‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 67 sur 95 · LES EXPÉDITIONS DU FORT WILLIAM-HENRY ET DE CORLAR · texte numérisé non relu

LES EXPÉDITIONS DU FORT WILLIAM-HENRY ET DE CORLAR

Sur la fin de l’année 1756, dit le Récit, les Anglais ayant tué quelques-uns des nôtres, MM. nos Généraux ne jugè-

(1) Alliance offensive et défensive des différentes branches régnantes de Ja maison de Bourbon (en France, en Expagne, dans les Deux-Siciles, dans les duchés de Parme et de Pinisance), var laquelle elles se garautissaient mutuellement leurs possessions,

rent pas à propos d'attendre plus longtemps à en tirer ven. geance. Il fut résolu que M. de Rigaud, gouverneur des Trois-Rivières, et M. le chevalier de Longueuil, lieutenant du Roi à Québec, partiraient aussitôt que les chemins seraient praticables, pour aller prendre le fort George près du lac. Dès le mois de février, on organisa un parti de 2000 (2) hommes, y compris les sauvages: les officiers étaient tous Canadiens, avec l'élite de la jeunesse. Malgré les mauvais temps et les neiges, ils firent 60 lieues à la ra. quette pour se rendre au lieu marqué. La marche fut d’abord secrète autant que possible; mais M. de Rigaud, étant averti que les Anglais n’ignoraient pas sa venue, ne garda plus de mesures : il marcha en bon ordre au son des fifres et des tambours. Etant arrivé près du fort, il envoya M. le chevalier Le Mercier sommer les assiégés de se rendre. Il fut reçu avec toute la politesse possible, mais les Anglais refusèrent la proposition. M. de Rigaud ayant tenu conseil, on jugea qu’il ne convenait point d’attaquer un fort bien muni d'artillerie, n’en ayant point de notre côté. Plusieurs autres raisons empêchèrent de monter à l'assaut comme on l'avait projeté; on se contenta de faire pour lors à l'ennemi tout le tort que l’on put, sans risquer notre armée. On brûla plusieurs fortes barques, quantité de bateaux, beaucoup de bois de chauffage, des hangars remplis de munitions de guerre et de bouche, les hardes des soldats etc. Tout cela s’exécuta vers la fête de l’Annonciation, à la vue du fort et sous le feu de son artillerie, Nous n'avons perdu que dix hommes la plupart sauvages,

(2) M. Dussieux dit 1,400.

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“ On a fait aussi divers partis sur les Iroquois, et Dieu y a donné sa bénédiction en conservant nos gens. Ona fait grand tort aux ennemis quoique avec des forces inégales: on leur a enlevé quantité de berges qui leur servaient de vaisseaux de transport, et on en aamené à Carillon plusieurs, qui pourront nous être très-utiles dans l’occasion.

“ L'expédition du fort George ayant été suspendue jusqu'à ce que la saison permît d’en faire commodément le siéve, M. le marquis de Montcalm s’est transporté sur les lieux avec une armée de neuf à dix mille hommes. Les assiégés se sont rendus après une capitulation honorable, puisqu'ils devaient sortir armes et bagages. Ce que les sauvages n’ont cependant pas tenu, ayant tué, pris et pillé tout ce qu’ils ont pu de ces pauvres infortunés. M. le marquisde Vaudreuil et M. le marquis de Montcalm en ont été fort peinés (1). Ils ont racheté autant que possible ces pauvres captifs et les ont renvoyés en France,

“ On n’a presque pas perdu de monde en cette expé-

(1) Il est bon de remarquer ici le sentiment exprimé par l’annaliste, au sujet du massacre des soldats anglais par les sauvages. Bancroft dit que Montcalm sopposa à ces massacres, au péril même de sa propre vie. Malheureusement, Fenimore Cooper, dout les écrits sont si répandus, à essayé de ternir injustement la mémoire du généreux Marquis. en l’accusant d'avoir participé à cvs horreurs. Les lettres des missionnaires justifient de la manière la plus satisfaisante la conduite du héios de Carillon, qui avait l'âme trop noble et trop chrétienne, pour user de parcils moyens

d'uffuiblir ses ennemis.

dition, qui a eu lieu le 9 août 1757 ; le fort a été brûlé et rasé. Cette prise nous a donné des vivres pour nourrir plusieurs bataillons, qui sont restés à Carillon. On avait grand besoin de ce secours, la récolte ayant été très-mauvaise comme on l'avait prévu.

“ Après avoir pris le fort George, on voulait aller attaquer le fort Lydius (Fort Edouard), mais pour de bonnes raisons, on à remis ce projet à un autre temps ; ce qui nous coûtera bien des nouveaux frais.

‘“ Après la prise du fort George, les sauvages toujours affamés de sang, qu’ils trouvaient avoir été trop épargné en cette occasion, demandèrent à M. le Général la permission d'aller frapper sur les Anglais. Il les remercia de leur bonne volonté, et leur dit le demeurer sur leurs nattes en attendant l’occasion favorable, d'autant plus que dans ià disette où l’on était de vivres, il ne pourrait leur en donner pour leur entreprise. Ils lui répondirent qu’ils ne lui en demandaient point, qu'au contraire, ils en iraient chercher pour eux et pour les Français. M. le Général les voyant résolus de partir, jugea qu’il ne fallait pas les laisser à eux seuls. Il leur donna donc M. de Belêtre, officier de la colonie, pour commandant, avec quelques subalternes, plusieurs cadets et autres Canadiens de bonne volonté. Ils ce sont rendus, à Corlar. Ils ont frappé le 11 septembre et ont fait 130 prisonniers et 39 chevelures, se sont emparés de deux forts, ont brûlé 35 maisons avec hangars remplis de vivres, d’un très-grand nombre d'animaux, et ruiné les habitations d’un très-joli endroit. Nous n'avons perdu personne dans rette expédition: M. de Lorimiers l'aîné, a été blessé, ei ieux sauvages. M. de Belêtre a

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amené avec lui un Milord. Le pillage a été riche en espèces et en marchandises ; un seul sau vage a emporté pour sa part 38000 livres en or, ce qui plaît beaucoup à ces nations, qui aiment mieux, disent-ils, faire la guerre avec les Canadiens qu'avec les Français, parce qu’ils ont la liberté du pillage. On leur a laissé tous les prisonniers (1) à l’exception du Milord, n'ayant pas de quoi les nourrir. M. de Belêtre est arrivé à Montréal le 28 septembre.

“ Les dernières nouvelles de France et du cap Breton nous apprennent de nouvelles protections de Dieu. On a gagné plusieurs bstailles considérables qui doivent de plus en plus exciter notre reconnaissance, mais ce qui doit particulièrement augmenter notre confiance en la bonté divine, c’est que la flotte anglaise qui depuis plusieurs années tient l’île Royale (Cap Breton) bloquée, ayant fait en vain cet automne une tentative pour la prendre, et s'étant retirée à cause de la saison, un vent impétueux, ménagé sans doute par la Providence, en a fait périr une partie. On ne sait pas au juste à combien monte la perte des Anglais, les soldats qu’on avait envoyés au secours d'un des vaisseaux naufragés, à la requête d’un de leurs ofhiciers, n'étant pas encore revenus.

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Peut-être le saura- Mais on espère que tant d'échecs considé-

([p) TIne-fant pas trop s’indigner contre les cruantés et la barbarie des sauvages de cette époque, tantôt à l'égard des prisonniers anglais, tantôt à l'égard des prisonniers français, Si nos lectrices ont tant soit peu parcouru les journaux du dix-neuvième siècle, même ceux des dernières années, qui devraient se ressentir des progrès du siècle des lumières. elles se convaincront facilement que dans les cinq parties du monde, des actes de cruauté sans nombre ont été exvrcés par les peupies qui se croient des plus civilisés,

rables de tous côtés abattront le courage des ennemis, et les forceront à demander la paix, tant désirée des peuples des deux partis.”

S21.--PERTE DE VAISSEAUX ;—ON MONTE LA GARDE A L'HÔPITAL ;-—MISÈRES DE TOUTES SORTES.

Pour comprendre jusqu’à quel point on devait soupirer après la paix, il faut entrer un peu dans le détail des misères de l’époque.

‘“ Cette année 1757, le Roi a envoyé un grand nombre de vaisseaux chargés de vivres, sachant le pays fort dépourvu ; mais le Seigneur voulant nous faire sentir sa justice aussi bien que sa miséricorde, a permis que le plus grand nombre aient été pris ou aient péri, ce qui nous met dans une grande disette. La récolte paraît très-mauvaise ; dès l’été on est réduit à un quarteron de pain par jour. De plus, il nous est venu ‘de nouvelles recrues pour nous défendre des Anglais. Ces pauvres gens ayant beaucoup pâti sur mer, ont apporté des maladies fâcheuses, et en augmentant là famine, ils mettent la peste dans la colonie. Il en est mort un très-grand nombre; mais ce qu'il y a de plus triste, c’est la perte que nous avons faite de plusieurs dignes ministres du Seigneur, et de beaucoup de religieuses dans les hôpitaux. Tous ont généreusement sacrifié leur vie au secours des pauvres malades, dont il y a eu jusqu’à 600 à la fois à l’'Hôpital-Général, et à l’'Hôtel-Dieu à proportion, selon qu’elles en pouvaient loger, ces dernières étant fort à l’étroit depuis leur incendie.

“ Comme on ne trouvait plus de prêtres pour rester à l'Hôpital-Général, Mgr commença par y aller passer 24

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