‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 95 · À GARDE A TES · texte numérisé non relu

À GARDE A TES

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heures, faisant toutes les fonctions d’un simple prêtre confesseur, administrant les sacrements et inhumant les défunts, sans crainte du mauvais air, Tous les prêtres séculiers et les religieux y allaient ensuite à leur tour, et cela a duré tant que la nécessité a été pressante, C’est ce que nous appelions monter la garde. Sa Grandeur allait à son tour comme les autres. Cet expédient a sauvé la vie à plusieurs, qui succombaient lorsqu'ils étaient résidents au milieu du mauvais air; n’y faisant que passer, ils en étaient quittes pour se bien aérer au retour.”

Quelques extraits d’une lettre de la Révérende Mère du Plessis de Ste-Hélène, de l’'Hôtel-Dieu, nous feront voir de plus près le triste état où se trouvaient alors les hôpitaux.

Les religieuses de l'Hôtel-Dieu, après avoir vu la petitevérole sévit parmi leurs malades, pendant leur séjour dans une partie du collége des Jésuites, et avoir perdu deux de leurs religieuses, voyaient enfin l'horizon s’éclaircir ; le ler août 1757, leur nouveau Monastère était en état de les recevoir, leur rendant deux fois cher et mémorable, ce jour anniversaire de leur arrivée en ce pays. Mais dès ie 30 septembre suivant, la Mère Ste-Hélène écrivait : “ Comme la cour n’a encore fait aucune réponse sur le rétablissement de notre Hôtel-Dieu, nous avons pratiqué deux salles dans notre maison pour y exercer notre vocation, Mais Dieu ne s’est pas contenté de cela, il nous a fourni une si prodigieuse quantité de mulades, qu’il nous a fallu chercher d’autres endroits pour les mettre, et quoique en les pressant bien nous en ayons recu plus de 160, cela n’a pas suffi. L’Hôpital-Général, qui est plus spacieux, en a eu jusqu’à 600 à la fois, et Mgr a pris sept de nos religieuses, pour aller aider à l’autre maison à

soigner cette multitude, Il en est mort beaucoup, et l’on a perdu quatre des chapelains qui les ont assistés...

“ Nous sommes afiligées du fléau de la famine telle qu’il ne s’en est jamais vu de semblable en Canada. Les riches n’en ont pas plus que les pauvres, et ne les peuvent pas par conséquent assister. La récolte est très-mauvaise et ce pays est sans ressources, On nous fait espérer des secours de France au mois de mai; mais jusque-là on souffrira bien. La seule confiance en Dieu peut adoucir nos craintes et nous faire profiter de cette extrémité.”

Le 10 octobre de la même année, notre Mère Geneviève de la Grange de Saint-Louis, dépositaire, écrivait au R, P. de Launay, notre procureur en France : “ Vous serez peut-être surpris, mon R. Père, que je demande de la farine ; si la guerre ne continuait pas, j'en aurais demandé encore plus. Nous sommes dans une rigoureuse famine, Trois fléaux règnent dans notre pays : la peste, la famine et la guerre ; mais la famine est le plus terrible fléau, “ Dieu nous fasse la grâce d’en sortir bientôt ! ”

Tous les malheurs semblaient se réunir pour accabler la colonie. La tribu des Abénaquis, ces fidèles alliés des Français, était à peu près détruite par les ravages de la petite-vérole, et les malheureux Acadiens ne venaient se jeter entre nos bras que pour augmenter nos souffrances et nos misères, Deux ans auparavant, on les avait cruellement arrachés, pour la plupart, du sol où ils étaient nés, et qu’ils avaient fertilisé, pour les jeter sans consolations et sans ressources, sur les sables de Miramichi, sur les bords incultes de la rivière Saint-Jean, sur les rivages du Maine, et sur toutes les côtes de l'Atlantique, depuis Boston jusqu’à la Nouvelle-Orléans. Les malheureux qui

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avaient été épargnés dans cette impitoyable déportation, durent bientôt s’exiler d'eux-mêmes. “ Ne pouvant plus rester sur leurs terres, dit l’annaliste, à cause des persécutions que leur faisaient subir les Anglais, surtout au sujet de la religion, ces pauvres Acadiens sont venus à Québec pour se mettre à couvert de leurs vexations. Y trouvant la famine, on ne peut exprimer ce qu’ils ont à souffrir. La misère en fait mourir un grand nombre ; joignons à cela la picote, qu’ils n'avaient point en leur pays et qu’ils ont maintenant ! C’est un objet d'autant plus digne de compassion qu’on se voit hors d'état de les soulager, Des familles entières ont été détruites, On est obligé de les mettre plusieurs dans une même bière, n'ayant pas le moyen de faire autrement, Ces pauvres exilés vivent dans une innocence qui tient de la primitive Eglise, et portent une croix si pesante avec une résignation qui charme tout le monde, Jamais le pays ne s’ st trouvé dans une pareille situation !.....,

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