S5.—MILE DE RAMEZAY ET SES ÉMULES
Jamais année ne fut plus féconde en vocations pour notre Monastère que l’année 1717. En quelques mois, les Ursulines comptaient sept nouvelles novices dont la persévérance démontra l'excellente vocation, Il est vrai que l'exemple était parti de haut, car la première à battre la marche vers le cloître avait été la fille du chevalier Claude de Ramezay, seigneur de Sorel et de Ste-Marie-le- Monnoir, et gouverneur de Montréal.
Mlle Catherine de Ramezay avait pour mère Mme Charlotte Denis de la Ronde, ancienne élève de cette maison, qui se plaisait à inspirer à ses enfants le respect et l’uffection dont elle était elle-même pénétiée pour les Religieuses qui lui avaient donné l'éducation.
Les six Diles de Ramezay vinrent donc augsi au pensionnat pour s’y former à la vertu, et au degré de science alors requis. Le 10 août 1710, arrivaient les trois aînées : Miles Marguerite-Charlotte, Geneviève et Marie-Catherine, Plus tard, Mile Marie-Catherine entrait nour la seconde fois aux Ursulines avec ses trois plus jeunes sœurs: Miles Angélique, Louise et Elisabeth, si connues dans l’histoire de ce pays pour la grande réputation de vertu qu’elles s’acquirent, surtout pour leur charité sans bornes envers les pauvres et les malades,
L'absence de ces quatre aimables sœurs devait faire un grande vide à la maison paternelle. M. et Mme de Ramezay s’en consolaient dans la pensée d’un prochain retour, tant ils étaient loin de croire qu'aucune de leurs filles dût se plaire assez à Québec pour désirer y fixer sa demeure. Quel fut donc leur étonnement lorsque étant venus les chercher trois ans après, ils virent Catherine pleurer amèrement en quittint le Monastère ! Ce chagrin toutefois ne fut pas déraisonnable, il parut même peu à peu se dissiper, pour faire place au bonheur réservé à la réunion de semblables familles. Que de réjouissances à leur retour à Montréal! Quatre frères et six sœurs au foyer paternel, sous le sourire bienveillant d’un père et d’une mère! Il y avait en outre chez le Gouverneur de Montréal “ joyeux repas et force bonne compagnie.” Les six Dlles ayant été admises à prendre place au salon, on peut se faire une idée de l’entrain des fêtes, et de la gaité qui régnait constamment à l’intérieur de cette maison. Cependant toutes ces Dlles ne s’y amusaient pas également, car de trois vocations qui se révélèrent alors parmi elles, deux fureut pour le cloître: Marguerite-Charlotte voulait être Hospitalière, Geneviève se préparait à ses noces, et Marie-Cathe-
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Assujetties par la volonté de leurs parents aux mille détails des bienséances du monde, les Dlles de Rimezay étaient de toutes les fêtes et, chose admirable! elles ne perdirent jamais l'habitude d'entendre chique jour la sainte messe, Afin d’être inviolablement fidèles à cette pratique, Charlotte et Catherine se retiraient toujours avant onze heures de la nuit.
2evenant un matin de N.-D. de Bon-Secours, le lendemain d’un bal, elles furent surprises de trouver leur mère déjà debout, attendant sa famille das la salle à déjeuner. —“ Quoi, chère maman, s’écrièrent-elles, déjà debout, vous qui vous êtes couchée si tard hier soir; ou plutôt ce matin! — Il le faut bien, mes enfants, répondit Mme de Ramez y, votre père doit se rendre avant neuf heures aujourd’hui au champ de Mars, pour faire la revue de ce nouveau Régiment dont nous avons eu ici, hier soir, les principaux officiers. — Mais vous êtes aussi pâle ce matin, chère mère, que si vous aviez été malade au lit un mois entier ! c'est ce malheureux bal qui vous a ainsi brisée, Nous qui qui avons dormi depuis onze heures et demie jusqu’à six ce matin, nous dormions encore dans la voiture, et c’est à grand’peine si nous avons pu entendre la mess: ! Dites. nous, chère maman, est-ce que cette vie bruyante et dissipée ne vous ennuie pas ?—Quelquefois à la vérité, cela ennuie un peu, répon‘tit la bonne inère.—Pourquoi donc, chère maman, répliqua vivement Catherine, pourquoi done, donnez-vous si souvent ces bals et ces grands diners ?—Ah! mon enfant, répondit en soupirant Mme de Ramezay, j'avoue que nous aurions plus de joie et de paix si nous pouvions vivre retirés sur nos terres, au milieu de
nos censitaires ; mais de quel œil le public nous regarderait-il, si nous refusions de recevoir les officiers de Sa Majesté, les citoyens haut placés, les principaux fonctionpaires du Gouvernement ?.. Comprenant par ces dernières paroles la position gênante ou la fortune avait placé sa faruille, —% Ah! maman,” dit Catherine en embrassant sa chère mère, je vois que vous avez lus de soucis que de plaisirs ! Permettez done à vos filles de choisir un état qui n'offre jamais de pareils ennuis !” Mme de Raimezay ne répondit pas, car ce langage ne lui était pas nouveau ; elle prévoyait en cela uu sacrifice de plus, et elle avait même prévenu son mari des secrètes intentions de ses filles.
Après un silence de quelques instants entre la mère et les filles, entra M. de Ramezay. A yant pris place à table, il dit à sa femme en souriant: “ Nous voilà donc seuls ce matin avec nos deux religieuses !—Oui, oui, cher papa, s'écrièrent-elles, vos deux religieuses avec votre pertuission —Quoi donc, mes filles, reprit-il, est-ce sérieusement que vous voulez quitter lu famille? La vie chrétienne et ordinaire ne vous suflit-elle pas ? Pensez-vous que votre mètre et moi ne songions pas à notre salut ? Laissez-là ces chimères et apprenez à connaître le monde. Aujourd’hui même, je désire vous voir présentes avec votre mère et vos sœurs à la revue des troupes.”
A ces paroles où s'était accentuée l'autorité paternelle, il n’y eut pas de replique. Pendant deux ans, M. de Ramezay continua à éprouver ainsi la vocation de ses deux filles. Gagné par leurs instances il céda enfin tout en exigeant de la jeune Catherine un retard de six mois. Ainsi Morguerite-Charlotte entra à l'Hôpital-Général de Québec au mois de novembre 1716, ét ce ne fut qu'au printemps de 1717, que Marie-Catherine obtint de venir aux Ursulines.
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À sa vêture, qui ent lieu le 31 août de la même année, toute sa famille vint de Montréal pour la cérémonie ; les amis de Québec se joignirent à eux en si grand nombre que la chapelle ne pouvant les contenir tous, on fut obligé de faire passer les dames de la famille dans le chœur des Mgr de Saint-Valier officia, et le R. P. Gérard S. J., fit un ‘ravissant discours sur le bonheur que l’on goûte au service de Dien, comparé aux mécomptes et aux déceptions des partisans du monde,
relivienses,
A ces consolantes paroles, les traits de la novice s’épanouissaient de joie, là tendre mère s’efforçait de sécher ses larmes, et le père voyait s’accomplir d'un front moins triste les solennités du sacrifice qui lui enlevait sa fille. Quant aux autres personnes présentes, leurs impressions furent diverses ; la plupart des dames et des demoiselles s’obstiuèrent à pleurer sur le sort de celle dont elles auraient dû envier le bonheur. Une seule jeune mondaine y fut véritablement convertie par ces foudroyantes paroles, que le prédicateur prononçait avec la véhémence d’un homme insjiré: Malheur uw monde à cause de ses scandales! Nous ferons connaître plus tard à nos lectrices cette conquête de la grâce.
Le départ des Dlles de Ramezay paraît avoir eu un merveilleux effet sur le cercle de leurs jeunes amies de Montrl, car en quelques semaines, trois autres vocations se décidèrent, Au mois de juin arrivait au Monastère Mlle Marie-Rente du Mesnil, fille du major des troupes du Loi; au mois de juillet, Mlle Anne-Louise-Thérèse Juchereau et Mile Marie-Madeleine de Repentigny.
Les mois de septembre, octobre et novembre, amenèrent aussi leurs offrandes : ce fut Mlle Le Clerc, de la paroisse
de Saint-Pierre, île d'Orléans, ainsi que Miles Langlois ct Gaillard, de Québec.
En 1719, se présentaient trois autres jeunes Dlles di. reuses de compter parmi les filles de la Vén. Mère Marie te l'Incarnation : Mlle Victoire Perthuis, fille de M, Chs. Per. thuis, de Québec, l’intéressante Dlle Catherine-Madeleine des Meloises, qui fit à Dieu un si touchant sacrifice, tt enfin Mlle de Villedonné, dont la ferveur ne fut pas mous consolante que celle de ses devancières.