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lennel pour le repos de son âme en reconnaissance du bien qu'il nous a fait.”
Cependant la guerre s'était rallumée en Europe. L’hospitalité donnée par la France à l’infortuné Jacques IT s'étant compliquée de l'affaire de la succession d’Espagne, les deux grandes puissances en étaient de nouveau venues aux armes. Cette guerre, toute européenne qu’elle fût, eut son écho sur nos rives et les colonies respectives se disposérent à en soutenir le contre-coup.
Vers 1709 et 10, les Anglais réussirent à détacher pour quelque temps de l’alliance française quatre cantons iroquois, et précédemment, ils avaient gagné une tribu de l’ouest, qui était venue fondre sur le fort de Détroit et avait mis la population dans le plus grand danger.
La Nouvelle-France n'avait que 20,000 habitants à opposer À 260,000, que comptaient les colonies anglaises. C’est alors que le gouverneur de Vaudreuil, successenr de M. de Callières, s'étant assuré autant que possible des tribus sauvages, conçcut un plan qui met dans tout son jour son habileté, en même temps que sa confiance dans l'intrépidité des soldats francais et ds milices canadiennes, Il fut résolu qu’au lieu de permettre aux colons anglais d'attaquer les postes francais, on irait porter au centre même de leurs colonies la terreur et la désolation.
C’est à cette époiue qu’eurent lieu, comme le savent nos lectrices, ces prodiges de valeur et d’héroïsme qui immortalisèrent nos guerriers, En plein cœur d'hiver, au milieu des frimas et des neiges, des détachements de Canadiens et de Sauvages prenaient à travers les bois à la raquette, chacun portant sur son dos son bagage et ses
armes, et l’on allait ainsi à cinquante, à cent lieues et plus, surprendre et. dévaster les bourgs et forts ennemis. Nommons iei pour les expéditions de la Nouvelle-Angleterre, Hertel de Rouville, Hertel de Chambly, de Verchères, de Saint-Ours-Deschaillons ; à Terreneuve et en Acadie, Subercase et de Saint-Castin, Saillant, de l'Espinay, de Montigny, de Villedonné, de Linetot, de Belestre, Denis de la Ronde, du Plessis, Saint-Ovide, de Costebelle, Despensens, la Chesnaye, d’Ailleboust, d'Argenteuil, J'ohannis; noms que nous écrivons ici d'autant plus volontiers,
que nous les retrouvons pour la plupart sux les registres
des élèves.
Les Canadiens faisaient payer chèrement aux Anglais leurs triomphes sur mer, On était cependant en de continuelles inquiétudes au sujet des vaisseaux qui avaient à traverser l'Atlantique. L’Angleterre, maîtresse des mers, interceptait la plupart des renforts en route pour l’Amérique, et l’on n'ignorait pas le sort des vaisseaux qui tombaient à la merci des Anglais.
Une grande anxiété régnait surtout au sujet de l'Evêque de Québec. Péndant plus d’un an, on ne put savoir ce qu'il était devenu. Louis XIV, connaissant le dauger qu'il allait courir, s'était longtemps opposé à son départ pour le Canada ; mais le digne prélat, qui préférait toutes les misères à une absence aussi prolongée de son diocèse, fit tant d'instances qu’il obtint de s’embarquer, en 1704, sur un vaisseau de la marine royale, qui devait protéger plusieurs autres navires chargés de richesses pour la colonie,
Trois semaines se passèrent sans accident, et les heureux passagers ciuglaient pleins d'espoir vers l'Amérique
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quand, soudain, ils se virent investis et serrés de près par une flotte anglaise, Les vaisseaux marchands parvinrent à se tirer du danger, mais celui du Roi, trop chargé pour se défendre avec avantage, resta au pouvoir de l'ennemi. Qu'on se figure la consternation des passagers, se voyant constitués prisonniers de guerre |! qu'on s’imagine leur douleur, lorsqu'il leur fallut rebrousser chemin et prendre la route de l'Angleterre où les att=ndait la Tour de Londres ! Outre Mgr l'Evêque de Québec, on comptait parmi les captifs plusieurs prêtres et religieux qu'il amenait en ce pays, (1) et grand nombre d'officiers, de femmes et d’enfants.
Ces personnes furent honorablement traitées par la reine Anne, et, avant la fin de l’année, tous avaient été libérés à l'exception du digne évêque, pour ls rançon duquel on
à exigeait la liberté d’un prisonnier de distinction retenu en
France. Mgr de Saint-Valier eut à subir pendant cinq longues années les ennuis et les anxiétés de l'exil. Son caractère ardent et le zèle dont il était animé pour son diocèse, donnent la mesure de ce qu’il dut souffrir pendant cette longue détention.
Il faui cependant ajouter à la gloire de la reine Anne que Mgr de Saint-Valier fut traité avec beaucoup d'égards et de considération, ayant pleine liberté d'agir en évêque
(1) Le Séminaire avait pourvu aux cures du Canada jusque vers l’année 1700 ; l'évêque se chargea alors de ce soin. A partir de 1664, où fut érigée la parvisse de Québec, jusqu'à 1768, elle fut desservie par MM. les directeurs du Séminaire. Les chanoïnes, qui étaient au nombre de dix à douze, étaient pour la plupart
i membres du Séminaire. M. de Beruières, qui fut le premier
prêtre ordonné en Canada, fut aussi le premier curé fixe de Québee et le premier supérieur du Séminaire.
catholique. Il recevait la visite des prêtres et des réligieux, dont il ÿ avaitencore bon nombre en Angleterre ; il administrait les sacrements et exhortait les Catholiques, sans qu'on osût jamais lui faire la moindre insulte, La Reïne elle-même l’honorait en tonte occasion et ne se lassait pas d'exprimer l'estime qu’elle faisait de son mérite personnel. Mais rien ne pouvait consoler le pasteur de l'éloignement de son troupeau, surtout en un temps de crise et de danger, qui pouvait à tout moment tourner au malheur de la colonie.