roi de France exigeait sans cesse de nouvelles réductions sur les fonds dus aux habitants de la colonie, Un fragment de lettre de M. l'abbé de l’Isle-Dieu, (1) dont la date doit être de 1764, éclaircit assez bien cette question.
“Je suis très-touché, Madame, de tout ec que vous me dites d'obligeant, au sujet du peu que j'ai pu faire pour votre respectable Conmunauté et pour celles du diocèse. Et si je regrette quelque chose, c’est que les circonstances présentes s'opposent à ce que je puisse vous procurer de nouveaux secours, et que tout ce qui me reste à faire est, si je le peux, de procurer aux créances que vous avez sur le Roi, le meilleur sort possible, malgré les
(1) M. de la Rue, abbé de l'Isle-Dieu, en 1763, était depuis trente ans Vicaire-Général des Evêques de Québec, à Paris. Nos Annales disent : ‘Nous avons reçu de M. de l’fsle-Dieu, en 1759, par anmône du clergé de France, 500 liv.; en 1760, du même clergé, par les mains de M, Briand, G. V. de Québec, 1000 liv. ; en l’année 1762, 800 liv., ce qui fait la somme de 2,300 Liv.”
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HISTOIRF DU MONASTÈRE. 77
réductions déjà prononcées par les édits et déclarations du conseil d'état de Sa Majesté.
“Je dis, si je le puis, car en vérité, sans cela, je vois toutes les communautés du diocèse accablées de dettes forcées, et entièrement ruinées par celles qu’elles ont contractées pour la subsistance des troupes du Roi, pour laquelle on a enlevé, chez elles, ce qu'elles avaient de bestiaux, de farines et d’autres commestibles, sans compter ce qu'elles ont été obligées d'acheter pour nourrir les malades dont leurs maisons étaient surchargées. Toutes représentations également fondées sur la justice et l'équité, comme sur la plus exacte vérité, et dont je n’omettrai aucune des cireonstances qui pourront les faire valoir auprès du Roï, des ministres, et des commissaires établis pour le visa et la liquidation des différentes espèces de papiers, qui appartiennent aux différentes coummunautés du diocèse et aux autres corps ecclésiastiques.
# Venons présentement, Madame, à ce qui vous regarde personnellement et en particulier. Vous trouverez ci-joint, 1° un Bordereau des Ordonnances que vous m'aviez adressées, et dont le montant était de 11,000 liv., que vous trouverez réduites des trois-quarts, et par conséquent, (je frémis en vous le disant), réduites à 2,750 liv.; 2 Vous trouverez également dans ectte lettre, un second Bordereau des nouvelles Ordonnances ..... qui monte encore à plus de 8,000 liv., qui se trouveront réduites à 2,000 dont vous aurez l'intérêt à quatre pour cent.
Aïnsi, vous voyez, Madame, que vous éprouvez deux sorte de déductions: 1° Celle de votre capital à un quart de sa première valeur intrinsèque ; 29 celle de vos intérêts à quatre pour cent au lieu de cinq ....
‘Je vous assure, Madame, que je travaille actuellement à un mémoire tendant à faire payer en plein les communautés du diocèse me paraissant Juste que ceux qui les ont ruinées pour s'enrichir et perdre nos colonies, payent les dettes qu'ils leur ont fait contracter ; et quand ils seraient moins riches de trois à quatre cent mille liv., ce ne sera pas un grand mal, surtout ce sieur Cadet, qui était originairement un homme de caille, et qui se trouve encore à figurer en France, où il tient une maison et un
assez gios état de dépense, à deux lieues de Paris, où il a deux commis dont le premier est à 1,800 liv. d’appointements et sa table, pour arranger ses affaires. Et de vous à moi, Madame, si les autres ne sont pas en France, ils n’en font pas moins figure. . Le second feuillet de la lettre manque. La charité a-t-elle voulu cacher des révélations pénibles ? Nous sommes portée à le croire.
Pour revenir à la question, l’on n'était pas encore au bout des déductions. En 1766, le roi demandait un quinzième sur les rentes. “ Le clergé de France a donné 4 millions pour le rachat
de ce 15e, en faveur des communautés relisieuses; mais n'étant
plus du royaume, ajoutaient les Ursulines de Paris, vous n'êtes
pas comprises dans cet accord... .”?
Que faire, en pareille conjoncture ? Quel secret pour vivre sans argent et avec des terres dévastées ? On trouve dans nos correspondances deux genres d'industries qui furent certainement d’une grande ressource. Celle qui d’abord réussit le mieux fut la broderie sur écorce. ‘Nous n'avons d'argent, disait la mère Wheelwright de l’Enfant-Jésus, que celui que nous gagnons aux petits ouvrages en écorce, que nous vendons bien cher à MM. les
Anglais... .”
Un peu plus tard, vers 1768, il est souvent question d'ouvrages de dorerie.. “ Je ne puis que crier vers vous, ma chère Mère, dans le besoin où nous sommes de bol d’or en assictte. Sans ce dernier article, nous ne pouvons faire aucun ouvrage de dorerie, qui nous est fort lucratif....[l nous faudrait aussi, ma chère Mère, de l'argent en feuille, n'étant pas possible d'employer celui des Anglais, qui est aux trois quarts faux... .”
Un trait qui, de tout temps, nous paraît bien caractéristique chez nos Mères, c’est l'horreur des dettes. A la vérité, dans les premiers temps, il n’y avait pas eu moyen d'y échapper.—‘* Nous ‘“ ne manquons pas de dettes et même de bien considérables,” disait en 1761, la Mère de l'Enfant-Jésus. Cependant, on fit si bien, et les personnes en charge administrèrent avec tant d’économie le temporel, que déjà, en 1766, notre Mère Dépos..….e écrivait aux Ursulines de Paris. Nous rous soutenons sans être endettées. Nous avons en cela bien de l'avantage sur les deux
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hopitaux de religieuses, qui se trouvent bien embarrassées depuis la réduction du pays, surtout l'Hôpital-Général (1) hors de la ville, dont les religieuses pourront bien être réunies aux autres communautés. Il serait triste de voir arriver cet événement, dont on nous annônce un peu l’accomplissement.”
Depuis le traité de 1763, il avait fallu voir à changer de régime et d'habitudes en bien des choses ; mais pour certains points le changement était moins facile. Depuis deux siècles et plus que l'Angleterre était sans communautés religieuses et sans sacrifice, elle avait eu le loisir d'oublier comment ‘ coiffer les nonnes ” et comment décorer les autels, choses assez importantes chez un peuple catholique : aussi, grande était la difficulté de se procurer ces articles. La métropole, dont la politique était d'isoler le plus possible le Canada de la France, prohibait sévèrement les importations françaises, auxquelles cependant elle ne suppléait pas: de là, bien des stratagèmes, et surtout cet expédient dont il est parlé dans la correspondance de 1766. Ces petites ruses furent réiiérées par les Canadiens (2) à bien des reprises, et avec plus ou
(1) Non seulement leur seigneurie de St. Vallier avait été pillée et dévastée ; mais après avoir reçu du gouvernement britannique pour 3,000 livres de rafraîchissements en faveur des officiers français soignés dans leur maison, elles furent obligées de les payer de leurs propres deniers. La protection de M. Briand, V. G., leur valut celle des Anglais. ‘Notre Monastère et nos biens seraient vendus, pour payer les dettes que nous ont fait contracter les troupes du Roi de France, dit en 1766, la Relation de l'Hop. Gén., et nos créanciers n’ont arrêté leurs poursuites que par ordre du Gouverneur... Pour M. Briand, nous lui devons la gloire d’avoir su nous maintenir dans notre clôture....se refusant son nécessaire pour subvenir au nôtre. Nous lui faisions d'autant plus de pitié, qu'il était témoin que le dérangement de notre temporel ne venait pas de notre faute, mais bien de la part de la Cour, par laquelle il nous est dû 120,000 livres, des avances que nous avons faites pour la nourriture des troupes du Roi de France.”
(2) M. P. Aubert De Gaspé nous en cite un exemple des plus spirituels dans les notes de son ouvrage estimé ‘Les Anciens Canadiens.'? Si M. St. Luc de ia Corne, ce loyal chevalier hautement considéré
o LES URSULINES DE QUÉBEC.
moins de succès. Quand la tentative n'avait pas été heureuse, qu'il fallait subir la confiscation, et de plus une forte amende, on sen consolait à la française, c'est-à-dire, en riant un peu pour alléger la privation. Une fois nos Mères parvinrent à recevoir 10 aunes d'étamine à voiles, “sous forme de paquets de lettres ; ” mais, hélas ! nouveau désagrément! l'étoffe ainsi forcément transformée en missives, se trouva si fine et si claire, qu'il fut impossible de s'en coiffer. ‘Les douaniers sont gens qui ne s'amendent guère, ” disait-on. Toujours est-il qu'avec ceux d’Angleterre, il vint un temps où il n’y avait presque plus de chance d'échapper. ‘Je sens votre position, nous écrivait-on de Paris ; je voudrais pouvoir vous envoyer ce qui vous est d’une nécessité indispensable; mais cela me devient impossible, personne ne voulant s'en charger.” Ce fut alors que l'on tenta une voie nouvelle. “ÆJ’allais oublier de vous parler des voiles, disait la Mère St. Etienne en 1772. La Rév-Mère Supérieure de la Marti-
par le souvernement Britannique, dut user de stratagème pour fournir à la décoration des églises, on imaginera facilement quelle devait être la rigueur de la douane anglaise à l'égard des corps religieux.
La narration est mise dans la bouche de M. de St Luc lui-même. ‘ Je passai en France après la cession finale du Canada, en 1763, où j'achetai une quantité considérable de dentelle de fil, d'or et d’'arsent, et d’autres marchandises précieuses. «: 11e présente aux douanes anglaises avec quatre grands coffres en s:: ue mes eflets particuliers, exempts de tout droit. Les officiers de ce département retirèrent, du premier coffre qu'ils ouvrirent, un immense manteau de la plus belle soie écarlate, qui aurait pu servir au couronnement d’un empereur, tant il était surchargé de dentelles de fil, d'or et d’argent, etc.
—Oh, oh! dirent messieurs les douaniers : tout ceci est de bonne prise.
*—Vous n'y êtes pas, messieurs, leur dis-je. Et je retirai l’un après l'autre tous les articles qui composent l’habillement d’un grand chef
wage; rien n'y manquait: chemise de soie, capot, mitasses du plus beau drap écarlate, le tout orné de précieux effets, sans oublier le chapeau de vrai castor surchargé aussi de plumes d'autruche les ul: coûteuses. dJ'ôtai mon habit, et, dans un tour de main, je fus
affublé, aux yeux ébabis des douaniers, du riche costume d’un opu-
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LE 4 à) ‘D HISTOIRE DU MONASTÈRE. sl ‘use, nique me marque à ce sujet que si vous voulez les faire tenir aux >, on Ursulines, rue Ste, Avoye, qui font leurs affaires, elle les prévienpour dra de les mettre dans leur ballot. Je crois qu'il est trop tard r 10 Es pour cette année. Je me suis tranquillisée, pensant que peut-être ui L vous les aviez déjà envoyées...” nent A partir de 1767, le pays, à quelques exceptions près, paraît être | fut entré dans un nouvel état de gêne et de misère. Nous citerons Ds simplement, en suivant l’ordre des dates, les extraits qui nous An- donnent quelques renseignements à cet égard. td La Môre St. Etienne disait en 1767: “J'ai eu l'honneur de rai , î de vous écrire par M. l'abbé de Jonquière. J'espère qu'il est A È rendu et que vous avez eu le plaisir de le voir, tandis que nous QE à avions la mortification de le perdre....Si nous pouvions être FA al payées promptement, cela me ferait un grand bien dans l'embarras | es y où je me trouve. Le rétablissement de nos externes qui presse, 1e 2500 liv., sans avoir un sol de personne; bien des réparations arnir lent chef indien. Je suis, messieurs, leur dis-je, surintendant des sure tribus sauvages de l'Amérique du Nord ; si vous en doutez, voici ma commission, Ce superbe costume est celui que je porte, lorsque je PE préside un grand conseil de la tribu des Hurons, et voici le discours 763, d'ouverture obligé. Je prononçai alors, avec un sang-froid imperturl'ar- bable, un magnifique discours dans l’idiome le plus pur de ces abori- AUX gènes: harangue qui fut très-goûtée, si je puis en juger par les éclats pa de rire avec lesquels elle fut accueillie. . FEU ‘Passe pour l’accoutrement obligé, à l'occasion du discours d’ou- : la verture des chambres de messieurs les Hurons, dit le chef du bureau on en se pâmant d’aise, à ‘Nous passâmes ensuite au second coffre : il contenait un costume aussi riche, mais différent quant à la couleur de la soie et du drap Gabidd seulement.
\ ‘ Mêmes objections, même mascarade. On mefitobserver que le en roi d'Angleterre, tout puissant qu’il fût, portait uniformément le même :hef costume quand il ouvrait son parlement ; corps autrement auguste du que celui de mes Hurons, Je répliquai qu'il ne s'agissait plus de lier Hurons, mais bien d'Iroquois, tribu très-pointilleuse à l'endroit de sa les couleur nationale qui éfait le bleu ; et que je ne doutais aucunement fus que si le roi d'Angleterre présidait quelques grandes solennités écospu-
considérables qui ne peuvent plus être différées dans notre maison, me mettront dans le cas de faire banqueroute, si la Providence
n’a pitié de moi....
La même écrivait l’année suivante: “On parle fortement de guerre en Europe; toutes les lettres et les gazettes en sont pleines. Vous serez à l'abri des bombes et des boulets ; c’est un grand avantage por:r votre communauté ; nous l'avons appris par notre triste expérience. ...
Les réparations et bâtiments qu’il nous a fallu faire, m'ont mise à toute extrémité, vu que nous avons une année où l’on pense qu’il mourra bien du monde de froid et de faim, par la rareté et cherté des vivres,—-et point d'argent. Pour nous, la Providence ne nous à pas encore manqué, et j'espère qu’elle nous fournira un bien-être honnête; c’est tout ce que je souhaite. Mais ce n’est pas sans inquiétude de la part d'une pauvre dépositaire, vous le SAVEZ . . ...
“J'ai reçu cette année six aunes de voiles qu'ils ont laissées passer. On avait ôté une paire de boucles d'oreilles qui était dans le paquet. Il faut croire que notre coiffure est moins de leur goût... .”
Lettre de la Mère St. Louis de Gonzague à la Mère Ste, Saturnine, en date du 15 juillet 1768.
‘ Ma Révérende Mère, —Je profite de l’occasion de M. le colonel Irving, pour vous témoigner notre inquiétude sur ce que nous
saises, il adopterait leur costume, y inclus la petite jupe, aux risques de s’enrhumer; et là-dessus j'entonnai un superbe discours en idiome iroquois. Le fiegme britannique ne put y tenir, et à la fin de mon discours ou s'écria : ‘ Passe donc pour l'ouverture du parlement iroquois.”
‘ Bref, je réussis à passer le contenu de mes quatre coffres, comme président des grands conseils des Hurons, des Iroquois, des Abénaquis et des Maléchites. Ce quime fut d’un grand secours, je crois, c'est qu'étant très-brun et parlant avec facilité la langue de ces quatre tribus, les douaniers me prenaient pour un sauvage pur sang, et étaient assez disposés à l’indulgence envers celui qui leur avait donné une telle comédie.
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n'avons point reçu de vos aimables nouvelles. Ne sachant pas si M. de St. Aubin (1) a tenu sa parole, cela nous inquiète beaucoup, ne voulant point vous jeter dans l'embarras à notre sujet. Nous attendons avec empressement vos chères lettres, afin d'arranger nos affaires de telle sorte qu’on les puisse un peu résoudre,
“Je vous assure qu’il faut ici bien travailler et bien ménager pour attraper les deux bouts. La divine Provideuce ne nous a pas encore manqué ; j’espère qu’elle voudra bien nous être toujours favorable. La misère du nays est grande et va toujours croissant ; les pluies et coups de vent (2) sont continuels depuis ce printemps, je ne sais trop comment le blé pourra venir: de plus, bien des terres basses ont été inondées. Joignez à cela un incendie de cent maisons (3) arrivé à Montréal, qui est à 60 lieues d'ici : cela n’est pas pour mettre l'abondance dans le pays. Le nombre des pauvres augmente tous les jours, Dans toutes ces calamités, ma chère Mère, il faut s’efforcer d’être plus ferventes, afin que le Seigneur nous regarde des yeux de sa miséricorde. C’est ce que
(1) Seigneur qui s'était chargé de percevoir les revenus de notre terre de Haranvilliers. Il était neveu d’un de nos grands bienfaiteurs du même nom. Nous en parlerons plus tard.
(2) Une lettre de Paris, en date du mois d’avril de la même année, disait: ‘ Nous avons eu à Paris un très-rude hiver, et point de pluie depuis trois mois, ce qui rend les vivres, syrtout le pain, très-chers. Les pauvres souffrent et en grand nombre.”
(3) C’est dans cette calamité que nos chères Sœurs de la Congrégation de N. D. eurent la douleur de passer une seconde fois par la perte de toutes choses. Nos Mères témoignent avoir été sensiblement touchées de ce malheur; malgré leur extrême dénuement, qui ne leur permettait pas de réparer les ruines de leur propre maison, elles firent effort pour leur envoyer, disent les Annales, ‘ 48 livres en argent, et des effets pour une vingtaine de livres.” C’était l’obole de la pauvre veuve, espérons qu’elle centupla en faveur de celles qui en avaient #lors si grand besoin.
Quatre ans plus tard, (1772), nos Annales enrégistrent dans les termes suivants l'accident arrivé au Séminaire de Québec : ‘{ Aujourd’'hui, le 11 août, les MM. du Séminaire ont été affligés d’un troisième incendie, par la faute des ramoneurs, qui jaissèrent tomber
j'espère, convaincue comme je suis que la charité qui nous unit A . N ?
toutes par les mêmes liens, vous engage à nous recommander d’une \ . . \ . . Ce +4" 4 LE] manière toute particulière à Celui qui nous a attirées toutes à lui...
Lettre de la Mère St. Louis de Gonzague, en date du 1 août 1769, “ Ma Rév. Mère,—Dans un temps aussi malheureux, nous avons besoin de tout faire valoir pour nous tirer d'affaire. Il faut bien dépenser pour vivre, la colonie étant dépourvue de blé, Ce n'est qu’à force d'argent que nous nous en sommes procuré ; ce printemps, il a valu jusqu'à 12 livres le minot, encore, n’en avait pas qui voulait, tant pour vivre que pour semer, Une infinité d'habitants ne l'ont point fait, ce qui nous donne lieu d’appréhender que cette année ne soit pire que la précédente. Point d'ouvrage, point d'argent; le peu qu'il y en a, messieurs les Anglais l'emportent à leur retour. Tout le monde est au même lot. Le nombre des pauvres augmente tous les jours, ne trouvant point à gagner leur vie. L'on ne voit que sujet de peine et de chagrin ; heureux si nous en savons faire notre profit pour l'éternité ! Dieu est fâché, ce ne sera que par les prières des bonnes âmes qu'il se laissera fléchir. C’est pourquoi, ma chère Mère, je vous
avec leur ballet ‘n charbon ardent sur la couverture. Le feu prit à 2 h. de l'après-midi, et en moins d’une heure, une grande partie de la maison fut embrasée. Les cloches de la ville sonnèrent pour avertir le peuple d’accourir. Laæhapelle, l'appartement du petit séminaire et plusieurs commodités ont été préservées, et l’on peut bien dire aussi toute la Haute-Ville, par le bon ordre qui a régné en cette circonstance. Rendons-en grâce à Notre-Seigneur, à la Ste. Vierge et à St. Joseph! Dieu soit béni!” Cette dernière phrase prouve que nos Mères savaient ce que c'était que de passer per l'incendie. Aussi le 31 du même mois d'août, l'Annaliste ajoutait : ‘* Notre communauté a donné pour aider à faire une pompe pour le fe, la somme de 76 liv. Sans le service des pompes, la Haute-Ville aurait brûlé le 11 de ce
mois”?
L'Histoire manuscrite du Séminaire dit que le pavé de pierre du grenier contribua beaucoup à arrêter le progrés de l'incendie, qu, par l'imcurie des ramoneurs, se communiqua de la cheminée de la cuisine au toit ; 6000 liv. furent employées à réparer le désastre. Le toit consumé s'étendait depuis le pavillon du nord-ouest jusqu’au mur de refend qui se tuuve près de la cloche du Règlement intérieur.
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