S.—VÊTE DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS
Si le monde attire à lui et s'attache ses partisans par le prestige de ses brillantes fêtes, at se trouve pourtant si peu de joie réelle, ne nous est-il nas permis de croire que, dès l'ouverture de ce livre, nos lectrices aimeront à se rappeler l'origine de ces pieuses solennités dont elles ont partagé avec nous les jouissances si pures et si vraies. Ces fêtes, au reste, ne leur sont pas devenues étrangères, puisque chaque année le cloître les y convie à plusieurs reprises. Déjà nous avons mentionné la fête de saint Joseph (19 mars), celle de saint Augustin (28 août), et celle de sainte Ursule (21 octobre). Parlons maintenant de ‘la fête du Sacré-Cœur de Jésus sous les auspices duquel s’ouvre le siècle, fête dont l'esprit anima la maison dès son établissement, En effet, comme on a pu le remarquer au premier tome de cette Histoire, la Vén. Mère M. de l’Incarnation, qui avait appris du Ciel même à offrir ses plus pressantes demandes au Père Eternel par le Cœur de son Fils, avait enseigné cette précieuse dévotion à ses filles, et leur avait fait part des magnifiques promesses dont elle avait été instruite par avance. Voyons maintenant, une autre âme, privilégiée aussi de Dieu, recevoir mission d'établir dans l'Eglise cette fête si chère à la piété.
Dans un cloître solitaire de Paray-le-Monial, en Bourgogne, le Dieu du ciel se penchant un jour vers une faible créature (1), lui dit ces paroles : “ Ma fille, voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n’a rien épargné pour leur témoigner son amour; je leur ai donné jusqu’à la dernière goutte de mon sang sur la Croix, et en retour,
(1) La Bienheureuse Margnerite-Marie Alacoque, religieuse Vigtandine, mourut en 1690, âgée de 45 ans.
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je ne recois de la plupart que mépris et irrévérences, impiété et froideur, dans le sacrement de mon amour... C'est pour cela que je demande que le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, soit dédié à une fête particulière, pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant qu’il a été exposé sur les autels ; et je le promets: mon cœur se dilutera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur.”—"Seigneur, à qui vous adressez-vous ? répondit l’humble religieuse ; vous avez tant de zélés missionnaires, tant de généreux prédicateurs pour annoncer votre volonté au peuple! De grâce, enseignez-moi le moyen de faire ce que vous demandez.” Ce fut alors que le divin Maître lui donna pour adjoint à son œuvre le R. P. Claude de la Colombière S. J., (1) la chargeant d’annoncer à son fidèle serviteur que “ les difficultés ne manqueraient pas, mais de se rappeler que celui-là est toutpuissant, qui se défie entièrement de soi-même pour se confier uniquement en Dieu.”
Bientôt on vit s’accomplir à la lettre ces aimables paroles du Sauveur ; malgré mille entraves, l’œuvre se répandit avec un fruit extraordinaire en France et dans les
(1) Le R. P. de la Colombière, homme d’une sainteté peu commune et frère du prêtre missionnaire de ce nom, bien connu parmi nous, fut jusqu'à sa mort l’apôtre zélé du Sacré-Cœur. Nonimé par le roi de France prédicateur de son Alteste Royale la duchesse d'York, la princesse Marie d'Este femme de Jacques II, le R. P. de la Colombière passa en Angleterre, et donna à Londres même, en 1677, une retraite aux fidèles pendant laquelle la dévotion au Cœur de Jésus opéra de nombreuses conversions.
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autres parties de l’Europe. Le Canada, si fidèle aux inspirations de la foi, ne tarda pas à applaudir au mouvement régénérateur, et avant même que l'association eût été enrichie d’indulgences, Québec en était devenu le berceau dans la colonie.
Il est facile de comprendre le bonheur des Ursulines quand, par sa lettre patente du 30 mars de l’année 1700, Mgr de Saint-Valier désignait leur petite chapelle (1) comme centre des réunions de la confrérie. La Vén. Mère de l’Incarnation, sans doute, avait obtenu ce privilége en faveur de ses chères filles.
Pour avoir uno idée de l'essor que prit cette dévotion dans le pays, de l'extension qu'elle y donna au règne de J, C. dans les âmes, on n’a qu’à jeter les yeux sur les
. beaux noms qui s'empressent de s'enregistrer dans la milice du Sacré-Jœur. On y voit que, de loin comme de près, une foule d’adorateurs se donnaient rendez-vous dans l’humble chapelle des Ursulines ; et si dans ces temps où les communications étaient des plus difficiles, la chose devenait tout à fait impraticable, on aimait du moins à entrer en urion de prières avec la communauté dépositaire de cette précieuse dévotion.
Le vif intérêt que nous avons nous-même éprouvé à parcourir les registres de la Confrérie, nous porte à croire qu'on aimera à connaître quels furent en ce pays les premiers à dilater le Cœur de Jésus, et à ressentir les in- Jfluences de son divin amour.
En tête de cette magnifique liste de noms figure celui
(1) On se rappelle que l’église du Monastère incendiée n'avait pas été recoustruite, et qu’un petit local longtemps connu sons le uom de vieux dépôt servait encure de chapelle publique en 1700.
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du digne évêque de Saint-Valier, premier zélateur et promoteur de l'œuvre en Canada, l'uis l'on y voit successivement, dns le cours du siècle, les préluts et le clergé de Quéh:e, membres du Séminairs on chanoines de la Cuthédrule ; un nombre considérable de prêtres de Montréal; presque tons les l'ères Jésuites venus en cs pays, entre autres 12 célèbre l'ère Lafitau, le Père Butler et le Père d'Eu ; les l'ères Franciscains ; toutes les communautés religivuses de Québec; nos sœurs de la Congrégation N.- D, ainsi que nos sœurs Ursulines des Trois Rivières. (1)
Des purvisses entières, leur Curé entête, se font inscrire à la lois, (2) ct même, d'après le Registre, “le 20 sept,
(1) Rév. Mère M - Anne Ancenn de Sre-Thérèse, Sup. (1724) ; lex Mères Marg, Cressé de S-Joseph, Maric-Joseph Jutrns de S.- Augustin, MM Bruneun de ln Miséiisorde, M.-dennne Poniin de 3.- François, Gén. Quintal des Anges, M. Joseuh Trottier du Sacré-Cœur de Jésus, Marie de Longval de S-Jeune Baptiste, Lee- Uranie de Chapt de ln Corne de Sie-Thérèse, Marg Godefroy de Tonnanconr de ln Croix, M-Joseph Cardin de Ste-Péingie, Ms Auue Laframboise de Ste-Murie, Charlotte Courval de Ste- Agathe, Louise de Falaise de lu Sie-Vierge, Cinire-Françoise de Chat de ln Corne de FEnfant-Jésus, Marie-Josephte Trotticr des uissenux des Séraphinx, Gén. de Tonnancour de Siv-Hélène, Gé, Courval de Ste-Madeleine, Madeeine Cardin de ln Concep- Uoa. M -Jeunne Châel de Ste-Ursule, Gén. Perrot de S.-Charies, Maric-Cuherine Pérase de Ste-Marguerite, Françoise Beanbien de S-Michel, Marie-Thérèse Barabi du S-Louis, Murie-Aug. Perrot, postuante, toutes du couvent des Trois-Rivières,
(2) Eu 1739, M. du Frost de lu Gesinernix, curé de ln paroisre de ia Ste-Famille, Fe d'Orléans, à fait inscrire dans ln société toux ceux de su paroisse, dit le Regisire, après une fête solennelle, ec à. 4, exposition du $.-s.. grand’ mexe, ete, le tout pour les p faire entrer tous ensemble et gagner l'indulgence plénière, ” Puis suivent les noms de faniles entières: Perrot, Martineau, Drouin, Châteauneuf, Gugnou, De Blois, Du Pout, Cauae, Muris-
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