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“M. l'abbé de Beaujeu (1) vous honore et vous chérit toujours bien respectueusement ; il continue à se bien porter, à bien travailler, et à endurer bien patiemment toutes les malices que je lui fais de temps en temps et moins souvent que je ne le voudrais... Le Roi a permis aux Jésuites de rentrer en France, où il leur est permis de vivre comme prêtres séculiers. . . . Le cher et respectable M. Briand est toujours à Londres ; il n’est pas encore agréé par la cour d'Angleterre pour Evêque de Québec. Il faut espérer qu'il le sera: on espère ce qu’on désire et ce qu’on a tant de sujet de désirer, .
‘“ En terminant cette lettre, je me recommande de nouveau à vos saintes prières, ct je réitère les assurances du respect et du dévouement inviolable avec lesquels j’ai l'honneur d’être, ma Rév. Mère etc. P. S.—J'’écrivis au R. P. de Glapion par M. de Montgolfier ; je n’ai pas eu de réponse, Je vous pric de l’assurer de mon respect, ainsi que le Père de St. Paire, le Père Flocquet etc,
“ Villars Ptre.”
Cette activité si surprenante de notre vénérée Mère de la Nativité se soutint encore plusieurs années. Toujours infatigable, à la prière comme au travail, à l’âge de 84 ans, on la voyait se rendre au chœur dès 4 h. du matin, pour faire au très-saint Sacrement l’amende honorable, qu’elle y avait ainsi renouvelée chaque jour de sa vie religieuse. Si sa voix n’avait plus la beauté et la fraîcheur de la jeunesse, elle n’en était pas moins ardente à psalmodier les louanges de Dieu. Ce ne fut qu’à l’âge de 85 ans, qu’une espèce de défaillance habituelle l’éloigna des observances communes.
Retenue à l’infirmerie, elle y passait sa journée assise dans une bergère, priant sans cesse, et gémissant intérieurement de ne pouvoir plus offrir ses prières à Dieu dans la chapelle et au milieu de ses sœurs. Elle était alors dans un tel état de faiblesse, qu'il fallait lui donner à manger et à boire à peu près comme on le fait aux jeunes enfants, Souvent dans la journée, l'infirmière allait lui offrir un bouillon, un potage ou quelque rafraîchissement ;
(1) L'abbé Ls. Liénard de Beaujeu, frère du héros de la Monona iéla, et qui devint plus tard confesseur ordinaire de l’infortuné Louis XVI.
mais conservant jusqu'à la fin l'heureuse habitude de ne jamais rien prendre hors certaines heures réglées, elle renvoyait agréablement l'infirmière par ces douces paroles : ‘“ A tantôt, ma petite sœur, à tantôt.” Sur la fin de ces deux années d'épreuves, vers le milieu de juillet, elle fut saisie d'une forte fièvre qui donna lieu le redouter une fin prochaine. La fièvre redoubla d'intensité au mois d'août, et la malaaie devint sérieuse. Le R. P. du Jaunay, S. J., qui avait souvent communié la pieuse malade, lui administra les derniers sacrements, qu’elle reçut avec une ferveur admirable, se réjouissant du fond de son cœur de pouvoir enfin s'envoler à Celui qu’elle avait toujours aimé et désiré avec ardeur.
Le Récit annonce ainsi sa mort en date du 31 août 1771: “ Notre-Seigneur, qui appelle à soi celles qui ont généreusement porté son joug, afin de les récompenser des peines ct des travaux qu’elles ont soufferts pour son amour en ce monde, vient de retirer de cette vallée de larmes notre vénérée Mère Marie Anne Migeon de Bransac de la Nativité. Il faudrait une autre plume que la mienne, pour retracer les vertus dont elle nous a donné de si grands exemples, et les rares talents qu'elle a fait valoir pendant de si longues années, au profit de sa chère maison. C’est surtout dans les pénibles années de la guerre, que nous avons éprouvé l'effet de son dévouement et de sa sollicitude ; nous ayant obtenu, par sa prudence et son bel esprit, la bienveillance de MM. les Gouverneurs et Officiers de Sa Majesté Britannique, la conservation de nos biens, et pleine liberté d'exercer toutes les fonctions de notre St. Institut.
‘ Cette chère Mère étant des épouses de Jésus crucifié, devait aussi participer à sa croix par des infirmités corporelles, et c’est en quoi elle a été exercée les deux dernières années de sa vie. Elle a souffert avec une patience et une douceur qui charmaient tout le monde, et nous avons tort lieu de croire qu’elle a été bien accueillie de notre miséricordieux Seigneur, qu’elle à toujours eu présent durant la vie, et qu’elle invoquait avec tant d’ardeur à la mort.
# Cette chère et vénérée Mère, qui a exercé pendant 19 ans la charge de Supérieure, était dans la 87e année de son âge, et la 70e de son entrée en Religion.”
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IISTOIRE DU MONASTÈRE.
jamais Il y a encore plaisir à rattacher à cette bien-aimée Mère les tradigréable- tions du passé ; ‘on peut dire qu’elle tient comme le milieu entre a petite ‘époque primitive de l'Histoire de notre maison, et l’époque moes, vers derne. La Mère Migeon de la Nativité a, en effet, parfaitement ina lieu : connu la Mère Charlotte Barré de St. Ignace, venue de France sité au avec les Fondatrices en 1639, et première professe du Monastère, faunay, qui mourut en 1701; et elle vécut trois ans avec la Mère Marg. i admi- Blais de St. Pierre, qui existait encore en 1830.
ferveur
ir enfin D'ainée des petites-filles du Grand-Père Boucher.
ardeur. Des trois nièces ursulines de la Mère Génev. Boucher de St, 1771: Pierre, la Mère Marie-Anne de Boucherville de St, Ignace fut la sement seule à lui fermer les yeux. La Mère St. Ignace ne survécut que 'AVaux six ans à sa vénérée tante ; elle avait cependant fourni une assez retirer longue carrière, étant dans sa 79e année quand Dieu la rappela À Tigeon de ce monde, que la Au temps où la Mère St. Pierre faisait ses derniers adieux au de si toit paternel et aux terres de Boucherville, la petite Marie-Anne ndant A n'avait pas deux ans; mais dès lors, paraît-il, elle s'était attachée artout à sa bonne tante voulant à tout prix la suivre. Mise au pension- TOuvÉ nat pour son éducation, ce premier insti 1ct se transforma en une tenu, vocation bien décidée pour la vie du cloître, + Alors que les pre- \L. les mières familles du pays tenaient à honneur et bénédiction, d’avoir Ve au moins un de leurs membres engagé dans les sentiers de la pertions fection religieuse on n’opposa pas à la jeune demoiselle de ces obstacles qui trop souvent exposent, non-seulement la vocation, mais levait même le salut d’une âme, en l’engageant dans un sentier opposé à ‘ c'est celui où l'appelle l’Esprit-Saint. Le 7 février 1718, Mile. de Bouvie. cherville recevait le voile noir des mains de Messire J. B. Gautout thier de Varennes, son cousin, grand pénitencier de la cathédrale He de Québec; et, sous la protection du fondateur de la Compagnie jo de Jésus, dont elle porta le nom en Religion, elle fut toute sa à la vie fidèle aux engagements qu'elle contracta alors. & C'est par la voie des souffrances et des infirmités corporelles, 8 la dit sa notice, que Notre-Seigneur la voulut conduire à la perfecla tion, Le caractère particulier de sa vertu fut de souffrir toujours
avec une grande douceur et patience, ne proférant jamais de
plainte qui pût attirer l'attention sur sa vie crucifiée et cachée en Dieu avec J. C. Toute son attention se portait, au contraire, à utiliser tous ses moments au service de sa commurauté, et à soulager et servir ses sœurs; ce qui a paru d’une manière éclatante dans les emplois d’apothicairesse et d’infirmière, qu’elle a longtemps exercés. Elle se réjouissait d'être seconde en office, et tâchait de se ménager cet avantage, afin d’être plus en état de se tenir dans sa chère vertu d’humilité.”
Si, par hasard, cette dernière phrase de notre fidèle Biographe tombait sous les yeux de quelque âme mondaine, elle se récrierait sans doute du prétendu avantage dont on vient de parler; un tel état d’abnégation et d’oubli de soi-même lui semblerait, au moins quant à la vie présente, bien triste et bien malheureux, surtout pour une jeune personne née dans les hauts rangs de la société. Nous répondrons par ces paroles de notre Vén. Mère Marie de l'Incarnation. ‘ Dans la vie religieuse, on apprend à faire ses actions en la présence de Dieu et pour son amour. On n'a garde de l’offenser quand on le voit présent. On s’accoutume à faire des oraisons jaculatoires qui enflamment le cœur, et attirent Dieu dans l'âme : ainsi, de terrestre on devient spirituel... ..et l’on est dans un petit paradis où Dieu se réjouit avec l'âme et l’âme avec Dieu.” A moins que de refuser à Dieu la puissance ou la volonté de remplir sa promesse, en donnant, dès ce monde, le centuple à celui qui a quitté quelque chose pour son amour, il faut convenir que le bonheur d'une âme ainsi unie à Dieu doit être grand ; car comme disait encore notre Vén. Mère, ‘ Les joies qui viennent de Dieu et celles qui naissent des créatures sont bien différentes ! ”
‘ Dans les jours qui suivirent la grande fête de l’Assomption, l'année 1772, la Mère St. Ignace fut frappée d’une paralysie qui, jointe à ses autres infirmités, la réduisit bientôt à l'extrémité. Elle reçut l’extrême-onction avec son plein jugement, faisant à chaque onction de fervents actes de contrition ; bientôt après, elle perdit toute connaissance. Nous n’eûmes pas la consolation de lui voir recevoir le St. Viatique; mais elle avait communié avec beaucoup de piété et de dévotion au jour de la fête de la très-sainte Vierge et le lendemain. Notre douleur était extrême de ne pouvoir la soulager en rien. HKlle décéda le 22 août, dans la 57e
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e HISTOIRE DU MONASTÈRE. 121
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din généreux sacrifice,
Le 25 août 1773, la communauté perdait une sœur âgée de 38 ans, dont elle avait passé 22 en Religion: c'était la Mère Charlotte Parisé de St. Jean-Baptiste.
Le Récit nous la représente comme ‘enrichie du don d’une solide piété et de tous les talents désirables dans une parfaite Ursuline.” Malheureusement, la santé ne seconda pas son désir
être longtemps utile à la communauté et à l'Institut; Dieu la destinait à ceindre vite son immortelle couronne. ‘“ Elle fit avec une*grande générosité, le sacrifice de la vie et de tout ; la présence de sa mère, (1) à ses derniers moments, nous donna des preuves bien consolantes de son détachement et de sa vertu.”
heureuses sympathies De Deur soeurs.
Nous éprouvons une consolation toute singulière à réunir, dans un même souvenir, des âmes que rien, ce semble, n’a pu séparer, qui ont grandi dans une commune demeure, et que le Seigneur s’est ensuite attachées par la même vocation. Il s'agit actuellement de deux de nos anciennes mères, non-seulement unies par ce double lien de la naï:sance et de la vocation ; mais dont les instincts, les goûts, les aptitudes, Semblent à tous égards, avoir été identiques. Toutes deux, après s'être séparées du monde à la fleur de l’âge, à 15 ans, et à cinq années d'intervalle, ont parcouru
(1) Mme. veuve Parisé, née Michaud, résidait à notre Monastère en qualité de pensionnaire en chambre, comme cela se pratiquait alors assez fréquemment. Ecrivant en France en 1785, notre dépositaire disait : ‘ Vous m’obligeriez beaucoup, ma Rév. Mère, si vous vouliez bien faire dire 60 messes pour feu Mme. Parisé, qui a fait pendant près de 14 ans, sa demeure dans notre communauté. Elle est décédée au mois de janvier de la présente année.” En 1776, on demandait des messes ‘pour un jeune homine mort sans sacrements en arrivant de l’armée, au grand regret de sa famille. Une de ses tantes demeure chez-nous.”?
Se 122 LES URSULINES LE QUÉBEC.
la plus édifiante et utile carrière, jusqu'à ce que, parvenues à leur année jubilaire, elles l’aient célébrée dans toute la joie de leur âme, leur ferveur prenant un nouvel essor pour se disposer à la rencontre prochaine du divin Epoux. Elles se suivirent au ciel, presque au même intervalle où elles s'étaient suivies en Religion, et chose remarquable, ce fut la seconde, beaucoup plus faible de tempérament, qui dépassa alors la limite.
Cette dernière, que le Seigneur rappelait le 14 novembre 1773, était la Mère Louise-Claire Gaillard de St. Thomas, fille de M. Guil. Gaillard, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et de Mme. Cath. Nepveu. ‘“ Elle a porté le joug du Seigneur avec une ferveur exemplaire.. Pour surmonter les incommodités dont elle souffrait habituellement, elle était une des premières sur pied le matin, se portant à tous nos saints exercices ave une ardeur qui entraînait à l'imitation. C'est surtout lors qu'il s'agissait de l'instruction de nos jeunes élèves que son zèle s’enflammait davantage; elle oubliait alors. complètement toutes ses douleurs eë ses infirmités. Ce ne fut que dans sa 72e année que son courage et son énergie naturelle durent céder à la violence du mal; elle résigna ses laborieuses et utiles fonctions ; et à peine avions-nous -essuyé nos larmes, de la mort de notre chère Sr. St. Jean-Baptiste, qu'il fallut les voir couler de nouveau par la perte de cette chère Mère, qui a travaillé avec un grand zèle pour le bien de notre communauté.”
La Mère Marie-Louise Gaillgrd de la Ste. Vierge, dont nous annoncions l'entrée en date du mois d'avril 1712, était passée de cette vie à une meilleure le 13 novembre 1764. Cette aimable Mère qui fut supérieure par commission de Mer. Dosquet, en 1735, nous est présentée avec un bel éloge dans nos Régistres. ‘ C'était, une personne de beaucoup d'esprit, capable de tous les emplois, et qui a fait honneur à ceux qu’elle aexercés. Elle avait été mise pour la troisième fois maîtresse-générale des pensionnaires, quand elle fut frappée de sa maladie mortelle. Sa patience fut héroïque ; malgré son âge et ses souffrances, elle tenait toujours à suivre nos saintes observancéé, et à être des premières au chœur à 4 h. du matin. L’obéissance l’obligea à garder enfin l’infirmerie; mais son zèle pour notre saint Institut
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‘# En septembre, des vomissements alarmants se joignirent à ses autres maux, . Cette chère Mère nous était très-nécessaire ; nous fîmes l'impossible, tant par prières que par remèdes, pour la conserver à la communauté; Dieu, qui a compté nos jours et qui connaît le moment de récompenser ses élus, ne nous a point exaucées. Elle reçut les derniers sacrements le jour de la fête de Ste. Ursule, notre patronne, et trois semaines plus tard, elle était entrée dans la bienheureuse éternité. Toujours douce, patiente au mi- , lieu des douleurs les plus aiguës, sa volonté était perdue en celle de Dieu, ne pouvant plus vouloir que ce qu'il voulait. Sa vie silencieuse et intérieure, en même temps qu’extrêmement Jaborieuse, lui avait mérité de grandes grâces de son céleste Epoux. Son tendre amour pour la Reine des Vierges la portait à dédier à sa chapelle, dont elle fut longtemps sacristine, ses plus beaux bouquets et ses plus fraîches guirlandes; espérons que cette Mère de bonté la couronne aujourd'hui, en retour, des fleurs d’immortalité cueillies dans les jardins de son divin Fils.”