‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 47 sur 70 · M. DE MONTGOLFIER ET DEUX AUTRES BIENFAITEURS · texte numérisé non relu

M. DE MONTGOLFIER ET DEUX AUTRES BIENFAITEURS

Nous mentionnerons tout d’abord un homme aussi distingué par ses vertus éminentes que par ses qualités naturelles, M. Etienne de Montgolfier, prêtre du séminaire de St. Sulpice, arrivé en ce pays en l’année 1751.

Les lignes charmantes qu'il a tracées à la louange de Dile. Jeanne Le Ber et dont nous avons donné le texte au premier tome de cet ouvrage, nous ont déjà révélé ses sentiments à l'égard de notre maison ; mais pour juger de la bonté de son cœur et de la suavité de ses rapports, il faut en venir aux actes. ‘Au mois de juin de cette année 1760, disent les Annales, M. de Montgolfier, Sup. du Séminaire de St. Sulpice, à Montréal, ayant appris que nos terres avaient été ravagées et nos récoltes ruinées, eut la charité de nous faire parvenir 40 minots de blé, que nous avons semé

sur notre terre de la rivière St. Charles, qui est la seule dont l’enclos n'ait pas été entièrement ruiné.” Cet acte de bienfaisance, dont nos devancières veulent que la postérité du cloître se souvienne à jamais, fut loin d’être isolé. Peu après nous arrivait de la même part pour la valeur de 850 liv., et ce monsieur porta la délicatesse jusqu'à vrévenir la communauté dans les choses qu’elle avait plus de peine à se procurer ; c'était par exemple, en 1764, ‘deux pièces d'étamine à voiles, très-belle, pour toute la communauté.” Voici une des lettres de M. de Montgolfier à nos religieuses; elle est en date du 2 déc. 17738.

‘ Madame,—J'ai reçu l'honneur de vos deux lettres, l’une du 7 sept. et l’autre, du 22 nov., par lesquelles vous m'annoncez successivement la mort de deux de vos religieuses. Quoique je ne doute pas que le Seigneur ne récompense dès à présent dans le ciel, les vertus qu’elles ont pratiquées sur la terre, c’est toujours avec le plus sensible regret que j'apprends les échecs que cette colonie souffre de temps en temps par la perte de plusieurs âmes saintes, qui par leurs ferveurs et leurs bonnes œuvres, sont le soutien de la religion et l'édification des peuples.

‘ Je suis trop sensible à ce qui intéresse votre institut, et en particulier votre communauté, que je respecte infiniment et à laquelle je me tiens très-spécialement uni, pour oublier au Saint autel les chères sœurs que vous me recommandez. Je n'ai pas manqué de les recommander à mon tour à mes confrères, et je vais à présent m'adresser à vous pour une cause semblable.

‘ Aujourd’hui, 2 déc. nous venons de perdre M. Ant. Faucon, l’un des prêtres de notre séminaire, après avoir reçu tous les sacrements et les prières ordinaires de l'Eglise. Sa mort sainte et édifiante a été l’écho et la récompense des vertus dont il nous avait édifiés pendant tout le temps de sa vie. Il avait 59 ans dont il avait passé plus de 30 dans cette colonie, étant arrivé de France avec Mgr. de l’Auberivière, et depuis ce temps il a toujours été occupé avec une édification particulière aux fonctions du saint minis. tère, Depuis plusieurs années, ses infirmités l'avaient mis à la

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vérité, hors d'état de travailler beaucoup extérieurement ; mais il a compensé cette espèce d'inaction par sa patience dans les souffrances, et par sa ferveur dans l’accomplissement de tous ses devoirs. C’est une perte pour notre maison, à laquelle je ne doute pas que vous ne preniez beaucoup de part, Je le recommande à vos prières et à celles de toute votre communauté,

“# C’est de vous que j'attends par à ma plus grande consolation, ayant l’honneur d'être avec une confiance particulière et beaucoup de respect, madame etc,”

M. de Montgolfier qui, dès son arrivée dans le pays, avait su connaître ct apprécier le mérite de ceux auxquels il venait s'associer, s'était bientôt entouré luimême de l'estime universelle. Aussi fut-il celui sur lequel on jeta les yeux, lorsque le chapitre de la cathédrale de Québec résolut d’élire un évêque. Dieu qui voulait sanctifier par l'épreuve cet homme estimable, permit comme on l’a vu que le Gouvernement Britannique s'opposât à ce choix, et lui préférât un autre membre du clergé non moins digne de notre admiration, Mgr. J. O. Briand.

Vingt-deux ans plus tard, en 1785, la mitre fut offerte à M. de Montgolfier par le représentant du roi d'Angleterre. Ce saint prêtre en y renonçant fit voir combien peu il estimait les honneurs de la terre, et que s’il avait su se prêter une fois aux vœux et aux besoins du pays, il savait apprécier à leur valeur les avantages d'une sainte et salutaire obscurité.

Ce fut le 27 août 1791, que mourut M. de Montgolfier, après avoir souffert pendant environ six ans des suites d’une cruelle attaque d’apoplexie. Deux confrères seulement lui restaient pour adoucir ses derniers moments : M. Brassier, Sup. et M. Poncin. Pour soutenir cet établissement précieux qui devait dans les

vues de la Providence survivre à l’épreur:, les Mes. sieurs de $. Sulpices’associèrent quelques jeuies prêtres

du pays, et bientôt arrivèrent les illustres exilés français, hommes d’une vertu éprouvée dont plusieurs s’agrégèrent au Séminaire de Montréal et en affermirent dès lors la prospérité.

Au commencement de l’année où s’éteignait M. de Montgolfer, le ciel enlevait à ce pays un autre prêtre estimable, M. Le Güerne, curé de St. François, île d'Orléans. Ce vénérable prêtre s’est aussi placé d’une manière spéciale sur la liste de nos bierfaiteurs, par un legs qui gratifiait notre communauté de près de 3,000 livres.

Nous abrégerons ces détails en disant que quelques années plus tard, ‘ Messire P. René Hubert, curé du Château Richer et de l’Ange Gardien, nous constituait héritières de son Grand Dictionnaire de Trévoux, en 8 vol. in quarto, estimé 72 livres.” C'était bien alors un trésor qu’un dictionnaire français aussi considérable.

6 2.—8. A. R. LE DUC DE KENT ASSISTE À UNE PROFESSION RELIGIEUSE— FIN TRAGIQUE DE M. HUBERT, CURÉ DE QUÉBEC.

L'année 1791, fut signalée par un événement qui fit sensation dans le pays; car ‘ au commencement du mois d'août, arriva ici avec son régiment S. A. KR. le prince Edouard, duc de Kent.”

Un peu plustard, le Récit ajoute : “Le Prince désirant voir une de nos cérémonies religieuses, demanda et obtint la permission d'entrer au Monastère, le 20 décembre, pour assister à la profession de ma sœur Marie de l’Incarnation. Il suivit la cérémonie dans notre chœur, accompagné de M. Hubert, curé de Québec, et d’un grand nombre d'officiers. Sa Grandeur vint ensuite rejoindre le Prince et le conduisit dans les différents département: du Monastère. Son Altesse s’informait partout d’une manière très-gracieuse de notre genre de

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vie. Il fut reconduit en dernier lieu à la chambre de notre Rév. Mère Supérieure, où se trouvait une table couverte d’un excellent dessert. Son Altesse y fit honneur, et se retira, dit-on, très-satisfaite. Une heure environ après son départ, le Prince envoya à notre Communauté lasomme de 280 liv., pour la valeur de trois guinées au plus d'ouvrages en écorce que nous lui avions présentés.”

L'affabilité du Prince charmait tout le monde; mais sa bonté parut d’une manière bien sensible dans l’événement douloureux dont le Récit nous transmet ainsi les détails : “Le 21 mai 1792, notre ville de Québec a fait une perte immense en la personne de M. Augustin David Hubert, son curé. Les infirmités de ce digne prêtre nous faisaient craindre de ne pas le posséder longtemps; mais sa perte est devenue deux fois déplorable, par l’accident funeste qui l’a enlevé à la vue de ses ouailles et sans qu’il fût possible de lui porter secours. Il était parti en chaloupe avec 14 personnes (1) pour traverser à l’île d'Orléans. Vis-à-vis la pointe de Lévi, la chaloupe qui était trop chargée s’enfonça. Le bruit de ce triste événement'se répandit en un moment comme l'éclair; les cris et les sanglots éclatèrent de toutes parts; mais le malheur était irréparable! Des chaloupes furent occupées jour et nuit, avec toutes sortes d'instruments, pour retrouver le corps; le Prince fit même à plusieurs reprises plonger ses soldats, mais tout futinutile ; ce n’est que le 6 de juin qu’on le trouva sur le rivage.

‘ Le peuple a vivement ressenti cette perte, particulièrement les pauvres, dont il était l’appui, le soutien et le père. La fabrique, dès le temps de l’accident,

(1) De ce nombre se trouvaient M. et Mme. Fortin, oncle et tante de notre Rév. Mère St. Gabriel,

lui avait fait faire un service (1) solennel. Son corps fut inhumé dans la chapelle de la Ste. Famille, où il avait lui-même choisi sa sépulture.”

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