‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 95 · S10.—LES DERNIERS GOUVERNEURS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

S10.—LES DERNIERS GOUVERNEURS FRANÇAIS

Avant d'interroger nos annales sur le sanglant épisode qui doit amener en ce pays de nouveaux maitres, nous dirons quelques mots des derniers représentants de l'ancienne France en Canada,

M. de la Jonquière, envoyé pour remplacer le marquis de Beauharnais, ayant été fait prisounier par les Anglais, M. de la Galissonnière fut nommé gouverneur ad interim.

Pendant les deux années-de son administration, M. de la Galissonnière déploya la plus grande sollicitude pour fure reconnaitre les limites est et ouest des deux colonies. I fit bâtir ou réparer un certain nombre de forts, de manière à assurer les communications entre le Canada et la Louisiane, Une autre ligne de postes militaires, établie entre le lac Ontario et le Mississipi, assurait la possession de l'Ohio.

Au traité d’Aix-la-Chapelle (1748), Louisbourg fut rendu à la France ; mais encore cette fois, rien ne fut réglé au sujet des frontières, et les mêmes embarras snbsistèrent,

Le comte de la Galissonnière était un savant (1) aussi bien qu’un homme de guerre.

(1) Il a des connaissances étonnantes en toutes les sciences, disait le célèbre naturuliste Suédois Kalm, mais surtout dans les

M. de la Jonquière ayant recouvré sa liberté, arriva an pays en 1749. Les grandes actions qu’il avait accomplies sur mer, le firent regarder de bon œil. Il s’oceupa beaucoup de l'érection et du maintien des forts. Malheureusement, il entacha son nom de l'amour de l'argent, Les reproches qu'il reçut de la Cour à ce sujet lui firent demander son rappel. Mais le chagrin réagissant sur le corps, l’affaissa complètement et le conduisit en peu de temps au tombeau. “Le 17 mars 1752, disent les annales, est décédé M. de la Jonquière, commandant de l’ordre royal de Saint-Louis, chef d’escadre, gouverneur et lientenaut général pour le Roi daus la Nouvelle-France, Ila emporté les regrets de tous les peuples de ce pays. Il 4 donné à notre communauté en aumône 100 ävres en argent ; M. son neveu, doyen de la cathédrale de Québec, en a donné autant, nous demandant quelques prières pour la conversion d’une âme.” Le-marquis de la Jonquière fut enterré dans l’église des Récollets, à côté de Frontenac et de Vaudreuil.

Ce même été 1752, arriva M. Duquesne de Menneville, Cet administrateur clairvoyant et rigide commença par mettre ordre à la corruption qu'il remarquait presque partout, dans l'administration civile et militaire; l’époque désastreuse de l’intendant Bigot s'était déjà inaugurée,

Pendant les trois années de son gouvernement, le mar-

. ! pa 4 # A ” quis Duquesne déploya une grande activité pour la conser-

sciences naturelles, où il est tellement versé que, lorsqu'il conmençait à me parler sur ce sujet, je n'imaginais voir notre grand Linuée sous une forme nouvelle, Jamais lhistoire naturelle n'a en ce pays un plus grand protecteur, et il est douteux qu'on revoie ici sou pareil.”

rté, arriva au it accomplies occupa beau- Malheureuseargent. Les et lui firent vissant sur le it en peu de nt les annales, nt de l’ordre eur et liente- France. Ila pays. a O0 ävres en le de Québec, s prières pour Jonquière fut Frontenac et

> Menneville, mmença par presque parre; l’époque

augurée,

ent, le marir la conser-

orsqu'il coniis voir notre ilstoire natu-

est douteux

vation de la colonie, ainsi que nous le verrons dans les articles suivants. C'était un homme entendu et énergique, mais sa hauteur et sa fierté le rendirent impopulaire parmi les Canadiens.

Les graves préoccupations du nouveau gouverneur ne l'empêchèrent pas, paraît-il, de se montrer ami des sciences et des lettres, même sous leur forme la plus ingénue. D'anciennes liasses nous font voir que sur la fin d'août 1752, il présidait à une distribution de prix à notre pensionnat. Les couplets suivants disent tout ce qu’on augurait de ce nouveau gouvernement.

Changeous ici d'accords ;

Dieu, quelle ardeur m'entraine !

Qu'aperçois-je ?.... Un Duquesne Prend terre sur ces bords !

Autrefois, notre France

A ses nobles aïeux

Dat toute sa puissance :

Il vient par sa présence .

L'affermir en ces lieux.

Nos vœux ne sont pas vains ; Bergers, sous un tel maître, Nous allons voir paraître Les jours les plus sereins, Nos campagnes fertiles

Dans le sein de la paix,

Nos familles tranquilles,

Nos ennemis dociles,

Tels seront ses bienfaits.

En 1755, arriva pour la première fois comme gouverneur un enfant du pays, le second marquis de Vaudreuil,

D'avance tous les cœurs lui étaient acquis, et l’on comptait sur lui en toute confiance pour le salut de la colonie. “ Le 23 juin, disent les annales; est heureusement arrivé à Québec M. le marquis de V+-1reuil ainsi que madame la marquise (1), notre roi J4 XV ayant eu la bonté de le nommer gouverneur géné:. iès l’année 1753, à la grande joie et pour le bonheur de la colonie.” Le marquis de Vaudreuil lui-même était heureux de revenir au pays natal, et d’y consumer son ardeur, ses talents et ses forces, en ce temps de crise et de danger.

Les événements diront combien courtes sont les prévisions humaines; que la bonne volonté et le dévouement n’ont pas toujours leur effet ici-bas; que souvent Dieu sauve les peuples par les voies mêmes qui semblaient devoir les précipiter à leur perte.

Page 1