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Ls. François Mariancheau d'Esglis, (1) curé de la paroisse de St. Pierre, Ile d'Orléans, et obtenu ses Bulles de Rome, il s'en était expliqué ensuite avec le Gouverneur, auprès duquel il jouissait d'un grand crédit, et l’aftaire prit isi la tournure désirée.
Mgr. d'Esglis, plus âgé que Mgr. Briand, n'était pas tout à fait, au jugement de plusieurs, l’homme que l’on eût souhaité dans des circonstances aussi critiques ; ce digne prélat mourut avant Mgr. Briand: mais l'essentiel était de faire passer la mesure en principe. D'ailleurs, le nouvel évêque était d’une vertu éprouvée, et comme il se trouvait allié À une famille qui jouissait de quelque crédit à la cour, on pouvait avoir plus de chance de réussir. Cependant l'affaire fut discutée avec improbation en Angleterre pendant une année entière. Enfin, le coadjuteur fut toléré, et le 12 juillet 1772, il était saèré dans la chapelle du séminaire sous le titre d'évêèque de Dorylée.
De tels succès et de telles fêtes étaient de nature à rendre supportables bien des amertumes et des privations, surtout pour des cœurs aussi catholiques que ceux de nos pères.
Mgr. Briand et son clergé eurent à déployer l’énergie la plus persévérante ; et dès le commencement, l'attitude du premier pasteur fut telle, que le général Murray, écrivant au gouvernement britannique, disait
(1) Louis-Philippe Mariaucheau d’Esglis naquit à Québec en 1710. Son père était M. le chevalier François Mariaucheau d’Esglis, major de Québec, plus tard gouverneur de Trois-Rivières, et sa mère, Mme. Louise-Philippe Chartier de Lotbinière, dont la douce piété semble avoir reçu dès ce monde la couronne des bonnes mères, celle qui fleurit sans se flétrir par la sainteté des enfants. On se rappelle que notre Mère d’Esglis de St. Eustache était sœur du huitième évêque de Québec.
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qu'il pouvait bien avoir la tête de Briand, mais non lui faire faire une lâcheté. En préservant son troupeau de toute scission, Mgr. Briand fut véritablement le sauveur de son peuple, il jeta les bases de notre nationalité canadienne. Et que le mot de nationalité, ici, ne paraisse ni étroit ni égoïste ; nos lectrices sentent quec'est quelque chose de sacré pour le Canadien catholique. Si la Religion l’a fondée, cette nationalité, elle a été en retour, le rempart de la Religion.
Qui ne sait combien vite s’effacent les traditions religieuses d’un peuple, lorsqu'il a laissé disparaître les institutions, la langue et les mœurs de ses pères! Ce résultat funeste est encore plus à craindre, quand le peuple ainsi privé de ces principes de vie, se trouve entouré de toute part d’un élément étranger opposé à la conservation de ses convictions saintes.
Souvent sans doute, nos lectrices se sont plu à contempler ces premières luttes du pasteur pour son troupeau, luttes pacifiques, à l'extérieur, mais si pleines d’anxiété et d’ineffables aspirations vers Dieu ; ces efforts suprêmes pour conserver intact l'héritage du Seigneur sur les bords du $t. Laurent, et lui assurer les bienfaits de l’impérissable lumière qui, de Rome, jaillit sur l’univers catholique.
Elles ont vu aussi ces 90,000 enfants de l'Eglise, se ralliant avec ardeur et amour à leur chef spirituel. Tous ensemble, pasteurs et fidèdes, ne pensèrent d’abord qu’à sauver du naufrage le précieux trésor de leur foi. Mais peu à peu fortifié et soutenu par l'unité catholique, le peuple canadien a pu élever, à l’ombre du drapeau de la foi, celui de la nationalité. Nos lectrices savent que la lutte pour la prépondérance, entre le parti catholique et le parti protestant, n’a
jamais complètement cessé, mais une fois la ligne de conduite tracée, une fois la devise bien promulguée de Notre Religion, nos institutions, notre langue et nos lois, devise reconnue comme invariable par tout vrai Canadien, il n’y a eu qu’à lasuivre. Ettelle fut l’union de ce petit peuple que, trente ans après la conquête, il put réclamer dans les (1) chambres représentatives, des priviléges, secondaires à la vérité, maïs bien nécessaires à son accroissement et à sa prospérité. C’est alors que parurent les Panet, les Papineau (2) et les Bédard.
Disons-le en terminant, Mgr. Briand, pasteur noble et grand par le cœur et par l'esprit, fut véritablement l'homme suscité de Dieu, comme plus tard Mgr. Plessis, digne héritier de son génie et de son zèle.
Voilà à travers quelles difficultés on devait se frayer une route. L'acte de 1774 était, dira-t-on peut-
être, une justice incomplète et tardive ; maïs quand on tient compte de la politique et des préjugés du temps,
@) Voir l'Historien Garneau.
(2) Sur le théâtre parlementaire, dit notre historien Garneau, les deux hommes qui fixèrent les premiers l’attention publique furent MM. Bedard et Papineau, les plus fermes défenseurs de nos droits et les partisans les plus fidèles de l'Angleterre. Plus loin, M. Garneau rapporte un trait de zèle durant la révolution américaine, qui fait grand honneur aux intéressés. Un officier canadien, M. Lamothe, avait apporté en Canada des dépêches de lord Howe au général Carleton ; elles étaient adressées au séminaire de Montréal. M. Papineau, alors jeune homme, se joignit à M. Lamothe pour les porter à Québec. Munis de ces lettres, qu’ils avaient cachées dans des bâtons creux, ils se mirent en chemin par la rive droite du fleuve, évitant les troupes révolutionnaires et les Canadiens qui avaient embrassé leur parti, et marchant de presbytère en presbytère. Ils parvinrent à Québec le 11 mars, et, après avoir délivré leurs dépêches, ils entrèrent dans la compagnie du capitaine Marcoux en qualité de volontaires, et servirent jusqu’à la levée du siége.
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on ne peut qu'y reconnaître une protection marquée du ciel. Il est vrai que le foyer d'incendie qui se préparait et s’attisait, depuis plus de dixans, dans les colonies voisines, et dont la sinistre lueur venait d’épouvanter la métropole, ne contribua pas peu à rendre le gouvernement anglais plus équitable ; toutefois, quels que soient les moyens, c’est toujoure Dieu qui les permet ou les ordonne. Singulière coïncidence! Pendant que l'Angleterre, par l'acte de 1774, ramenait les “cœurs canadiens à sa cause, surtout le clergé et la noblesse, en leur rendant leur langue et leurs lois, les dispensant du serment du Test, leur donnant 8 voix dans un conseil composé de 23 membres, et reculant de toutes parts les limites de la province ; le Congrès américain, gu contraire, s’aliénait les sympathies canadiennes par des déclarations fanatiques. L’Angleterre croyait travailler à ses intérêts, et le Congrès, à l'avantage de sa propre cause : comment eussent-ils tous deux accueilli le prophète, qui leur eût di -“u’ils ne faisaient autre chose que cimenter l'édifice de la nationalité canadienne, autre chose que préserver cette petite Eglise du double fléau de l’hérésie et de l’'impiété ?......“ L'homme s’agite et Dieu le mène!”
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