RELIGIEUX
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réaction en Canada, et paralyser toute résistance do la part des Jésuites du pays, surtout sous un gouvernement qui avait intérêt à les anéantir.
La calomnie et le mauvais vouloir, fruits du Jansénisme et de l'impiété, préparaient depuis longtemps en France la chute de la société.
“ Si votre état est incertain,” écrivait au printemps de 1762, le R.P.de Launay notre Procureur en France, ‘“ le nôtre l'est encore bien davantage, puisque nous nous voyons ici à la veille d'être ou détruits ou dispersés, ce qui reviendrait au même. S'il nous arrive d'être chassés de Paris, je ferai en sorte que vos contrats, vos registres et votre argent passent entre les mains de vos sœurs, les Mères Ursulines de la rue St. Jacques, à qui je n'aurai pas besoin de recommander vos intérêts, puisqu'elles en seront aussi soigneuses que des leurs propres. Je ne vous dirai pas sur quoi l'on se fonde pour nous anéantir. Les évêques du Royaume se déclarent hautement en notre faveur, mais ils ne sont pas écoutés. Nous sommes résignés à tout ce que le Seigneur permettra, et nous tâcherons d'en profiter pour notre sanctification particulière. Recommandez-nous de plus en plus aux prières de votre fervente communauté...”
On sait que l'iniquité fut consommée sous le gouvernement faible et corrompu de Louis XV. En 1768, le même Père écrivait de St. Malo aux Ursulines de Paris :
“Je bénis le Seigneur qui vous conserve pour la chère communauté de Québec. Voilà la première année que je suis privé des nouvelles du Supérieur de nos pères missionnaires. Il faut que ma dernière lettre ne lui soit pas parvenue ou, ce qui est plus probable, que sa réponse ait été interceptée. Quoi qu’il en soit, vous me rendrez service et me ferez un grand plaisir, si vous avez la bonté de vous faire informer par M. de Villars, auquel je présente mon respect, de l'état de nos pères en Canada, et s'ils continuent à exercer librement leurs fonctions; ce qu'est devenu le procès que leur intentaient les créanciers du P, La Valette, qui ne demandaient rien moins que de les
dépouiller entièrement, comme ils y avaient réussi ailleurs; si nos anciens missionnaires, tels que les pères Richer, St. P6 etc. vivent encore ? Vous ne désapprouverez pas une sainte curiosité, qui me porte à m'intéresser singulièrement à eux, vous savez les rapports que j'avais ci-devant. Malgré notre dispersion, les liens de la charité qui nous unissaient ne sont point rompus, et nous sommes toujours frères....Je vous dirai pour votre consolation que j'ai eu la satisfaction de préparer vos sœurs de St. Malo au renouvellement des vœux. Depuis leur établissement en 1621, deux Jésuites du collége de Rennes sont venus sans interruption deux fois chaque année leur donner la retraite; cependant je suis le premier qu’elles aient vu depuis notre extinction en France, en 1762. C’est une communauté très-bien composée et trèsfervente. Si vous me mandez quelques nouvelles de vos sœurs de Québec, elles y seront sensibles...J’ai encore deux retraites à donner, ici et à Dinan, avec l'agrément des Supérieurs ecclésiastiques; vous voyez qu'on daigne encore nous employer...”
La suppression de l'Ordre, en 1773, donna âu monde le grand exemple d’une soumission complète aux décrets de la divine Providence, manifestés par le Vicaire de J. C. La conduite des fils d’Ignace, en cette épreuve si poignante à leur cœur, mit à découvert le sentiment surnaturel qui faisait mouvoir ce grand corps. Ils se rappelèrent qu’ils avaient reçu pour héritage la pauvreté, pour bouclier le silence, pour armes le travail, et pour couronne la patience.
C’est un triste spectacle que celui de ces vénérables membres dispersés, demandant de tous côtés, et souvent en vain, des nouvelles les uns des autres. Nos Mères furent assez heureuses, non-seulement pour donner des nouvelles de la compagnie en Canada, (de là tant de détails précis à leur sujet dans notre correspondance) ; mais encore pour procurer des secours à bon nombre de ces religieux ‘“ dispersés dans les provinces, dont plusieurs étaient courbés sous le poids de l’âge et
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Comme il y avait une extrême difficulté à faire dire des messes dans le pays, vu la rareté des prêtres, nos Mères recueillaient les offrandes et les adressaient aux Ursulines de Paris, qui gratifiaient de cette retribution les plus nécessiteux. On envoyait ainsi chaque année, une somme assez considérable.
‘ Vous aurez de quoi réjouir notre bon et respectable P. de Launay, écrivait-on de Québec; serait-il possible de savoir où il est? Le P. de Glapion s’en informe...” ‘“ Les petits embarras que j'ai, disait de son côté la Mère Ste. Saturnine, ne sont pas comparables à la satisfaction que je ressens, non seulement de vous obliger, mais encore de faire plaisir et de procurer des secours à de pauvres persécutés. Je connais de pauvres vieux Pères qui n'ont que leurs 400 liv. Le P. de Launay est de ce nombre; le P. de Ligny, à Avignon, est dans le même cas. J'assiste aussi quelques vicaires de la capitale que je sais dans la nécessité..."
Cependant, les rangs des P. Jésuites allaient toujours s'éclaircissant en Canada. Au mois d'octobre 1784, la Mère St. François écrivait. ‘“ Actuellement, il n’y a plus dans le pays que quatre pères de la compagnie (1), deux à Québec, un à 3 lieues dans un village sauvage, et le quatrième dans la ville de Montréal, à 60 lieues, qui tous jouissent en paix de leurs revenus, qui sont considérables et qui en feraient vivre bien d’autres avec eux. Ils sont tous les quatre, sous l’habit et le nom de Jésuites, de grande édification et rendent de grands services à notre Eglise affligée..….”
Sur les dernières pages du vieux Récit figurent trois Jésuites, morts à dix ans d'intervalle, et qui voient s’éteindre en eux leur
(1) En 1776, les Annales enregistraient la mort du R. P. Le Franc, ‘ religieux d’un fort tempérament et infatigable dans l'exercice du saint ministère, donnant presque continuellement et avec grand fruit des missions dans les campagnes, accompagnant Mgr. dans ses visites, faisant alors trois sermons par jour et passant le reste du temps à confesser. Il était d’un grand secours au curé de Québec ainsi qu’à notre communauté.'?
communauté avec le siècle : ce sont les RR. PP. du Jaunay, de Glapion et Casot.
“ Le 16 juin, 1780.—Nous venons de faire une grande perte par la mort du R. P. du Jaunay, S. J. qui était notre confesseur depuis l’année 1767. Il est décédé plein de vertus et de bonnes œuvres. Toujours dévoué à nos intérêts et prêt à nous rendre service, il nous à dit la sainte Messe, a fait tous les services et enterrements gratis ; il semblait que ce fût lui faire grâce que de réclamer de lui quelque assistance spirituelle. Son zèle a beaucoup contribué à nous soutenir dans la ferveur et la régularité ; aussi notre reconnaissance à son égard est-elle des plus vives. Le lendemain de son enterrement, nous lui avons fait un service solennel, précédé de l’office des morts, comme pour les supérieurs de l’ordre, et je ne doute pas que chacune en particulier n'ait fait bien des prières pour le repos de son âme.”
En date du 24 février 1790, nous lisons les détails touchants qui suivent : ‘“ Nous venons de perdre un sincère ami dans la personne de R. P. Ls. Augustin de Glapion, Sup. Gen. des Jésuites en Canada. Notre communauté lui a de très-grandes obligations pour les services spirituels qu’il lui a rendus. Il était dans la 71e année de son âge et la 55e de son entrée dans la compagnie de Jésus. Issu d’une famille noble et ancienne répandue dans le Perche, Paris, Rouen, Arras, Nevers et autres villes, il n’était pas moins estimable par la bonté de son cœur, que par sa naissance et ses talents, Son zèle l'ayant porté à demander à ses supérieurs de se consacrer aux missions, il fut envoyé en
Canada, où il a travaillé pendant plus de 40, ans aimé et.
respecté de tous. Le clergé perd en lui un prêtre ze, pacifique, et un fervent religieux ; les hôpitaux,un soutien aussi généreux que compatissant. Uniquement occupé des devoirs de son état, il ne paraissait en public que pour l'exercice du saint ministère. Ses obsèques ont été célébrées avec beaucoup de solennité. Le matin de sa sépulture, les Récollets vinrent en corps réciter l'office, et le R. P. Berey célébra la messe, après laquelle le clergé du Séminaire transporta le corps à l’église. Quatre des plus anciens curés soutenaient le drap mortuaire. L'évêque de Capse officia à Matines, à la messe, et prononça l’oraison funèbre,