‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 63 sur 95 · S16.—INCENDIE DE L'HÔTEL-DIEU · texte numérisé non relu

S16.—INCENDIE DE L'HÔTEL-DIEU

Trois années seulement s'étaient écoulées depuis le triste incendie des Trois-Rivières, quand un semblable malheur vint fondre sur l’Hôtel- Dieu de Québec. C'était un samedi, 7 juin 1755. En plein midi, à l’heure où la Communauté, à l'exception de quelques inalades, se trouvait réunie au réfectoire, rien ne présageant le sinistre événement, voilà que soudain une sœur venant des salles entre en criant : “ Au feu! au feu!” Au même instant, on voit la flamme se faire jour avec violence sur le toit. L’alarme se répand aussitôt par la ville; ecclésiastiques et religieux, militaires et citoyens, tous volent au secours du saint asile des pauvres.

Les religieuses, conservant leur présence d'esprit au milieu de tant d’angoisses, songent d’abord à sauver une sœur mourante, et à mettre en lieu de sûreté leurs pauvres malades. Ce premier soin rempli, elles se dispersent par la maison, espérant pouvoir soustraire quelques objets aux

flammes. Une d'elles, Sr M.-Anne La Joue du Sacré- L

Cœur, monte à sa cellule, saisit un paquet, le jette par la en C fenêtre, et retourne au milieu de l'embiasement. La dé- Les

positaire des pauvres, retenue au lit malade dans sa cel- un g lule au quatrième étage, prend ses vêtements à la hâte et de Le court vers la porte pour fuir. KRepoussée par les flammes, Sain elle vole à la fenêtre et sans se déconcerter elle crie : “ Au Il secours!” Des militaires lui présentent aussitôt une Quel échelle, qu’ils soulèvent de leurs bras vigoureux en lui cher criant : “ Courage, courage!” La pauvre sœur s’y cram- d'au poune et tient ferme. La voyant suspendue à cette hau- sur l

teur, chacun tremble pour sa vie, surtout quand on s’aper- N çoit que quelques échelons lui manquent sous les pieds. Mais le cœur de la fervente religieuse crie vers Dieu, qui l'assiste et la sauve. Elle se laisse glisser, rencontre enfin un échelon et s’y assied un instant, car les flammes

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qui s'échappaient du troisième étage l'avaient brûlée dans du sa descente, et elle n’en pouvait plus. Pendant ce temps, 2 on fait glisser avec précaution l'échelle, et bientôt la pauvre et n sœur, couverte de lambeaux brûlés et de brûlures, met malhe pied à terre au milieu des spectateurs profondément émus. Andr La Mère Supérieure, la sœur mourante et les autres re- mai ligieuses s'étaient réunies à leurs chers malades, sur la ter- prière asse dans le jardin des pauvres. Une seule ne répondait at di pas à l'appel: c'était la Mère du Sacré-Cœur... Quel ëté e hi moment d'angoisse! On crie, on cherche, mais en vain. aus k Trois quarts d'heure s’écoulent : l’église, l'hôpital, l’habita- À 1 É tion des religieuses et toutes les dépendances du Monas- Sen (l tère sont réduites en cendres... Le doute n’est plus pos- #6 sible ; la pauvre sœur a péri dans les flammes! Quel EL. je surcroît d’afHiction au milieu de si cruelles douleurs! ensel fl | |

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“ Dieu seul sait, dit le Récit. comment le feu a pu réduire en cendres en si peu de temps tant de biens et de meubles. Les flammes dévorantes de cet embrasement, poussées par un gros vent de nord: ouest, consumèrent plusieurs maisons de la haute ville, et mirent en danger tout le quartier de Saint-Roch,

Il fallut enfin consentir à s'éloigner de ces tristes lieux. Quel touchant spectacle que celui de leurs adieux à leurs chers malades ! Que de larmes furent répandues de part et d'autre, et que de bénédictions suivirent les Hospitalières, sur le chemin qui les conduisait aux Ursulines !

Nos Mères les avaient conjurées de venir vers elles; elles les attendaient avec une impatience et une sympathie, que comprennent ceux qui se rappellent les services inappréciables que les Ursulines avaient reçus de ces généreuses Hospitalières, en 1650 et en 1686.

“ Nous les recûmes au nombre de 49, dit le Récit, et et nous versâmes des larmes bien abondantes sur leurs malheurs. La Mère Marie-Joseph Mailloux de Saint- André, alors mourante, fut aussitôt logée dans notre infirmerie, où elle décéda le lundi suivant, 9 juin. Les deux Communautés réunies firent pour le repos de son âme les prières prescrites ; nous recitimes ensemble le grand office et chantâmes le service solennel. La Mère Saint-André a été enterrée dans notre caveau, où ses condres se mêéleront aux nôtres, pour cimenter les nœuds de charité qui nous unissent, depuis cent seize ans que nous sommes en ce

pays.

“ Trois semaines se passèrent ainsi réunies ; nous vivions ensemble coinme une seule et même famille, la ferveur de

nos chères Hospitalières ajoutant à la beauté du saint Office, et ranimant notre zèle au service du divin Maître.”

Les RR. PP. Jésuites avaient aussi une dette de recon- ‘naissance à acquitter envers l’Hôtel-Dieu qui, plus d’un siècle auparavant, leur avait donné l'hospitalité dans un sembable malheur (1). Ils s'empressèrent d'offrir leur collége pour le service des malades, et le 28 juin, Mgr de Pontbriand y fit conduire les Hospitalières. ‘“ Cette séparation se fit en versant bien des larmes,” dit le Récit, “Nous avons fait notre possible pour adoucir leurs veines et leurs croix, leur donnant des témoignages sincères et efficaces de notre parfaite amitié. Elles ont partagé avrc nous le deu de bien que le Seigneur veut bien nous donner, et que sa bonté nous suscitera. Puissions-nous les aider à se rétablir.”

Nous verrons plus tard que les Hospitalières n'étaient pas à la fin de leurs épreuves,

$17.—MLLE BESANCON ET LES DERNIÈRES PROFESSES SOUS LA DOMINATION FRANÇAISE.

La petite-vérole, cette maladie si redoutée et pourtant si commune autrefois, enleva à notre Communauté, le 8 septembre 1755, “une novice de six mois, Sr. Marie- Geneviève Besançon de Ste-Catherine, jeune personne d’un caractère doux et paisible, capable de rendre service à la Religion, surtout dans notre saint institut, Elle n’avait que 17 ans ct fit généreusement à Dieu le sacrifice de sa jeunesse.”

(1) La maison des RR. PP. Jésuites fut incendiée en 1640, en même temps que la chapelle de Champlain.

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A la même année se rattache l'entrée de notre dernier sujet sous la Domination française. Sept jeunes Dlles s'étaient enrôlées sous la bannière d’Ursule depuis 1750, Nous ne ferons que les nommer présentement.

“En 1751, Mlle Louise-Francoise-Soupiran, fille de M. Simon Soupiran, chirurgien de Québec, (1) et de Mme M.-Anne Gauthier, .

“ Mlle M.-Madeleine Cureux, fille de M. Michel Cureux de Saint-Germain, bourgeois de Québec, et de Mme M.- Louise Polonaise,

“ Mlle M.-Charlotte Brassard, fille de M. J.-B. Brassard, bourgeois de Québec, et de Mme Marie-Françoise Hupé Lagronois. ;

“ Mlle Angélique Charlotte Parisé, fille de M. Gilles Parisé, bourgeois de Québec, et de Mme Angélique Michaud.

“ En 1753, Mlle Marie-Françoise Comparé, fille de M. F.-X, Comparé, Notaire Royal à la Pointe-aux-Trembles, et de Mme M.-Françoise Brisebois.

“ En 1755, Mlle Marie-Madeleine Massot, fille de M. Nicolas Massot, marchand de Saint-Malo, établi à Québec, et de Mme Marie Richer ; et aussi Mlle Marie-Anne Brassard, sœur dé la précédente du nom.”

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