QUÉBEC ASSIÉGÉ PAR LES BOSTONNAIS
L faut ramener nos lectrices à des scènes de guerre et de dévastation; mais qu’elles se rassurent, le détail en sera moins épouvantable qu'au temps des Iroquois, et moins sanglant qu'aux jours de la conquête.
Depuis longtemps les colonies américaines s'agitaient sous les taxes imposées par la métropole, quand, en 1774, se trouvant fortes déjà de trois millions d'habitants, elles se déclarèrent ouvertement hostiles à la mère-patrie ; elles firent même entendre des protestations contre l'acte qui améliorait la situation religieuse de
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notre propre pays; il est vrai qu'ensuite elles avaient fait répandre parmi les Canadiens, des Adresses et des Circulaires où ressortaient de la manière la plus attrayante, les grands mots de ‘ Liberté, Iudépendance !” mais c'était trop tard.
Nos pères, dont la situation depuis quatorze ans, avait été rien moins que satisfuisante, et qui ne savaient pas encore quelle serait la portée des adoucissements tardifs qu'on venait de leur accorder, furent un peu émus de cet appel. Toutefois, le clergé etla noblesse dont les vues étaient plus éclairées, comprirent de suite que l'intérêt du pays, autant que le devoir, les rattachait à l'autorité britannique; mais ils ne purent pas tout d’abord maîtriser une certaine partie de la population, Quant aux Anglais (1) des villes, voyant qu'il ne leur serait plus possible de dominer comme auparavant, ils se montrèrent assez disposés à embrasser la cause américaine. Bon nombre aussi, tant d'un côté que de l'autre, se tinrent à l'écart, prêts à crier selon l'occurrence: Vive le Roi, ou vive la République !
La situation du gouverneur Carleton, devenait extrêmement diflicile ; comment dire, au milieu de cette sourde fermentation des esprits, qui était ami, qui était ennemi du gouvernement? Parmi la population canadienne même, l'anxiété devait être pénible pour les gens sobres et sérieux, qui envisageaient une collision comme inévitable. C'est sans doute à cette poignante inquiétude que faisait allusion notre Mère St. François, écrivant en septembre 1775, aux Ursulines de Paris : ““Redoublez-nous vos saintes prières, je vous prie; nos besoins sont extrêmes; nous nous trouvons dans les plus tristes circonstances où nous nous soyons jamais trouvés. Il n’est point de mon ressort, ni de la prudence de vous en faire le détail...”
(1) Voir l'Historien Garneau. .
Cependant, les Américains, sûrs selon eux des sympathies canadiennes, se disposaient à envahir le pays. Montgomery avait ordre, en laissant Boston, de venir par le lac Champlain s'emparer des forts Chambly et St. Jean ; de se diriger ensuite sur Montréal et Trois- Rivières, et rejoindre Arnold à Québec. Washington avait chargé ce dernier de traverser les épaisses forêts au sud de nos frontières, pour remonter la rivière Kénébec, et descendre ensuite la rivière Chaudière et le fleuve St. Laurent jusqu’à la capitale. Ce trajet, Arnold l’accomplit au milieu de difficultés incroyables, dans la saison désavantageuse de l'automne, et au prix de la vie d’un grand nombre de ses soldats. Le 13 novembre, il avait traversé le fleuve, au Foulon, et paru, mais sans presque s’y arrèter, sur les terres des plaines d'Abraham ; s'éloignant un peu de la ville, il passa environ une semaine dans les environs, amassant et enlevant, pour faire subsister ses 800 hommes.
Trois jours plus tard, notre correspondante écrivait aux Ursulines de Paris les lignes suivantes, qui peignaient bien, il nous semble, la situation du Monastère à l’intérieur :
“ Continuez-nous, je vous prie, vos instantes et charitables supplications ; nous en avons un plus grand besoin que jamais, à la veille, ou plutôt au moment d’éprouver les rigueurs de la guerre la plus inopinée, et dans la plus triste saison. Prenez-nous, chère Mère, prenez-nous en pitié, d'autant plus que nous sommes encore à nous demander quelle sera notre destinée à l'avenir. Plongées à présent dans la peine, l'inquiétude et le chagrin le plus amer, nous venons de rendre à leurs parents nos pauvres pensionnaires, à l’exception d’une quinzaine qui sont de loin, et qui restent auprès de nous pour partager nos périls et nos misères,”
Mais le Récit du cloître n’a pas manqué d’enrégistrer les événements de ce mémorable hiver où, par bonheur, l’on eut plus de peur que de mal. Leton
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de l’Annaliste laisse entrevoir qu’on rit d'autant plus volontiers, après cette longue panique, qu'on s'était fait une idée plus formidable des malheurs qui menaçcaient.
“Je laisse aux Historiens à rapporter en entier et en détail, ce qui s’est passé entre la Grande-Bretagne et ses colonies de l'Amérique Septentrionale, depuis 1772 (1) qu'ils sont en guerre. Je vais simplement noter ici ce qui nous est arrivé depuis 1775, où les Américains, sans en avoir été priés, eurent la bonté de venir par en haut et par le sud investir le pays.
‘ Le général Montgomery commandait l’armée d’en haut, et M. Arnold, celle du sud. Ils se mirenten mouvement en septembre, et se rendirent en peu de temps, maîtres des campagnes de la rivière Chambly. Ils firent dresser deux batteries à Sorel. M. Carleton, général du Canada, qui était à Montréal, (2) se trouvait prisonnier, sans un Canadien nommé Bouchette, qui fut assez heureux que de le passer durant la nuit dans sa barque sans que
(1) Depuis plus de 40 ans, l'Angleterre, redoutant l'influence croissante de ses colonies d'Amérique, avait mis de fortes entraves à leurs progrès, imposant des droits excessifs sur leurs exportations. Les colons anglais qui, pour la plupart, avaient quitté la patrie plutôt en mécontents qu’en amis, souffraient impatiemment cette autorité qui cherchait à s’appesantir sur eux. En 1764, les difficultés se compliquêérent. La loi du timbre et autres tombèrent successivement sous la vive opposition des Américains ; mais la taxe sur le thé, qu'on voulut maintenir, avait soulevé à Boston, en 1770, des rixes sérieuses entre les citoyens et les soldats. L’irritation et l’animosité allèrent toujours croissant, tant dans la métropole que dans les colonies. Enfin, en 1774, on convoqua à Philadelphie un Congrès, où furent représentées douze provinces ; la Georgie seule manquait. C'est dans ce Congrès que l’Acte de Québec de 1774, fut condamné comme trop favorable aux Catholiques du Canada.
(2) Se voyant sans ressources, le Gouverneur résolut de revenir en toute hâte à Québec. Malheureusement les vents lui furent contraires, et il eût été pris à La Valtrie, sans son déguisement en villageois et le sang-froid du capitaine du brigantin Le Gaspé, M. C. L. Bouchette, qui, ayant couvert de flanelle les bords et en partie les rames de sa
barque, le fit échapper à la faveur de la nuit. Il parvint ainsi en fugi-
l'ennemi s’en apercût. La ville n’était pas fortifiée et par conséquent, était fort peu en état de défense. Le Général (1) eut bientôt vu à tout. Il donna ordre à tous ceux qui ne voulaient pas défendre la ville de se retirer. Il y en eut alors un grand nombre qui se dispersèrent dans les campagnes. Il resta à peu près dans Québec 1500 combattants, qui éprouvèrent les plus grandes fatigues. Un nombre, tant anglais que français, un peu à leur aise, ont fait la guerre à leurs frais. (2) Ils n’ont pas eu un remercîment de la Grande-Bretagne, les faveurs ont été pour ceux qui s'étaient retirés de la ville; cependant, la garnison a été jour et nuit sur pied depuis le 1 octobre 1775, que le général Mont-
tif à Trois-Rivières, au moment où les ennemis y entraient; arrivant à la Pointe-aux-Trembles le 19 novembre, il échappa à peine aux soldats du colcnel Arnold, qui y attendaient le général Montgomery. Quant à ce dernier, après s'être vu ouvrir les purtes de Montréal et de Trois- Rivières, où ne se trouvait aucune garnison, il descendait triomphalement le fleuve dans la flotille enlevée à l'expédition du Gouverneur. Hist. du Canada par Bibaud.
(1) Les murailles, du côté de la campagne, avaient été garnies de mortiers et de canons ; du côté de la rivière St. Charles et du fleuve, il y avait sur le bord du Cap, au-dessus de la Basse-Ville, des palissades et des murs hériseés de grosse artillerie. La Basse-Ville mème était défendue, au centre, par des batteries placées sur les quais, et vers ses deux extrémités, par des barrières. Au bout de la rue Champlain, au-dessous de la Citadelle bâtie depuis, on avait dressé deux barrières, à quelque distance l'une de l'autre, avec du canon, pour fermer le sentier étroit qui courait entre le pied de la falaise et le fleuve. A l’autre extrémité de la Passe-Vilie, le bont des rues St, Pierre et Sault-au-Matelot, avait été barricadé, et le quai voisin couvert d'artillerie. Plus de150 bouches à feu étaient en batterie dans la Haute et dans la Basse-Ville, aux premiers jours de décembre. La ville avait une garnison de 1800 hommes, dont 550 canadiens, abondamment pourvus de provisions de guerreet de bouche pour huit mois. : Gayrneau, Hist, du Canada.
(2) Ces généreux défenseurs, qui combattaient ainsi à la manière des chevaliers du MGyen-Age, établissaient un contraste déshonorant pour ceux qui fuyaient au moment du danger, et aussi, pour les Canadiens partisans des insurgés, que leurs compatriotes décorèrent de l’épithète de ‘ Congréganistes,”” ou amis du Congrès.
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‘“ L'ennemi envoya sommer la ville de se rendre; on ne leur fit point de réponse. (1) Ils commencèrent à canonner et à bombarder le 4; cela continua jusqu’au 31 décembre, qu'ils firent une attaque générale à trois endroits des murailles pour y attirer le monde ; mais leur plan était deivenir par le Cul-de-Sac et par le Sault-au-Matelot,
# M. Montgomery fut tué avec bien de son monde, par une batterie masquée de la porte méridionale de la Basse-Ville; (à Prèsde-Ville, rue Champlain) M. Arnold, qui était au septentrion (rue du Palais), fut blessé à la première décharge et seretira avec vingt hommes. Le reste fut serré dans une sortie qui se fit par une porte du palais: ils se trouvèrent entre deux feux, et furent tous tués ou faits prisonniers, (2) La perte des ennemis dans cette journée monta à 800, tant tués que prisonniers. Ils étaient aussi entrés dans la Basse-Ville du côté du Sault-au-Matelot, et ils avaient passé deux barrières quand on s’aperçut qu'ils donnaient leurs forces de ce côté. Ils étaient déjà dans le premier corps-degarde quand on y courut à la hâte. C'était à 4 heures du matin dans une grande poudrerie. La compagnie des Volontaires, qui furent les premiers rendus à ce poste, se trouvèrent à se donner la
(1) Sinon par la bouche des canons, comme en 1690. Une lettre des assiégeants, apportée au Gouverneur par une femme, fut traitée avec le dernier mépris, et brûlée sans avoir été ouverte. Cependant, dans les jours suivants, les Américains jetèrent encore dans la ville plusieurs lettres au moyen de flèches ; les unes étaient adressées au Gouverneur, les autres aux citoyens. Mais ces lettres tombaient rarement sous les yeux de ces derniers ; elles étaient aussitôt ramassées et portées au château.
(2) Une trentaine d'officiers, dit M. le G. V. Taschereau dans son Hist. manuscrite, furent alors enfermés dans le Séminaire, de là, sans doute le nom de salle des américains donné à l'appartement où ils logèrent. Ils pleurèrent en voyant l'épée de leur Général, dont ils ignoraient la mort. Le corps de Montgomery, retrouvé à moitié enseveli sous la neige, fut inhumé dans la ville avec tous les honneurs dus
main avec les ennemis qui disaient: Liberté, liberté! Les pauvres gens se regardaient maîtres de la place, et évidemment, ils ne voulaient point faire de mal aux Canadiens. Mais en peu de temps les choses changèrent de face; la garnison prit courage, ou plutôt, Dieu vint au secours et en moins d’une heure les rendit victorieux. Après cette victoire, nous fûmes assez tranquilles jusqu’au 16 de février 1776, où les Américains reçurent des renforts. Ils dressèrent deux nouvelles baiteries, l’une à la Pointe de Lévy, l'autre à la Canardière, vis-à-vis l'aile de la communauté, Les deux premiers boulets arrivèrent, l'un à l’infirmerie et l’autre à la chambre des novices, et brisèrent une fenêtre et un lit. Nous Ôtâmes les châssis. Ceux qui étaient sur les murs virent presque aussitôt les ennemis baïsser leur batterie. Quelque temps après, nous reçûmes encore un boulet, qui passa par deux fenêtres de l'église et fut frapper chez un voisin. Le Seigneur nous a protégées, prenant en pitié de pauvres religieuses qui n’ont d'autre part à la guerre que d'en souffrir les peines inévitables, Cependant quelque ccurage que nous ayons eu À nous soutenir, depuis Je 1 décembre jusqu'au 6 de mai, où fut levé le siéxe, (1) il faut avouer que cette époque n'était pas agréable : vivre au milieu des alertes qui s'annonçaient par le son sinistre du tocsin, les cloches ne sonnant que pour cela ; être étourdies jour et nuit par le roulement du tambour et le bruit des canons; n'avoir pas une voûte
à son grade militaire. Il s’était partout montré très-humain à l'égard des Canadiens, dans cette dernière et malheureuse campagne.
Au milieu des ravages exercés dans les campagnes voisines de Québec, les écoliers, qui s'étaient enrôlés pour combattre les agrese seurs en 1775, eurent le désagrément de voir brûler leur asile champêtre de la Canardière. Cette maison fut rebâtie en 1777, avec un étage de plus, ce qui probablement consola bientôt de la perte de l’ancienne,
(1) Le général Thomas, qui était venu au commencement de mai prendre le commandement de l’armée ennemie, ne trouva plus que 1000 combattants, de 1900 portés sur les rôles: les favignes, la misère et la petite-vérole, pendant un hiver cù le froid fut d’une rigueur extraordinaire, avaient réduit ces pauvres gens à la plus triste condition. Ayant eu nouvelle qu’il arrivait des renforts d'Angleterre, le Général
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sûre pour nous mettre à l'abri, n’en ayant qu'une fendue (1) qui nous servait de chapelle ; tout cela n’était pas rassurant, Le 15 décembre, nous fimes nos élections comme des braves au bruit des bombes et des boulets. Les observances se sont aussi faites exactement dans notre petite chapelle, malgré la rigueur de l'hiver. Aucune n’en à été absolument incommodée, ce qui pourrait passer pour une petite merveille. Il est vrai que l'agrément d’être toutes ensemble chez nous, avec un honnête nécessaire, par la prévoyance de notre dépositaire qui avait fait bonnes provisions de toutes choses, nous à aidées à porter les peines inséparables de la guerre.”
Cette dernière réflexion nous reporte naturellement au siége de 1759, et montre combien il était difficile d'oublier de pareilles épreuves.
Complétons le Récit par quelques extraits des corresdances. C’est encore la Mère St. François, dépositaire, qui va nous donner ces détails intimes. :
‘Je vous parlais en fille un peu effrayée l'automne dernier, disait-clle, écrivant À Paris; mais il faut convenir que ce n'était pas sans raison. I[nvesties par nos voisins rebelles dans une saison aussi pénible que l'hiver du Canada, nous avions lieu de craindre tout ce qu’une guerre civile a de plus effrayant; et si le Seiyneur ne nous eût pas renouvelé ses anciennes miséricordes, nous eussions succombé sous les coups de l'ennemi. Nous l'avons éprouvé plus que personne, cette miséricorde du Dieu de toute bonté, qui nons a encore une fois préservées toutes des accidents auxquels nous étions exposées, n'ayant point de voûte sûre où
crut prudent de plier bagage et de prendre la direction des frontières. Les soldats épuisés répondirent de si bon cœur à son appel, que la plupart jetaient leurs armes pour fuir plus à l'aise. Cependant Carleton, poursuivant les ennemis, leur prit leur artillerie, leurs munitions, leurs bagages, et plus de 200 malades. Bon nombre des malheureux fugitifs ne durent la vie qu'à l’humanité des Canadiens qui leur fournirent des vêtements et des vivres ; leur Général mourut de la contagion en arrivant à Sorel.
(1) Vieux Dépôt actuel.
nous retirer, ni le jour ni la nuit. Nous n'avons reçu que deux seuls boulets dans toute l'étendue de nos bâtiments, et pour tout dégâts, une croisée emportée, le lit d’une novice brisé, et Ja couverture de notre église percée des deux côtés ; et cela, à la veille de notre délivrance, et parmi une multitude de boulets et de bombes qui pleuvaient sur nous de quatre batteries différentes, auxquelles nous pouvions servir de blanc par l'élévation de notre maison.”
‘“ Nous serions des ingrates, écrivait vers le même temps la Mère St. Louis de Gonzague, si nous ne bénissions mille fois l’Auteur de tout bien, Celui qui soutient et console les siens au milieu des aifférentes épreuves de la vie.
# Vos bonnes et ferventes prières, mes chères Mères, nous ont obtenu un redoublement de courage qui nous a transformées en héroïnes. Vous savez que nous avons essuyé un siége de six mois, ayant été bloquées par ros voisins rebelles jusqu’au six de mai. Je vous laisse à penser les ser‘iments de pauvres filles en pareille circonstance, voyant continuclement le feu, et menacées à tout moment par les bombes et les boulets. Enfin nous existons encore, ct nous vous supplions, mes très-chères Mères, de vouloir en rendre pour nous au Tout-Puissant mille actions de grâces. Veuille le Ciel, propice à nos vœux, rendre enfin la tranquillité à ces provinces, et nous faire jouir d'une paix inaltérable.”?
Le gouverneur Carleton, après avoir rejeté les ennemis en dehors des frontières et s'être rendu maître du lac Champlain, mit fin à la campagne du Canada. Les Américains, huit mois après leur départ de Ticondéraga, y revenaient affuiblis et vaincus ; maïs leurs succès, dans leur propre pays, les dédommagèrent amplement de cet échec.
Quant aux Canadiens ‘ Congréganistes,”” ils avaient été de bonne heure rassasiés de leur triste rôle ; dès le printemps, il n’en restait presque plus sous les drapeaux républicains. Toutes les promesses des envoyés du Congrès les émurent peu. Comparant les concessions qu’ils venaient d'obtenir de la Grande-Bretagne
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aux priviléges dont la République les flattait, mais que le passé ne garantissait nullement, ils semblent pour la plupart s’en être invariablement tenus depuis au vieil adage si commun parmi nous: “ Un je liens, vaut mieux que deux lu l'auras.”?
À part quelques terreurs paniques, la ruine de certain nombre de particuliers, et une grande frayeur des Bastonnais répandue (1) au loin dans les campagnes, l'expédition contre le Canada fut à peu près nulle ; elle peut être regardée comme la plus téméraire et la plus malheurense des entreprises des insurgés en faveur de la liberté. Nos lectrices savent qu’à partir de 1776, le territoire des provinces (2) révoltées devint le théàtro
(1) Bien des bonnes gens conservèrent longtemps comme mot d’épouvante pour les enfants mutins la menace de les donner aux Bastonnais. Cette impression se rattachait plutôt aux effets inévitables de la guerre qu'aux individus ; car, comme on vient de le marquer, les commandants avaient reçu ordre, et s'étaient efforcés de mériter les sympathies canadiennes.
Nous devons à d. M. LeMoine Ecr., d’avoir lavé le caractère du général américain Montgomery, de tout reproche de cruautés commises en aucun temps sur le sol canadien : il a prouvé à l'évidence que ce n'était pas lui, mais bien un tout autre Montgomery qui, commandant comme capitaine en 1759, avait commis des déprédations et des actes de barbarie dans la côte de Beaupré, près de Québec. C’est aussi au même écrivain qu'est dû l'exposé si complet qui justifie le général Montcalm, à l'égard du massacre des prisonniers anglais par les sauvages au fort Georg Grâces aux recherches historiques qui se font et aux documents anciens qui se publient, nous touchons au temps où quelque Bancroft canadien pourra écrire avec assurance, l'époque si obscure de l’histoire du Canada depuis la concnête.
(2) Voici un abrégé bien suceinct de ces années de combats.
Après l'infructueuse campagne du Canada, en 1776, les insurgés subirent de nouveaux échecs. Quelques jours seulement après la déclaration d’Indépendance le # juillet, le général Howe força Washington de retraiter au delà du Delaware, tandis que la flotte améri-
caine du lac Champlain était détruite ; mais les victoires de Trenton
exclusif de la guerre, jusqu’à ce qu’à la paix de Versailles, en 1783, la Grande-Bretagne reconnût l'indépendance des Etats-Unis. Il n’est que juste de dire que, quoique les Américains soient demeurés presque une anuée entière en armes, sur le territoire canadien, ils ont observé les lois de l'humanité, ils n’ont commis aucun acte de barbarie, de vandalisme. Ce qui n'a pas empêché que plusieurs familles, (dont nous pourrions facilement donner les noms), qui commencaient à se relever de la ruine causée par la conquête, n'aient été de nouveau réduites à la plus grande pauvreté, par le fait de l'invasion ‘américaine. Nous ne citerons ici qu’un seul trait, que notre ancienne Mère F. Giroux des Anges nous répétait souvent dans ses vieux jours. Elle nous disait que
et de Princeton firent regagner aux insurgés presque tout le terrain perdu.
En 1777, les Anglais d’abord s’emparèrent de Philadelphie; mais la prise de la forteresse de Stony Point, dans le sud, les victoires de Benningston et de Stillwater, dans le nord, et enfin le désastre complet de l’arméede Burgoyne, à Sarratoga, donnèrent aux Américains toute la gloire et les avantages de la campagne.
Le fort de la guerre se porta alors dans le sud. En 1778, après les combats de Camden, de Cowpens et de Entau Springs, lord Cornwallis se retrancha à Yorktown, où se décida finalement le triomphe de la cause républicaine. Washington feignant une attaque à New-York sur le général Ciinton, avait traversé rapidement le New-Jersey, la Pensylvanie, passé le Chesapeake, où il effectua sa réunion .avec l’armée de La Fayette. La flotte française, sous le comte de Grasse, venait en même temps jeter l’ancre à l'embouchure de la rivière York : toute issue était ainsi fermée à lord Cornwallis; et en octobre 1781, il dut se rendre à discrétion.
C’est en 1787, que dans une réunion de délégués à Philadelphie, la constitution de la nouvelle République fut définitivement arrêtée. En 1789, Washington fut appelé à la présidence. Cet ardent et sage défenseur des libertés de son pays mourut en 1799, âgé seulement de 68 ans.
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gon père, possesseur d’une tannerie considérable à Québec, avait été prié par le général Bostonnais de lui vendre de quoi chausser ses soldats, qui périssaient de froid sur les Plaines. Bon marché fait, il leur avait fourni du cuir pour mille paires de bottes ; mais Îles billets étaient encore à acquitter.—‘ Ah! les lapins ! ajoutait la bonne Mère ; ils se sauvèrent un jour plus
vite qu'ils n’étaient venus.”
6 2.--LA CLASSE ÉLEVÉE ET INSTRUITE DISPARUT-ELLE DU CANADA À LA CONQUÊTE ?
Eu traversant depuis quinze ans taut d’orages, tant d'annonces de départ et de ruine, nos lectrices ne se sont-elles pas demandé avec qui enfin nous allions nous retrouver et vivre? Quant à nous, cette question s’est souvent présentée à notre esprit. Imbue de cct avancé de la plupart des écrivains, que la classe élevée et instruite avait presque entièrement abandonné Je pays en 1760 et dans les années subséquentes, nos documents nous mettaient souvent en face de contradictions palpables, qu'il était naturel de che:cher à s'expliquer. Si toutes les personnes influentes étaient parties, pourquoi rencontrions-nous si fréquemment leurs noms? Plus nous avancions, plus nous étions convaincue qu’il devait y avoir erreur quelque part. C'est cette conviction qui nous a poussée à une investigation plus profonde et plus minutieuse des noms et des faits; et nous devons avouer qu’une lumière nouvelle s’est faite dans notre esprit. Nous sommes heureuses de pouvoir emprunter ici de longs extraits à un travail que notre Rév. Père Aumônier, M. l'abbé G. L. LeMoiïne, destinait à l'impression, et qui lui a coûté de longues recherches. Ce travail prouve abondamment que le pays a moins souffert par l'émigration qu’on ne l’a généralement cru.
Un point surtout que notre cœur ne pouvait admettre, c'était cette accusation grave portée quelque part, que la divine Providence avait fait disparaître la noblesse canadienne après la conquête, en punition de la mauvaise conduite de ses membres. Ah! un cœur canadien, fidèle aux souvenirs du passé, aux traditions de ses pères, n’eñt jamais même conçu une pareille pensée. Nous n’avons aucune objection que l'Histoire stigmatise l’Intendant Bigot et la plupart de ses employés, dont le plus grand nombre se trouvaient dans les villes et les forts un peu considérables ; ils ont mérité d'être accusés et condamnés. Nous serions même prête à faire une large concession à l'égard des employés de l'administration militaire, des officiers de l’armée, dont les mœurs étaient loin d’être irréprochables. Mais soutenir que le très-grand nombre de familles marquantes, appartenant à la colonie, a émigré après 1759, et marquer pour cause première le dessein providentiel indiqué plus haut, c'était une assertion qui donnait à réfléchir ; si elle se pouvait pardonner à un auteur étranger au pays, nous, au moins, devions voir aux preuves qu'exigeait une charge aussi flétrissante pour les premiers bienfaiteurs (1) du Canada, (1) Dans le sentiment de respect et d'admiration qui nous attache à ces nobles personnages qui présidèrent avec un si grand dévoue. ment aux destinées de notre cher pays, nous n'avons pas rencontré sans plaisir cette parole d’un grave publiciste, M. Royer-Collard : ‘6 Une naissance illustre sera toujours une grandeur, et le respect de la gloire passée prend sa source dans de nobles sentiments.”? Entendons maintenant le vénérable évêque dont la parole retentit avec tant d'éclat en Europe, et est toujours reçue avec une «i
grande avidité en Amérique. Voici ce que dit Mgr. Dupanloup au premier tôme de son beau travail sur l'Education : ‘ J'appelle grande
famille, grande race, grand nom, ces familles, ces races, ces noms que de mémorables services rendus au pays, à quelque époque que ce soit, ont fait historiques, qui ont conquis leur illustration par la gloire des
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dont tant de fois nous avons eu occasion d'exalter les vertus,
Nous n'avons pas malheureusement tous les documents désirables, à l'égard du point que nous avons à cœur d'établir ; néanmoins, il y a des noms et des faits
armes dans les camps; par leur habileté dans les hautes négociations et dans le maniement des afluires politiques, et par l'éclat des talents, et quelquefois du génie, dans les sciences et dans les lettres; enfin, dans la magistrature ou dans l'Eglise, par la sainteté des mœurset la grandeur du caractère....
‘ Voilà ce que j'appelle les grandes familles, les grandes races d’un pays. Eh bien! je l’avouerai sans détour, ces grandes familles, je les aime, je les respecte, je les vénère, parce que j'aime, je respecte, je vénère les grands souvenirs et les grandes choses. Je ne sache pas une nation dont elles ne soient la force et la gloire, et qui n’ait une inclination naturelle à leur demander ses chefs, ses guerriers, ses iministres.. .Il y a là peut-être un préjugé, mais il est profond ; et, sauf les temps de trouble où ce préjugé se tourne quelquefois en haine, on y revient toujours...
4 On se tromperait étrangement, si on pensait que le: révolutions se font parmi nous pour détruire les titres et les illustrations de naissance : les révolutions se font bien plutôt parmi nous pour les conquérir....Aussi c’est un fait curieux à observer: les révolutions dans notre pays n’ont su que multiplier les titres et les vanités de cette nature....
Un grand nom, c’est l'héritage d'une famille; et un homme illustre en donnant à ses fils l'éclat de la naissance, leur impose aussi l'obligation de ses vertus: car noblesse oblige, suivant un axiome d'honneur tout français... ..
‘ La vieille noblesse française Coit son antique honneur et sa gloire impérissable au sacrifice qu’elle a fait héroïquement de sa vie pendant quatorze siècles. Depuis Clovis, la race franque n’a pas cessé de verser son sang pour la cause de Dieu, des pauvres et de la patrie, sur tous les champs de bataille de l'Asie, de l’Afrique et de l’Europe. La noblesse nouvelle a glorieusement aussi conquis ses écussons et
les a payés de son sang, bien qu’elle ait encore besoin d’une tradition soutenue par de dignes héritiers et confirmée par le temps...
Si l’espace nous le permettait, nous laisserions le vénérable évêque nous expliquer la responsabilité qui pèse sur une haute naissance,
qui paraissent avoir été en partie ignorés de nos historiens, où qui n’ont pas été rapprochés de mauière à exposer la question dans son véritable jour,
Les noms que nous allons mettre sous les yeux de nos lectrices comprendront: lo. les officiers canadiens qui ont succombé dans les guerres de la conquête ; 20. personnes marquantes qui laissèrent le Canada après la conquête ; 80. les familles importantes qui n'émigrèrent
pas.
19, Officiers canadiens qui succombèrent durant la guerre de septans. Cette liste est très-incomplète, espérons que nous pourrons plus tard en remplir les lacunes.
Lieut de Jumonville, tué en 1754 ;—capt. de Beaujeu, 1755; —le troisième et dernier baron de Longueuil, 1755 ; —de Carqueville, de la Pérade, Hertel de Ste. Thérèse, les capt. de St. Pierre, de Longueuil, et du Sablé, le chevalier de St, Ours, 1759 ; —les chevaliers Denis de la Ronde et des Meloises, 1760, Qui jamais
Il nous prouverait que si ‘nul n’est fait ici-bas pour ne rien faire, nul aussi n’est fait pour être inutile à ses semblables.’ C'est l'oisiveté, dit-il, qui ‘‘ laisse échapper des mans de tant d’héritiers indignes le patrimoine de richesse ou d'honneur qu'ils avaient reçu de leurs pères: c'est l’oisiveté qui, comme un ver rongeur, mine sourdement et fuit enfin écrouler les fortunes établies en apparence sur les plus solides fondements, et prépare aux fils d’un père riche et considéré la détresse et le mépris pour tout héritage.
& Et de là, . . .tant de nobles familles ruinées ! tant de beaux noms tombés ! De là ces races illustres abaissées et quelquefois avilies, incapables de rien entendre, de rien gouverner, de rien établir, de rien perpétuer, et, au jour du péril public, de rien sauver! De là, ces antiques illustrations qui s’enveloppent peu à peu d’obscurité et disparaissent misérablement.. . .”
En appliquant d’une manière relative à notre pays cette appréciation du grand évêque d'Orléans, sur les noms que l’on entoure instinctivement de respect et de gratitude,et auxquels on ne demande de grandes choses que parce qu’on les considère davantage, nous y voyons un lien de plus dans l'intérêt de la société. En effet, que de devoirs n’impose pas la naissance pour se conserver l'amour et la vénération des peuples !
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s'avisera de leur reprocher d’avoir laissé la patrie, sans lui avoir légué de glorieux souvenirs ?
2° Canadiens qui ont émigré à la conquête,
On sait qu'en 1760, où le Canada devint de fuit colonie anglaise, le Gouverneur, l'Intendant, les fonctionnaires de l’administration militaire, la plupart des fonctionnaires de l'administration civile, M. de Lévis et 185 officiers, 2,400 soldats et artilleu:s, 500 matelots, quittèrent la colonie; mais remarquons que cette dernière catégorie d'émigrés ne renfermait presque aucun des habitants du pays; ils n'y faisaient que momentanément le eervice, C'està eux (1) que s'adressait le fameux sermon prêché à Montréal le 6 mai 1759.
Nous nommerons done comme appartenant à la colonie et ayant émigré :
1° Le marquis de Vaudreuil ; —Rigaud de Vaudreuil, frère du marquis ;—de Ramesay, lieutenant du Roi à Québec; nous ne connaissons rien que de digne dans ces illustres émigrés ; 20 les de Tilly, p. 193; (2) Les Le Neuf, 203;—les des Meloises, 221; (cependant en 1771, on trouve ici une dame des Meloises plaçant au pensionnat sa nièce et payant sa pension) —les de Repentigny :—les Juchereau de St. Denis, Notes p. VI, t. II ; — la famille du sieur Bedout, seigneur et membre du Conseil Supérieur, qui émigra en 1763 ; —M. de Villiers, célèbre officier, frère de Jumonville, qui se retira en Louisiane en 1760,—sur la tombe duquel, à la N. Orléans, on lit ces mots: ‘“ Rejeton d'une noble race..…..c’est au milieu des infortunes qu'il a montré son grand cœur.”
Les Hertel de la Frénière émigrèrent aussi en Louisiane.
Paul Joseph, chevalier de Longucuil, frère du second baron, militaire distingué en Canada, laissa le pays après la capitulation de Montréal. En 1767, il obtint congé de venir vendre ses
propriétés et repassa en France l’année suivante.
Dans le navire l'Auguste, parti de Québec le 15 octobre 1761,
(1) C'est aussi de Bigot et des siens qu’il s’agit dans la lettre de M. de Montcalm au maréchal de Belille.
(2) Ces références ont leur lieu au t. IT de cette Histoire :
et qui naufragea (1) sur l'Ile Royale le 16 novembre, périrent 114 personnes, dont suit la liste: Cupitaines : MM. les chevaliers de la Corne et Bécancourt-Portneuf ; Lieutenants : MM. de Varennes, Godefroy, Laveranderie, St. Paul, St. Blain, Morole, Pecaudi de Contrecœur ; —Ænseignes en pied: Villebon de Sourdis, Grochaîne Rainbaut, Laperière, LaDurantaye, Despervanche le jeune ; — Cadets à l'équillette : MM. LaCorne de St. Luc, Chevalier dela Corne, La Corne Dubreuil, (2) Senneville, St. Paul, fils, Villebond, fils ;— Bourgeois : Paul et François Héry, Léchelle, Louis Hervieux ;-—-Mesdames de St. Paul, Mézière, Busquet, Villebond ; — Miles. de Sourdis, de Senneville ev Mézière. De plus, suivont la Relation du naufrage publiée par St. Luc de la Corne Ecr., qui, avec six autres, avait échappé à la mort, il y avait dix-sept hommes de l'équipage, dix femmes tant de bourgeois que de soldats, seize enfants, huit artisans ou habitants, et trente-deux soldats.
3° Anciennes familles nobles ou importantes qui n’émigrèrent pas. Nous allons maintenant passer en revue ces noms qui se retrouvens mirmi la population canadienne après la conquête, et méme «te nos jours : il sera facile de voir que tous les personnages importents n’émi:rèrent pas.
La d’sccidance des de la Chesnaye, voir t. 11. p. (3) 190, et celle de la célèbre daiue de Grand-Maison, à l'exception de la branche des Chois>u, p. 188;—les de Martigny, p. 192 ; —les Joliet, p. 185 ; —les de la Haye et leurs alliés, p. 199;—les de Varennes dans plusieurs branches, p. 91 ; —les de Niverville ;—les Godefroy, p. 213 ;—les St. Luc de la Corne par la postérité féminine, dans la famille du commandeur Jacques Viger;—les de Lotbiuière, p. 351.
(1) Nos Annales notaient ainsi ce tragique événement : ‘Dans le cours du mois de novembre de cette année 1761, nous avons perdu un navire sur lequel se trouvaient plusieurs familles canadiennes qui passaient en France. Il ne s’est sauvé que 6 personnes. L’affliction a été générale dans presque toutes les familles du pays.
(2) Il est bon de rappeler que les familles marquantes donnaient différents noms ou titres à leurs fils.
(3) Ces références sont toujours par rapport au Tôme II de cette Histoire.
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HISTOIRE DU MONASIÈRE. 143
Après la conquête, Eustache Gaspard Michel de Lotbinière acquit pour ses trois filles, les seigneuries de Vaudreuil, de Rigaud et de Beauharnais, et les leur donna avec la seigneurie qui porte son nom; il mourut sans laisser de lignée masculine.
On trouve encore en Canada, longtemps après la conquête: Les Chaussegros de Léry, quelques membres seulement ayant émigré en France en 1760 ; —Les Juchereau Duchesnay, Notes p. VII ; — Les Liénard de Beaujeu ; —les de St. Ours par la postérité féminine ; —Les de Bonne de Miselle, descendants de l'illustre maison des ducs de Lesdiguières.
Les de Contrecœur ne disparaissent pas à la conquête ; au contraire, un Sieur de Contrecœur, Scigneur, se signala, dit Bibaud jeune, par sa charité et sa munificence : le dernier rejeton a été victime d’un accident à la chasse.
Le Chevalier de Belestre ne quitta point non plus son pays. Tant que les Canadiens furent éloignés des charges publiques, il cultiva son ch1mp comme Cincinnatus, et dans les jours meilleurs, il devint Surintendant des Voies publiques. n 1773, on le trouve à la pose de la première pierre de N. D. de Bonsecours avec deux autres Chevaliers de St. Louis. En 1775, où c’en était fait du Canada, si l'ennemi eût pu s'assurer de suite du poste frontière de St. Jean (1) qui était dépourvu de garnison, le Cher. de Belestre offrit ses services à Carleton, et il est beau de voir quel cortége de noblesse voulut marcher sous les ordres de ce vétéran, sans en excepter même M. de Longueuil. Les de Lotbinière, de Rouville, de Boucherville, de St. Ours, de la Corne, de Labruère, de Montigny, d'Eschambault, de la Madeleine, de Florimont, des Musseaux le suivirent, puis, suivant Bibaud d’où nous extrayons cette note, MM. de Montesson, de St. Luc, Duchesnay, de Rigauville, de Lorimier, de Tonnancour et de Salaberry.
(1) Dans cette circonstance, où les professions et la bourgeoisie, représentées par M. M. Perthuis, Hervieux, Moquin, Gaucher, Giasson, Beaubien, Campion, Lamarque, Foucher, rivalisèrent de zèle avec la noblesse, on sait que M. Picoté de Belestre reprit St. Jean, qui était tombé aux mains de l'avant-garde américaine, et qu'il reçut les remercîments publics du gouverneur Carleton. Il remit alors le fort au major anglais Preston, envoyé avec des troupes; mais il
Cette réunion de beaux noms n'indique certainement pas une émigration excessive, surtout quand on se rappelle qu'il y avait bien d’autres seigneurs, particulièrement dans le district de Québec, qui n’allèrent pas à St. Jean.
Les de Verchères paraissent s'être confondus dans les familles Boucher de Boucherville, ete., ete. et cela avant la conquête.
Les Denis de la Ronde chevaliers de St. Louis, n’ont pas tous émigré, car aussi tard qu’en 1842, le petit-fils de l’ancien chevalier tuisait une requête à la Législature canadienne demandant une indemnité de £500, afin d'aller s'établir aux Etats-Unis avec ses dix enfants.
Les de Lauson se sont éteints en Canada, p. 229. Les d’Aïlleboust de Musseaux, de Coulonge, de Mantet, d'Argenteuil, de Périgny, de Cuisy, se sont éteints en partie avant la conquête. Nous pensons pourtant qu’il existe des rejetons de ces familles dans le district de Montréal et dans celui de Trois-Rivières. Du reste leur nom :a toujours été honorable dans le pays. En 1764, il y avait au pensionnat deux Dlles. d’Ailleboust de Cerry.
La famille de Longueuil, Notes p. VIT. Joseph Dominique Emmanuel de Longueuil, fils du chevalier et seigneur de Soulange, est resté en Canada.
Nous pouvons nommer encore les Baby, et leurs alliés p. 195 ; — les Sabrevois de Bleury, p. 172 ;—les Hertel ; —les de Lanaudière; —Jes Couillard de Beaumont ;—les de Bellefeuille;—les d’Anteuil ;—les de la Gorgendière ;—les de Montigny, ete. Il y a encore plusieurs autres noms remarquables, que nos lectrices trouveront dans nos listes d'élèves après 1759.
Malgré la diminution que causa l’émigration dans la classe élevée, il resta certainement encore assez de personnes marquantes pour conserver parmi les Canadiens cet esprit droit, ces sentiments nobles et généreux
resta au poste du danger avec ses compagnons d’armes, repoussant dans un combat le général Schuyler, qui abandonna son armée ; et il défendit pendant 45 jours contre Montgomery, déjà maitre du fort Chambly, cette bicoque, qui avait fait éprouver cinq mois de retard à l’armée envahissante: St, Jean était un fort en bois!
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cette libéralité à l’égard des personnes d'une autre origine, cette urbanité de manières, cette hospitalité, qui les ont toujours distingués, et qui excitent encore aujourd’hui l’admiration des voyageurs et des étrangers. C'étaient aussi MM. Cugnet, Taschereau et Pressard qui, à la demande du gouverneur Guy Carleton, avaient fait sur la coutume de Paris, un travail qui mérita de grands éloges des jurisconsultes en Angleterre A Pet vrai que l'oppression exercée après la conquête sur la classe élevée et instruite du pays per les étrangers, ces gens si méprisables par le défaut d'éducation, comme le dit le général Murray lui-même en 1766, amena dans les conditions un certain nivellement, qui a contribué à nous induire en erreur sur la GASTON des personnes influentes. Pour faire moins d ombrage à ces parvenus du jour et être moins exposés à leurs vexations, les nobles effacèrent leurstitres ; les de, les le, et tout ce qui pouvait ressembler à quelque RANUE dans leurs noms mêmes disparut; ce fait nous a frappée eu transcrivant nos listes d'élèves depuis la conquête. Grand nombre de Gentilshommes aussi, ne oi pas jour de s’avancer en Canada, se disséminèrent dans les forêts de l'Amérique et sur les bords du Mississipi, sauf à revenir plus tard. Ou bien encore, comme nous Pavons déjà dit, les seigneurs retirés sur leurs terres, se confondirent avec leurs censitaires, souvent devenus plus à l’aise que leurs anciens maîtres, et ils ne gardèrent de leurs noms que la partie la moins sonore. ; M. Phil. Aubert De Gaspé, dans son ouvrage estimé, ‘ Les Anciens Canadiens,” nous montre sa famille, obligée d’habiter pendant plusieurs années le moulin seigneurial, que son aïeul avait d’abord fait reconstruire pour venir en aide à ses censitaires.
‘“ En consignant les malheurs de ma famille, dit-il dans ses Notes, j'ai voulu donner une idée des désastres de la majorité de la noblesse canadienne, ruinée par la conquête, et dont les descendants déclassés végètent sur ce même sol que leuïs anvêtres ont conquis et arrosé de leur sang. Que ceux cu: les accusent de manquer de talents et d'énergie se rappellent qu'il leur était bien difficile, avec leur éducation toute militaire, de se livrer tout à coup à d’autres occupations que celles qui leur étaient familières.”
Ce ne fut qu'après l'abolition du serment du Test, en 1774, que les Canadiens commencèrent à se relever. À mesure que l'administration devenait plus juste et plus libérale, et selon que les talents ou la bonne fortune les secondait, graduellement ils sortirent de l’ombre, et reprirent quelque influence. Voilà ce qui fait que l’on est tout surpris, aujourd’hui, de voir revivre des titres, des noms que l’on croyait à jamais disparus du Canada : nous connaissons plusieurs familles qui ignoraient, jusqu’à ces années dernières, leur belle origine.
Nous espérons que cet aperçu, par trop long du reste, ne sera pas sans intérêt pour nos lectrices. A quelque classe de la société qu’elles appartiennent, qu’elles se rappellent qu’il y a une noblesse de pensées et de sentiments qui survit aux distinctions de la naissance, et qui scuvent aussi les remplace; et que, sous ce rapport, elle doivent être heureuses de renouer la génération actuelle, à celle qui établissait il y a plus de deux siècles ce pays béni du ciel, et qui lutta si admirablement pour sa défense, toujours prête à mourir pour son Dieu et son Roï. Qu'’elles se rappellent aussi que dans ces {emps héroïques, pendant que les maris et les frères combattaient ou cultivaient leurs champs, la