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toucher à son corps leurs chapelets, images et autres objets de piété ; les enfants mêmes criaient tout haut dans l'église: “ Laissez-nous approcher, laissez-nous voir le Saint !” ;
“ Les communautés religieuses ayant témoigné un grand désir de voir les restes vénérés du prélat défunt, les messieurs du Séminaire nous accordèrent cette consolation. On tendit les églises de noir, et l’on fit au milieu une élévation tout entourée de lumières pour y poser le précieux dépôt. Le troisiéme jour donc, six ecclésiastiques, qui changeaint à chaque station, portèrent le saint corps dans les quatre églises de la haute ville, savoir: chez les RR. Pères Franciscains, dans notre petite chapelle, à l’église des RR, Pères Jésuites, et enfin à l’Hôtel-Dieu, d’où le convoi se dirigea vers la cathédrale pour l’inhumation. On dit que le clergé, y compris les enfants de chœur, était bien de cent cinquante personnes, tous les curés de trente lieues à la ronde s'étant rendus à Québec pour cette cérémonie. : Les religieux aussi s'étaient joints au cortége. Jamais l’on v'avait vu en ce pays de convoi ni de pompe funèbre semblable : aussi était-ce la pompe funèbre du saint premier évêque de la Nouvelle-France !
“ Le lendemain, nous lui fimes un service solennel avec diacre et sous-diacre, et nous chantâmes le libéra en plainchant pour la première fois M. Glandelet nous dit un petit mot sur les vertus qui avaient été les plus chères à notre illustre prélat, et qui faisaient comme le caractère de sa sainteté. Ainsi finit cette triste cérémonie. On ne doute pas que dans la suite, Notre-Seigneur ne manifeste les trésors de grâces qu’il a répandus dans l’âme de ce saint évêque, d’autant plus qu'il a caché ses plus belles actions, par amour pour la solitude et la vie cachée et abjecte.”
M. J. de la Colombière avait prononcé l'oraison funèbre |
de l’évêque défunt à la cathédrale, Il rendit un bel hommage au mérite du vénéré prélat, s’attachant surtout à signaler sa piété, sa charité, son humilité, et cet admirable désintéressement qni lui donnait tant de ressemblance avec les saints prélats des premiers siècles de l'Eglise.
Mgr de Laval fut enterré au-dessous des degrés de l'autel où, pendant de si longues années, il avait offert en sacrifice la Victime sans tache.
Les absences fréquentes de Mgr de Saint-Valier, puis sa détention prolongée en Angleterre, la mort de M. de Bernières et de plusieurs autree ecclésiastiques distingués, enfin celle de Mgr de Laval qui privait la colonie des conseila d’une longue et profonde expérience, ajoutaient de nouveaux embarras dans le gouvernement spirituel du diocèse, surtout à Québec où quatre grands corps religieux . se partageaient les fonctions ecclésiastiques : le Chapitre de la cathédrale, le Séminaire, les RR, PP, Jésuites et les -RR. PP, Récolleta, Les communautés religieuses souffraient de ces difficultés par le changement fréquent de supérieurs et de directeurs, changements auxquels on était d’autgnt moins préparé, que l’ordre quelquefois en
arrivait soudain de Londres, et devait s’exécuter sur Je champ.
De 1701 à 1707, M, Du Pré, curé de Québee, fut le directeur ordinaire de uotre Communauté, ‘“ à laquelle dit le Récit, il] a rendu toutes les assistances possibles, et çe p'est pas sans une très-sensible mortification que nous sommes privées d’un confesseur aussi sage et éclairé, Il n'y a que la soumission aux ordres de la divine Providence qui nous soutienne en ees changements perpétuels,”
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M. Brisson, prêtre du Séminaire, remplaça M. le Curé, et il exerça ses fonctions avec beaucoup de zèle et de charité jusqu'en 1713.
$9,—NOUVELLES MALADIES POPULAIRES j;==FAMINE ;— MÉNAOES DE GUERRE,
L'hiver qui suivit la mort de Mgr de Laval fut encore une époque de misère et de souffrance. ‘“ Notre chère 8r Marie Dieu de la Résurrection, dit le Récit, religieuse converse pleine de bonne volonté et de zèle pour le service de notre Communauté, nous a été enlevée sur la fin de décembre par les maladies courantes. Ce sont des fièvres tellement violentes que l’on ne passe pas trois ou quatre jours Elles sont accompag..ées de vomissements et de délire chez la plupart de ceux qui en sont atteints, Ces maladies ont désolé bien des familles et emporté grand nombre de personnes de tous âges et conditions, Mais continue l’annaliste, la guerre dont nous sommes menacés par les Anglais est bien plus désolante encore.”
“ M. le Gouverneur a été averti de plusieurs côtés écrivait-elle un peu plus tard, que les Anglais devaient venir et par en bas et par en haut, et qu’ils sollicitent actuellement les Iroquois de se joindre à eux, ce qu'ils font non-seulement de paroles, mais encore par présents, disant que c’est à ce coup qu'ils se vont rendre maîtres du pays. Cependant les Iroquois ont toujours constamment répondu qu'ils étaient contents des Français ; qu'ils vidassent leurs querelles, que pour eux ils se tiendraient en repos sur leurs nattes. Il nous est souvent venu des prisonniers, que nos sauvages et aussi de petits partis de Français ont faits sur eux, et on les a toujours trouvés
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garnis de papiers, marquant leur dessein de prendre le pays et de faire main basse sur tous les canadiens et canadiennes,. ;
‘ Depuis le mois de juin (1709), en conséquence de ces bruits de guerre, notre clôture a été ouverte à tous allants et venants; cela nous était d’une très-grande gêne, ne pouvant vaquer à notre basse-cour sans être parmi les séculiers, Il nous a fallu fermer toutes les portes de la maison à clef; ils venaient frapper à la porte de la cuisine, On nous a ruiné huit arpents dans notre clos, prenant toute la terre pour les fortifications, pour les gabions.
Tout l'été s’est passé dans les travaux et dans l'attente et£
crainte des Anglais. L'on a eu furce alarmes; cependant N.S. par sa miséricorde nous a préservée, l’armée qui devait venir de Londres pour joindre les Bastonnais, ayant été rappelée par la Reine pour aller (1) ailleurs. Ceux d'Orange ont de leur côté fait plusieurs forts bien munis
de canons, de fusils grenades; ils ont fait des chemins}
de chevaux pour apporter des bombes pour Montréal, de grands bateaux pour descendre les sauts et passer les rivières; enfin nous ne sommes pas au bout de nos craintes et de nos frayeurs. J{s se confient en leur multitude et en leur force, pour nous, Seigneur, notre confiance est en votre sainte protection.”
L'hiver de 1709-1710 se passa donc dans les alarmes, et quand vint l'été, de nouvelles afflictions fondirent sur
(1) Ces troupes destinées contre Québec, avaient été envoyécs par lu cour de Londres au secours des Alliés dans la Péninsule,
où les généraux Stanhope et Stahremberg venaient d’être défaits|
par le duc de Vendôme, le premier à Brihuega, le second à Villa-
Viciosn, en Portugal. Cette victoire eut le double avantage de}
consolider le trône de Philippe V et de sauver le Canada.
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ce pauvre peuple. “ Les chenilles, dit l’annaliste, ont mangé les lins et les blés, outre les gelées de mai qui ont aussi fait grand tort. Toutes les prairies ont gelé, et le foin
| est d’une cherté ! et encore on n’en peut pas trouver. Les
sécheresses ont été extrêmes au printemps, la terre labourablé semblait cuite au soleil. On a fait quantité de prières publiques : quarante-héeures, processions de saintes Reliques etc., afin d’apaiser la colère de Dieu. Les pluies de la fin de juin et juillet ont un peu relevé nos espérances, le blé repousse en partie ; mais les foins ne poussent point et les bêtes ont bien de la peine à vivre. Le beurre sera très-rare et cher.”
Que nos lectrices veuillent se rappeler qu’une horrible famine avait désolé la France l’année précédente, et que même depuis 1703, il n'était venu à peu près aucun secours de la mère patrie; elles auront alors quelque idée des souffrances de la colonie, encore naissante pour les ressources industrielles et alimentaires.
Cette pénurie des premières nécessités de la vie, n’était guère propre à fortifier les tempéraments contre l’atmosphère pestilentielle qui semble avoir envahi le pays à cette époque, et de fait, l’hiver suivant 1711, ‘“ le deuil, selon le Récit, se répandit encore dans un grand nombre de familles, par des maladies contagieuses qui enlevèrent bien du monde. Les religieuses Hospitalières ont perdu en très-peu de temps trois religieuses. Le Séminaire a aussi
à perdu M. Des Cormiers, excellent et vertueux missionnaire
qui desservait les cures de Saint-Augustin et de l’Ancienne- Lorette. Il est mort. des fatigues qu'il s’est données en assistant ses paroissiens, étant toujours à courir de tous côtés pour soulager et assister les malades, leur préparant
E lui-même et leur portant des remèdes. Enfin, après avoir
guéri ses paroissiens, il est mort victime de sa charité et
a reçu la récompense de ses travaux le 9 mars. Le R. P. |
Bigot est aussi décédé, épuisé de forces et attaqué des fièvres, Le pays - ‘-‘* encore de grosses pertes dans la personne de M. P: -; curé de Québec, de M, Bouteville et de M. Guicha:., ous excellents missionnaires qui se sont consumés dans les exercices de la charité en assistant les malades.
“ La Mère Angélique Charon, hospitalière, est décédée du mal courant le 14 mai. M. Martin, ouré de la côte Saint-Michel, a aussi succombé le 14 juin, après avoir soutenu plusieurs mois de fatigue et d'assiduité à secourir les nombreux mulades de sa paroisse. La contagion l'a enlevé lui-même en quelques jours, Dieu voulant sans doute récompenser son zèle et ses travaux.”
Au milieu de tant de maux réunis: famine, maladies pestilentielles, perte de parents et d'amis, le bruit lugubre de la guerre continuait à se faire entendre, et devenait même de plus en plus menaçant. Un silence de consternation régnait dans notre ville éprouvée ; mais ce n'était pas l'abattement du désespoir, chacun oubliait ses propres maux pour ne songer qu’à la sécurité commune. Nous avons déjà vu se rétablir le fort Ste-Ursule, commencé par Frontenac en 1689. Dans ce mémorable été de 1711, on vit, paraît-il, les femmes rivaliser de zèle et d'énergie avec leurs maris et leurs frères pour assurer la défense de la place. Tous les points étaient exactement gardés, et l’on était dans l'attente d’une attaque plus formidable encore que celle de 1690, quand un coup douloureux vint frapper au cœur les habitantes du Monastère, et absorber un moment toutes leurs réflexions,
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