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femme ne restait pas oisive: au foyer de famille, elle élevait dans la crainte du Seigneur la génération nouvelle, et à l'ombre du cloître, elle redoublait les prières et les sacrifices pour le salut de la patrie.
$ 3.—u0N VIEUX MILITAIRE SUISSE GOUVERNEUR DU CANADA.
‘ Le 7 juin 1778, disent les Annales, M. Haldimand est arrivé à Québec, le Général Carleton ayant demandé son rappel. Ce dernier a peut-être prévu qu'il lui serait difficile de conserver le-Canada. Il a montré bien de la conduite, de la prudence et de la grandeur d'âme, dans les circonstances critiques où il s’est trouvé. Sa bonté pour le peuple a été constante, mais ce qui l’a surtout rendu cher à ce pays, ce sont les bons procédés dont il a usé à l'égard de Monseigneur et du clergé, ne leur ayant fait aucune peine au sujet de la religion.”
‘ Deux jours après son arrivée,‘ le nouveau=Général est venu nous faire visite, accompagné seulement de M. St. Luc de Lacorne, son aide-de-camp, et d’un autre officier. Rien ne fut plus poli et plus gracieux ; mais c’est avec le temps que l’on connaît son monde... Espérons cependant qu'il marchera sur les traces de son prédécesseur.”’
Cette réserve de nos Mères dans leurs appréciations des hommes et des choses, nous a frappée à bien des reprises. Les apparences ne les séduisent pas; sans juger défavorablement, elles attendent du temps la confirmation des promesses même les plus flatteuses.
Voyons maintenant si l'expérience fut favorable au nouveau gouverneur. ‘ Au commencement de novembre, 1784,” trouvons-nous plus loin, “M. Haldimand, Général-en-chef, s’est embarqué pour repasser à Londres,
la cour l'ayant rappelé.” Il faut avouer que c'est une
grande sobriété d'expressions dans les Annales, toujours si disposées à transmettre à la postérité leur reconnaissance pour les bienfaiteurs du pays.
Quel était donc ce gouverneur originaire de la Suisse, homme à l'œil malin, dont l’éloge est si laconique ?
Le pays, il est vrai, n'était pas facile À gouverner à cette époque. Nousavons vu dans quelle position s'était trouvé le général Carleton, lors de l'invasion américaine. Ayant voulu, en 1777, inaugurer le Conseil nouveau, cette démarche ne fit que soulever de nouvelles agitations par la violence à laquelle se porta le parti anti-catholique. Des débats s’élevèrent aussi entre les seigneurs et leurs censitaires, et de bruyantes réclamations furent faites de la part des marchands de Québec, recrutés pour la plupart dane les rangs des braves qui avaient refusé de défendre la patrie au moment du danger. Cet état de choses avait dégoûté Carleton : c'étaiten vérité une pénible administration que celle de cette colonie.
Haldimand arrivait au milieu de cette effervescence. Naturellement brave, et dur à lui même, cet étranger enrôlé depuis longtemps au service de l'Angleterre, n’était pas non plus des plus doux à l’égard des autres. Il crut réussir par la rigueur. La suspension de la loi de l’Habeas Corpus, fut le grand sujet des discordes sous son administration ; Haldimand donna lieu à de graves mécontentements par les procédés arbitraires dont il usa en mainte circonstances, faisant emprisonner les gens saus forme ni procès, les retenant (1) des mois, des années même, ainsi séquestrés, sans qu'ils sussent pourquoi, et sans qu’il leur fût permis de communiquer avec personne.
À l’occasion des débats sur la loi de l’Habeas Corpus,
(1) Voir l’Historien Garneau.
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les Ursulines, de concert avec les religieuses de l'Hôtel- Dieu et de l’Hôpital-Général de Québec, résolurent d'élever la voix pour réclamer contre l'exclusion des communautés religieuses, de ce privilége accordé depuis le temps d’Alfred-le-Grand à tout sujet britannique. Elle présentèrent en 1784, au conseil législatif, une adresse ayant pour but de constater leurs droits individuels à la protection des lois du pays. Cette pétition dans laquelle les servantes de Dieu se qualifiaient de l’humble titre de “ plus petites servantes du Roi,” fut publiée en Angleterre et assez favorablement jugée. Ce fut surtout de la part de ceux qui s'étaient mis à la tête du mouvement qu'elle leur attira de grands éloges. M. du Calvet (1) entre autres écrivit à la Mère St. Louis de Gonzague, supérieure, une lettre où il lui jetait à pleines mains les compliments et les éloges, comme une véritable pluie de dragées. Du reste, cette pièce n'offre pas assez d'intérêt pour qu’on la transcrive ici.
Enfin le vieux militaire £uisse avait fini son règne ;
(1) M. Pierre du Calvet était un honnête citoyen de Montréal qui, sous la domination française, avait amassé une fortune considérable dans le commerce des pelleteries. En sa qualité de huguenot, il avait d’abord joui des faveurs du nouveau gouvernement ; on l'avait même nommé juge de paix, après le traité de Paris, en 1763, époque où l’on tentait d’inaugurer dans ce pays si catholique, les lois flétrissantes du code pénal. Du Calvet, qui était doué d’une âme ardente et généreuse, fut indigné de cette injuste oppression des races catholiques ; mais au lieu de se tenir dans les bornes d’une opposition modérée, il se laissa emporter par le ressentiment de quelques injures personnelles, et se fit autant d’ennemis qu’il y avait de gens en faveur dans le pays. Il passa en Angleterre et alla même jusqu’à intenter un procès contre le gouvernement colonial, et adressa au prince Régent, (depuis Guillaume IV), une pétition, sollicitant une réforme dans ies lois du pays. Il füt ainsi en grande partie, sans le prévoir, l'auteur de la constitution de 1791, comme le remarque notre Historien Garneau.
mais avant de lui donner son congé, nous allons citer un trait qu'on nous a conservé, en souvenir sans doute de ses aimables procédés dans la colonie en général. Les traditions du Monastère disent donc que le général Haldimand, se trouvant un jour un peu contrarié de ce que nos bonnes jardinières avaient refusé de cueillir ou de vendre le dimanche, à ses soldats, une salade, envoya le lendemain des gens d'armes, avec ordre de couper tous les pommiers d'un verger magnifique. Ce verger avait remplacé le bois charmant, rasé en 1691, par ordré du comte de Frontenac, pour les défenses de la ville. Après ce second désastre, les jardinières plantèrent en pleurant, sur ce terrain malencontreux, de jeunes pruniers, fruitiers abondants et délicieux qui, après avoir régalé les enfants du Monastère pendant plus de cinquante ans, furent sacrifiés à leur tour, maïs d’une manière plus consolante, en faveur du nouveau pensionnat bâti en 1858.
& 4.—BIENVEILLANCE DE LADY CARLETON POUR LES URSULINES ;5— Mme. JOHNSTON PENSIONNAIRE AU MONASTÈRE,
Les rapports de lady Carleton avec les Ursulinesfurent toujours empreints de la plus cordiale aménité. ‘ Un moment avant de s’embarquer pour l'Europe, dit le Récit, cette estimable dame vint faire une dernière visite à notre communauté et nous réitérer ses ad'eux. Elle avait avec elle ses trois petits messieurs, et la petite Dile. que nous n'avions pas encore vue. Mme. Johnston aussi l’accompagnait. Ce fut une visite des plus gracieuses. Elle présenta à notre Rév. Mère Supérieure, en la quittant, deux flambeaux d'argent, disant que c'était un petit souvenir pour notre église. Un catholique n’aurait pas fait les choses avec plus d’àpropos et de délicatesse.
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“Le 9 août suivant, (1777), Mme. Johnston est entrée chez nous en qualité de pensionnaire. Nous lui avons cédé un de nos parloirs, ce qui lui donne deux appartements, l’un sur la rue qui lui sert de salon,
l'autre sur notre cour intérieure, qui lui sert de chamy
bre à coucher. Mgr. ne s’est pu refuser au général Carleton, qui lui a demandé cette faveur pour le temps que durerait l’absence de M. Johnston, oflicier de la couronne qui passait à Londres avec lui.”’
Cette dame Johnston, parente du Gouverneur Carleton, nous est représentée par les traditions du Monastère comme le vrai type de ces nobles dames d’Albion, qui savent s'élever au-dessus du vulgaire par une éducation supérieure et une âme épurée de fanatisme religieux, bien plus que par un orgueil outré ou les extravagances de la toilette.
Au mois de juillet, 1778, M. Johnston étant de retour de Londres, sa dame sortit aussitôt de notre maison, rayonnante de bonheur de revoir son époux. Muis, Ô inconstance des joies de ce monde! cet estimable monsieur tomba malade et mourut peu après son arrivée, laissant sa triste veuve plongée dans une indicible douleur. ‘Tout le monde a été sensible à son affliction, dit le Récit, car Mme. Johnston est généralement estimée, et elle mérite de l'être pour tant de belles qualités qui brillent en elle.”
Ne trouvant aucun adoucissement à ses peines auprès de ses amis du grand monde, cette aimable dame voulut de nouveau se rapprocher du Monastère. ‘ Elle a montré en toute occasion un si grand attachement et tant d'estime pour notre communauté, qu'il eût été difficile de se refuser à l’empressement qu’elle a témoigné de revenir demeurer chez nous. Elle occupe les mêmes appartements que ci-devant.
‘ Cette dame, en tout temps polie et aftectueuse, ne causa jamais le moindre déplaisir À la sœur qui la servait, ni à qui que ce fût, et ce n’a pas été sans un sensible regret qu’elle quitta le Monastère au mois d'octobre 1779, pour retourner à :.ondres.”
$ 5.—ÉPREUvVES DU PAYS DE 1776 À 1783 ;—CORRESPONDANCE.
En terminant les détails sur l’expédition des Américains en 1775 et 76, nous allions dire que le pays n'aurait plus pendant longtemps de lutte à soutenir, quand une lutte d’un autre genre s’est présentée à nous, celle d’un peuple qui se débat sous l’étreinte de la gène, de l'inquiétude et de la pauvreté.
Si le territoire canadien avait cessé d’être le théâtre des hostilités, le fléau de la guerre n’en sévissait pas moins cruellement à leurs portes, et les années qui s’écoulèrent de 1775 à 1783, furent pour les Canadiens des années de crainte et de stupeur avec le cortége de la misère et de la détresse. D'ailleurs, la part queprit la France à la Révolution Américaine compliqua les difficultés. La navigation fut tellement entravée que le Monastère percevait à grand’peine ses revenus d'outre-mer ; tout s'élevait à un prix exhorbitant, tant dans ce pays qu’en Europe. De 1779 à 1781, nos Mères ne reçurent aucune nouveile de France.
“M. l'Abbé de Villars m'a bien recommandé, écrivait la Mère Dépositaire des Ursulines de Paris à cette dernière date, (1781), de ne rien mettre dans mes lettres, ct même, s’il était possible, de ne me servir que d’une demi-feuille, Messieurs les Anglais ne laissant pas passer le moindre paquet, ni lettre double ou avec des enveloppes. Le fléau de la guerre est bien terrible et celle-ci est bien longue. Notre ville n’est pas exposée, mais cela occasionne une cherté générale et nous fait tout avoir au poids de l'or.”
‘ La cherté de toutes choses nous écrase, écrivait notre dépositaire en 1782 ; le bœuf s’est vendu tout l'été 18 sols, 20 sols la