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de supérieure, qu’elle remplit de 1706 à 1712. Elle passa par toutes les charges de la maison, et oxergçait celle de miîtresse des novices quand elle mourut, A cette dernière époque de sa vie, depuis quatre heures du matin jusqu’à neuf houres du soir, hiver comme été, les jeunes n'avaiant qu'à jeter les yeux sur cette véritable mère de 77 ans, pour connaître l’ordre du jour et ce que doit être en toute occasion le maintien d’uncreligieuse. L'esprit de prière et de régularité était comme une seconde nature à cette chère Mère, que le ciel avait douée de beaucoup d'esprit et d’une rare prudence.”
Le 1 août 1739, la Mère Pinguet de l’Incarnation se leva à 4 heures à l'ordinaire, pour faire la rénovation dés vœux avec la Communauté. Ce jour-là se passa dans une sainte allégresse, elle n'éprouva pas même le plus léger malaise, La nuit suivante, elle se trouva mal, et le lendemain (dimanche), jour fixé pour la grande solennité, elle parut d’une extrême faiblesse et fut conduite à l’infirmerie, Elle n'avait ni fièvre, ni douleur, ni frisson, de sorte que le médecin ne vit rien d’alarmant dans son état. Vers 5 heures du matin, une des infirmières s'étant approchée de la bergère où elle s'était d'elle-même assise, fut frappée de la pâleur et de l’altération de ses traits. Elle crie au secours! On accourt de tous côtés. ... Hélas ! il était trop tard pour ce monde ; la malade n'était plus!.. ‘“ Si sa mort fut précipitée, ajoute sa notice, elle n'avait pas été imprévue, car toute sa vie avait été une fervente préparation à ce redou- ‘able passage. Les derniers jours surtout, elle avait paru encore plus touchée qu’à l'ordinaire, et avait renouvelé ses vœux avec un accent de ferveur qui avait frappé tout le monde.”
La Mère Pinguet de l’Incarnation comptait 61 ans de profession religieuse. Sa mort fit retarder de huit jours la joyeuse et intéressante fête du centième anniversaire,
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C’est ici surtout que nous aimons à rattacher le fil de nos traditions monastiques. Cette seconde Mère de l’Incarnation, morte maîtresse des novices comme la première, avait été compagne de noviciat de plusieurs religieuses que la Vén. Mère n'avait laissées que pour entrer dans le repos de son éternité. Quel coin du feu que ce noviciat de 17391 Comme cette seconde Mère de l’Incarnation devait y rappeler vivement les merveilies de générosité, de dévouement et de ferveur des Fondatrices qu’elle avait connues,
Les deux Mères de l’Incarnation ont donc rempli le premier siècle de cette Histoire, Maintenant, une novice de 1739, va.étendre le troisième anneau de cette chaîne jusqu'à 1802 : c’est la Mère Davanne de Saint-Louis de Gonzague, que nos anciennes d’aujourd’hui ont pu connaître. On sent quelle doit être la vivacité de traditions qui se rattachent de si près aux sources premières.
Pas de foie parfaite en ce monde.—Mort de la ire d'Ailleboust de la Ste-Croir.
On lit dans le Récit en date du 4 septembre 1739 : “ Le Seigneur qui ne veut pas que nous goûtions en cette vie de joie parfaite, a permis que celle du centième anniversaire fût suivie d'une affliction très-sensible, par la mort précipitée d’une de nos chères Mères, ancienne professe de cette Communauté. L'Eglise et les autels, ornés avec tant de magnificence, ont dû revêtir leurs ornements de deuil ; les chants lugubres ont remplacé les cantiques de joie ; toutes, nous adressions nos supplications au ciel, en faveur de la vénérée Mère Marie-Elisabeth d’Ailleboust, dite en Religion de la Ste-Croix.”
Le nom de famille de cette chère Mère nous reporte aux premiers jours de la colonie, puisque son père, M. Chs
d’Ailleboust des Musseaux, appelé aussi de Coulonge, était
neveu et fils adoptif de Louis d'Ailleboust, troisième gouverneur du Canada. Mlle M.-Elisabeth naquit à Montréal en 1670 ; sa mère Mme Catherine Le Gardeur de Repentigny, était une des premières élèves françaises de nos Fondatrices, Mile d’Ailleboust étant venue terminer ses études à Québec, prit goût à la vie du cloître ; ce ne fut cependant que dans sa 18e année, qu’elle obtint de ses parents la permission de laisser le monde. Une dévotion toute spéciale à la Passion de N. S. J. C. lui fit demander de porter en.religion le nom de la sainte Cioix. “Il suffisait, dit le Récit, de lui voir prendre de l’eau bénite et faire le signe de la Croix, pour juger qu’elle était pénétrée d’un esprit de foi peu ordinaire. Elle avait une magnifique voix, qu’elle consacrait sans réserve aux louanges de Dieu. Son assiduité aux devoirs de maîtresse de chœur et de première chantre ne se lassa jamais; lorsqu'on lui alléguait quelque indisposition pour l'en dispenser, elle répondait aussitôt: ‘ Mais, ma chère sœur, ce n'est qu'une bagatelle!” Les annales la comptent au nombre de ces piliers de stricte observance, qui soutinrent pendant un demi-siècle l’eprit primitif de régularité et de ferveur, pour le léguer à la génération suivante.
La Mère de la Ste-Croix était fortement constituée, Six mois avant sa mort, on remarquait qu’elle dépérissait à vue d'œil; cependant, il n’y avait pas à lui faire relâcher de son ardeur, Pendant l’année qui précéda le centième anniversaire, elle fut une des plus ferventes aux travaux communs et aux pratiques de mortification que la Communauté s'était imposées. La semaine même de sa mort, elle avait servi tous les jours au réfectoire, et la veille, elle avait assisté à la récréation du soir et récité l'office au chœur avec la Communauté. Le matin du 4 septembre, la Sœur chargée du réveil étant entrée dans sa cellule pour lui donner de lu lumière, la trouva sur son lit sans parole et sans connaissance. A cette nouvelle, la consternation se répand dans le Mo-
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nastère, O1 envoie en toute hâte chercher le prêtre et le médecin. Ce dernier déclare qu’elle est à la veille d'expirer, mais sans pouvoir découvrir aucun indice d'apoplexie ou autre maladie connue. Le prêtre achevait les onctions saintes quand cette chère malade expira. Elle était dans la 70ème année de son âge, et la 49ème de sa profession religieuse. La Communauté la pleura comme on pleure une règle vivante et un des plus beaux modèles des vertus religieuses et sociales. |
Sie Pleiave de fidèles oubrières dans la maison de BDicu.
De 1713 à 1739, notre Communauté perdit trois religieuses converses: Sr Marie-Madeleine Gravelle de Saint- Etienne, en 1714; Sr Marie-Madeleine Gravelle de Saint- Paul, en 1722, et Sr Catherine Constantin de Saint-Denis, en 1728.
Nous dirons d’abord un mot de cette dernière, laquelle d'après sa notice put réclamer de Notre-Seigneur la récompense d’une grande bonne volonté, mais dont le jour de travail, duns les desseins de Dieu, devait être court. ‘Quinze mois après sa profession, à peine âgée de 21 ans, elle fut en quelques jours réduite à l'extrémité par une fluxion de poitrine. Sa profonde piété, sa parfaite soumission aux ordres de la divine Providence, nous édifièrent grandement. Elle était fille de M. Denis Constantin et de Mme Louise Bâcon, de Québec.”
Sr Saint-Etienne et Sr Saint-Paul appartenaient à une famille «dont la descendance est encore nombreuse en ce pays. Nous grouperons ici les souvenirs conservés au Monastère des sept filles et petites-filles de cette famille patriarcale, qui ont été religieuses en cette maison.
Les chefs de cette famille en Canada, M. Massé Gravelle et Mme Marguerite Tavornier, furent des premiers à s'éta-
blir à la côte de Beaupré, de même que les familles Cloutier, Racine, Bélanger etc. Par leur industrie et leur persévérante activité, ils surent se ménager d’amples ressources pour l’éducation de leurs enfants. Leur cinq filles vinrent tour à tour au pensionnat. Les trois plus jeunes voulurent se ranger sous la bannière d'Ursule, et préférèrent l'état de religieuse converse, qui comporte moins de responsabilité, tout en secondant efficacement la gminde œuvre de l’éducation.
L’aînée, Marie-Madeleine de Saint-Paul, entrée au noviciat en 1674, vécut près d'un demi-siècle en Religion. “ L'âge n’avait rien ralenti de sa ferveur première, dit sa notice. Elle était un stimulant pour: les jeunes dans les travaux les plus pénibles de sa condition. Son respect pour les supérieurs était admirable, ainsi que ses prévenances pour toutes. Elle allait au-devant de tout ce qui pouvait faire plaisir.
“ Elle a été longtemps chargée des chambres des pensionnaires et aussi de soigner les élèves dans leurs maladies et petites infirmités. Elle s’y portait avec tant d'affection etun si grand dévouement, que toutes conçurent la plus grande estime de sa vertu et lui en ont gardé une affectueuse reconnaissance, Ses emplois remplis, elle s’occupait de diverses industries, gagnant autant qu’elle pouvait pour la reconstruction de notre église. Dans tous ser besoins, corporels ou spirituels, elle recourait à la Suinte-k1mille, à qui elle avait une dévotion spéciale. Su présence d'esprit et sa profonde piété l’ont accompagnée jusqu’à la fin. Bien loin de craindre la mort, elle s’est réjouie de pouvoir aller enfin se
joindre à son Bien-Aimé,” Sr Saint-Paul était dans la 69ème année de son âge et la 49ème de sa vie religieuse.
Nous avons dit au premier tome en quel renom de vertu mourut aux Trois-Rivières, en 1699, Sr Françoise Gravelle de
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Ste-Anne, Elle était la première et jusque-là l'unique sœur converse de la nouvelle fondation. Sa mort fut le résultat de son extraordinaire charité. S’étant dévouée à soigner la Mère Ste-Cécile, elle contracta sa fièvre, prit le lit le jour même de l’inhumation, et mourut quelques jours après, Elle était âgée de 40 ans, et avait 19 ans de profession religieuse,
Sr Geneviève Gravelle de la Visitation, sœur des deux précédentes, avait dû lutter pendant cinq ans pour obtenir son admission en qualité de sœur converse. Elle fit preuve d'une vocation si prononcée pour cet état que les religieuses l'admirent enfin, malgré la délicatesse de scn tempérament. Entrée au noviciat quelques mois après notre second incendie,elle déploya un courage et un dévouement extradrdinaire, sa ferveur suppléant à ses forces, Le siége de 1690 vint ajouter un surcroît d’incommodités et de travail. Elle était infatigable et cherchait à aider la Communauté de toutes les manières possibles. ‘ On peut dire avec vérité que ses jours ont été pleins devant le Seigneur, aussi eut-elle en peu de temps gagné sa couronne, Une inflammation de poumons l’emporta en quelques jours au mois de janvier 1691, dans la 24ème année de son âge et la 4ème de sa vie rcligieuse.” Il y eut des sympathies extraordinaires à la mort de cette jeune sœur, Mgr vint la visiter durant sa maladie, et son service fut chanté solennellement avec diacre et sous-
diacre. ‘“ Outre les suffrages et prières de règle, quinze
messes furent dites pour elle dans l’église de Notre-Dame de Lorette, et quinze autres dans notre église par les RR, PP. Récollets.”
Ces trois sœurs Gravelle étaient nées “en la côte de Beaupré et avaient été baptisées duns l’église de la Visitation de la sainte Vierge.” Voici maintenant la fille de leur sœur Elisabeth qui réclame la place de sa chère tante, envolée sitôt et si joyeuse au ciel.
Sr Marie-Anne Côté, fille de M. Mathieu Côté, née et baptisée dans la paroisse de la Ste-Famille, île d'Orléans, entra au noviciat en 1696, et fit profession sous le nom de Saint- Joachim. Elle mourut au commencement de l’année 1740. “ Dans ses dernières années, elle était devenue très-infirme; elle rendait encore néanmoins de grands services, Les der. niers six mois, elle fut envahie par la paralysie, qui se jeta en particulier sur la langue et lui ôtait presque la faculté de parler, Cette chère sœur passa du temps à l'éternité dans une paix, une tranquillité que nous ne pouvions assez admirer, grâce qui fut sans doute le fruit de sa dévotion à la trèsdigne Mère de Dieu, en l’honneur de laquelle elle récitait presque continuellement l’Ave Maria, ce qu'elle a même continué pendant toute son agonie jusqu'à ce qu'elle eût complètement perdu la parole.” Sr Marie-Anne Côté de Saint-Joachim était dans la 66ème année de son âge et la 42ème de sa profession religieuse.
Sr Saint-Paul avait vu ses deux sœurs échanger le jour du travail pour l'éternité de repos, quand les deux filles aînées de son frère Joseph vinrent successivement demander à consacrer leurs forces à l’entretien de la maison de Dieu, en compagnie de Ic‘:r tante et de leur cousine. Ce frère avait épousé Dille Marie Bélanger, et paraît s'étre établi dans la paroisse de l’Ange Gardien ; du moins c’est là que fut bap. tisée Marie-Madeleine, entrée à notre noviciat en 1708.
Sr Marie-Madeleine Gravelle de Saint-Etienne donnait de grandes espérances pour l'avenir, quand elle eut occzsion d'offrir à Dieu le sacrifice de sa jeunesse, mourant, dit sa notice, le 21 septembre 1714, à peine âgée de 24 ans, au commencement de la 4ème année de sa profession religieuse.
À sa mort, sa sœur Murguerite entrait dans la seconde . année de sa profession religieuse, Quoique infirme et maladive, Sr Marguerite Gravelle de Saint-Clément eut une assez
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Sr Saint-Joachim et sa cousine Sr Saint-Clément, étaient les seules survivantes de leur famille au Monastère, quand une nouvelle cousine vint frapper à la porte du cloître.
Sr Louise Gravelle de Ste-Marthe, fille de M. Jean Gravelle et de Mme Marie Cloutier, naquit et fut baptisée en la paroisse de Saint-Joachim.
‘ Cette chère sœur, dit la notice, était venue un peu tard travailler à la vigne du Seigneur, étant âgée de 27 ans lors de son entrée au noviciat, Mais sa ferveur fut telle qu’elle égala, on peut dire, celles qui avaient porté le poids du jour et de la chaleur, gagnant ainsi le prix de sa journée. Quoique de petite taille et très-délicate, elle ne voulait être exemptée d’aucuns travaux. Elle se prêtait à tout d’une manière si gracieuse et obligeante, qu'il y avait plaisir à recevoir d'elle quelque service. Naturellement faible et portée au sommeil, elle était néanmoins des premières levées et des dernières à prendre son repos le soir.
‘ Elle mourut victime de sa charité à assister notre chère Mère de Villedonné de Ste-Geneviève, décédée le 10 mars de cette année 1743, après trois mois de grandes souffrances. Sr Ste-Marthe, qui était-alors aide-infirmière, parvint à dissimuler pendant quelque temps ses fatigues et son épuisement, mais onfin il fallut céder. Le médecin en désespéra
tout d’abord, Ce fut le 2 avril 1743, qu'elle s’éteignit douce. ment, amplement munie de tous ses passeports pour l'éternité bienheureuse. Elle était âgée de 44 ans, dont 16 de profession religieuse.
En voyant ces trois filles et quatre potites-filles de M. Massé Gravelle remplir près d’un siècle de dévouement dans la maison de Dieu, nous nous demandons quel esprit profondément chrétien devait animer ces premières familles du pays pour inspirer une si profonde piété à leurs enfants, et quelles bénédictions devaient être la récompense de leur générosité à les donner au service de la sainte Religion.
L'aînée de ces fidèles ouvrières de la vigne du Seigneur, Sr Marie-Madeleine de Saint-Paul, avait connu notre Vén, Mère Marie de l'Incarnation, probablement aussi notre chère 8r Saint-Laurent, morte quelques années auparavant. Cette première sœur converse de notre maison dont la vertu a mérité un si beau panégyrique (1), disait, qu’elle n'échangerait nas son titre de sœur converse dans une maison d'Ursudines pour tous les diadèmes de la terre/Tels devaient être les sentiments de Sr Saint-Paul, dont l'exemple fut si puissant sur ses sœurs et ses nièces.
(1) Voir t.1, p. 8UY, (4 de Hxition).
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