S5.——INTÉRÊT DES URSULINES POUR LA CATHÉDRALE LE QUÉBEC
Nous trouvons dans nos archives, en date de 1748, un document qui nous amène tout naturellement à parler de la cathédrale de Québec. Ce sujet d'ailleurs ne saurait être Ctranger à un ouvrage du genre de ce livre, où les souvenirs religieux occupent de droit la première place.
Un mot d'abord sur les premiers sanctuaires où le Dieu de Majesté daigna reposer en Canada.
Le premier dôme sous lequel nos saints mystères furent célébrés sur ces plages fut, paraît-il, une tenture d'écorce, posée au pied des pins de la forêt en 1535 ; et si nos lectrices désirent connaître l'endroit précis où fut accompli pour la première fois cet acte solennel, nous leur dirons avec un poète : (1)
(1) M. le comte de Puibusque.
Dans cette anse où Saint-Charle, en t'arrosant s'écoule, Un homme élu de Dieu dans les rangs de lu foule, Jacques-Cartier, cherchant un passage inconnu,
Des bords Européens, le premier est venu,
Voici le port charmant où ses deux caravelles,
Après nu dur hiver, ont déployé leurs ailes :
Voici la côte nbrupte où de nos anciens rois,
Il suepeudit le lis aux branches de lu Croix.
Oui, ce fut là que s’agenouilla Cartier avec sa vaillante troupe, implorant le Ciel de bénir les vastes régions qu'il venait de donner à la France ; là aussi, dit-on, fut offerte l’auguste Victime, pour le salut de ces pauvres infidèles qui entouraient avec étonnement ces hommes extraordinaires, que des cabanes flottantes avaient amenés jusqu’à eux sur les eaux de la grande mer et de leur fleuve.
Plus tard, au commencement du dix-septième siècle, lorsque les RR. PP. Franciscains vinrent à la suite de Champlain s'établir dans la Nouvelle-France, le R. P. Dolbeau se concerta avec le fondateur de Québec, sur l'érection d'une petite chapelle. L'emplacement choisi était voisin du magasin, c'est à dire, à peu près au lieu où se trouve actuellement, à la basse ville, l'église de N.-D. des Victoires. La première messe s’y dit le 25 juin 1615. “Tous, dit le R. P. Le Clerq, s'étant préparés par la confession, reçurent le Sauveur par la communion eucharistique. Le Fe Deum y fut chanté au son de la petite artillerie.
La première chapelle paroissiale de Québec, celle qui retentit d’acclamations et d'actions de grâces à l’arrivée de nos Mères en 1639, avait été bâtie par Champlain en 1632, en l’houneur de Notre-Dame de Recouvrance, selon
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Cette chapelle et son presbytère ayant été détruits par un incendie en 1640, le clergé de Québec songea à faire construire un éditice plus vaste, et la première pierre en fut posée par le R, P. Lalemant en 1647, à l'endroit même où se trouve la cathédrale actuelle, sur un terrain donné par le sieur Guillaume Couillard. Cette église, qui était bâtie en forme de croix, longue de 100 pieds et large de 38, fut terminée en 1650; le R. P. Poncet y dit la première messe la veille de Noël de cette année, quelques jours avant l'incendie général de notre premier Monastère, En 1666, Mgr de Laval fit la dédicace de la nouvelle église et les fêtes s’y célébrèrent toujours depuis avec pompe et imagnificence. Ajoutons en passant que ce qu'écrivait la Mère M. de l’Incarnation à cette époque, sur la dignité et la majesté des cérémonies du culte à Québec, se vérifie encore de nos jours, non-seulement à l'église mé. tropolitaine, mais aussi dans tout le Bas-Canada : c'est le témoignage unanime des étrangers qui nous visitent,
Une centaine d'années plus tard, la cathédrale se trou. vaut beaucoup trop petite pour le nombre des fidèles, des réparations considérables étant aussi devenues nécesaires, on résolut de faire une construction nouvelle d’après le plan de M. de Léry, ingénieur royal, et les dimensions de cette dernière construction, qui paraît avoir été terminée vers 1748, étaient à peu près celles de la cathédrale actuelle, édifice aussi cher à laReligion que remarquable et intéressant par les vicissitudes qu'il a subies.
C'est pour l’ancienne cathédrale que les premières W
Ursulines, la Vén. Mère de l’Incarnation surtout, travaillèrent avec tant d'ardeur ; dans les écrits du temps, il est souvent question de dorures et même de tableaux peints par elles, et destinés au sanctuaire de N.-D. de Qrébec. Nos Mères du siècle suivant imitèrent leurs devaucières : aussi, le 13 décembre 1748, recevaient-elles du chapitre de Québec une députation chargée de les remercier, et de leur remettre le petit document annoncé plus haut, et que nous transcrivons.
“ Le sieur de Tonnancour, syndic du chapitre, a représenté à la compagnie que les RR. Mères Religieuses Ursulines de cette ville, outre ce qu’elles ont donné d'aumônes pour la bâtisse de l’église cathédrale, ayant contribué pur leurs travaux de peinture et de dorure à l’ornement du chœur et de la char”, sans en avoir voulu rien prendre, et s'étant expliquées qu’elles donnaient volontiers ces travaux en considération de Mgr l’Evêque et des messieurs du Chapitre, ayant de plus fait le portrait du dit seigneur Evêque à la prière du Chapitre, il était convenable que la compagnie leur députât quelqu'un de ses membres pour leur en marquer sa reconnaissance. La com}agnie toute d'une voix a déclaré être très-reconnaissante de tous leurs bons offices, et a nommé le sieur Syndic pour aller de sa part faire de très-himbles remerciments à la Mère Supirieure et à la Communauté, et les prier d’agréer ou accepter au moins une somme de 30 livres pour les couleurs qu’elles ont fournies. Leur donnera aussi copie de la présente.
(Signé), DE LA VILLANGEVIN, Théologal président.
DE TONNANCOUR, POULIN, BRIANL, LA (ORNE, Chauoines.’
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Nous aurons à parler encore de cette cathédrale, dont nos Mères ornèrent plus tard le taberuacle et les graudes châsses.
S6.—-NOUVELLES FIÈVRES PESTILENTIELLES ;—DIEU COMBLE LES VIDES QU'IL FAI AU MONASTÈRE.
Eu 1749, nos annales parlent encore d’une “ maladie populaire qui a été universelle, tant duns la ville que dans les campagnes et tout le pays, et qui a fait bien des victimes. Notre Communauté n’a pas été épargnée, ajoute le Récit, car sept de nos religieuses en ont été atteintes, et nous avons eu la douleur d'en voir mourir quatre en un mois. La première fut notre chère Sr Le Vasseur de Saiut-Joseph, converse, âgée de 73 ans. Quoique infirme, elle rendait encore de très-grands services à notre Communauté, travaillant incessamment dans un véritable esprit de son état. Le matin du jour des Morts, elle se sentit fortement prise des fièvres courantes, elle insistu c:pendant à faire la sainte communion, disant que c'était peut-être sa dernière. Elle y parvint, mais après la messe on eut bien de la peiue à la transporter à l'infirmerie. Elle décéda six jours après, en de grands sentiments de piété.
“Le vingt du même mois, nous eûmes la douleur de perdre la seconde maîtresse des pensionnaires, notre chère Mère Louise Lefebvre des Séraphins, jeune religieuse d’esprit et de mérite, qui promettait beaucoup pour lavenir. Ce n’était pourtant pas la fin des épreuves que le Seigneur nous ménageuit. Le 4 décembre suivant, uotre chère Mère Pinguet-Vaucours de Saint-François-Xavier, âgée de 55 aus, et très-précieuse à notre maison par su régularité et sou zèle, succoinbu après quelques jours de maladie,
di
“ A peine trois semaines après avoir eu à remplacer la seconde maitresse des classes, il nous fallut aussi remplacer la première, notre chère Mère d’Ailleboust de Manteth de Saint-Nicolas. Elle expira le 12 décembre, dans une gran le douceur d'esprit, nous laissant toutes extrêmement affligées de sa perte. La soumission aux ordres de la divine Providence peut seule faire porter des croix si pesantes.”
Les annales de l’Hopital-Général renferment des détails navrants sur ces fièvres malignes apportées par les vaisseaux d'Europe, à l’époque où nous sommes. En 1750, élles perdirent, dans l’espace d'environ deux mois, six de leurs religieuses ; leur Hôpital ainsi que l’Hôtel-Dieu fut encombré de malades.
Les Communautés avaient été plns épargnées dans la grande épidémie de la petite-vérole, en 1732, où nous n'avions perdu qu’une religieuse. (1)
En appelant à lui ses fidèles ouvrières, Dieu se chargea de combler les vides que leur départ laissait au Monastère. Cette même année 1749, quatre jeunes demoiselles sollicitèrent l'entrée du noviciat; les voici.
Mlle Marie-Françoise Poulin de Saint-Antoine, fille de
(1) Les détails de l'épidémie de 1732 nous manquent, cette partie des annales, ainsi que nous l'avons déjà dit, ayant été retranchée. L'Histoire nous apprend que 900 personnes moururent dans le seul gouvernement de Montréal, et à peu près autant duns le reste du pays. Il y eut jusqu'à 2,000 malades à Québec, tant à l'Hôtel-Dieu que chez les particuliers. La suspension des travanx qui s'ensuivit occasionna une disette dont tout le monde se ressentit plus ou moins. Cette contagion avait été apportée par nn Sauvage qui arrivait de la Nouvelle-Angleterre, et dura près d'un an.
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M. Pierra Poulin, bourgeois de Québec, et de Mme Louise Le Boulanger.
Mlle Marie-Françoise Cureux de Saint-Germain, en religion de Saint-Jean-Chrysostôme, fille de M. de Saint- Germain, bourgeois de Québec, et de Mme Marie-Louise Polonnaise.
Mlle Charlotte Le Febvre de Ste-Geneviève, fille de M. François Le Febvre, bourgeois et orfèvre de Québec, et de Mme Marie-Charlotte Marié.
Mlle Marie-Joseph des Roches des Anges, fille de M,
François des Roches, bourgeois de la Malbaiïe, et de Mme Charlotte Côté.