LE HÉROS QUE LA MORT SEULE A VAINCU ; — PRISE DE CHOUAGUEN
Reprenons la suite des événements, à l’anné, 1756. Si l'échec du baron Dieskau, l’automne précédent, n'avait
(1) M. Soupiran fut durant de longues années médecin du Monastère.
pas abattu le courage des Canadiens, il les avait du moins un peu attristés ; aussi quelle ne fut pas la joie de la colonie, quand on vit débarquer au printemps sur nos rives Je marquis de Montcalm! Le mérite du nouveau général était déjà connu, et son arrivée en Cana la fut regardée, comme une grande faveur du ciel. “Notre Roi Très- Chrétien a encore envoyé cette année, dit l’annaliste, sur diffurents vaisseaux, pl'isieurs nouveaux régiments composés de 3,000 hommes, et aussi, 1500 volontaires commandés par M. le marquis de Montcalm, maréchal de camp, qui vient pour remplacer M. le baron Dieskau, prisonnier chez les Auglais. Dieu fait tous les jours des miracles, pour la conservation d’un pays qui est sous la
protection de la Sainte-Famille, Jésus, Marie et Joseph!
11 faut suivre maintenant notre historienne, dans son appréciation de l’expéditiou de Chouaguen, que commandait le marquis de Montcalm, habilement secondé par M. de Bourlamaque, qu'il avait chargé du siége, et par M. Rigaud de Vaudreuil, frère du Gouverneur et officier des milices.
“ L'avantage remporté par nos barques sur le lac Ontario, la défaite de plus de 600 hommes dans la rivière Chouaguen (Oswego), la prise et la destruction d’un grand nombre de bateaux, les coups réitérés et presque toujours heureux vers le lac du Saint-Sacrement, la désolation portée dans la province de la Virginie, de la Pensylvanie, et du Maryland, le peu de monde que nous avons perdu dans ces expéditions ; enfin, la neutralité des cinq nations Iroquoises et le concours de toutes les autres en notre faveur, malgré les présents immenses et les effoits puissants de notre ennemi pour les attirer à son parti: tout
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nous prouvait d'une manière indubitable la bénédiction du ciel, et semblait nous assurer la prise de Chouâguen, dont ou projetait l’attaque.
‘“ Cependant, quelques esprits timides regardaient cette prise comiue impossible et au-dessus de nos forces. (1) Plus de 1800 hummes de garnison dans des forts nouvelliment construits, tous à portée de défendre la principale place et d'en empêcher l'approche ; des espèces de frégates armées de canons ; des sauvages ennemis toujours à la découverte, des secours puissants attendus de l’ancienne Angleterre, les mouvements menaçants de la pointe, la difficulté de débarquer et d'ouvrir la tranchée : tout cela en effet était bien capable de décourager, si l’on n’ent compté que sur un bras de chair. Mais M. le marquis de Montcalm, étant aussi pieux qu’expérimenté dans la guerre, mit toute sa confiance au Dieu des armées, et elle ne fut pas vaine,
“ M. de Rigaud, gouverneur des Trois-Rivières, qui conduisait l'avant-garde, se rendit le 10 août à la tête des Canadiens pour faciliter le débarquement, qui se fit sans perd; un seul homme, malgré l'opposition de l'ennemi et le feu de ses barques. Le 12, la tranchée fut ouverte par M. le colonel Bourlamaque. On établit une batterie contre le fort Ontario. L’ennemi, étonné de voir nos gens se jeter à la nage pour attaquer le fort, prit l’'épou vante, et duns la nuit, il l’'évacua. Ce fut un coup du ciel! car s’il eut fallu se battre, le fort étant neuf et
(1) Les fortifications de, Choungnen, se composaient du fort Oswego, du fort Ontario et du fort Gevrge, (le for William- Heury des Anglais).
bien muni d'artillerie, il nous eut occupés longtemps et fait perdre beaucoup de monde.
“ On fit de nouveaux travaux pour placer une nouvelle batterie sur Chouaguen. Enfin après un feu des plus vifs de part et d'autre, la garnison anglaise se rendit le 14 au matin prisonnière de guerre. 1800 prisonniers, 100 pièces d'artillerie, cinq drapeaux, quantité de munitions de guerre, 300 bateaux, plusieurs barques, la caisse militaire enlevée, le Commandant Général tué d'un boulet de canon : tel fut le résultat prodigieux de cette expédition !
“ Nous n'avons perdu que très-peu de personnes, la plupart sauvages. Un ingénieur ayant été pris pour un Anglais, fut malheureusement tué par un de nos sauvages, lorsqu'il allait le matin prendre ses visées pour placer une batterie. Tout son regret en mourant était de n'avoir pas été tué par un Anglais. On a rasé tous les forts,
“ Nous n'avons pas manqué de rendre à Dieu la reconnaissance qui lui était due, pour une victoire aussi inespérée. M. le marquis de Vaudreuil a partagé les drapeaux entre les trois villes : deux furent donués à l’église de Montréal, un à celle des Trois-Rivières, les deux autres à Ja cathédrale de Québec. Mgr fit fuire en actions de grâces, le 20 août, une procession la plus magnifique possible. On y porta la statue de la sainte Vierge et les saintes reliques. Les drapeaux, après avoir été bénits, furent confiés à deux chevaliers de Saint-Louis, et dans chaque église où s’arrêtait la procession, ils en faisaient hommage au souverain Maître du ciel et de la terre, les abaissant à ses pieds sur les degrés du sanctuaire. Ce spectacl un des plus beaux et des plus consolants pour les fi mais il était bien afiligeant pour les prisouniers aug uis
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qui en étaient aussi témoins. Le 17 septembre de la même année, on fit une seconde procession pour terminer les prières publiques, qui se continuaient depuis plusieurs mois; on y porta le très-saint Sacrement, et les trois châsses de saint Paul, de saint Flavien et de sainte Félicité,”
“ Une douzaine de jours après la victoire du Chouagnen, l’heureux Cténéral écrivait les lignes suivantes à la Rév. Mère Supérieure de l'Hôtel-Dien, où son fidèle domestique avait été soigné :
‘“ Madame,—Continuez à m'accorder vos prières et celles de votre Communauté, Ce n’est pas tout que d’avoir pris Chouaguen, il faut aller à Carillon, J'arrivai hier, et je repars en trois jours. Je me flatte que Celui qui a pris Chouaguen, saura repousser à Carillon les ennemis de sa religion. C'est Dieu qui a fait un vrai prodige dans cette occasion, Ila voulu se servir de mes faibles mains ; aussi je lui reporte tout, Et je reçois avec reconnaissance votre compliment et celui de votre illustre Communauté,
# J'ai l'honneur d'être, etc.
‘ Montcalm.
“ L'expédition de Chouaguen, n’a pas été la seule heureuse de cette année. Dès le 27 mars, M. de Léry avait pris d'assaut le fort Bulth (Bull), dans une saison des plus désavantagsuses, à la vue pour ainsi dire d’un ennemi puissant et averti de se tenir sur ses gardes. Il a brûlé un hansar de 200 pieds de long sur 50 de large, apparte-
Anglais. Il y a trouvé 30 milliers de poudre,
le bombes et de grenades, plusieurs canons. Il
pr traînes chargées de vivres, et brisé plusieurs vateaux. Il a tout fait jeter dans un lac, ne pouvant con-
server tant de butin. Quatre-vingts Anglais ont été tués, et l’on a aussi fait plusieurs prisonniers. Nous n'avons perdu qu'un seul sollat ; il y a eu deux ou trois Canadiens de blessés.
“ Le 9 juillet, jour anniversaire du coup du Capt. de Beaujeu sur le Gén. Braddock, M. de Villiers, capitaine dont il a déjà été purlé, avec 600 hommes, tant Canadiens que Sauvages, a tué 900 Anglais, en a fait prisonniers 60, et a brisé 500 canots.
“ Pour mériter cette protection du ciel, on avait fuit beaucoup de prières publiques, qui n’ont cessé qu’à la quinzaine de Pâques, après laquelle on les à recommencées.”