MÈRE
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in vénéra-
ble patriarche qui avait vu le pays à son berceau, et qui avait puissamment contribué à son accroissement : aussi, grande fut la sensation générale quand on apprit, à cette époque, la mort de ce digne M. Boucler de Boucherville, un des premiers gouverneurs des Trois-Rivières, et un des plus ardents défenseurs de la Colonie,
“Quand cette nouvelle parvint au Monastère, dit le Récit, ce ne fut que larmes et suffrages : quatre de nos sœurs et plusieurs élèves pleurèrent si amèrement ce bon père qu’on eut peine à les consoler, Il était bien juste et bien naturel de pleurer un tel père, qui léguait à ses enfants des bénédictions non moins précieuses qu’un noble héritage et l'honneur d’un beau nom. Disons ici un mot de cet homme admirable, si justement regretté.
Né en France en 1622, Pierre Boucher fut amené en ce pays par son père eu l’année 1635. A l’âge de 31 ans, il était déjà étubli aux Trois-Rivières, où la Providence l'avait placé comme à l'avant-garde, pour la sûreté des habitants de Québec. Eu effet, une troupe de 600 Iroquois s'étant jetés sur le fort des Trois-Rivières en 1653, M. Boucher, à la tête d’une quarantaine d'hommes aussi braves que lui, fit trembler et fuir ces barbares qui avaient été jusqu'alors la terreur de lu colonie. Des lettres de noblesse expédiées incessamment de la Cour, furent pour cet homme estimable le témoignage le plus flatteur de l’approbation royale,
M. de Lauson, Gouverneur de la colonie, le combla aussi d’honneurs, et le nomma pour quatre ans Gouverneur des Trois-Rivières. Ce fut encore M. Pierre Boucher
Doue je baron d’Avaugour, gouverneur général en 1661,
chargea de porter en France les dépêches du Gouverneur,
Reçu avec distinction à la Cour, M: Boucher eut plusieurs audiences avec Louis XIV, comme le témoignent, les lettres de notre Vén. Mère de l’Incarnation.
En 1664, M. Baucher publia à Paris un ouvrage sur l'état et les ressources de son pays adoptif, Ce petit volume intitulé; “ Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions de la Nouvelle-France,” fut lu aveé in. térêt dans la mère patrie et reçut du KR. P. de Churlevoix un témoignage honorable. Ce livre a guidé notre Ornithologiste Canadien, dans son ouvrage si riche en descriptions saisissantes de vérité et de coloris publié à Québec en 1861: ‘“ Les Oiseaux du Canada.”
M. l’ierre Boucher, seigneur de Bouchervilie, décéda sur ses terres, le 19 avril 1717, à l’âge de 95 ans, en odeur de sainteté,
Quant aux quatre Ursulines qui le pleurèrent, la pre, mière ctait sa propre fille, la Mère Geneviève Boucher de Saint-Pierre, qui comptait vingt années de profession reli, gieuse à la mort de son père bien-aimé, Les trois autres étaient petites-filles de M. Boucher : la Mère Marguerite de Varennes de la Présentation, l’atnée des nièces de la Mère Saint-Pierre, et qui était entrée au noviciat cinq ans seulement après sa tante; Mlle Marie-Anne de Boucherville, fille de Pierre de Boucherville, Eer, fils, eteufin Mile Charlotte de Muy, fille du gouverneur de la Louisiane. Ues deux dernières, connues en religion sous le nom de Mère Saint-Ignace et Mère Ste-Hélène, n'Ctaient pas encore professes quand elles perdirent leur vénérable aïeul,
Nous ne donnerions pas une juste idée de la légitimité des regrets qu'éveilla la perte de cet homine, encore plus remarquable par sa religion et sa probité, que par ses taleuts et les services qu'il a rendus au pays, si nous ue
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citions deux documents qui nous semblent parfaits en leur genre. Ces documents nous sont parvenus il y a une vugtaine d'années par l'obligeance de feu M. Jacques Viger, de Montréal, commandeur de l'ordre de Saint- Gr'goire-le-Grand ; ils accompagnaient la lettre qui suit, à l'adresse du vénéré M. Maguire alors chapelain de cette communauté.
Montréal, 22 jawier, 1841.
Mon cher Monsieur,
“ Votre estimable Maire de Québec part demain pour la capitale, si quelque incident imprévu n'y met obstacle, Il me l'annonce vers 9 heures du soir, et je songe à vous faire, par une aussi bonne occasion, un petit envoi pour le Musée des excellentes Mères Ursulines de Québec, envers lesquelles Mme Viger ne pourra jamais s'acquitter, (aussi y atelle renoncé), pour les charmantes petites contributions dont elles ont orné son Album, Voici au moins un à-compto qui sera peut-être du goût de nos bonnes Dames.
“J'ai donc remis à M, Caron, qui promet d’en prendre le soin requis, une ÆRelique d'une des ancicnnes filles de Ste- Ursule de Québec, de la Mère Saint-Pierre qui, née le 5 décembre 1670, est décédée religieuse de votre Monastère le 30 mai 1766, si ma chronique de famille est exacte; à l'âgo avancé de 95 ans, 5 mois et 25 jours, J’ignore son nombre d'années de religion, bien que je sache qu'elle était du Couvent en 1695; il est au reste de tradition qu’à l'instar de son vénérable père, sa vie a été aussi exemplaire et vertueuse
que sa mort a été sainte, Vous pourrez m'en dire quelque.
chose, s’il est quelque chose de record dans vos archives à ce sujet, ;
“ Cette Relique est une lettre autographe de quatre pages, petit in«12, adressée à son père, qui ne peut qu'édifier sans doute par ses sentiments de respect et d'affection envers l’auteur de ses jours, Cette lettre, qui était un peu gâtée et veruoulue, a été collée sur du papier transparent. Par co moyeu
oh peut avec un peu d'art la lire dans son entier, et elle est un peu plus à l'abri des injures de ce vieillard à la faulx qui se plaît tant à tout détruire, Vous trouverez en outre, pour en faciliter la lecture, une copie de cette lettre fuite par moi, Quand vous en aurez le loisir, je vous prierai 4e m'en adresser vous-même une copie: Mme Viger aime à placer l'original chez vous,
‘ Vous savez que la Mère Saint-Pierre était le 11e enfant (de 15 qu'il a laissés) de M. Pierre Boucher, mort anobli au pays (sous le nom de De Boucherville), pour ses services signalés en Canada,
‘“ Mme Viger descend par les femmes de cette vénérable souche de la famille de Boucherville, S1 mère, sœu: de feu l'Hon. de Boucherville, que vous avez pu connaîtie, Con: sciller-Législatif et Grand-Voyer de Montréal, etc,, était l'arrière-petite-fille de M. Pierre Boucher, J'ai trouvé la lettre que je vous envoie de la Mère Saint-Pierre, au nombre des papiers de famille en la possession de ma belle-mère : voilà comme elle m'est parvenue,
‘“ Mais revenons à la Mère Saint-Pierre, M. Bouche: lui adressa un paragraphe touchant, dans un écrit affectueux, (sans date), qu'il intitule : “ Mes dernières volontés,” et dont la famille conserve plusieurs copies avec véné:ation sous le titre d’‘“ Adieux du Grand-Père Boucher.” Il fut un temps, (et non pas éloigné encore, M. le Colonel Vassal pourrait peut-être vous le dire), que cet écrit était lu en entier, annuellement, en famille et à genoux.”
Nous allons mettre sous les yeux de nos lectrices de longs extraits de ce Testament, où ce bon père s’est dépeint au naturel en épanchant son cœur sur ses nombreux enfants. La diction en est simple et pleine de dignité ; on respire en le parcourant la vertu des pa-
triarches, ., …
“Jec veux m Je laiss:
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HISTOIRE DU MONASTÈRÉ, 109
Les Adienr du Grand-Père Boucher,
“ Je donne mon âme à Dieu et mon corps à la terre, Je veux mourir dans la foi catholique, apostolique et romaine, Je laisse le peu de bien que j'ai à mes pauvres enfants, auxquels je recommande :—-premièrement, de prier Dieu pour le repos de mon âme;—2° d’avoir soin de payer ce qui se trouvera être dû lorsque je mourrai ;—3° d'aimer et d'honorer leur bonne mètre, (Mme Jeanne Crevier sa seconde femme), de ne la chagriner en rien, de la supporter et de la défendre contre tous ceux qui voudraient lui faire de la peine,
“Je vous recommande la paix, l'union et la concorde entre vous, et que l'intérêt ne soit jamais capable de mettre la moindre division entre vous Ne vous amusez pas à écouter les rapports qui vous seront faits de vos frères et sœurs, Aimez-vous les uns les autres en vue de Dieu, vous souvenant qu'il vous faudra tous faire un jour ce que je fais, cà-d, mourir et paraître devant Dieu, pour lui rendre compte de vos actions; ne faites donc rien dont vous ayez plus tard sujet de vous repentir, Je ne vous laisse pas grand bien, mais le peu que je vous laisso est trèsbien acquis, J'ai fait ce que j'ai pu pour vous en laisser davantage: je n'ai rien négligé pour cela n'ayant fait aucune folle dépense comme vous le savez tous; mais Dieu, qui est le maître, n’a pas voulu m’en donner davantage.
“ Je vous laisse pour amis, beaucoup de personnes de rang ot d'honnêtes gens; je ne vous laisse aucun ennemi de ma part que je sache, Jai fait ce que j'ai pu pour vivre sans reproche, tâchez de faire de même. Obligez tant que vous pourrez tout le monde, et ne désobliges personne pourvu que Dieu n’y soit pas offensé. Ayez toujours, mes chers enfants, la crainte du Seigneur devant les yeux, et aimez-le de tout votre coœur,
‘ C'est à vous, Ma chère femme, que je parle à présent,
“ Continuez à aimer vos enfants, muis aimez-les égale: ent, comme je l'ai fait, pour entretenir la paix et la concorde entre eux. Ce n’est pas que ceux qui nous témoignent plus d'amour, et qui ont pour nous plus de reipect, ne méritent que nous les aimions davantage, mais il ne faut pas que cela paraisse aux yeux des autres, parce que ceux qui font le moins bien leur devoir enve:s nous sont aussi les moins vertueux, et par conséquent les plus capables de troubler la paix, Demandez en particulier à Dieu qu'il récompense ceux qui vous portent le plus de respect, ct faites en secret le plus que vous pourrez pour le reconnaître.
“ Priez, et faites prier pour ma pauvre âme, Vous savez combien je vous ai aimée, et comme j'ai aussi aimé tous vos parents pour l'amour de vous, En écrivant ceci, je m'examine sur le temps que nous avons vécu ensemble, et ma conscience ne me reproche rien, si ce n’est de vous avoir trop aimée; mais on cela je ne vois pas de mal, grâce au Sel, neur,
“à fonsieur de up, Je vous pre, Monsieur, comme un homme d'esprit, de vouloir bien contribuer à ruaintenir la famille en bonne intelligence, Voussavez Monsieur, que vous m'avez souvent dit que vous vouliez vivre ct mourir mon ami, et que vous m'en donneriez des preuves dans toutes les rencontres, En voici une occasion, Je sais quil n'appartient qu’à une âme aussi généreuse que la vôtre de servir un ami après la mort; c’est quelque chose de grand puisque c'est le servir sans intérêt.”
4 A Tous en géneral. Je vous parle à tous, mes chers en: fants; voulez-vous que Dieu vous bénisse ? Vivez en paix les uns avec les autres, que l'intérêt ne soit pas capable de vous désunir, ce qui pourrait arriver dans le partage du peu de bien que je vous laisse. C’est si peu de chose quo cela n'en
vaut pas la POING... sosorsse sos cons sonore cesse
re ssssen cnmnesr mm rest oume some sens se nié se . .
Adieu donc, mes enfants, pour un peu do temps, parce que
j'espère Dicu pe tiendror Je com Souvene songez à
“ Et v vous aff adieux à gneur pc trois chc Dieu; 2 vivre en
“ Vous térêt ne Souvenez pacifique:
diction a comme a ration et.
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j'espère que nous nous reverrons dans le paradis, pour louer Dicu pendant toute l'éternité! C’est là, où nous nous entretiendrons cœur à cœur, sans jamais plus être séparés! ...... Je commence par vous, ma chère femme, je vous dis Adieu, Souvenez-vous combien je vous ai aimée, priez pour moi, et songez à vous préparer à la mort,
“ Et vous mon fils de MBoucherbille, jo vous dis Adieu. Ne vous afiligez pas de notre séparation, Je fais aussi mes adieux à votre femme et à vos enfants, Priez tous le Seigneur pour moi, je le ferai pour vous, Je vous recommande trois choses, Premièrement; de vivre dans la crainte de Dieu; 2© de continuer à y élever vos enfants; 3° de vivre en homme d’honneur,
“ Vous êtes l'aîné, agissez en père de famille, et que l'intérêt ne vous fasse jamais rompre avec vos frères et sœurs, Souvenez-vous que Dieu a soin de ses scrviteurs surtout des pacifiques et des miséricordieux. Je vous donne ma bénédiction ainsi qu’à tous vos enfants que j'aime tendrement, comme aussi votre femme pour qui j'ai bien de la considé ration et que je n'oublierai pas devant Dieu.
“ Dites à botce soeur de Varennes que je lui dis Adieu, ainsi qu'à ses enfants que j'aime et j'ai toujonrs aimés.
“ Vous direz à votre frère be Granbpré, Major aux Trois- Rivières, que je lui dis adieu ainsi qu’à sa femme et à ses enfants,
“ Adieu, mor ils de Grvosbois. Vous savez combien je vous ai aimé; n’en soyez pas ingrat, mais priez Dieu pour moi en reconnaissance,
“Je dis avion à ma #ille Le Garde, son mari et tous ses enfants, auxquels je donne ma bénédiction, Vous ne devez pas douter, ma chère fille, que je n’aie bien de l’amitié pour vous, Ea reconnaissance, priez Dieu pour ma pauvre âme et engagez M. LeGardeur de ma part à conserver la paix et l’union dans la famille, Qu'il se souvienne que Bienheureux sont les pacifiques,” La vie est courte et
l'éternité bien longue, Servez bien Dieu en remplissant fidèlement tous les devoirs de votre état,
Avicu, ma Wille de Mtup; adieu à tous vos enfants, à qui je donne ma bénédiction. Priez Dieu pour moi qui vous aime tendrement,
“Mandez à votre frère, curé de Saint-Joseph, que je lui dis adieu, Qu'il se souvienne de moi à l'autel.
vieu, cher Pils de Montbrun, adieu à votre femme et à vos enfants, Je vous donne ma bénédiction, Priez Dieu pour moi. Je vous serai plus utile auprès de Dieu s’il me fait miséricorde, comme je l'espère de sa bonté.
Aüicu, mon cher ils de Bapéiètre, Je sais combien vous m'aimez et que notre séparation vous sera bien sensible; mais consolez-vous et dites souvent: Dieu l’a voulu, que son saint nom soit béni!
“Avieu, ma Fille de Sabrebois, dites à M. de Sabrevois que je lui dis aussi adiou et à votre fille, Je vous donne ma bénédiction. Vivez toujours dans la crainte de Dieu et l'horreur du péché.
6 Aoien ma Fllie Boucher. Je suis fâché de vous laisser sans que vous s0yez pourvue, Vous savez que ce n’est pas Dieu aura soin de vous et vous servira de Père. Vous avez votre mère qui vous aime beaucoup. Priez Dieu pour moi.
6 Mandez à botre frere MBouchevs, pretre Du Séminaire de @uéber, quo jo lui dis adieu, que je lui donne mu bénédiction. Qu'il prie Dieu pour ma pauvre âme,
“ Aüieu, mon £êts de Niberbille. Je vous donne ma bénédiction. Ayez bien soin de votre chère mère.
Adieu, max chere fille de SalitsDécvre, adieu, ma chère enfant, Je vous donne ma bénédiction. Priez Dieu pour moi, je vous en conjure, et ne vous affligez pas lorsqu'on vous portera la nouvelle de ma mort. Au contraire, réjouissezvous alors de ce que Dieu, en me rappelant à Lui, m'a délivré des misères de la vie. Si vous m'avez aimé plus que
ma faute et qu'il n’a dépendu que de vous,
vos frèr vous, et “ En je donr que je p« dessus, 1 faire me donner, témoigné
On vo chère au tant de s blaient a trempe d et celles manière cloîtro co père, la se faire l’ fondément dialement vénérable nous avon Révérende Jacques, 1 Saint-Hen
Voici m Jacques V nous somn de la Mère de plus de:
digne fille
plissant
ts, à qui jui vous
je lui dis
nme et à iez Dieu g'il me
ien vous sensible ; , que son
Sabrevois [onne ma Dieu ct
as laisser n’est pas aura soin mère qui
inaire de édiction.
na béné-
père en our moi, on vous jouissezm'a déplus que
vos frères et sœurs, j'ai aussi eu bien de la tendresse pour vous, et j'en aurai toute l'éternité.
“ En cas que je meure subitement ou sans pouvoir parler, je donne à ma file de Saint-Pierre mon reliquaire d'argent que je porte sur moi. Il y a bien des indulgences appliquées dessus, mais elles ne peuvent plus lui servir; elle en pourra faire mettre d’autres. Comme c’est tout ce qui me reste à donner, il est bien juste que je le donne à celle qui m'a tant témoigné d'affection.”
On voit par ce dernier article combien. cette fille était chère au cœur de son père. Mais s’il y avait entre eux tant de sympathie naturelle, il faut dire qu'ils se ressemblaient aussi beaucoup par les qualités de l'esprit et la trempe du caractère. Les traditions de la famille Boucher et celles des Ursulines s'accordent sur ce point d’une manière admirable, Chérie et appréciée au dedans du cloîtro comme l'avait été dans le monde son vénérable père, la Mère Saint-Pierre semble avoir pris à tâche de se faire l'écho de ses vertus; si d’une part, on révère profondément le Grand-Père Boucher, on honore bien cordialement de l’autre la Grand’ Mère Saint-Pierre, titre vénérable consacré par les traditions du Monastère, et que nous avons nous-même bien des fois entendu répéter aux Révérendes Mères Dubé de Saint-Ignace, Panet de Saint- Jacques, Berthelot de Saint-Joseph et McLaughlin de Saint-Henri.
Voici maintenant la lettre dont parle M. le Commandeur Jacques Viger. Elle est antérieure de date à l’époque où nous sommes, puisqu’e'le fut écrite peu après la prof:ssion de la Mère Saint-Pierre ; mais ce ne sera qu'une preuve de plus des beaux sentiments qui ont toujours animé la
digne fille d’un si vertueux père.
DU MONASTÈRE DE STE-URSULE DE QUÉBEC, LE 18 guiN 1699.
‘ Monsieur et très-honoré Père,
“ Je commence cette lettre par vous demander très-humblement pardon de la peine que je vous ai donnée ainsi qu'à tua très-chère mère, suns en avoir eu la volonté, puisque ln ioindre des vôt:es m'est incomparablement plus sensible que mes plus grandes. Ce que je vous «ai dit n’est qu'une pensée que j'ai produite indiscrètement, ne croyant pis qu'elle pût vous donner aucun sujet de plainte, vu qu'el'e n'a aucun fondement, n'étant pas possible de croire qre Dieu voulût donner de telles révélations à une aussi mi:trable pécheresse. Aïnsi, mon très-cher père, n'ayez, je vous supplie, plus d'inquiétude à ce sujet; elle ne provenait que du désir que j'ai de vous voir vivre ainsi que ma très-chèe mère, et de mon immortification qui me fuit désirer, cn mourant la première, d'éviter la plus sensible et la plis pesante de toutes les croix, Mais, mon très-cher Père, puisque cela vous peine, je ne demande plus rien à Dieu sur ce point non plus que sur les autres, que l’accomplissemert de ses saintes et adorables volontés.
“ Je ne demande plus à Dieu qu'il prolonge la vie de m:s proches, mais qu'il les prenne dans le temps qu'il les trouvera le mieux disposé:, et qu'il nous mette tous dans l’état dans lequel nous le pourrons mieux se:vir, et faire plus «surément notre salut,
“ Voilà, mon cher Père, ma prière la plus ordinaire. Je ne souhaite plus rien sur la terre que de nous voir travailler, Chacun de notre côté, à cette unique affaire nécessaire; ce qui fait que je ressens une joie et une consolation qu’il n’eit pas possible d'exprimer, des bons sentiments que notre bon Dieu a donnés à M. de Muy. Cela prouve qu'il songe à son salut. Je vous assure qu'il y a longtemps que je souhait: cela; non-seulement je le demandais à Dieu continuellemeit
dons in.inie béni!
dit 28 grand e la puis file de n"aq ordres d mis en cents, nous en tondre, :
jamais sd Coite es g'andes de la per “Je vo duns tout mont, je le lis ave de ma gr:
sensible e
“ J'écri:
celà lui pr de le faire moi le pl so:tion d que vous j tre -cher P torche bea Vos ne 8 l'honneur qu'ils ont E je suis, ou]
rès-hurinsi qu'à 1isque la sensible t qu'urs yant pis u qu'el'e roire qi'e 1ssi mi:c- 2, je VOUS enait que très-chèe éairer, en et la plis her Père, à Dieu sur lissemer.t
rie de m's 1 les troulans l'état re plus à
naire. Je travailler, bagaire ; ce qu'il n'eit notre bon onge à son souhait:
uellemeit
dnns mes prières, mais j'ai souvent employé auprès de son ininie Majesté, le crédit de mes amis: qu’il en soit done Je viens de recevoir une de vos chères lettres di 28 mai; je vous en remercie de tout mon cœur, J'ai grand compassion de ma chère sœur de Grandpré, mais je ne la puis blâméer, connaissant par expérience qu’il eat bien difficile de se consoler et d'oublier des personnes si chères. Il n; a que la seule soumission que nous devons avoir aux ordres de Dieu, qui puisse faire porter des croix si pesantes ; muis enfin la foi doit nous soutenir dans ces sortes d’accents, sachant bien que ce n’est pas ici notre fin, mais que nous en avons une bien plus noble, où chacun de nous doit tendre, afin de nous y voir tous réunis pour n'être plus jamais séparés. Ah! quelle consolation, mon très-cher Père! Coite espérance est capable de faire surmonter les plus grandes difficultés qui se peuvent rencontrer dans le chemin de la perfection.
bénil...,
‘Je vous assure qu’elle m’a été une puissante consolation dins toutes les afflictions que Dieu nous a envoyées, et qui m'ont, je vous assure, bien détachée de la terre. Oui, je vous le dis avec sincérité, que depuis la mort de ma sœur de Muy, de ma grand’mère et de mon frère de Grandpré, je suis insensible et je n’ai plus d'attache aux choses de ce monde.
“ J'écrirai à ma chère sœur de Grandpré si vous jugez que cel1 lui puisse donner quelque consolation. Je continuérai de le faire aussi souvent que vous le jugerez à propos, Faitesmoi le plaisir, mon très-cher père, et donnez-moi la conso:tion de m'écrire vos sentiments pour Dieu et les avis que vous jugerez m'être nécessaires. Vous savez bien, mon tr:-cher père, que ce qui vient d’une personne qu’on aime torche beaucoup et fait de grandes impression sur l’esprit..., Vons ne sauriez croire combien les entretiens que j'ai eu l'honneur d’avoir avec vous m'ont servi, Je vous assure qu'ils ont beaucoup contribué à me faire embrasser l’état où je suis, ou pour ioux dire, qu'ils l'ont fait antièreruent, Ne
refusez donc pas de m'en donner encore par écrit, C'est la grâce que je vous demande tres-instamment, avec celle de me croire aussi bien que ma trèschère mère, d’un cœur rempli de reconnaissance, de tendresse et de respect, ‘“ Monsieur et très-cher Père, ‘“ Votre très-humble et trèsobéissante fille et servante, “ Sr G, de Saint-Pierre R. Urs. I”
Nous lisions dernièrement dans un auteur contemporain et de mérite, que les âmes qui trouvent en elles assez de générosité pour faire le sacrifice d’une famille chère, ne sont certainement pas les moins expansives ni les moins dévouées, Comment en effet une personne qui par sa vocation doit se retremper incessamment au foyer de la charité divine, pourrait-elle voir s’altérer en son cœur les sentiments que Dieu lui-même y a mis: la piété filiule et fraternelle ? Nous comprenons qu'une existence qui se crée une nouvelle famille, et qui, par là même, se crée des intérêts nouveaux, puisse voir s'affaiblir des sentiments qu'elle est en quelque sorte forcée de partager. Muis il n’est rien de cela pour la religieuse : ses nouveaux liens sont formés par la grâce, et la Raligion, en épurant ses affections légitimes, les consacre véritablement ; elle leur donne une portée qui laisse bien loin en arrière, ce froid égoïsme que l’on ne rencontre que trop souvent dans le siècle.
Disons plus; que de fois même la pensée d'attirer sur une famille chérie des bénédictions pour l'éternité, n’a-telle pas déterminé un généreux sacrifice de la part d’un de ses membres? L'illustre Mme Louise, cette héroïque fille d’un roi si déplorablement faible, se répétait en réfléchissant à la vie du Carmel dont elle se préparait à pren-
dre le [6 quel ba voir tou tern-il à deux pr cents lie tenir la accompl vaticn d Oh! « gnenr et tendr ment } ou cette laisse ja d'a: tant tude et d
Jamai notre Mo Ursulines vérance l'exemple marche Claude d Monnoir,
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Muis il Lux liens ht ses afelle leur
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dre le chemin : “Moi religieuse, et mon pèretout à Dieu, quel bonheur!.,.,, Assurer le salut de mon âme et voir toute ma famille dans le chemin du ciel, que me restern-il à désirer après cette grâce ?....” Nous: connaissons deux prêtres Canadiens qui sont allés inissionnaires à neuf cents lieues dans les bois de la Rivière-Rouge ; l’un, pour ob tenir la conversion de son père au Catholicisme, l’autre, en accomplissement d’un vœu qu'il avait fait pour la conservaticn de sa mère,
Oh! oui, que tonte famille qui a au service du Seignenr une porsonne chère, en bénisse Dieu ; que ces bons et tendres parents soient sûrs qu'ils en recevront infiniment | ns d'assistance, que si ce fils ou cette fille, ce frère ou cette sœur, fût resté sous le toit paternel. Dieu ne se laisse jamais vaincre par sa créature: les faveurs seront d'a: tant plus abondantes qu’on aura mis plus de promptitude et de générosité dans ‘le sacrifice,