‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 42 sur 95 · NOUS · texte numérisé non relu

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“ Nous comptions beaucoup sur elle, dit le Récit, quand au printemps de 1725, il plut à Dieu de couronner sa se:vante, qui n’avait cessé de courir dans les voies de la perfection avec une ardeur incroyable, Elle était âgée de 29 ans dont elle avait passé huit en Religion.

La Mère Marie-Catherine de Ramezay de Ste-Radegunde avait vu de grands deuils dans sa famille (1). Son bon père était mort au mois d'août de l’année précédente. Il avait remplacé le marquis de Vaudreuil comme gouverneur de Montréal en 1703, et aussi comme lieutenant général du Roi en Canada, de 1714 à 1716.

La Mère Ste-Radegonde mourut trois mois avant le naufrage du Chameau où périt son troisième frère, Dieu lui épargnant l’amère douleur d'un si fnneste accident,

(1) L’airé de ses frères fut tué à la bataille de Rio-Janéiro, nons iguorons en quelle année.

Le second fut massacré par les Chérakis, non loin de la rivière Wabash, ‘11 n'y a pas longtemps, dit Charlevoix, que les Chérakis y tuèrent trente Français, ayant à leur tête un fils de M. de Raimezay gouverneur de Montréal, et un du baron de Longueuil, lieutenant du Roi de la même ville.”

Bèle intatigable et saints désire de la Mère de Varennes De la Présentation, petite-fille du Grand-Père Boucher.

Le Monastère perdit, en 1726, une religieuse qui fut universellement regrettée et dont les vertus méritent une mention spéciale: il s'agit de la Mère Anne-Marguerite de Varennes, fille de M. René Gauthier de Varennes, qui fut pendant 22 ans gouvorneur des Trois-Rivières.

Née dans cette dernière ville en 1684, Anne-Marguerite fut envoyée à notre pensionnat peu aprèsla profession de sa tante, la Mère Boucher de Saint-Pierre. Jamais élève ne poursuivit ses études en de plus belles dispositions, Ses grâces naturelles étaient rélevées du charme de la plus aimable modestie, et loin d'étudier dans l'intention de briller dans le monde, elle n’aspirait qu'à se rendre digne de faire partie de la milice de Ste-Ursule, et ‘elle poursuivit son entrée avec tant d'importunité, dit le Récit, que sa mère fut obligée d'accéder à sa demande, quatre mois avant qu'elle eût accompli sa quinzième année,

“ Elle ne se donna pas à Dieu à demi et sa ferveur fut loin d’être passagère, car toute sa vie fut remplie par l'exacte pratique des plus solides vertus. Nous la regrettons infiniment, non-seulement pour ses vertus angéliques, mais encore pour tant de rares et estimables qualités dont le Seigneur l’avait prévenue. Elle avait un goût exquis pour les arts d'agrément, ainsi que pour les autres branches d'éducation convenables à une demoiselle, Elle ne perdait pasun moment, ne quittant le travail ou l'étude que pour se livrer à la prière, sans perdre en rien son attention à la présence de Dieu.

‘ Comme religieuse institutrice, la Mère Anne-Marguerite de la Présentation était infatigable: son délice était d’instruire

les élèves, surtout les jeunes filles sauvages et les externes,

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Ce fut dans les ciasses de ces dernières qu’elle contracta sa maladie mortelle. Un désir ardent de leur inspirer la dévotion envers la sainte Vierge, l’ayant portée à exercer ses élèves pour une petite action en l'honneur de la Présentation de Marie au temple, elle ne ménagea pas assez su poitrine, et un crachement de sang qui s'ensuivit la conduisit bientôt aux portes du tombeau,

“ Nous comptions beaucoup sur cette chère sœur, dont les vertus et les talents étaient au-dessus de l'ordinaire, et qui eut pu rendre des services importants à notre Communauté ; mais ses désirs n'étaient pas de ce monde et elle souhaitait ardemment d’en sortir. Ayant gagné le cœur de notre doux Sauveur par sa piété toute céleste, il l’appela à lui dans le temps où nous nous y attendions le moins.”

Pendant sa dernière maladie, la Mère Anne-Marguerite de la Présentation eut la douleur de perdre son frère, M. J.- B. de Varennes, chanoine et grand pénitencier de la cathédrale de Québec. C'était un des plus dévoués amis de notre Communauté, “ s’associant, dit le Récit, à nos joies et à nos peines. Sa présence dans notre sanctuaire embellissait toutes nos fêtes, et il nous réndait de continuels services par l'exercice de son saint ministère, aussi bien que par ses rares talents.” Ce saint prêtre dont la piété n'avait rien d'austère, rehaussait par la plus exquise politesse le prix des vertus, sacerdotales, qu’il possédait à un haut degré. Il mourut au printemps de 1726, emportant les regrets de tous ceux qui l’avaient connu.

‘‘ Sa pieuse sœur le pleura avec la résignation d’un ange, cherchant sa consolation dans une plus intime union avec Dieu. Dans les derniers temps de sa vie, sa mémoire semblait se refuser à tout souvenir ou image qui ne tendît pas au ciel ; les dernières semaines surtout, son désir de se voir réunie à son céleste Epoux était si véhément que les moments lui semblaient des années ; elle demandait souvent si

son exil n'allait pas bientôt finir. Elle semblait toute rem. plie de Dieu et absorbée on lui. Cette heureuse transforma. tion parut encore d’une manière plus évidente après sa mort, Sa douce figure présenta alors une empreinte frappante de béatitude, et au moment de l'enterrement, elle parut comme dans une profonde contemplation. C'était la veille de la Pentecôte, et l’on a tout lieu de croire que son âme s'était déjà réunie aux bienheureux pour solenniser avec eux cette fête dans le ciel.”

Voyant le frère et la sœur se donner la main pour ravir le ciel, et y arriver presque en même temps, nous jetons naturellement les yeux sur les autres membres de cette famille privilégiée. Quel contraste encore ici dans la destinée des enfants d’un même père ! Dans la famille de Varennes, comme en beaucoup d’autres, ceux qui se vouèrent au service du Roi du ciel, eurent un sort bien différent de ceux qui s’engagèrent au service des rois de la terre, Témoin lu vie de M. de Varennes, l'aîné de cette famille et l’aïeul d'une de nos religieuses, ainsi que celle de Pierre de Varennes, seigneur de la Vérendrye. Brûlant du désir de servir son pays, ce dernier embrassa de bonne heure, comme son aîné, la carrière des armes, ct peu après il passa en France dans la compagnie des grenadiers de Bretagne commandée par son frère. Placé sous les ordres du maréchal de Villars, il prit part à la sanglante journée do Malplaquet, y reçut neuf blessures et fut laissé pour mort sur le champ du carnage. Promu au grade de lieutenant en récompense de ses services, il eut cependant la douleur et l'humiliation de se voir exposé aux rigueurs d’une affreuse pauvreté, l'état des finances ne permettant pas au roi de payer honorablement les braves qui avaient combattu pour sa gloire.

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les troupes de la colonie. Chargé en 1731, d'aller explorer les vustes régions de l’ouest, il y endura, en éompagnie du R. P. Messaiger S. J., toutes les privations imaginables, et brava cent fois la mort, en vue de l'utilité publique. Cette expédition, dont le résultat fut la découverte des montagnes Rocheuses et de l’immense territoire au nord et à l’ouest des grands lacs, a été décrite d’une manière fort intéressante par M. Garneau dans son Histoire du Canada. Elle devait ce semble assurer à M. de Varennes un titre incontestable à la reconnaissance de la patrie; mais il manquait encore quelque chose à sa gloire, il fallait qu'il triomphât aussi de l'injustice des hommes, Poursuivi par les calomnies les plus atroces, il fut contraint de venir se justifier à Québec auprès du gouvernement. Le marquis de Beauharnais, alors gouverneur, lui donna raison contre les détracteurs de son mérite, M. de la Vérendrye fut créé, par Louis XV, chevalier de Saint-Louis et promu au grade de Capitaine. Epuisé de travaux, il mourut peu après avoir reçu cette faible indemnité de ses servi :s passés, montrant une fois de plus qu’il en coûte beaucoup moins pour s’attirer les bonnes grâces de son Dieu, que pour s'assurer la faveur des hommes,

De Petit Oiscau de Gentilin;—-Da Mere Angélique Voisson de Saint-Pean-l'Evangiliste.

Voici la dernière survivante des heureuses novices formées à l’école de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation. La Mère Angélique de Saint-Jean était bien digne de propager pendant soixante-quatre années de vie religieuse, l'esprit et les vertus de cette mère pur excellence.

Nos lectrices se rappellent sans doute ce »etit oïseau de (rentilly qui faisait, en 1666, de si charmants adieux àses bocages. Placée au premier rang parmi ses compagnes d’études par son esprit et ses connaissances, Mlle

Poisson vccupait encore plus honorablement la première place par sa piété et les qualités du cœur, Dès sa première communion, il parut évident que le Seigneur avait sur elle des vues spéciales de sanctification. Dans sa quatorzième année, elle était déjà tout absorbée dans la pensée de son avenir, ne voulant se laisser préoccuper d'aucune autre chose que du projet qu'elle avait formé de consacrer entièrement à Dieu ce qu’elle en avait reçu. La Mère de l’Incarnation eut bien de la peine à modérer son ardeur, jusqu'au jour où elle obtint enfin de ses parents le consentement tant désiré, Elle n'avait encore que quatorze ans et demi ; mais dès cet âge, elle nous est présentée dans notre vieux Récit, comme une jeune personne ‘‘ d’une intelligence aussi rare que précoce, d’un esprit vif et enjoué en même temps que solide, possédant une heureuse mémoire qu'elle continua de cultiver par l'étude et la lecture, avec beaucoup de facilité à s'énoncer et encore plus à écrire. ”

La Mère Angélique Poisson de Saint-Jean fut employée pendant de longues années à l'instruction des élèves, poste important et difficile où le Seigneur récompensa sa sollicitude et ses soins par des succès marqués ; on a même vu des élèves qui semblaient absolument dépourvues de moyens, devenir entre ses mains des sujets recommandables, Douée d’un talent merveilleux pour faire aimer aux jeunes personnes les vertus douces et solides, convenables à leur sexe et à leur position dans le monde, elle eut la consolation de voir le plus grand nombre de ses élèves, devenir d’excellentes mères de famille ou de saintes religieuses,

Dans un âge plus avancé, elle fut chargée de la direction des affaires de la Communauté, d’abord en qualité de dépositaire, puis comme supérieure en 1703.

On se souvient de l’ardeur qu’elle apporta, en 1717, à l'achèvement des bâtisses commencées par la Mère des Anges.

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Toujours une des premières sur pied le matin, hiver comme été, la Mère Angélique de Saint-Jean donna jusque dans sa soixante-dix-septième année, l'exemple de la plus parfaite régularité à nos saintes observances; les jeunes mêmes ne pouvaient la surpasser en ferveur. Choisie de nouveau pour supérieure en 1726, elle ne laissa le gouvernement de la Communauté que pour aller régner au ciel, Elle ne parut atteinte d'aucune maladie particulière, succombant à une espèce de défaillance générale qui paralysait ses membres et la retenait à l’infirmerie depuis quelques jours. Le désir de faire une petite revue du passé lui fit demander son confesseur, Ce dernier ayant accompli sa mission s’en retournait, quand on le rapp'la en toute hâte pour lui administrer le sacrement des mourants ; mais à peine eut-il fait une onction que déjà cette âme angélique était passée de ce monde à son Dieu, qu'elle avait si fidèlement servi. Elle expira le 17 avril 1732, ayant soixantedeux ans accomplis de profession religieuse,

La Communauté, plongée dans l’affliction par une perte aussi inattendue, devait cependant songer à élire une nouvelle supérieure. ‘“ Ces élections toutefois ne se firent que plus tard, Mgr Dosquet nous donnant pour supérieure, par commission, la Mère Marie-Anne Anceau de Ste-Thérèse, descendue quelques mois auparavant des Trois-Rivières, où elle avait gouverné les Ursulines depuis 1712,

nue haute naissance engage à une pins profonde bumilité. Lx Mère Marie-ad. de Dauson de Saint-Charies et sa soeur Alinne-Caterine.

Parmi les notices de nos religieuses, rien ne nous paraît plus touchant que la destinée de ces trois sœurs, petitesfilles du gouverneur de Lauson et filles du Grand Sénéchal,

venant ensevelir dans le cloître leur nom, leur rang et leur

fortune, n'ayant d'autre ambition que d'y vivre ignorées et inconnues, tout en se consumant pour le salut des âmes et le bien de la société.

L'aînée, Marie-Madeleine et sa cadette Anne-Catherine, furent placées au pensionnat par leur oncle et tuteur, M. de Lauson Charny, l’année qui suivit la mort tragique de leur père, un des plus vaillants défenseurs du puys (1). Marie n'avait que huit ans et Anne, trois ans à peine.

Après six années d'application à l'étude, Marie fit part à la Vén. Mère Marie de l’'Incarnation de son ardent désir de se consacrer à Dieu, Elle voulait instruire les petites filles sauvages, leur apprendre à aimer Jésus et Marie, Vaincue par ses instances, la Communauté consentit à son entrée, mais la postulante de 14 ans dut attendre une année entière avant de recevoir le voile, et trois ans avant de prononcer ses VŒUX,

A l'entrée au noviciat de Mile Marie de Lauson, sa famille voulut lui assurer certains priviléges dans le genre de ceux qu'on accordait alors si facilement aux filles de quulité, dans les couvents de l’ancienne France. La Mère de l'[ncarnation, sachant qu'elle pouvait compter sur la ferveur de la jeune novice, acquiesça au désir des parents et assigna une sœur converse pour assister Mile de Lauson das ses infirmités. Elle fit aussi placer à cette occasion un poêle dans le grand dortoir des religieuses. Quand la fervente novice eut connu les arrangements faits par ses paien s, elle éprouva une vive confusion et elle résolut de ne jamuis permettre que la discipline de l'Ordre de Ste-Ursule fût affaiblie à son sujet. Quant au chauffage du dortoir en hiver, elle comprit que cette amélioration si longtemps différée était d’une utilité générale, mais pour des services

(1) Voir t. I, p. 268 et suiv. (2de Ed.)

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personnels et particuliers, elle était si bien décidée à n'en jamais recevoir, que la sœur chargée de la servir trouvait souvent sa propre besogne fuite,

“ Les vertus principales de cette chère Mère furent l’humilité et ln charité, Les bas sentiments qu'elle avait d’ellemême ne lui faisaient pas seulement éviter toute distinction, mais la rendaient industrieuse à faire tourner à son usage tout ce qu'il y avait de plus pauvre et de moins bon, soit pour lo vivre, soit pour le vêtement, Sa charité, qui étai* universclle, parut surtout dans la classe des petites sauvagosses où elle fut employée plusieurs années. Elle avait pour ces enfants une tendresse do mère, les nettoyant à leur arrivée de leur cabane avec une affection qui marquait bien qu'elle voyait, en ces petites créatures, des âmes rachetées du Sang de Jésus-Christ,

“Sa patience était à toute épreuve, Dès l'enfance elle s'était apprivoisée à la souffrance, Les douleurs chroniques trèsaiguës qui se joignuient à son état de langueur habituel, n'ôtaieut rien #n calme de son âme, on eut dit à la voir qu’elle ne souffrait rien.

Nonobstant son peu de santé, elle a rempli des offices difficiles à l'édification de tous, tels que cellerière et. infirmière, Elle a très- dignement exercé la charge de zélatrice. Nous pouvons dire en toute vérité que loin de jouir du privilége d’être servie, elle a trouvé moyen de servir tout le monde, même en ce qu'il y avait de plus bas.

“ Notre chère Mère Marie-Madeleine de Lauson de Saint- Churies est décédée le 8 juin 1731, dans la 78ème année de son âge et la 60ème de sa profession religieuse. Sa dernière maladie a été une fluxion de poitrine, qu’elle a soufferte avec une parfaite conformité à la volonté de Dieu, sa profonde piété l'accompagnant jusqu’à la fin. Nous avons tout sujet de croire qu’elle s’est présentée devant Dieu avec son

innocence bantismale, et qu'il lui à fait part des récompenses qu'il accorde si libéralement aux âmes candides et innocentes, Elle ignorait entièrement le monde où elle n'avait pour ainsi dire fait que passer ; depuis l'âge de 8 ans, elle n'avait presque pas quit'£ notre maison, et elle y a vécu dans une grande simplicité et un grand oubli d'elle-même.

Mlle Anne-Catherine de Lauson était âgée de 13 ans, lors de la profession de sa sœur aînée. Déjà elle avait su apprécio, au point de vue de la foi [a figure de ce monde qui masse ; son cœur s'était fixé dans le cloître, elle aussi voulait être Ursuline et elle n’attendait pour cela que l’âge requis et le consentement de sa famille, quand, le 13 novembre 1672, dit le Récit, elle nous fut subitement enlevée, ayant été suftoquée en un instant par un catarrhe, sans que nous eussions le loisir de lui faire administrer les derniers sacrements, ce qui ajouta encore à notre douleur, C'était une enfant que nous avions élevée depuis l’âge de trois ans, et qui avait toujours vécu dans une grande innocence, L'ardent désir qu'elle avait souvent exprimé d'être enterrée avec le saint habit de notre Ordre, si elle mourait avant son entrée au noviciat, fit qu'après son décès on la revêtit de l'habit d'Ursuline, et êlle fut enterrée dans le caveau des religieuses. ”?

C'était le premier décès au Monastère, depuis la mort de notre Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, Etait-ce la dernière bénédiction de la sainte Mère, qui avait valu à cette enfant privilégiée la faveur de ormir auprès d'elle son dernier sommeil ici-bas, et de la suivre sitôt à la gloire, duns l'éternité bienheureuse ?

Da fière Angélique de Dauson du Saint-Esprit. Cette troisième et dernière fille de Grand Sénéchal, orphe-

line à l’âge de cinq mois, n'avait pas été comme ses sœurs élevée au Monastère, elle n’y demeura que six mois comme

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Le Récit uous fait un beau tableau de la vie et des vertus de la Mère Angélique de Lauson du Saint-Esprit, ‘On peut dire avec vérité, dit l’auteur de sa notice, qu'elle ne s'était pas faite religieuse à demi ; qu’elle a choisi et préféré être la dernière dans la maison du Seigneur ; que ses mains n'ont véritablement travaillé que pour la Religion ; qu'elle n'a, en aucun temps, dégénéré de sa première ferveur,

“Tout ce qui était à son usage portait les livrées de la plus stricte pauvreté ; elle se privait même souvent du nécessairs, craignant toujours de trop accorder à la nature, Une de ses pratiques était, après chaque élection, d'aller prier la Mère Supérieure de lui donner l'office qui répugnerait le plus aux autres. Jamais on ne lui entendit faire allusion à la noblesse de sa famille. Dès son entrée en Religion, elle ne voulut plus avoir de commerce avec le monde, n'allant au parloir et ne correspondant que par nécessité, Quand M. de Champigny, intendant en ce pays, qui était son cousin, venait à notre Monastère, elle se faisait prier plus d’une fois avant de paraître, tant elle avait peine à se produire, En réponse aux lettres que mesdames de Lauson, ses tantes, écrivaient chaque année, elle se contentait de dire à sa sœur Marie : “ Saluez pour moi nos parents ct amis de France et dites-leur que je prie pour eux.”

“ Sa solitude n’était point oisive, Elle a été de longues années employée à l’Institut, tant auprès des pensionnaires qu'à l’externat et auprès de nos petites sauvagesses, Sa charité ne s'épargnait en rien ; ses prédilections étaient pour les plus pauvres et ignorantes, Lorsqu'elle était lingère, cellerière ou infirmière, elle ne se contentait pas du travail de son emploi, mais s’empressait d'aider aux autres, s'il lui restait quelques moments libres. - —..

‘ Ses talents la rendaient capable de tous les emplois, et soit à la tête du noviciat, soit comme maîtresse générale des classes, elle se montra toujours à la hauteur de ses fonctions,

“ Son ardeur à la prière allait de pair avec son amour du travail ; les dimanches et le- fêtes, il ne fallait pas la chercher ailleurs que devant le Saint-Sacrement,.

“ Sa patience dans les souffrances a été héroïque; elle fut atteinte dès sa jeunesse de maux qui lui ont fait souffrir toute sa vie une espèce de martyre. Sa dernière maladie, qui ne fut que de trois jours, s’annonça par un vomissement opiniâtre dont elle comprit elle-même le danger ; sa seule peine était de se voir privée du saint Viatique. Ne pouvant se consoler de cette privation, elle résolut de faire violence au ciel, et s’adressa avec ardeur à la sainte Vierge. Elle obtint à l'heure même un prodige. Le vomissement s'arrêta, toute sa disposition changea tellement, qu’on courut avertir le R. P. de la Chasse, qui lui apporta cette nuit même la sainte Communion. Quelques heures après s'être munie de ce divin passe-port, la Mère Angélique de Lauson quitta ce monde pour la bienheureuse éternité, le 22 décembre 1722, âgée de 72 ams, dont 55 de profession religieuse.”

Les deux sœurs s'étaient suivies sur le registre des professions; elles parcoururent la même carrière d’abnégation et de sacrifice, et presque ensemble, elles atteignirent l’heureux port de la véritable patrie.

Avec la Mère Angélique du Saint-Esprit s'éteignit le nom de Lauson en Canada, Son frère Charles étant mort jeune, l'héritage passa aux Juchereau de Saint-Denis qui ‘ta'ent alliés aux de Lauson,

Nous avons encore à la bibliothèque de notre Commurnauté quelques livres qui furent à l'usage des dames de Lauson, entre autres un catéchisme de Fleury dont elles se servaient pour l'instruction des élèves,

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C'était en 1717; l'élite de la société de Montréal, confondue avec le bon peuple, se pressait dans l'église principale, où un prédicateur en chaire faisait retentir ces divines et profondes paroles : Qne sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? Cette sentence qui convertit autrefois Saint-François - Xavier, impressionnait diversement cette réunion de fidèles. Pour quelques-uns, c'était comme un trait de lumière qui traverse l’esprit sans y laisser de trace ; pour d’autres, c'était un coup de‘foudre dont le terrible effort brise et renverse tous les obstacles, et de pauvres pécheurs, réveillés de leur léthargie mortelle, sortaient du lieu saint se frappant la poitrine ; pour d’autres encore, cette sentence évangélique était une manifestation de la volonté de Dieu qui les appelait à une vie plus parfaite. Mlle Therèse Juchereau de Saint-Denis fut de ce nombre, Fidèle à la grâce, elle demanda aussitôt l'entrée de notre noviciat, et dès le mois d'octobre de la même année, 1717, elle avait revêtu l’habit religieux.

La vocation de Mile Juchereau de Saint-Denis fut évidemment l'ouvrage de Dieu, qui donne à qui il lui plaît, ces inspirations fortes et entraînantes qui attachent sans retour à la pratique des conseils évangéliques. Placée par sa naissance au milieu d’une aristocratie qui s’entourait de gloire par ses faits d'armes, et qui jouissait du présent sans trop se préoccuper de l'avenir, Mile Juchereau partagea ces sentiments, et dès ses jeunes années elle aima beaucoup le monde, Au pensionnat, elle montra de la piété ; son cœnr naturellement bon et sensible, fut impressionné des vérités de notre sainte Religion. Mais à peine son éducation futelle terminée, qu’on lui fit franchir le pas glissant qui sépare la jeune élève de ces réunions du soir, à la fois si attrayantes

aux jeunes imaginations et si dangereuses à leur cœur.

On a déjà vu que Mme veuve Juchereau de Saint-Denis avait épousé en secondes noces M. de Beaujeu, et comme les beaux-pères affectueux sont moins rares en ce monde que les tendres belles-mères, ce gentilhomme fut pour les enfants de sa femme un véritable père, et il ne contrioua pas peu à faire aimer sa maison au cercle brillant qui la fréquentait. La jeune Louixe-Thérèse ne fut que trop sensible aux hommages qu’elle reçut alors. Tout en elle semblait fait pour plaire : une figure intéressante et douce, des grâces naïves, un cœur généreux et expansif, un esprit vif et enjoué. ‘“ Ce fut, dit notre Récit, une conquête de là grâce, et elle ne sefit religieuse que pour assurer son salut,”

Vers la fin du noviciat de la Mère Saint-Antoine, Mme de Beaujeu vint elle-même terminer les arrangements (1) avec la Communauté, avant de livrer à Dieu sa tille chérie, Cette femme vraiment chrétienne ne se consolait de cet immense sacrifice, que dans la pensée du bonheur qu'allait goûter sa chère Thérèse au service du meilleur des maîtres.

Après sa profession, l’heureuse épouse de Jésus avança d’un pas rapide dans la voie de la perfection religieuse ;

(1) On trouve de curieux détails dans ees documents du passé. detuls qui constatent jusqu'à l'évidence l’état de gêne où se trouvaient alors les premières familles, à raison de la monnaie de carte sur laquelle il fallait perdre la moitié. Ce système dépi:rable ruinait le pays. Voyons comment Mme de Beaujeu s’entendir avec notre Communauté, afin de faire valoir le plus avantugeusement possible la part d'héritage de sa fille, au iaontant de 3000 livres qu'elle donnait à sa profession religieuse, ‘* On résolunt d'affecter une somme de 2000 livres en espèces à rente rachetable : de plus, 500 livres argent comptant, et le reste en grande pour notre

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elle trouva daris son exactitude à toutes les observances communes Ja première récompense de sa ferveur, par les célestes consolations dont Dieu inondait son âme. Dévouée autant par goût que par devoir à l'instruction de la jeunesse, elle y tit preuve d’une aptitude remarquable pour l’avancement des élèves et leurs progrès dans la vertu.

Il semblait qu'une voix secrète l’eut avertie que sa vie au Monastère s'écoulerait trop vite au gré de ses sœurs, elle était avare de ses moindres moments ; aussi amassa-t-elle en peu d'années des trésors immenses pour l'éternité, Contemplant cette vie exemplaire de la fille de sa sœur Thérèse, quel bonheur ne devait pas éprouver la Mère Migeon de la Nütivité ! Selon l’ordre de la nature, la nièce chérie eût dû survivre à sa bonne tante mais Dieu, dit le Récit, avait d'autres vues sur cette âme privilégiée, La Mère Juchereau de Saint-Antoine fut emportée en quelques jours d’une fluxion de poitrine, n'étant encore que dans la 33e année de son âge, KÆlle mourut le 7 octobre 1732, dans la 15ème année de sa vie religieuse.

Ze ciel s'oubre pour quatre noubelles Vierges.

A l'époque où nous sommes, le Monastère perdit’ deux jeunes religieuses, les Mères Normandin de Saint-Stanislas et Le Page de Saint-Louis de Gonzague, La première mourut âgée de 26 ans, dont 9 ans de profession religieuse, la seconde fut victime de l'épidémie de 1753; elle succomba à la petite-vérole le 13 mai, dans la 32ème année de son âge et la 8ème de sa profession,

Toutes deux sont louées pour leur ferveur et leur parfaite sumission aux volontés divines, ‘quittant ce monde avec une entière confiance en la miséricorde de Dieu, effet ordi-

naire d'une grande dévotion envers la sainte Vierge.”

S'étaient-elles entendues avec leurs saints patrons pour ravir sitôt le ciel ?....

La Mère Gauthier de Comporté de Saint-Gabriel eut une plus longue carrière, trop courte encore cependant au gré de sa Communauté. Elle nous est présentée comme une Ges plus ardentes aux travaux communs, ne voulant jamiis souffrir qu’on l’exemptât d'aucune fatigue. Elle était même industrieuse à échapper aux adoucissements que semblait exiger l'extrême délicatesse de sa complexion. Connais- 1 la pauvreté du Monastère, le tuteur de la jeune demoiscile avaitajouté 1000 livres à la dot ordinaire, afin que son aimable protégée n’eut aucune inquiétude au sujet des travaux auxquels elle ne pourrait prendre part; mais cette vrie fille d'Angèle sut toujours éluder les occasions de jouir de ce privilége, disant qu'elle n'était entrée en Communauté (que pour y vivre de la vie commune, La mort de sasœur aînée, dans l'épidémie de 1703, lui fut une croix bien sensible; entrant dans les desseins de la Providence, elle y trouva un nouveau motif de redoubler d’ardeur au service de La gion. Elle mourut dans toute sa ferveur, le 7 août 17,2, ayant 56 ans d'âge et 37 ans de profession religieuse,

Nous dirons un mot maintenant de notre persévér: Dlle du Bos, qui attendit pendant sept ans le bonheur de se consacrer à Dieu, Mlle du Bos reçut le saint habit sous le nom de Ste-Murie-Madelcine. Selon notre Récit: ‘La gaiété française coulait de source chez elle; sous un exitrieur aussi agréable que modeste ct composé, elle avait trouvé le secret de s'élever à une haute perfection, tout en rendant la vertu aimable aux personnes qui se trouvaicnt en rapport avec elle, Son dévouement lui fit mettre à profit l'esprit et les talents qu'elle avait reçus du ciel, Dans ses dernières années, elle consacrait ses récréations à en-eigner aux jeunes religieuses à broder sur soie, or, écorce,

et égayait toujours l'heure qui passe de ces aimables et innocentes saillies que la Religion autorise et sanctitie,

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“Une fièvre maligne, qui redoubla jusqu’au douzième jour, nous a enlevé cette chère sœur le 4 janvier 1734, et nous l'avons toutes grandement regrettée, Les infirmières ne pouvaient se lasser d'admirer la sérénité de son visage au milieu des plus grandes souffrances, étant non-seulement édiiées de sa patience, mais encore charmées de son amabinté, car elle sut jusqu'à la fin dire de temps en temps quelque petit mot pour égayer et délasser celles qui lui rendent service, Ayant eu son plein jugement jusqu'au dernier soupir, elle dit adieu à M. Lyon, supérieur du Séminaire, qui l’assistait, le remercia, et expira si doucement quon s'en aperçut à peine, Son bon esprit et son excellent cœur percèrent en tout; elle alla jusqu'à dicter le billet qui devait annoncer sa mort aux Communautés de la ville, afiu d'exempter à celle qui lui succèderait dans l'office de secrétire, la peine de faire des recherches à son sujet.”

1 Mire Anne du Bos de Ste-Marie-Madeleine était âgée de 6 ans, et comptait 29 ans de profession religieuse.

Da Mere Maric-Aire Anceau de Ste-Thérèse.

1 Mère Maric-Anne Anceau de Ste-Thérèse fut la dernie à faire ses vœux “selon les constitutions de ce Monaste de Saint-Joseph ou Congrégation de Québec.” Il est à renarquer que jusqu'à l'adoption des Constitutions et Règlements de la Congrégation des Ursulines de Paris, le noviciat ne comprenait que deux ans, dont les premiers trois mois en habit séculier, C'est ainsi que notre Vén. Me Marie de l’Incarnation, entrée aux Ursulines de Tours (Congrégation de Bordeaux), le 25 janvier 1631, reçut le voile le 25 mars suivant, ct fit profession le 25 janvier 1633, Li Congrégation de Paris exige deux ans entiers sous l'habit l'OLIUICUX,

La Mère Sto-Thérèse, probablement vusa jeunesse, eut à

subir trois ans d'épreuve, Entrée le 4 novembre 1676, elle ne pronong 8 vœux que le 24 novembre 1679,

‘ Etant venue dès l’âge de 6 ans à nos classes et y ayant

demeuré au delà de huit années, elle ignora la malice et la corruption du monde, ce qui lui fut d’un grand avantage pour la suite de sa vie, Cette chère Mère avait de l'esprit, de l'adresse et une belle plume, Elle à fait valoir utilement ses talents à notre saint Institut où elle a été beaucoup employée, tant comme maîtresse générale que comme maitresse particulière, Elle s’est parfaitement acquittée de ces emplois, se faisant aimer des enfants pour qui elle avait une tendresse de mère.

‘ En 1712, elle fut envoyée comme Supérieure au Monastère des Ursulines des Trois-Rivières, en remplacement de la Mère des Anges, que nous avions élue supérieure de notre muison, lle gouverna cette petite communauté pendant 19 ans, à la satisfaction de toutes les religieuses, qu'elle a maintenues dans une grande paix, union et charité, et à l'édification de toute la ville dont elle était aimée et estimée.

“ En 1732, Mgr Dosquet, notre évêque, la fit descendre à Québec et la nomma supérieure de notre maison, Il y avait à peine quatre mois qu'elle était sortie de charge, quand elle fut attaquée d’un mal de gorge si violent, accompagné de fièvre, qu’on la jugea aussitôt en danger. Elle reçut les derniers sacrements avec une grande présence d'esprit et dans les sentiments de la plus touchante piété. Elle s'endormit doucement dans la paix du Seigneur, le 28 octobre 1735, dans la 76ème année de son âge et la 57ème de sa profession religieuse,”

Des deuy HBanpes de N.-D. de Grand-Youboir—Ha faire M =a0. dc KRepentiqu» de Ste-Agathe.

Nos lectrices ont vu s’allumer à l'autel de Marie, en 1717, une lampe qui ne devait plus s'éteindre, Cette lampe sans

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doute jetait un bien doux reflet sur la bienveillante image de la Vierge Immaculée ; mais un second luminaire resplendissait bien autrement à la gloire de la Reine du Ciel, à l'intérieur du Monastère ! Ce flambeau lumineux, c'était la vertu même de Mile de Repentigny, que l’on voyait chaque jour prendre un nouvel éclat sous les mystérieuses influences de la grâce,

Le Seigneur voulut sanctifier cette chère épouse en lui faisant part des souffrances de sa Passion, La maladie dont elle avait apporté le germe au Monastère, se développa de la manière la plus douloureuse, et lui fit endurer une espèce de martyre, Rien ne pu arrêter le généreux élan de cette âme fervente; elle pouvait bien dire avec le Roi- Prophète : ‘“ Seigneur, j'ai couru dans la voie de vos préceptes, parce que vous avez dilaté mon cœur!” Une violente palpitation de cœur jointe à un asthme des plus opiniâtres, lui rendait la nuit plus pénible encore que le jour, ne pouvant trouver de posture pour reposer, De plus une quantité de nouvelles glandes s’attachèrent à sa gorge Comme elle était souvent menacée de suffocation, il lui fallait à plusieurs reprises passer par les opérations les plus douloureuses, et même subir l'application du feu. Malgré tant de maux réunis, la Mère de Repentigny de Ste-Asuthe ne manquait aucune occasion de suivre la Communauté ; elle suppliait les supérieures de lui permettre cette consolation, assurant que le meilleur adoucissement à ses douleurs, c'était de la laisser jouir du bonheur de la prière commune, et des bénédictions attachées aux esintes observances de la Religion,

Le souvenir de la grâce de lumière et de force qui s'était répandue dans son âme, au pied de l'autel de Marie, ne pouvait s'effacer ni de son esprit ni de son cœur, Elle se répandait sans cesse en actions de grâces, à l1 pensée du bonheur qu’elle

goûtait en Religion, après tant de résis-

tances st d’infidélités, Jusqu'à sa mort, elle eut soin de cette lampe allumée par sa gratitude, et elle ne manqua pas un seul jour de su vie d'aller saluer Marie dans son sanctuaire, et de s'agenouiller avec reconnaissance à l’endroit même où elle en avait reçu une faveur si signalée,

La petite servante de Marie, (c'est ainsi qu'elle se qualifiait), parvint enfin au terme des épreuves, Ce fut le 25 février 1739, que son âme tout éclatante de vertus fut couronnée de gloire, Transportée au foyer des clartés célestes et de l'éternel amour, qui nous dira les splendeurs dont ‘ayonne cette lampe spirituelle, sous l'éclat de la Majesté divine ? qui nous dira ses cantiques d'actions de grâces envers sa divine Mère, cette Vierge au Grand-Pouvoir, dont la douce image sourit encore ici-bas à la perpétuelle recon naissance de sa petite servante et bien-aimée fille !

Da seconde fière De l'Xncavuation achêbe au ciel la fete centenaire,

Tous les préparatifs étaient faits pour le grand Triduum du centième anniversaire, on en avait même célébré le premier jour dans toute la joie du cœur, quand il plut à Dieu d'appeler à lui la doyenne de la Communauté, celle qui avait été pendant près de trois quarts de siècle, témoin des faveurs que le ciel avait répandues sur cette maison de Ste- Ussule, Cette vénérable et chère doyenne était la Mère Cathe:ine Pinguet de l'Incarnation.

On se rappelle que cette fervente novice avait retardé de deux mois sa vêturce, afin de recueillir le nom de la sainte Fondatrice, au jour même (30 avril), où le ciel avait recueilli sa belle âme. Que de touchants souvenirs de ferveur

et de générosité rappelait sans cesse ce nom béni ! Quel puissant stimulant pour notre jeune novice, dans la carrière de la perfection religieuse

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Mile Pinguot, fille de M, Noël Pinguet, un des premiers oncessionnaires de l'île d'Orléans, et de Mme Marie-M, du Pont, était venue au pensionnat pour y être préparée à sa première communion ; mais elle se plut tellement dans lu maison de Dieu qu’elle se décida à n'en jamais sortir, Sos parents qui n'étaient pas du même avis, s'empressèrent de rappeler Catherine à la maison paternelle, croyant avoir Muis

la jeune Catherine,” qui avait conçu dès sa tendre jeunesse

assez fait en donnant au Monastère leur fille aînée,

un grand éloignement du monde et de ses piéges,” tint ferme dans sa résolution première, Voyant les obstacles que le démon suscitait à sa vocation, elle résolut d'abord de se taire et de prier,

Sur la fin de sa quatorzième année, elle prétexta un petit voyage à la ville et s'en vint trouver M, de Bernières, ami intime de sa famille et supérieur de notre Monastère, et le supplia de s'intéresser auprès de ses parents pour lui obtenir la permission désirée, Le pieux abbé, n'embrassant pas d'abord sa cause avec toute l’ardeur qu'elle avait espéré, lui Notre jeune postulante ne se déconcerta pas; elle se jeta à ses

objecta son âge et la faiblesse de son tempérament.

pieds en disant : M, le Grand Vicaire, donnez-moi, je vous en prie, votre bénédiction et promettez-moi votre appui ; c'est tout ce que je demande ; ne me le refusez pas, Dieu saura bien faire le reste !”” Il était difficile de résister à de si touchantes instances. M. et Mme Pinguet, apprenant ce qui s'était passé, craignirent de s'opposer plus longtemps à une vocation aussi marquée, et la nouveile postulante fut bientôt initiée aux pieux secrets de la perfection religicuse,

M. de Bernières avait prédit que la vivacité de sa ferveur suppléerait à la faiblesse de son tempérament. Il ne se trompa pas ; la santé de la Mère Pinguet de l'Incarnation

se soutint dans les offices les plus pénibles, même dans celui

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